Impression en couleur
L’impression en couleur est la reproduction de textes et d’images à plusieurs exemplaires par tout procédé d’imprimerie, avec au moins deux couleurs différentes, par opposition à une impression en une seule couleur ou « monochromie ».
Les principes d’impression sont toujours les mêmes mais les techniques de sélection des différentes couleurs peuvent être complexes. L’impression en couleur remonte aux premiers âges de l’imprimerie puisque le Psautier de Mayence, premier incunable imprimé en trois couleurs (noir, rouge et bleu) par Peter Schöffer et Johannes Fust en 1457 et 1459, a probablement été entrepris dans l’atelier de Gutenberg. Aujourd’hui l’impression en couleur est pour l’essentiel réalisée en quadrichromie, c’est-à-dire avec les trois couleurs primaires : cyan, magenta et jaune (selon le principe de la synthèse soustractive) plus le noir.
Histoire
modifierBien avant l’invention de l’imprimerie (au sens occidental), on utilisait des procédés de mise en couleur de motifs sur des étoffes, d'abord en Asie de l'Est puis en Europe, à partir de blocs de bois gravés en relief. La surface gravée était encrée et appliquée sur le tissu, en répétant l’opération pour couvrir tout ou partie de la pièce. On pouvait se servir de plusieurs motifs pour appliquer successivement des couleurs différentes. Le procédé s’appliqua ensuite à l’impression sur papier, donc à l’illustration, d’abord d’images uniques dans un vaste registre de sujets d’imagerie populaire tels que les images de piété. Pendant très longtemps on se contente d’imprimer en noir, les couleurs étant apposées manuellement au moyen de pochoirs (c’est le cas pour les cartes à jouer). Les blocs de bois servent à ajouter des couleurs sur des gravures sur bois, mais aussi sur des gravures au burin ou des eaux-fortes[réf. souhaitée].
Au Japon, l’estampe colorée, le nishiki-e, est d’abord monochrome, mais son succès à partir de 1760 amène à lui adjoindre de plus en plus de couleurs, appliquées avec des blocs de bois, donnant lieu à de nombreux styles en fonction des couleurs employées[réf. souhaitée].
Avec le développement de l’eau-forte et des différentes techniques associées, on peut passer du trait (la couleur pure dans toute son intensité, sans nuances) aux valeurs et aux dégradés, sans avoir à passer par le pis-aller des hachures. Le graveur allemand Jacob Christoph Le Blon (1667-1741) met au point une technique de gravure en couleur en manière noire (mezzotinto), utilisant trois ou quatre plaques avec les couleurs primaires, préfigurant la quadrichromie moderne. La séparation des couleurs se fait arbitrairement, au prix de nombreux essais et tâtonnements, mais on arrive ainsi à une gamme étendue de couleurs. Son élève néerlandais Jan l'Admiral ramène cette technique à Amsterdam et la perfectionne[1].
Au début du XIXe siècle, la lithographie offre également, avec plus de facilité encore, la possibilité de jouer sur les valeurs. Le lithographe français Godefroy Engelmann travaille sur la couleur et crée la chromolithographie en perfectionnant les techniques d’impression et de repérage, toujours en se basant sur le principe des trois couleurs primaires. Aux États-Unis, d’autres lithographes, comme Louis Prang, travaillent dans le même sens. En 1845, Louis-Joseph-Isnard Desjardins invente un procédé de gravure en couleurs, la « chromotypographie »[réf. souhaitée].
Principes
modifierL’impression, quelle qu’elle soit, revient à déposer au moyen d’une forme imprimante une très fine couche d’encre sur un support plan de couleur blanche ou très claire, majoritairement du papier. Sauf cas particuliers, le blanc est la couleur du support et n’est pas considéré comme une couleur. Telle quelle, l’encre a une couleur définie, sans nuances ni variations. Pour imprimer du texte ou des images, on utilise le plus souvent une encre noire, qui offre les meilleurs contraste et lisibilité sur un support blanc (une impression en noir sur blanc est donc une impression en « une couleur » ; on peut remplacer l’encre noire par toute autre couleur, et rester dans une impression « monochrome »)[réf. souhaitée].
À partir d’une deuxième couleur, comme les initiales en rouge d’un texte composé en noir, se pose la question du tirage en plusieurs exemplaires. L’ensemble d’une composition typographique est généralement encré en totalité, d’abord à la main au moyen de balles, puis avec des rouleaux, enfin mécaniquement. Il est difficile dans ces conditions d’encrer une page entière, tout en réservant et encrant dans une autre couleur des caractères isolés : c’est pourtant la méthode employée pour le Psautier de Mayence, ce qui représente une somme énorme de travail. Plus tard, on imprimera séparément chaque couleur : ceci implique de composer très précisément les différentes parties et de repérer le positionnement des feuilles, de manière que les couleurs soient exactement à leur place. La même feuille passe donc sous la presse autant de fois qu’il y a de couleurs[réf. souhaitée].
- Recherche par essais successif pour obtenir le tirage en couleur souhaité<ref>Nori Malo-Renault, La Femme au masque, d'après un pastel d'Aman Jean, « Tirages (9) d'essai des 5 matrices et l'estampe », sur Collections du musée de Bretagne, vers 19010 (consulté le )</ref>.
- Pointillés
- gris 1
- gris foncé
- gris modelé
- un autre gris
- un rose
- un jaune
- du vert + rose
- noir, vert et rose
- Estampe en couleur
Valeur et nuance
modifierChromolithographie
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La chromolithographie est le terme choisi par le lithographe Godefroy Engelmann pour désigner son procédé d'impression lithographique en couleurs (1837), fondé sur l'impression couleur par couleur, jusqu'à seize différentes. Chaque couleur était posée sur une pierre lithographique et le même document passait d'une pierre à l'autre avec des repérages précis. Ce procédé long, et donc coûteux, a par la suite été remplacé par l'impression offset, en quadrichromie. Engelman avait d'abord proposé le terme de lithocolore, et l'abandonna ensuite.
- Première chromolithographie imprimée en trichromie par L. Prang, 1893.
- Jaune.
- Rouge.
- Bleu.
- Résultat final, la lithographie avec les trois couleurs superposées.
Similigravure
modifierLa similigravure (ou similigraphie) est une technique d'impression qui permet de reproduire un document monochrome fait de demi-teintes (qui comporte une gradation de valeurs s'étalant du blanc au noir) comme une photographie.
Les valeurs initiales de l'original en demi-teintes sont retranscrites en valeurs de points de trame qui permettront son impression par un procédé adapté.
Les professionnels utilisent plus volontiers le terme de « simili » qui est la contraction de « similigravure ».

Quadrichromie
modifierLa quadrichromie est un procédé d'imprimerie permettant de produire par synthèse soustractive une large gamme de teintes à partir de trois teintes dites élémentaires, un bleu (appelé « cyan »), un rouge (« magenta ») et un jaune auxquelles on ajoute le noir.
Inventée au XVIIIe siècle par Jacob Christoph Le Blon, la synthèse des couleurs imprimées normalise au début du XXe siècle la composition spectrale et la transparence des encres de couleur pour permettre l'utilisation commune de la séparation quadrichromique et obtenir un gamut convenant au maximum de sujets. Le nom du bleu-vert normalisé est cyan et celui du rouge violacé normalisé est magenta[2]. On désigne à l'occasion la quadrichromie par le sigle CMJN (pour, cyan-magenta-jaune-noir) ou en anglais CMYK, cyan, magenta, yellow, key où key signifie valeur.
Photogravure et numérisation
modifierHexachromie
modifierL'hexachromie est une technique de similigravure qui permet l'impression avec une gamme étendue des couleurs grâce à l'adjonction de deux couleurs (souvent orange, vert ou bleu) aux quatre encres (cyan, magenta, jaune et noire) de la quadrichromie.
Ce procédé permet de surmonter des limites de l'impression quadrichromique. Le gamut de la quadrichromie ne permet pas de produire des orangés à la fois lumineux et saturés : ajouter un passage avec une encre orange y remédie. Il en va de même pour les verts et les bleu-violets. En similigravure, le point de trame est plus visible lorsqu'il est petit, dans les couleurs pâles : une encre de nuance plus proche de la teinte que l'on vise rend la trame moins visible.
L'hexachromie est cependant peu utilisée car trop coûteuse, nécessitant six passages en machine, et compliquant encore la séparation des couleurs. Elle s'emploie surtout pour l'emballage et certains travaux de prestige.
Pantone Inc. a contribué au développement de l'hexachromie, en proposant notamment des teintes standard. Celles-ci adaptent les couleurs normalisées de la quadrichromie et en ajoutent deux, prises dans trois possibles.
On retrouve ce principe avec certaines imprimantes à jet d'encre pour la production d'image au rendu proche de la photographie.
Notes et références
modifier- ↑ (en) Bamber Gascoigne, Milestones in Colour Printing 1457-1859 : With a Bibliography of Nelson Prints, Cambridge, Cambridge University Press, , 123 p. (ISBN 978-0-521-55441-1, lire en ligne), p. 10.
- ↑ Robert Sève, Science de la couleur : Aspects physiques et perceptifs, Marseille, Chalagam, , p. 199
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Maurice Audin, Histoire de l'imprimerie : radioscopie d'une ère: de Gutenberg à l'informatique, A. & J. Picard, , 480 p. (présentation en ligne)
- Marius Audin, Somme typographique, vol. I, 1948, Dupont, Paris, 1948 ; vol. II, Audin, Lyon, 1949.
- Michael Twyman (trad. de l'anglais), Images en couleur : Godefroy Engelmann, Charles Hullmandel et les débuts de la chromolithographie, Lyon Paris, Musée de l'imprimerie Panama musées, coll. « Panamamusées », , 127 p. (ISBN 978-2-7557-0286-6, OCLC 421761715).
