James Welling
James Welling, né en à Hartford, est un artiste, photographe et enseignant américain.
| Professeur émérite (en) UCLA Department of Art, 1988- (d) | |
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(en) jameswelling.net |
Formé au California Institute of the Arts auprès de John Baldessari, Jack Goldstein et Wolfgang Stoerchle, il développe depuis les années 1970 une œuvre expérimentale qui étudie les propriétés matérielles, optiques et historiques de la photographie.
Associé à la Pictures Generation, Welling se distingue par l’extrême diversité de ses procédés et de ses sujets. Il pratique aussi bien la photographie documentaire et le paysage que le photogramme, l’abstraction, les filtrages colorés, l’impression numérique et la photographie sans appareil. Ses principales séries comprennent Diary/Landscape, les Gelatin Photographs, Light Sources, Flowers, Glass House et Choreograph.
Biographie
modifierJames Welling naît en à Hartford, dans le Connecticut, et grandit à Simsbury. Il s’intéresse d’abord au dessin, à la peinture, à la musique et à la danse avant de se consacrer à la photographie.
En 1969, il entre à l’université Carnegie-Mellon, à Pittsburgh, où il étudie le dessin auprès du peintre Gandy Brodie. Il suit également des cours de danse moderne à l’université de Pittsburgh. En 1971, il rejoint le California Institute of the Arts, à Valencia, en Californie[1].
À CalArts, il étudie notamment auprès de John Baldessari, Jack Goldstein et Wolfgang Stoerchle. L’établissement constitue alors l’un des principaux centres de l’art conceptuel américain. Welling obtient un Bachelor of Fine Arts en 1972 puis un Master of Fine Arts en 1974[2].
Ses premières œuvres comprennent des vidéos, des performances, des dessins, des sculptures et des expérimentations sonores. La photographie n’apparaît donc pas immédiatement comme son médium exclusif. Elle devient progressivement le lieu dans lequel il peut réunir ses intérêts pour la matière, la lumière, l’histoire de l’art, la perception et les procédés techniques.
Après ses études, il s’installe à Los Angeles, puis à New York en 1978. Il commence à utiliser une chambre photographique de format 4 × 5 pouces vers 1976. Ses premiers ensembles importants associent des paysages du Connecticut, des documents familiaux, des objets ordinaires et des expériences menées directement dans la chambre noire.
Au début des années 1980, Welling est rapproché de la Pictures Generation, groupe informel d’artistes parmi lesquels figurent notamment Cindy Sherman, Richard Prince, Sherrie Levine, Robert Longo et Jack Goldstein. Ces artistes interrogent la manière dont les images sont produites, reproduites, citées et interprétées dans une culture déjà saturée de photographies[3].
La pratique de Welling se distingue toutefois d’une appropriation principalement fondée sur les médias ou la publicité. Il travaille souvent à partir de procédés photographiques élémentaires, de documents familiaux, de paysages, de matériaux industriels et de références à l’histoire de la peinture.
Il enseigne au Massachusetts Institute of Technology dans les années 1980, puis à la Milton Avery Graduate School of the Arts du Bard College. De 1995 à 2016, il dirige le département de photographie de l’université de Californie à Los Angeles[4].
En 1990, la Kunsthalle de Berne organise une première rétrospective consacrée à ses photographies de 1977 à 1990. Une nouvelle exposition d’ensemble, James Welling: Photographs 1974–1999, est présentée en 2000 au Wexner Center for the Arts, puis au Museum of Contemporary Art de Los Angeles et au Baltimore Museum of Art[5].
En 2013-2014, l’exposition itinérante James Welling: Monograph réunit près de quarante années de travail au Cincinnati Art Museum, au Hammer Museum de Los Angeles et au Fotomuseum Winterthur. Elle met en évidence la diversité des procédés employés par l’artiste : photographie argentique ou numérique, photogramme, sténopé, filtres colorés, impression à jet d’encre, pliage, froissement et photographie sans appareil[2].
Welling reçoit notamment le prix de photographie de la DG Bank en 1999 et le prix Infinity de l’International Center of Photography en 2014.
Il vit et travaille principalement à New York.
Œuvre
modifierLa photographie comme champ d’expérimentation
modifierJames Welling développe depuis les années 1970 une œuvre fondée sur l’exploration des propriétés matérielles, optiques et historiques de la photographie. Il passe constamment de l’image figurative à l’abstraction, du noir et blanc à la couleur et de la prise de vue traditionnelle aux procédés sans appareil.
Son œuvre ne possède pas un style visuel unique immédiatement identifiable. Chaque série peut reposer sur un sujet, une technique ou une apparence très différente. Cette diversité constitue précisément l’un des principes de sa démarche.
Le Hammer Museum décrit son travail comme situé dans un espace hybride entre peinture, sculpture et photographie traditionnelle. Welling examine aussi bien l’image représentative que l’abstraction, l’argentique que le numérique et les procédés photographiques utilisant ou non un appareil[2].
La photographie n’est donc pas envisagée comme un moyen transparent de reproduire le monde. Elle dépend d’une succession d’opérations : exposition à la lumière, cadrage, choix de l’objectif, support sensible, développement, filtrage, impression et présentation.
En modifiant ces opérations, Welling montre que l’apparence d’une photographie n’est jamais entièrement donnée par son sujet. Une même réalité peut devenir documentaire, abstraite, picturale ou presque illisible selon la manière dont elle est enregistrée et imprimée.
Entre représentation et abstraction
modifierUne grande partie de l’œuvre de Welling se situe entre deux conceptions traditionnellement opposées de la photographie.
La première considère la photographie comme l’enregistrement d’un objet, d’une personne ou d’un lieu ayant existé devant l’appareil. La seconde met l’accent sur la surface, la lumière, la couleur et les réactions chimiques ou numériques qui produisent l’image.
Welling ne choisit pas définitivement entre ces deux positions. Ses photographies abstraites peuvent être obtenues à partir de matériaux réels placés devant l’objectif ou directement sur le papier sensible. Inversement, ses paysages et ses architectures peuvent être transformés par des filtres, des couleurs ou des superpositions qui rendent leur apparence incertaine.
Cette tension permet de considérer chaque photographie simultanément comme une représentation et comme un objet matériel. L’image montre quelque chose, mais elle montre également son propre mode de fabrication.
Le Centre Pompidou souligne ainsi la diversité des techniques et des gestes employés par Welling : photogramme, Polaroïd, tirage gélatino-argentique, procédés numériques, sténopé, pliage ou froissement[4].
Les premières œuvres conceptuelles
modifierDurant ses années à CalArts, Welling réalise des œuvres relevant de la performance, de la vidéo et de l’art conceptuel. Plusieurs prennent la forme d’actions simples enregistrées ou documentées.
Second Tape (1972) appartient à cette période. Le médium vidéographique y est moins utilisé pour raconter une histoire que pour enregistrer un processus ou une durée.
L’enseignement de John Baldessari encourage alors les étudiants à interroger les conventions de l’œuvre, de l’auteur et de la représentation. Welling conserve de cette formation une attention aux systèmes et aux règles, mais développe progressivement une relation plus matérielle et sensorielle aux images.
Son passage à la photographie ne constitue donc pas un abandon de l’art conceptuel. Il déplace ses interrogations vers la lumière, le négatif, le tirage et les traditions historiques du médium.
Diary of Elizabeth and James Dixon et Connecticut Landscapes
modifierÀ partir de 1977, Welling travaille avec un journal tenu en 1840 et 1841 par son arrière-grand-mère Elizabeth Dixon et le frère de celle-ci, James. Il associe des pages manuscrites, des objets familiaux et des photographies de paysages prises dans le Connecticut où sa famille avait vécu.
La série est généralement intitulée Diary of Elizabeth and James Dixon (1840–41)/Connecticut Landscapes, 1977–86[6].
Welling ne cherche pas à illustrer précisément chaque passage du journal. Les paysages contemporains et les fragments de texte sont rapprochés sans établir une correspondance narrative stable.
L’écriture ancienne donne aux photographies une profondeur généalogique, tandis que les paysages restent silencieux sur les événements qui s’y sont déroulés. La photographie ne permet pas de retrouver directement le passé, mais elle rend perceptible la distance qui en sépare le présent.
Les images peuvent être sombres, brumeuses ou partiellement obscures. Elles évoquent aussi bien la tradition du paysage photographique du XIXe siècle que la peinture romantique et le souvenir familial.
Cette série établit plusieurs thèmes durables de son œuvre : rapport entre texte et image, histoire familiale, mémoire des lieux, influence de la peinture et incertitude du document.
Aluminum Foils
modifierDans la série Aluminum Foils, réalisée à la fin des années 1970, Welling froisse des feuilles de papier aluminium puis les photographie en gros plan.
La lumière réfléchie par le métal produit des zones noires, grises et blanches qui peuvent évoquer des rochers, de l’eau, des nuages ou des paysages nocturnes. La faible profondeur et la petite échelle du matériau deviennent difficiles à déterminer.
Ces photographies reposent sur une ambiguïté entre objet et représentation. Le spectateur peut reconnaître une feuille d’aluminium, mais l’image peut également être regardée comme un paysage abstrait.
Welling ne dissimule donc pas nécessairement le caractère artificiel du sujet. Il montre comment une matière banale, éclairée et cadrée d’une certaine manière, peut produire une multiplicité d’associations visuelles.
Le procédé rappelle les expérimentations photographiques modernistes, mais aussi les recherches de la peinture abstraite sur la surface, la lumière et la matière.
Drapes
modifierÀ partir de 1981, Welling réalise la série Drapes, composée de photographies de tissus noirs ou sombres disposés dans son atelier.
Le drapé constitue un motif traditionnel de la peinture et de la sculpture occidentales. Il sert habituellement à représenter les vêtements, à suggérer le mouvement du corps ou à démontrer la maîtrise technique de l’artiste.
Chez Welling, le corps a disparu. Le tissu demeure seul, éclairé de façon à produire des plis, des creux et des volumes presque sculpturaux.
Les photographies sont suffisamment descriptives pour que le tissu reste reconnaissable, mais leur échelle et leur tonalité sombre les rapprochent de compositions abstraites.
Dans les versions ultérieures comme Green Drape, la couleur modifie encore la relation entre la matérialité du tissu et la surface photographique. L’Art Institute of Chicago rattache ces images aux interrogations de la Pictures Generation sur l’histoire propre de la photographie et son rôle dans l’ensemble de la représentation visuelle contemporaine[3].
Gelatin Photographs
modifierLes Gelatin Photographs, commencées au début des années 1980, comptent parmi les œuvres abstraites les plus importantes de Welling.
Pour les produire, l’artiste verse de la gélatine chaude sur une surface puis la laisse refroidir, se plisser et se solidifier. Il photographie ou utilise ensuite ces formes translucides afin de produire des images en noir et blanc.
La gélatine fait directement référence à la composition matérielle du papier photographique argentique, dont l’émulsion sensible est maintenue dans une couche de gélatine.
Le sujet photographié et le support de la photographie possèdent donc une matière commune. L’image devient une réflexion sur sa propre fabrication.
Les plis, bulles et reliefs produisent des formes pouvant évoquer des tissus, des paysages, des organes, des fossiles ou des phénomènes microscopiques. Aucun de ces rapprochements ne devient pourtant définitif.
Les œuvres ne sont pas produites par une composition dessinée à l’avance. Elles dépendent des comportements physiques de la matière : écoulement, refroidissement, transparence et réflexion de la lumière.
Le Centre Pompidou conserve notamment Gelatin Photograph 40 et Gelatin Photograph 45, datées de 1984[7],[8].
Photogrammes et photographie sans appareil
modifierWelling emploie régulièrement le photogramme, procédé consistant à placer des objets ou des matériaux directement sur une surface photosensible avant de l’exposer à la lumière.
La photographie ne dépend alors plus de l’objectif ni de la perspective produite par une caméra. Les formes résultent du contact, de la transparence et de la distance entre les objets et le papier.
Le photogramme inscrit Welling dans une histoire expérimentale comprenant notamment William Henry Fox Talbot, Anna Atkins, Man Ray et László Moholy-Nagy.
Il ne cherche cependant pas à reproduire un style historique. Il combine le procédé avec des matériaux contemporains, des filtres colorés, des impressions numériques et des manipulations réalisées après l’exposition initiale.
Cette pratique permet de revenir aux conditions les plus élémentaires de la photographie : une surface sensible, une source lumineuse, un objet et une durée.
Architectures
modifierAu milieu des années 1980, Welling réalise une série de photographies consacrée à des architectures modernistes et industrielles.
Les bâtiments sont généralement photographiés en noir et blanc, avec une attention portée aux structures, aux surfaces, aux angles et aux effets de lumière. Les images ne prennent pourtant pas la forme d’un inventaire architectural neutre.
Les façades, fenêtres et éléments de construction sont cadrés de manière à produire des compositions presque abstraites. La photographie oscille entre description du bâtiment et étude géométrique.
Le modernisme architectural constitue pour Welling à la fois un sujet historique et un répertoire de formes. Il peut être confronté à la photographie moderniste, qui a fréquemment employé l’architecture pour célébrer la géométrie, la transparence et le progrès technique.
Welling rend ces traditions visibles sans les reprendre entièrement à son compte. Les bâtiments peuvent paraître rationnels et ordonnés, mais également opaques, isolés ou difficiles à situer.
Light Sources
modifierLa série Light Sources, commencée dans les années 1990, est consacrée aux différentes manières dont la lumière apparaît dans le monde industriel, naturel et urbain.
Welling photographie notamment des ampoules, des fenêtres, des projecteurs, des reflets, des machines, des fils électriques, des paysages nocturnes et des sources lumineuses difficiles à identifier.
La lumière est à la fois le sujet des photographies et la condition matérielle de leur existence. Elle rend les objets visibles, mais peut aussi les effacer, les saturer ou les transformer en silhouettes.
Le titre ne désigne donc pas une catégorie visuelle homogène. Il rassemble des phénomènes très différents dont le seul point commun est de produire, de réfléchir ou de transmettre de la lumière.
Le livre Light Sources, publié une première fois en 1996 puis sous une forme développée en 2010, organise ces images sans progression narrative stricte.
La série réunit photographie documentaire et interrogation autoréflexive : chaque image montre une source lumineuse tout en rappelant que toute photographie est elle-même une inscription de lumière.
Les photographies ferroviaires
modifierEntre la fin des années 1980 et les années 1990, Welling photographie les chemins de fer, les locomotives, les ponts, les voies, les installations industrielles et les paysages traversés par le réseau ferroviaire américain.
Il travaille notamment dans le Connecticut, l’État de New York, la Pennsylvanie, la Virginie-Occidentale et le Maryland. La National Gallery of Art conserve un important ensemble de ces photographies[9].
Ces images prolongent son intérêt pour le paysage américain et les infrastructures. Les voies ferrées relient les espaces naturels, les villes, les usines et les régions marquées par l’histoire industrielle.
Welling ne produit pas un reportage consacré au fonctionnement économique du chemin de fer. Il photographie des signes dispersés : locomotive arrêtée, pont métallique, détecteur de hauteur, voie courbe, bâtiment abandonné ou paysage aperçu depuis la route.
Les photographies utilisent souvent un noir et blanc qui rappelle les archives industrielles et les travaux documentaires du XIXe et du début du XXe siècle.
Leur précision descriptive coexiste avec une forte attention à la lumière, aux masses et aux lignes. Le document historique potentiel devient également une composition.
Paysage américain et histoire de la photographie
modifierLes paysages de Welling dialoguent avec plusieurs traditions photographiques américaines : relevés topographiques, photographie ferroviaire, vues industrielles, paysages de la Nouvelle-Angleterre et photographies modernistes.
Il ne cherche pas à produire une vision uniforme du territoire. Chaque série adopte une méthode différente selon les lieux, les références et les conditions techniques.
Certaines images peuvent évoquer Walker Evans, Carleton Watkins, Timothy O'Sullivan ou Charles Sheeler. D’autres sont plus proches d’une abstraction lumineuse ou d’une expérience personnelle du déplacement.
Ces références ne prennent généralement pas la forme de citations directes. Elles apparaissent dans le choix des sujets, dans le format, dans le noir et blanc ou dans la manière d’organiser l’espace.
Le paysage devient ainsi le lieu où se croisent histoire collective, mémoire familiale, techniques photographiques et traditions artistiques.
Flowers
modifierLa série Flowers, commencée en 2004, est produite à partir de photogrammes de fleurs.
Welling place des plantes sur un film noir et blanc, puis expose celui-ci à la lumière afin d’enregistrer leur silhouette et leur transparence. Il utilise ensuite des filtres rouge, vert et bleu lors de l’impression afin de produire des couleurs intenses qui ne correspondent pas nécessairement à celles des fleurs originales.
Les images associent ainsi un procédé photographique ancien à des méthodes de séparation et de recomposition chromatiques.
Les pétales, tiges et feuilles demeurent reconnaissables, mais leurs couleurs artificielles les rapprochent de l’abstraction, de l’imagerie scientifique et de la peinture.
La série renvoie notamment aux photogrammes botaniques d’Anna Atkins, tout en s’éloignant de leur fonction descriptive. La plante n’est pas classée selon son espèce ; elle devient une structure lumineuse et colorée.
Les différentes versions d’un même photogramme peuvent recevoir des combinaisons chromatiques variées. L’identité de l’image dépend donc autant du filtrage que du sujet initial[2].
Couleur additive et filtres
modifierL’usage de filtres colorés occupe une place croissante dans l’œuvre de Welling à partir des années 2000.
Le rouge, le vert et le bleu correspondent aux trois composantes du système additif employé pour produire les images électroniques. En superposant ou en séparant ces canaux, Welling modifie l’apparence du monde photographié.
Une photographie en noir et blanc peut ainsi servir de matrice à plusieurs images colorées. La couleur n’est plus nécessairement enregistrée au moment de la prise de vue : elle peut être construite après celle-ci.
Cette méthode rend visible la convention technique selon laquelle une vaste gamme de couleurs peut être reconstruite à partir de trois canaux.
Les décalages entre ces canaux produisent également des contours colorés, des dédoublements et des effets proches de la vision stéréoscopique ou de l’image imprimée mal repérée.
La couleur ne sert donc pas uniquement à embellir le sujet. Elle perturbe sa stabilité et rappelle le caractère fabriqué de toute restitution photographique.
Glass House
modifierEntre 2006 et 2010, Welling réalise une série consacrée à la Glass House, maison construite en 1949 par l’architecte Philip Johnson à New Canaan, dans le Connecticut.
Le bâtiment constitue une icône de l’architecture moderniste américaine. Ses façades vitrées cherchent à abolir la frontière entre intérieur et paysage, tandis que son organisation géométrique affirme une conception rationnelle et transparente de l’espace.
Welling photographie la maison, ses pavillons annexes, le mobilier, les œuvres d’art et la végétation environnante. Il utilise ensuite des filtres colorés, des superpositions et des manipulations numériques pour produire des images très éloignées de la photographie architecturale conventionnelle[10].
Les surfaces transparentes deviennent rouges, vertes, bleues ou violettes. Les reflets et les vues à travers le verre se superposent, rendant difficile la distinction entre intérieur, extérieur, architecture et paysage.
La couleur psychédélique contredit la neutralité souvent associée au modernisme. Elle transforme la maison en un espace instable, affectif et presque imaginaire.
La série ne constitue pourtant pas une simple critique de Philip Johnson. Elle examine la manière dont une architecture déjà largement diffusée par la photographie peut encore être réinterprétée.
Chaque image ajoute une nouvelle couche visuelle à l’histoire médiatique du bâtiment. La Glass House est simultanément un lieu réel, une icône culturelle et un ensemble de représentations.
Architecture, photographie et transparence
modifierLa Glass House permet à Welling de rapprocher deux systèmes fondés sur le cadrage et la transparence.
La fenêtre architecturale organise une vue sur le monde, tandis que l’appareil photographique cadre également un fragment de l’espace. Dans la maison de Johnson, les murs vitrés ressemblent eux-mêmes à de grandes surfaces photographiques.
Les reflets compliquent cependant cette transparence. Une vitre montre ce qui se trouve derrière elle tout en renvoyant l’image de ce qui se situe devant.
La photographie enregistre ces différentes couches sur une surface unique. Le spectateur ne peut plus déterminer immédiatement quelle profondeur appartient au bâtiment, au paysage ou au reflet.
En ajoutant des filtres colorés, Welling transforme cette confusion optique en principe de composition. La transparence moderniste devient une accumulation d’opacités et de projections.
Wyeth et Things Beyond Resemblance
modifierÀ partir de 2010, Welling entreprend un ensemble consacré au peintre américain Andrew Wyeth.
Il photographie les lieux, les bâtiments, les objets et les paysages du Maine et de Pennsylvanie associés à Wyeth et à sa famille. Le projet est présenté sous le titre Things Beyond Resemblance: James Welling Photographs au Brandywine River Museum of Art en 2015.
Welling ne cherche pas à reconstituer matériellement les tableaux de Wyeth. Il photographie les mêmes régions et parfois les mêmes bâtiments, mais selon ses propres choix de lumière, de saison, de cadrage et de couleur.
Le projet examine ce qui demeure d’une œuvre lorsque le spectateur se rend dans les lieux qui l’ont inspirée. Le paysage réel ne correspond jamais entièrement à l’image mémorisée.
Welling emploie notamment des filtres colorés et des procédés numériques qui éloignent ses photographies du réalisme généralement associé à Wyeth.
La relation entre les deux artistes repose moins sur la ressemblance que sur une sensibilité aux lieux, aux surfaces, aux bâtiments et aux histoires familiales.
Choreograph
modifierDans la série Choreograph, commencée au milieu des années 2010, Welling associe son intérêt ancien pour la danse à ses recherches sur la couleur et la superposition numérique.
Il photographie des danseurs et combine leurs mouvements à des paysages et à des architectures. Les différentes images sont réparties entre les canaux rouge, vert et bleu.
Les corps apparaissent ainsi multipliés, fragmentés ou traversés par leur environnement. Un mouvement peut produire plusieurs silhouettes colorées légèrement décalées.
La photographie fixe un instant, mais la séparation chromatique restitue une impression de durée et de déplacement.
Le terme Choreograph ne désigne pas uniquement les gestes des danseurs. Il peut également s’appliquer à l’organisation des images, des couleurs et des espaces.
La série relie les cours de danse suivis par Welling avant son entrée à CalArts à ses recherches photographiques les plus récentes.
Degradés
modifierLa série Degradés explore la possibilité de produire des photographies presque entièrement constituées de transitions colorées.
Les images sont obtenues par des manipulations de lumière et de filtrage plutôt que par la représentation d’un objet clairement identifiable.
Les couleurs évoluent progressivement d’une zone à l’autre, sans contour stable ni centre unique. Elles peuvent évoquer un ciel, une lumière projetée, un écran numérique ou une peinture abstraite.
Le terme français « dégradé » désigne précisément cette transition continue entre plusieurs tons. Son emploi souligne la relation entre photographie, impression et vocabulaire de la peinture.
Ces œuvres semblent s’éloigner du monde visible, mais restent produites par des opérations photographiques. Elles montrent que la lumière et la couleur peuvent devenir des sujets autonomes.
Séries récentes et hybridation des médiums
modifierDans ses travaux récents, Welling associe de plus en plus fréquemment photographie, impression, peinture et interventions manuelles.
Certaines images sont imprimées sur des feuilles plastiques ou des supports inhabituels, puis recouvertes de peinture à l’huile, de bâton gras ou de pigments.
Cette hybridation remet en cause la séparation entre image mécanique et surface peinte. L’impression conserve la trace d’un appareil ou d’un fichier numérique, tandis que les interventions manuelles rendent chaque exemplaire matériellement singulier.
Dans la série Cento, consacrée à l’architecture et à la sculpture antiques, le titre renvoie à une forme littéraire composée de fragments empruntés à différents textes.
Welling applique un principe comparable aux images : architecture, statuaire, photographie, impression et peinture sont assemblées sans chercher à produire une reconstitution archéologique homogène.
Le monde antique devient un répertoire de formes transmis par les musées, les livres, les voyages et la reproduction photographique.
Histoire de l’art et influence
modifierL’œuvre de Welling est traversée par de nombreuses références à l’histoire de la peinture, de la photographie, de l’architecture et du cinéma.
Il s’intéresse notamment au romantisme, à l’abstraction moderniste, à la peinture américaine, au constructivisme, à l’architecture du mouvement moderne et aux expérimentations photographiques du XIXe siècle.
Ces références ne prennent pas nécessairement la forme d’hommages explicites. Elles peuvent déterminer le choix d’une lumière, d’un format, d’un matériau ou d’une technique.
Welling considère la photographie comme un médium possédant sa propre histoire, mais également comme un moyen de circuler entre d’autres disciplines.
La photographie peut reproduire une peinture, documenter une sculpture, transformer une architecture en surface ou produire une abstraction comparable à un tableau.
Cette capacité de circulation explique la diversité apparente de son œuvre. Les séries ne partagent pas toujours la même apparence, mais interrogent toutes les relations entre image, mémoire, matière et perception.
Rapport à la Pictures Generation
modifierWelling est régulièrement associé à la Pictures Generation, notamment parce qu’il étudie à CalArts auprès de John Baldessari et de Jack Goldstein et participe à la scène artistique américaine de la fin des années 1970.
Comme plusieurs artistes de cette génération, il remet en cause l’idée selon laquelle une photographie serait une image transparente ou immédiatement authentique.
Il se distingue néanmoins de pratiques principalement fondées sur la reprise de films, de publicités ou d’images médiatiques. Ses matériaux peuvent être de la gélatine, du tissu, de l’aluminium, un paysage familial ou une œuvre architecturale.
Son interrogation porte donc autant sur les procédés physiques de la photographie que sur les codes culturels de l’image.
Cette position explique que son œuvre soit alternativement étudiée dans l’histoire de l’art conceptuel, de la photographie expérimentale, de l’abstraction et de la Pictures Generation.
Le tirage comme œuvre
modifierChez Welling, la prise de vue ne constitue souvent que la première étape du travail. L’image finale dépend du choix du négatif, de la taille, du contraste, de la couleur, du support et du procédé d’impression.
Un même négatif peut donner lieu à plusieurs tirages différents. Le filtrage ou le traitement numérique transforme l’interprétation du sujet sans modifier nécessairement la prise de vue initiale.
Le tirage n’est donc pas une simple reproduction fidèle d’un négatif. Il constitue une nouvelle opération de construction.
Cette attention rapproche Welling de la tradition du laboratoire photographique, mais aussi de la peinture et de la gravure, dans lesquelles une image est élaborée par couches et par états successifs.
Les procédés numériques ne remplacent pas entièrement les techniques argentiques. Welling les combine selon les besoins de chaque série.
Perception, connaissance et incertitude
modifierLes photographies de Welling refusent souvent une lecture immédiate. Le spectateur peut hésiter entre un tissu et un paysage, une feuille d’aluminium et une roche, un photogramme et une image numérique.
Cette incertitude ne constitue pas un simple jeu de devinettes. Elle montre que la vision est toujours orientée par des habitudes, des souvenirs et des références culturelles.
Une image est reconnue en fonction de ce qu’elle ressemble à des images déjà vues. Lorsque l’échelle, la couleur ou le contexte sont supprimés, cette reconnaissance devient instable.
Welling utilise ainsi la photographie pour examiner la manière dont le spectateur construit mentalement ce qu’il croit voir.
L’image ne fournit pas nécessairement une connaissance certaine de son sujet. Elle peut au contraire rendre perceptible le processus d’interprétation lui-même.
Enseignement
modifierL’enseignement occupe une place importante dans la carrière de James Welling. Après plusieurs postes dans les années 1980 et 1990, il dirige durant plus de vingt ans le département de photographie de l’université de Californie à Los Angeles.
Son activité pédagogique accompagne les transformations profondes du médium : passage de l’argentique au numérique, développement de l’impression à jet d’encre et intégration croissante de la photographie aux installations et aux pratiques interdisciplinaires.
Welling encourage une approche dans laquelle la technique ne constitue pas une fin en soi. Chaque procédé doit correspondre à une question artistique particulière.
Son influence concerne ainsi plusieurs générations de photographes et d’artistes utilisant l’image, même lorsque leurs œuvres ne ressemblent pas formellement aux siennes.
Réception et postérité
modifierJames Welling est considéré comme une figure importante de la photographie américaine contemporaine et comme l’un des artistes ayant contribué à réintroduire l’expérimentation matérielle et l’abstraction dans le médium à partir de la fin des années 1970[2].
Son œuvre démontre qu’une photographie peut être simultanément descriptive, conceptuelle, matérielle et picturale. Elle remet en cause l’idée selon laquelle le médium devrait choisir entre document et abstraction.
La variété de ses séries exerce une influence particulière sur des artistes qui combinent photographie, peinture, sculpture, installation et techniques numériques.
En 1992, Welling participe à la documenta IX de Cassel. Son travail est également présenté lors de plusieurs Biennales du Whitney, ainsi que dans l’exposition The Pictures Generation, 1974–1984 organisée au Metropolitan Museum of Art en 2009.
En 2013, l’exposition James Welling: Monograph et le catalogue qui l’accompagne contribuent à présenter son œuvre comme une recherche continue sur les différentes possibilités de la photographie plutôt que comme une succession de styles sans relation[2].
Ses œuvres sont notamment conservées au Museum of Modern Art, au Metropolitan Museum of Art, au Whitney Museum of American Art, au musée Solomon-R.-Guggenheim, à la National Gallery of Art, à l’Art Institute of Chicago, au Centre Pompidou, à la Tate, au Los Angeles County Museum of Art et au Museum of Contemporary Art de Los Angeles[11],[12].
Œuvres et séries principales
modifier- Diary of Elizabeth and James Dixon (1840–41)/Connecticut Landscapes, 1977-1986.
- Aluminum Foils, 1978-1981.
- Drapes, à partir de 1981.
- Gelatin Photographs, 1983-1986.
- Architectures, années 1980.
- Light Sources, à partir des années 1990.
- Railroad Photographs, 1987-1994.
- Degradés, à partir de 2000.
- Flowers, 2004-2011.
- Glass House, 2006-2010.
- Wyeth et Things Beyond Resemblance, à partir de 2010.
- Choreograph, à partir de 2014.
- Cento, années 2020.
Distinctions sélectionnées
modifier- 1999 : prix de photographie de la DG Bank, Sprengel Museum Hannover.
- 2008 : prix d’excellence de l’Association internationale des critiques d’art pour une exposition en galerie.
- 2009 : Pilara Foundation Distinguished Visiting Photography Fellow.
- 2014 : Infinity Award de l’International Center of Photography.
Expositions personnelles sélectionnées
modifier- 1981 : Metro Pictures, New York.
- 1986 : Cash/Newhouse, New York.
- 1990 : James Welling: Photographs 1977–1990, Kunsthalle de Berne.
- 1993 : Usines de Dentelle, Le Channel, Calais.
- 1994 : Arts Club of Chicago.
- 1996 : Camden Arts Centre, Londres.
- 1998 : Kunstmuseum Luzern.
- 2000-2002 : James Welling: Photographs 1974–1999, Wexner Center for the Arts, Columbus ; Museum of Contemporary Art, Los Angeles ; Baltimore Museum of Art.
- 2002 : Abstract, Palais des beaux-arts, Bruxelles.
- 2010 : James Welling: Glass House, Minneapolis Institute of Art.
- 2012 : James Welling: The Mind on Fire, Wadsworth Atheneum, Hartford.
- 2013-2014 : James Welling: Monograph, Cincinnati Art Museum ; Hammer Museum, Los Angeles ; Fotomuseum Winterthur[2].
- 2014 : Diary/Landscape, Art Institute of Chicago.
- 2015 : Things Beyond Resemblance: James Welling Photographs, Brandywine River Museum of Art.
- 2017 : James Welling: Metamorphosis, S.M.A.K., Gand, puis Kunstforum Wien.
Collections publiques
modifierLes œuvres de James Welling figurent dans les collections permanentes suivantes :
- Art Institute of Chicago, Chicago[13]
- Musée d'art de Brandywine River, Pennsylvanie[14]
- Centre Georges Pompidou, Paris[15]
- Musée Hammer, Los Angeles[16]
- Musée d'Art du comté de Los Angeles[17]
- Metropolitan Museum of Art, New York[18]
- Museum Moderner Kunst Stiftung Ludwig Wien (Mumok), Vienne[19]
- Musée d'art contemporain de Los Angeles[20]
- Musée des Beaux-Arts de Boston
- Museum of Modern Art (MoMA), New York[21]
- National Gallery of Art, Washington, DC[22]
- Musée Solomon R. Guggenheim, New York[23]
- Musée métropolitain de la photographie de Tokyo[16]
- Tate Modern, Londres[24]
- Wadsworth Atheneum, Hartford, CT[25]
- Whitney Museum of American Art, New York[26]
- La collection olympique de l'Université de Norvège intérieure à Lillehammer
Publications sélectionnées
modifier- (en) James Welling, James Welling: Photographs 1977–1990, Berne, Kunsthalle Bern,
- James Welling, Usines de dentelle, Calais, Le Channel,
- (en) James Welling, Light Sources, Gand, Imschoot,
- (en) James Welling, James Welling: Photographs 1974–1999, Columbus, Wexner Center for the Arts, (ISBN 978-1-881390-27-5)
- (en) James Welling, Glass House, Bologne, Damiani, (ISBN 978-88-6208-160-3)
- (en) James Welling, Light Sources, Göttingen et Londres, SteidlMACK, (ISBN 978-3-86930-109-9)
- (en) James Welling, The Mind on Fire, Munich, Prestel, (ISBN 978-3-7913-5222-0)
- (en) James Welling: Monograph, New York, Aperture, (ISBN 978-1-59711-209-3)
- (en) James Welling, Diary/Landscape, Chicago, University of Chicago Press, (ISBN 978-0-226-09261-4)
- (en) James Welling, Things Beyond Resemblance, Chadds Ford, Brandywine River Museum of Art, (ISBN 978-0-9960676-0-7)
- (en) James Welling: Metamorphosis, Munich, Prestel, (ISBN 978-3-7913-5664-8)
Bibliographie complémentaire
modifier- (en) James Crump, Mark Godfrey et Eva Respini, James Welling: Monograph, New York et Cincinnati, Aperture et Cincinnati Art Museum, (ISBN 978-1-59711-209-3)
- (en) Heike Eipeldauer (dir.), James Welling: Metamorphosis, Munich, Prestel, (ISBN 978-3-7913-5664-8)
- (en) Diane Waggoner, Photography Reinvented : The Collection of Robert E. Meyerhoff and Rheda Becker, Princeton et Washington, Princeton University Press et National Gallery of Art, (ISBN 978-0-691-17533-1)
Notes et références
modifier- ↑ (en) « Biography », sur Site officiel de James Welling (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) « James Welling: Monograph », sur Hammer Museum, (consulté le )
- 1 2 (en) « Green Drape 1 », sur Art Institute of Chicago (consulté le )
- 1 2 « #41 », sur Centre Pompidou (consulté le )
- ↑ (en) « James Welling: Monograph », sur Hammer Museum (consulté le )
- ↑ (en) « A99, from the series “Diary of Elizabeth and James Dixon (1840–41)/Connecticut Landscapes, 1977–86” », sur Art Institute of Chicago (consulté le )
- ↑ « Gelatin Photograph 40 », sur Centre Pompidou (consulté le )
- ↑ « Gelatin Photograph 45 », sur Centre Pompidou (consulté le )
- ↑ (en) « James Welling », sur National Gallery of Art (consulté le )
- ↑ (en) « James Welling: Glass House », sur David Zwirner, (consulté le )
- ↑ (en) « James Welling », sur Museum of Modern Art (consulté le )
- ↑ « James Welling », sur Centre Pompidou (consulté le )
- ↑ « James Welling », Artic.edu,
- ↑ « Recent Acquisitions | Brandywine Conservancy and Museum of Art », Brandywine.org
- ↑ « James Welling », Centrepompidou.fr
- 1 2 Erreur de référence : Balise
<ref>incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées "auto1" - ↑ « James Welling | LACMA Collections », Collections.lacma.org
- ↑ « Search the Collection », Metmuseum.org
- ↑ « James Welling », Mumok.at
- ↑ « James Welling », Moca.org
- ↑ « James Welling | MoMA », The Museum of Modern Art (consulté le )
- ↑ « Artist Info », Nga.gov
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<ref>incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées "auto2" - ↑ « James Welling », Whitney.org