Jacques Heers

historien français (1924–2013)

Jacques Heers, né le à Paris (15e arrondissement)[1], mort le à Angers[2],[3], est un historien français, spécialiste de l’histoire du Moyen Âge, professeur à la faculté des Lettres et Sciences humaines de Paris-Nanterre, puis à Paris IV.

Jacques Heers
Jacques Heers en 1942.
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Jacques Henri Heers
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Université d'Alger (d) (-)
Faculté des lettres d'Aix-en-Provence (d) (-)
Centre national de la recherche scientifique (-)
Prytanée national militaire (-)
Université de Rouen-Normandie
Université de Caen-Normandie
Université Paris-SorbonneVoir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions

Bien que proche de Braudel, il soutient sa thèse à la Sorbonne sous la direction de Yves Renouard. Consacrée à Gênes au XVe siècle, elle est publiée dans la collection du Centre de Recherches historiques de la VIe section de l'École pratique des hautes études en . Heers est ainsi méthodologiquement proche de l’École des Annales et de leur proposition d'une histoire socio-économique.

Biographie

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Années de formation

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Son père, Arthur Heers, né à Hanovre (Allemagne, land de Basse-Saxe) est d'origine allemande et suisse alémanique. Sa mère, Marcelle Gamé, est née en 1895 à Paris (16e arrondissement)[4],[5].

Jacques Heers grandit à La Ferté-Bernard (département de la Sarthe), où ses parents tenaient un commerce. Son père, recherché par les autorités nazies qui l'accusent d'avoir déserté l'armée allemande durant la Grande Guerre, se cache durant l'Occupation[3].

Jacques Heers, après l'obtention du certificat d'études primaires, est admis à l'École normale primaire. En , à l'issue de la fermeture des Écoles normales primaires par le régime de Vichy[6], il effectue ses études secondaires au lycée Montesquieu du Mans. En 1943, il est reçu au baccalauréat[3].

En 1948, Jacques Heers est reçu au certificat d'aptitude à l'enseignement dans les collèges. En 1949, il est reçu à l'agrégation d'histoire, le dixième sur vingt[7].

Entre 1949 et 1951, Jacques Heers exerce ses fonctions de professeur aux lycées du Mans, puis d'Alençon, et enfin au Prytanée national militaire de La Flèche.

Vie privée

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Jacques Heers a épousé Marie-Louise Bois, étudiante en histoire[N 1], devenant ainsi le gendre de l'historien Paul Bois (1906-1990), son ancien professeur au lycée du Mans.

Carrière universitaire

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À partir de 1951, il est rattaché au CNRS. Dès lors, il côtoie Fernand Braudel qui l'envoie en Italie préparer un doctorat d'État consacré à Gênes au XVe siècle. Il soutient sa thèse à la Sorbonne en 1958. À son retour d'Italie, il devient l'assistant de Georges Duby à la faculté des Lettres d'Aix-en-Provence. En 1957, il est nommé professeur à l'université d'Alger où il exerce pendant cinq ans jusqu'en 1962. Par la suite, il est successivement professeur à Caen, Rouen, Paris-Nanterre et enfin à la Sorbonne.

Professeur honoraire de l'université Paris-IV où il tint de longues années la chaire d'histoire médiévale, il avait été vice-président de la SHMESP (Société des historiens médiévistes de l'enseignement public) de 1971 à 1973. En retraite, Jacques Heers, et en dehors de l'écriture et de la recherche, était souvent présent dans des émissions de Radio Courtoisie.

En 1999, il s'oppose à la guerre en Serbie et signe la pétition « Les Européens veulent la paix »[8], lancée par le collectif Non à la guerre[9].

De 2012 à sa mort, il est membre du conseil scientifique du Figaro histoire[10].

Distinctions

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Jacques Heers a reçu trois prix de l'Académie française :

Il a reçu en 1981 le grand prix littéraire Sola-Cabiati de la ville de Paris, destiné à récompenser un auteur français de romans historiques ou d'œuvres d'étude accessibles au grand public.

Apport à l'histoire du Moyen Âge

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Ses thèmes de recherche étaient :

  • La ville et les derniers siècles du Moyen Âge : une partie de ses travaux tendaient à démontrer que la tradition historique qui divise l’histoire européenne en Moyen Âge et Renaissance n'est pas fondée, et que la catégorisation en périodes historiques aussi tranchées masque d'une part une véritable continuité et d'autre part des disparités géographiques certaines. C'est l'objet, entre autres, de son essai Le Moyen Âge, une imposture (1992).
  • Le commerce en mer Méditerranée au XIVe et XVe siècles : sa thèse de doctorat visait à démontrer que l'importance du commerce de l’épice en Méditerranée a été largement surestimée par les historiens. En réalité, d’après ses travaux, le blé, le sel et d'autres produits tenaient bien plus de place que le commerce de l’épice (en termes de volume et de valeur dans les échanges). Fernand Braudel, qui a toujours évoqué l’importance de l’épice dans les échanges, reconnaît le sérieux scientifique des travaux de Jacques Heers.
  • L'apport arabe dans la redécouverte de la pensée grecque en Europe : Jacques Heers pensait qu’on surestime largement la contribution des Arabes dans la redécouverte de la philosophie d’Aristote en Occident. Selon lui, « l’enseignement [de la pensée grecque en Occident], celui de la Logique notamment, n'a jamais cessé dans les écoles cathédrales puis dans les toutes premières universités. L’on se servait alors de traductions latines des textes grecs d’origine que les clercs et les érudits de Constantinople avaient pieusement gardés et largement diffusés. Les traductions du grec en langue arabe et de l’arabe en latin, que l’on attribue généralement à Avicenne et à Averroès, sont apparues relativement tard, alors que tous les enseignements étaient déjà en place en Occident et que cela faisait plus d’un siècle que la Logique, directement inspirée d’Aristote, était reconnue comme l’un des sept « arts libéraux » du cursus universitaire »[11].

Publications

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  • Gênes au XVe siècle. Activité économique et problèmes sociaux, Paris, SEVPEN, 1961.
  • L'Occident aux XIVe et XVe siècles. Aspects économiques et sociaux, Paris, PUF, 1963.
  • Le Travail au Moyen Âge, Paris, PUF, Que sais-je ?, 1965.
  • Précis d'histoire du Moyen Âge, Paris, PUF, 1968.
  • Le Clan familial au Moyen Âge, Paris, PUF, 1974.
  • Christophe Colomb, Paris, Hachette, 1981.
  • Esclaves et domestiques au Moyen Âge dans le monde méditerranéen, Paris, Fayard, 1981.
  • Fête des fous et carnavals au Moyen Âge, Paris, Fayard, 1983.
  • Marco Polo, Paris, Fayard, 1983.
  • Machiavel, Paris, Fayard, 1985.
  • La Vie quotidienne à la cour pontificale au temps des Borgia et des Médicis, Paris, Hachette, 1986.
  • La Ville au Moyen Âge, Paris, Fayard, 1990.
  • La Découverte de l’Amérique, Bruxelles, Complexe, 1991.
  • La Ruée vers l’Amérique. Le Mirage et les Fièvres, Bruxelles, Complexe, 1992.
  • Le Moyen Âge, une imposture, Paris, Perrin, 1992.
  • Gilles de Rais, Paris, Perrin, 1994.
  • Libérer Jérusalem. La première croisade, Paris, Perrin, 1995.
  • Jacques Cœur, Paris, Perrin, 1997.
  • De Saint Louis à Louis XI. Forger la France, Paris, Bartillat, 1997.
  • Louis XI, Paris, Perrin, 1999.
  • Les Barbaresques, Paris, Perrin, 2001.
  • Les Négriers en terres d’islam, Paris, Perrin, 2003.
  • Chute et mort de Constantinople, Paris, Perrin, 2005. (ISBN 978-2262020989)
  • L'Histoire assassinée. Les pièges de la mémoire, Éditions de Paris, 2006. (ISBN 978-2851621757)
  • Un homme, un vote ?, Monaco, Éditions du Rocher, 2007. (ISBN 978-2268060903)
  • Le Clan des Médicis. Comment Florence perdit ses libertés (1200-1500), Paris, Perrin, 2008 (ISBN 9782262037611).
  • L'histoire oubliée des guerres d'Italie, Via Romana, 2009 (ISBN 978-2-916727-49-3) [présentation en ligne]
  • L'Islam cet inconnu, Versailles, Éditions de Paris, 2010, p 196. (ISBN 978-2851622570)
  • La Naissance du capitalisme au Moyen Âge. Changeurs, usuriers et grands financiers, Paris, Perrin, 2012. (ISBN 978-2262030896)
  • Histoire des croisades, Paris, Perrin, 2014, 336 p. (ISBN 978-2262037734)

Notes et références

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  1. Devenue historienne elle-même, Marie-Louise Heers est notamment l'auteur de : Les Génois et le commerce de l'alun à la fin du Moyen Âge, Revue d'histoire économique et sociale, vol. 32, 1954, n° 1, p. 32-53, et Du printemps des peuples à l'affrontement des nations (1848-1914), éd. des PUF, 1974 (compte rendu par Jacques Neré) ; et, en langue espagnole, El mundo contemporaneo (1848-1914), Madrid, 1986.

Références

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  1. Archives de Paris, « État civil du 15e arrondissement, registre des naissances du 7 au 22 juillet 1924, vue 2 / 31, 15N 281_2 » Accès libre, sur https://archives.paris.fr (consulté le )
  2. « Relevé des fichiers de l'Insee », sur matchid.io (consulté le ).
  3. 1 2 3 Philippe-Jean Catinchi, « Jacques Heers, historien du Moyen Age », Le Monde, (lire en ligne Accès libre, consulté le )
  4. Archives de Paris, « État civil du 16e arrondissement, registre des naissances du 9 au 16 octobre 1895, vue 20 / 31, V4E 965 » Accès libre, sur https://archives.paris.fr (consulté le )
  5. Archives de Paris, « État civil du 15e arrondissement, registre des mariages du 16 au 30 juillet 1921, vue 23 / 31, 15M 297 » Accès libre, sur https://archives.paris.fr (consulté le )
  6. Claude Singer, « 1940-1944 : La laïcité en question sous le régime de Vichy », Raison présente, vol. 149, no 1, , p. 41–54 (DOI 10.3406/raipr.2004.3851, lire en ligne, consulté le )
  7. André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 » Accès libre, sur http://rhe.ish-lyon.cnrs.fr (consulté le )
  8. « Liste des personnalités signataires de l'Appel », sur nonguerre.chez.com.
  9. Renaud Dély, « L'extrême droite ratisse large contre les frappes de l'Otan. Le «Collectif non à la guerre» a tenu une réunion proserbe hier soir », sur liberation.fr, .
  10. Jean-Christophe Buisson, « Le Figaro fait l'Histoire », Le Figaro, (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  11. Entretien de Jacques Heers dans La Nouvelle Revue d'histoire, no 29, mars-avril 2007, p. 13.

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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