James Frederick Schön
James Frederick Schön, né Jacob Friedrich Schön le 28 décembre 1803 à Oberweiler et mort le 30 mars 1889 à New Brompton[1], est un missionnaire et linguiste allemand naturalisé britannique en mai 1854, qui a notamment travaillé pour le compte de la Church Missionary Society. D’abord actif sur le terrain, notamment dans la colonie de Freetown en Sierra Leone entre 1833 et 1847, il participe à cette occasion à l’expédition de 1841 sur le fleuve Niger (en), durant laquelle il commence à étudier les langues haoussa et igbo[2]. Il rentre ensuite en Angleterre pour raisons de santé, et passe le reste de sa vie à étudier les langues africaines depuis son cottage de New Brompton, où il accueille plusieurs voyageurs venus de la région du Sahel[3]. Il est notamment célèbre pour ses travaux sur la langue haoussa et est considéré comme un précurseur par de nombreux linguistes qui lui ont succédé.
| Naissance | Oberweiler |
|---|---|
| Décès |
(à 85 ans) New Brompton |
| Nationalité |
allemande puis britannique |
| Activités |
Missionnaire, linguiste |
Biographie
modifierJeunesse et formation missionnaire
modifierJames Frederick Schön naît le 28 décembre 1803 à Oberweiler, dans le grand-duché de Bade. Il est le troisième d’une famille de cinq enfants. Son père, Johann Jakob Schön, est journalier, et sa mère, Anna Katharina Schön, née Reinhardt, est mère au foyer, la famille vit dans des conditions précaires. D’après Schön lui-même, bien qu’il ait reçu une éducation chrétienne, sa famille n’est pas très pratiquante, ce qui ne l’empêche pas de développer dès l’enfance une sensibilité pour l’œuvre missionnaire[1]. Il n’envisage cependant pas d’en faire son métier et se lance dans un premier temps dans des études de tailleur. À vingt ans, il se rend en Suisse pour trouver du travail et tombe sur un bulletin d’information missionnaire et surtout il écoute régulièrement les sermons de Nikolaus von Brunn, pasteur de l’église Saint-Martin de Bâle et président de la Mission de Bâle[1]. Il décide alors de s’engager comme missionnaire et envoie une candidature pour la préparation du séminaire missionnaire de Bâle. Il est reçu le 10 janvier 1827, et s’installe dans la maison de la mission.
Durant ses années d’études à Bâle, il apprend le grec ancien et l’hébreu. Le but de ces enseignements de langues anciennes est d’apporter aux futurs missionnaires des rudiments de connaissances linguistiques, afin qu’ils soient capables de traduire la Bible dans différentes langues une fois arrivés sur leurs terrains de mission[1]. Le désir de Schön de devenir missionnaire continue de croître durant ses années au séminaire et il envoie une demande en ce sens à l’administration de la mission. Il est alors transféré en 1831 à Londres pour compléter sa formation dans le collège missionnaire d’Islington (en), institut de formation de la CMS, société partenaire des Missions de Bâle[4]. Ce type d’échanges missionnaires transnationaux et interdénominationnels (en) était récurrent dans le monde protestant duxixe siècle, qui comptait un grand nombre de missionnaires d’origine allemande travaillant pour le compte de sociétés missionnaires britanniques[5].
Mission en Sierra Leone
modifierUne fois sa formation à Islington achevée, Schön est ordonné diacre le 18 décembre 1831 puis pasteur le 17 juin de l’année suivante par l’évêque de Londres[6]. Il retourne ensuite brièvement à Bâle pour y recevoir le 24 juillet 1832 sa mission officielle lors de la fête de la mission et est affecté par la CMS à Freetown, en Sierra Leone pour laquelle il embarque depuis Liverpool le 12 octobre 1832[1].

En Sierra Leone, Schön est successivement affectés dans différents villages de Liberated africans (en) autour de Freetown. Il passe plusieurs années à Kissy (en), puis séjourne à Hastings (en), Bathurst (en), Regent (en) et Gloucester (en)[1]. La mission en Sierra Leone n’a alors pas encore d’évêque et est administrée par un comité local dont Schön fait partie . Il exerce ainsi rapidement des responsabilités importantes dans l’organisation de la mission que ce soit sur les aspects financiers, la construction de bâtiments ou sur l’éducation des enfants participant à l’ensemble des aspects du travail de missionnaire. Il est de ce fait rapidement remarqué par les autorités de la CMS pour la qualité de son travail, notamment en matière scolaire[7].
Le volet linguistique devient rapidement prépondérant dans son travail. Installé à Kissy, il reprend dans un premier temps les travaux de son prédécesseur Gustavus Reinhold Nyländer (en) sur la langue bullom/sherbro. En 1839, il publie une traduction des écritures en langue sherbro Translations of Seven Parables and Discourses of Our Lord Jesus Christ into the Sherbro Language of West Africa, le premier ouvrage imprimé dans cette langue, puis l’année suivante un vocabulaire sherbro[1]. En 1841, Schön est choisi par la CMS en compagnie du missionnaire d’origine yoruba Samuel Ajayi Crowther, pour diriger l’expédition anti-esclavagiste sur le fleuve Niger. Durant cette expédition, il lui est demandé d’étudier les langues qui pourraient être utiles pour communiquer avec les populations rencontrées sur place, il sélectionne alors le igbo et le haoussa. Il apprend les rudiments de ces langues auprès de Liberated Africans (en) d’origine haoussa et igbo installés dans les différents villages autour de Freetown, et il embarque le 2 juillet à Freetown en compagnie de Crowther et de douze interprètes représentant les différentes communautés linguistiques connues ou supposées installées aux abords du fleuve Niger[2]. Au cours de ce voyage, Schön produit ses deux premières traductions en langue haoussa : le traité qui sera présenté aux souverains locaux rencontrés au cours de l’expédition et le discours présentant ce traité et l’expédition qui l’apporte[8]. L’expédition est considérée comme un échec, en raison du faible nombre de traités conclus et parce que la mortalité importante des membres de la mission, 42 des 150 membres de l’équipage sont décédés de maladies tropicales, force l’expédition à faire demi-tour à la confluence du fleuve Niger et de la Bénoué[8]. L'expédition pose néanmoins les bases du travail missionnaire dans la région avec l’acquisition du territoire de Lokoja et l’installation d’une ferme-modèle sur place[9].
De retour en Sierra Leone, Schön et Crowther, qui ont tissé de solides liens d’amitié et de collaboration intellectuelle, publient leurs journaux de bord respectifs[8]. Ils publient également les premiers vocabulaires des langues sur lesquels ils ont enquêté et dont ils deviendront respectivement les experts, le haoussa[10] et le yoruba[11]. Schön reste encore environ quatre ans en Sierra Leone, mais de graves problèmes de santé liés au climat tropical l’obligent à rentrer en Angleterre où il obtient un poste à l’aumônerie de l’hôpital pour marins de Melville, à Chatham, dans le sud-est de l’Angleterre. Il quitte définitivement la Sierra Leone le 12 mars 1847. Cette affectation doit beaucoup à son épouse, Elizabeth Catherine White, originaire de la ville voisine de Rochester et dont le père occupait un poste important à l’hôpital[1].
Retour en Angleterre
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À la suite de sa prise de poste à l’hôpital de Melville, Schön fait construire avec son épouse le Palm Cottage, rue Canterbury à New Brompton près de Chatham, une maison de bonne taille apte à accueillir une famille nombreuse. Il reste missionnaire de la CMS jusqu’en 1853 et continue à collaborer avec l’organisation par la suite, notamment dans le cadre de ses travaux linguistiques. Son retour en Angleterre ralentit grandement ses travaux. De plus, l’échec de l’expédition de 1841 a refroidi les ambitions des autorités de la CMS quant à l’installation d’une mission permanente autour du fleuve Niger qui préfèrent désormais se concentrer sur l’arrière-pays sierra-léonais[12]. En l’absence de correspondant sur place et d'interlocuteur haoussaphone en Angleterre, Schön se retrouve sans possibilité d'avancer sur ses travaux linguistiques[2].
Peu après son installation à Palm Cottage, la famille Schön commence à accueillir chez elle des voyageurs venus du continent africain. Lors de son séjour en Sierra Leone, le missionnaire avait été sensibilisé à la politique d'eutanasia of a mission prônée par le secrétaire honoraire de la CMS de l'époque Henry Venn[13], selon laquelle seuls les Africains sont capables, au moyen de prêches dans leurs propres langues, de diffuser le christianisme en Afrique[14]. Schön souhaite donc continuer son œuvre missionnaire depuis Chatham en formant de jeunes Africains à la religion anglicane pour qu'ils puissent de retour en Afrique évangéliser leurs pairs. Dans ce cadre, il accueille à Palm Cottage, entre 1855 et 1862, la jeune Sarah Forbes Bonetta, ancienne esclave d’origine yoruba devenue filleule de la reine Victoria[3]. À la même époque, vit chez lui l’homme d’affaires d’origine yoruba James Pinson Labulo Davies et sa fiancée Matilda Serreno. Ces derniers se marient à Chatham en août 1859, au cours d’une cérémonie durant laquelle Sarah Forbes Bonetta et les filles de Schön sont demoiselles d’honneur, puis le couple part en Afrique où la jeune épouse de Labulo Davies décède précocement. Labulo Davies retourne alors à Chatham en 1861 et épouse finalement Sarah Forbes Bonetta l’année suivante[15]. Bien que laïc, Labulo Davies est chargé par Schön, comme tous les clercs africains qu’il accueille, d’officier régulièrement dans l’église locale. La paroisse de Chatham est ainsi rapidement habituée à voir prêcher des pasteurs originaires d’Afrique lors de ses offices[16] ; c’est d’ailleurs un missionnaire africain de la CMS, John Christopher Taylor, qui préside au premier mariage de Labulo Davies en compagnie de Schön[17].

C’est par l’intermédiaire de ces Africains accueillis à Chatham que Schön parvient à reprendre ses travaux linguistiques sur la langue haoussa. En 1856, l'explorateur allemand du Sahel et du Sahara Heinrich Barth, rend visite à Schön en compagnie de Dorugu et Abbega, deux jeunes Africains qu’il a ramenés avec lui en Europe pour continuer ses travaux linguistiques, notamment sur la langue haoussa. Dorugu ayant pour langue maternelle le haoussa, Schön demande à Barth de garder avec lui les deux jeunes hommes pour travailler avec eux quelque temps avant leur retour en Afrique[18]. Barth accepte dans un premier temps, mais s’offusque quand Dorugu et Abbega demandent à rester plus longtemps à Chatham au lieu de retourner en Afrique avec lui. Une longue querelle s’ensuit entre les deux linguistes, Barth reprochant à Schön de lui avoir volé ses deux assistants alors que Schön convoque leur libre-arbitre. Plusieurs de leurs ouvrages respectifs comportent ainsi en préface des critiques mutuelles quant à cet événement[2].
Dorugu et Abbega sont baptisés l’année suivante, en 1857, et le premier prend les prénoms James et Henry, en hommage à la fois à Schön et Barth. Abbega retourne alors en Afrique et s’installe à Lokoja pour y devenir chef de village, tandis que Dorugu reste sept ans de plus à Palm Cottage[19]. Schön, qui n’avait jusqu’ici publié que son vocabulaire de haoussa en 1843, entame alors une première période prolifique de production de travaux linguistiques sur le haoussa. La plupart de ces ouvrages sont des traductions de la Bible : les Actes des Apôtres et les évangiles de Jean et de Matthieu en 1857, l’évangile de Luc et le premier livre de la Genèse en 1858, enfin le deuxième livre de la Genèse en 1859. En parallèle, il publie un manuel sur la langue haoussa en 1857 et une grammaire en 1862, qui fera longtemps autorité [2]. Il prépare également la publication d’un dictionnaire censé améliorer considérablement son vocabulaire de 1843 mais qui ne sera publié qu’en 1876, faute de moyens pour achever son travail après le départ de Dorugu[2].
Cette période de production foisonnante est également favorisée par le regain d’intérêt de la CMS pour la région du Bas-Niger. Alors que depuis 1846 une mission permanente est installée à Abeokuta, en pays yoruba, le médecin et explorateur William Balfour Baikie mène des explorations en 1854 et 1857 pour envisager l'installation de stations missionnaires aux abords du fleuve Niger. Baikie s'installe ensuite à Lokoja, et la CMS envisage d’y envoyer un missionnaire[20]. Schön profite de cette occasion et de l’ordination de son ami Samuel Ajayi Crowther comme évêque de la mission au Niger en 1864 pour lui recommander d’installer à Lokoja un jeune missionnaire d’origine haoussa né à Hastings qu'il avait rencontré en Sierra Leone, Thomas Cole John, dans l’espoir qu’il pourra l’aider à continuer ses travaux sur la langue[21].
Cet espoir se confirme et Schön et John entament une collaboration scientifique qui amène ce dernier à séjourner lui aussi à Palm Cottage pendant plus d’un an, de 1876 à 1877, afin d’aider Schön à poursuivre ses travaux linguistiques[2]. Commence alors la seconde période de travail prolifique du linguiste. Après son dictionnaire finalement publié en 1876, Schön publie en 1877 un manuel longtemps considéré comme le meilleur ouvrage écrit sur la langue haoussa[22]. Il continue également ses traductions liturgiques, avec la parution, en 1878, de l’évangile selon Marc, le dernier qu’il n’avait pas encore traduit puis celle, en 1879, des épîtres et de l'Apocalypse et, en 1881, celle du livre d’Isaïe. C’est cette même année qu’il publie la première version complète du Nouveau Testament en langue haoussa[2].

Son ouvrage le plus célèbre, Magána Hausa, est publié en 1885. Il s’agit d’un recueil de culture orale haoussa. Les textes qui y sont publiés sont attribués à trois auteurs ou collecteurs : Dorugu, Thomas Cole John et Gottlob Adolf Krause, un linguiste allemand s’étant lui aussi intéressé à la langue haoussa[23]. L’ouvrage fait date parce qu’il est la première publication de textes en haoussa, mais aussi parce qu’il était alors peu commun de publier des travaux sur une langue africaine qui ne soient pas soit des traductions liturgiques, soit des grammaires ou des dictionnaires. Cette publication témoigne ainsi, au-delà de l’objectif missionnaire de son étude, de l’intérêt profond qu’avait acquis Schön pour la langue et la culture haoussas.
En dehors du haoussa, Schön continue également ses travaux sur d’autres langues africaines en collaboration avec les personnes accueillies chez lui à Chatham. Entre 1859 et 1860, il travaille sur la langue igbo avec John Christopher Taylor, un missionnaire africain de la CMS longtemps installé à Onitsha, qui réside alors à Chatham. Cette collaboration lui permet de publier Oku Ibo en 1861, une grammaire de la langue igbo[24]. Plus tard, il coécrit avec Samuel Ajayi Crowther un vocabulaire de cette même langue, publié en 1882[25]. Dans les années 1880, il publie un vocabulaire et une grammaire mendé, une des langues parlées en Sierra Leone, dans laquelle il avait déjà traduit les évangiles de Matthieu, Marc et Jean en 1872, au sein d’un ouvrage publié collectivement avec le missionnaire Henry Johnson, qui avait lui aussi résidé quelque temps à Palm Cottage[26]. Il édite également plusieurs traductions des évangiles en langue nupe, une des langues parlées au Nigéria, produites par ce même Henry Johnson, alors devenu archidiacre pour le territoire du Haut-Niger[27].
La production linguistique pléthorique de Schön fait de lui l’un des plus importants missionnaires-linguistes de la CMS sur les langues africaines en compagnie de Sigismund Koelle et Samuel Adjayi Crowther. Il décède de vieillesse le 30 mars 1889 à New Brompton, au crépuscule de sa décennie la plus productive en termes d’activité linguistique[1].
Reconnaissance, critiques et postérité
modifierLa production linguistique abondante et la qualité des intuitions linguistiques de Schön lui attire de son vivant les honneurs scientifiques et universitaires, à une époque où les chercheurs orientalistes et africanistes se décentrent progressivement du monopole de l’égyptologie. Schön peut ainsi publier un article sur la grammaire du haoussa dans le quatorzième volume du Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland en 1882[28]. Il reçoit également en 1877 le prix Volney de l’Institut de France, un prix de philologie comparée, pour récompenser l’ensemble de son œuvre sur le haoussa et, en 1884, un diplôme de Doctor of Divinity (en) de l’université d’Oxford et il est fait membre de la Société orientale allemande[1].
Après son décès, ses successeurs dans l’étude du haoussa rendent régulièrement hommage à son travail et à l’importance de son apport dans la découverte et la compréhension de la langue par les Européens. Charles Henry Robinson, enseignant de haoussa à l’université de Cambridge et l'un des fondateurs de la Hausa Association en 1891, publie ainsi en 1906 une réédition de Mágana Hausa, et rend hommage dans sa préface à l’utilité du travail de Schön pour les étudiants de la langue[29]. Plus tard, dans son dictionnaire publié en 1913, il qualifie Schön de « pionnier des études haoussas » et il écrit que « son travail mérite les plus grandes louanges »[30]. Le linguiste français spécialiste du haoussa Maurice Delafosse abonde en son sens en écrivant en 1901 « on pourrait l’appeler le grand découvreur de la langue haoussa, car c’est lui qui l’a révélée à l’Europe »[31]. Un autre linguiste français, René Basset, qui a régulièrement écrit des rapports sur les études berbères et haoussas pour le Congrès International des Orientalistes, écrit pour sa part dans son rapport de 1908 que le dictionnaire de 1876 est « méritoire », que Mágana Hausa est un « excellent recueil de textes » et que le manuel de 1877 est resté le meilleur travail sur la langue produit jusqu’à l’ouvrage Lehrbuch der hausanischen Sprache du linguiste allemand Adam Mischlich, publié en 1902[22]. En 1967, dans son ouvrage The Early Study of Nigerian Languages, Paul E. H. Hair écrit que « les travaux sur le haoussa produits jusqu’en 1920 étaient principalement soit ouvertement basés sur les études de Schön, soit de simples ajouts à ses recherches »[2]. Par ailleurs, le travail de Schön a reçu un hommage appuyé de la part de la CMS, et ses ouvrages ont longtemps continué à être utilisés par les missionnaires installés en régions haoussaphones[2].

Les hommages faits à son travail ne sont cependant pas unanimes. De son vivant déjà, ses méthodes de travail sont critiquées, notamment par Heinrich Barth, un autre des précurseurs de l’étude du haoussa. Celui-ci lui reproche de produire un travail hors-sol, puisqu’il étudie le haoussa depuis l’étranger, sans s’être jamais rendu en pays haoussa, et en fondant son analyse de la langue sur la parole d’un seul individu (à cette époque Dorugu)[2]. Ainsi, la méthode de travail de Schön, évoquée par Dorugu lui-même, consiste à l’écouter raconter des histoires pendant des heures en notant tout sans y comprendre grand-chose, puis à analyser ses propres écrits pour comprendre la langue[32]. Or selon Barth, aucun travail linguistique de qualité ne peut se faire sans multiplier les témoignages et donc sans s’immerger dans le pays parlant la langue, ce qui rendrait les travaux de Schön inexacts voire fautifs sur maints aspects, qu’il ne détaille cependant pas. Par comparaison, ses propres travaux seraient forcément meilleurs puisqu’il sont produits par quelqu’un qui parle couramment la langue, et qu’ils tiennent compte également des différences dialectales inhérentes à la langue, ce que ne fait pas Schön puisqu’il n’ a qu’un seul témoignage de la langue à sa disposition. L’historien Paul E. H. Hair, qui rend compte de ces critiques dans son ouvrage The Early Study of Nigerian Languages, les considère néanmoins exagérées, notamment au vu de la postérité des travaux de Schön, et pense qu’elles sont largement amplifiées par la rancœur ressentie par Barth après que Dorugu et Abbega sont restés avec Schön plutôt que de retourner auprès de lui[2].
Barth n’est cependant pas le seul à émettre des réserves quant à la qualité du travail de Schön. Charles Henry Robinson lui-même, tout en lui rendant hommage, expose certaines limites de ce travail dans la préface de la 3e édition de son dictionnaire du haoussa. Il écrit ainsi que Schön « ignorait apparemment à l’époque où il écrivait que les haoussas possédaient aucune forme d'écriture, et qu’ils avaient depuis longtemps adopté, avec quelques modifications, une forme de l’alphabet arabe comme la leur ». Il ajoute qu'« une autre difficulté à laquelle le Dr. Schön a fait face est son manque de familiarité avec la langue arabe », et que « [son] incapacité à reconnaître [certains mots de son dictionnaire] comme arabes, quand ils lui étaient transmis par des Haoussas arabophones, couplée à son manque d’opportunités pour vérifier [ces mots] par contact personnel avec les Haoussas qui n’avaient jamais été sous influence arabe a rendu inévitable l’insertion de ces mots [dans son dictionnaire] »[30]. Les critiques les plus importantes émergent cependant surtout à partir des années 1930, portées par une nouvelle génération de linguistes qui mettent pour la première fois en avant l’importance des tons en haoussa, et qui rejettent sur ce motif l’ensemble des travaux produits par leurs prédécesseurs. Ainsi, le linguiste australien Roy Cleave Abraham publie en 1934 Principles of Hausa sans mentionner à aucun moment les travaux de Schön, pas plus que ceux de Barth ou Robinson[2].
Famille
modifierSchön épouse en premières noces Anne Elisabeth Nyländer à Kissy, en Sierra Leone, le 27 mai 1835. Cette dernière est la fille de Gustav Reinhold Nyländer, un autre missionnaire allemand de la CMS et l’un des premiers à s’être rendus en Sierra Leone, en 1806. La filiation entre Nyländer et Schön est donc maritale et intellectuelle, le second ayant repris et continué les travaux du premier sur la langue bullom/sherbro. La mère d’Anne Elisabeth, Anne Beverhout, est quant à elle la fille d’un prédicateur méthodiste noir venu de Nouvelle-Ecosse, à une époque où les mariages mixtes sont encore très rares. Ils ont ensemble une fille, Annie Catherine Schön, en mai 1836, avant qu’Anne Elisabeth ne meure en couches en novembre 1837 en donnant naissance à leur second enfant, Frederick Nylander Schön, qui ne survit qu’une semaine[1].
Schön épouse ensuite l’anglaise Cordelia Irving lors de son bref retour à Londres en 1839, et elle l’accompagne à Freetown, où elle meurt d’une maladie tropicale dès 1840. En troisièmes noces, il épouse le 5 février 1841 à Freetown Elizabeth Catherine White, née Drake, la veuve du missionnaire James White arrivé en Sierra Leone pour sa première mission en 1839 mais mort dès l’année suivante. Ils passent le reste de leur vie ensemble, à Freetown puis à New Brompton, et ils donnent naissance à cinq enfants, tout en cohabitant avec les nombreux Africains venus à Palm Cottage pour des séjours de plus ou moins longue durée[1].
Œuvres
modifierHaoussa
modifier- (en) Journals of the Rev. James Frederick Schön and Mr. Samuel Crowther, Who, with the Sanction of Her Majesty's Government, accompanied the Expedition Up the Niger in 1841 in behalf of the Church Missionary Society, Londres, Hatchard and Son, , 393 p. (ISBN 978-0-714-61877-7, lire en ligne).
- (en + ha) Vocabulary of the Haussa Language. Part I. – English and Haussa. Part II. – Haussa and English. And Phrases, and Specimens of Translations. To which are prefixed, the Grammatical Elements of the Haussa Language, Londres, Church Missionary House, , 248 p. (lire en ligne).
- (en + ha) Farawa letafin magana Hausa ko makoyi maganan gaskia da hainya ga rai hal abbaba wonda goni mallami Yakubu ya rubuta ya aike ga Hausawa duka tare da gaisuansa. A Primer of the Hausa Language, Londres, William Watts, Crown Court, Temple Bar, .
- (ha) The Acts of the Apostles translated into Hausa, Londres, British and Foreign bible Society, , 98 p.
- (ha) The Gospel according to St John translated into Hausa, Londres, British and Foreign Bible Society, , 76 p.
- (ha) The Gospel according to St Matthew translated into Hausa, Londres, British and Foreign Bible Society, .
- (ha) Labari nagari kamada anrubutasi daga Lukas. The Gospel according to St Luke. Translated from the original into Hausa, Londres, British and Foreign Bible Society, , 104 p.
- (ha) Letafin Musa nafa'ri. The first book of Moses. Translated from the Original into Hausa, Londres, British and Foreign bible Society, , 149 p.
- (ha) Letafin Musa nabiu. The Second Book of Moses, calle Exodus. Translated from the original into Hausa, Londres, Biritsh and Foreign Bible Society, , 119 p.
- (en + ha) Grammar of the Hausa Language, Londres, Church Missionary House, , 234 p. (ISBN 978-1-017-39917-2, lire en ligne).
- (en + ha) Dictionary of the Hausa Language, Londres, Church Missionary House, , 476 p. (ISBN 978-0-576-11619-0, lire en ligne).
- (en + ha) Hausa Reading Book : With the Rudiments of Grammar and Vocabularies, and Traveller's Vade Mecum, Londres, Church Missionary House, , 148 p. (ISBN 978-1-230-13722-3, lire en ligne).
- (ha) Labari nagari kamada Marku ya rubutasi. The Gospel according to St. Mark. Translated into Hausa from the Original, Londres, Church Missionary House, , 93 p.
- (ha) The Epistles and Revelations in Hausa, Londres, British and Foreign Bible Society, , 316 p. (ISBN 978-1-020-94600-4, lire en ligne).
- (ha) Letafi na Yesaya, Annabi. Da magana Hausa. The Book of Isaiah. Translated into Hausa, Londres, British and Foreign Bible Society, .
- (en + ha) « Grammatical Sketch of the Hausa Language », The Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland, vol. 14, no 3, , p. 176-217 (lire en ligne).
- (ha) Magána Hausa : Native Literature, or Proverbs, Tales, Fables and Historical fragments in the Hausa Language, Londres, Society for Promoting Christian Knowledge, , 314 p. (ISBN 978-1-104-29305-5, lire en ligne).
- (en + ha) African Proverbs, Tales and Historical Fragments. English Translation, Hausa Text, Londres, Society for Promoting Christian Knowledge, , 195 p. (ISBN 978-1-116-18363-4, lire en ligne).
- (en + ha) Appendix to the Dictionary of the Hausa Language, Hausa-English Part, with additions of Hausa Literature, Londres, Church Missionary House, , 206 p. (ISBN 978-1-475-29533-7, lire en ligne).
Sherbro
modifier- (en + bun) Sherbro Vocabulary, Londres, Church Missionary House, , 46 p. (ISBN 978-1-021-77509-2).
- (en + bun) Translations of seven Parables and Discourses of our Lord Jesus Christ into the Sherbro Language of West Africa, Londres, Church Missionary House, .
Igbo
modifier- (en + ig) - et James Christopher Taylor, Oku Ibo. Grammatical Elements of the Ibo Language, Londres, Church Missionary House, , 80 p.
- (en + ig) - et Samuel Ajayi Crowther, Vocabulary of the Ibo Language, Londres, Society for Pomoting Christian Knowledge, , 199 p. (lire en ligne).
Mendé
modifier- (en + men) - et Henry Johnson, La-yia Yekpe nanisia : wotenga Mende-bela ti kenye-lei hu : Nyegingo goma Inglisi ma, na nyegi lo Ngewo ngi koloi kenye wekeisia ma, Londres, British and Foriegn Bible Society, , 371 p.
- (en + men) Grammar of the Mende Language, Londres, Society for Promoting Christian Knowledge, .
- (en + men) Vocabulary of the Mende Language, Londres, Society for Pomoting Christian Knowledge, , 255 p. (ISBN 978-0-649-73011-7, lire en ligne).
Documentation contemporaine de Schön
modifier- René Basset, « Rapport sur les études berbères et haoussa, 1902-1908 », Congrès International des Orientalistes, Copenhague « Quinzième session », 14-20 août 1908, p. 244-264.
- (en) Christian Missionary Society, Annotated Register of Missionaries, 1804-1894, Londres, Church Missionary House, , 513 p., « 181. Schön, James Frederick », p. 32-33.
- Maurice Delafosse, Manuel de la langue haoussa ou Chrestomathie haoussa, Paris, Librairie orientale, , 135 p. (ISBN 978-1-021-25620-1).
Bibliographie
modifier- (en) Bruce Aubry, Aubry’s Brief Lives. Medway People in the Victorian Era, Rochester, Pocock Press, , 316 p. (ISBN 978-0-954-57853-4).
- (en) Adeyemo Elebute, The Life of James Pinson Labulo Davies : A Colossus of Victorian Lagos, Lagos, Kachifo Limited/Prestige, , 261 p. (ISBN 978-9-785-20576-3).
- (en) Paul E. H. Hair, The Early Study of Nigerian Languages, Cambridge, Cambridge University Press, , 124 p. (ISBN 978-0-521-05174-3, lire en ligne).
- (en) Brian Joyce, Black People in Medway, 1655-1914, Rochester, Medway Archive Centre, , 50 p.
- (en) Anthony Kirk-Greene et Paul Newman, West African Travels and Adventures. Two Autobiographical Narratives from Northern Nigeria, New Haven (CT), Londres, Yale University Press, , 255 p. (ISBN 978-0-300-01426-6).
- (en) Femi J. Kolapo, « CMS Missionaries of African Origin and Extra-Religious Encounters at the Niger-Benue Confluence, 1858-1880 », African Studies Review, vol. 43, no 2, , p. 87-115 (lire en ligne).
- Camille Lefebvre, « 1856. Dorugu, un voyageur haoussa en Europe », dans Romain Bertrand, L’exploration du monde : Une autre histoire des Grandes Découvertes, Paris, Editions du Seuil, coll. « Points », , 536 p. (ISBN 978-2-021-40625-2, lire en ligne), p. 389-393.
- (en) Sara Pugach, Africa in Translation. A History of Colonial Linguistics in Germany and Beyond, 1814-1945, Ann Arbor, Université of Michigan, , 291 p. (ISBN 978-0-472-11782-6).
- (de) Jürgen Quack, « Jacob Friedrich Schön und die Niger-Expedition 1841 », Jahrbuch für badische Kirchen- und Religionsgeschichte, vol. 15, , p. 435-454 (lire en ligne
). - (en) Julia Winckler, « Regards croisés : James Henry Dorugu’s Nineteenth-Century European Travel Account », Journeys, vol. 10, no 2, , p. 1-30 (lire en ligne
).
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (de) Jürgen Quack, « Jacob Friedrich Schön und die Niger-Expedition 1841 », Jahrbuch für badische Kirchen- und Religionsgeschichte, vol. 15, , p. 435-454 (lire en ligne
[PDF]). - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (en) Paul Edward Hedley Hair, The Early Study of Nigerian Languages, Cambridge, Cambridge University Press, , 124 p. (ISBN 978-0-521-05174-3, lire en ligne).
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