Jean-Victor Constant de Rebecque

militaire suisse (1773-1850)

Jean-Victor Constant de Rebecque ou de Constant Rebecque, né le à Genève et mort le , est un militaire et diplomate suisse du XIXe siècle qui commence sa carrière dans les armées françaises sous la monarchie du roi Louis XVI, puis combat dans différentes armées européennes, avant de devenir chef d'État-Major des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas, dans lesquelles il finit sa carrière.

Jean-Victor Constant de Rebecque
Jean-Victor Constant de Rebecque
Jean-Victor de Constant Rebecque en 1842 (Musée militaire vaudois)

Naissance
Genève
Décès (à 76 ans)
Château de Schönfeld
Origine Drapeau de la république de Genève République de Genève
Allégeance Royaume de France
Provinces-Unies
Drapeau de la Prusse Royaume de Prusse
Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande
Royaume uni des Pays-Bas
Arme État-major
Grade Lieutenant-Général
Années de service 1788 – 1837
Commandement État-major des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas
Conflits Révolution française
expédition d'Espagne
Cent-Jours
Révolution belge
Guerre belgo-néerlandaise
Faits d'armes Journée du 10 août 1792
Bataille de Quatre-Bras
Bataille de Waterloo
Quatre Jours de Bruxelles
Campagne des Dix-Jours
Distinctions Commandeur de l'ordre militaire de Guillaume
Grande croix de l'ordre du Lion néerlandais
Commandeur de l'ordre de la Couronne de chêne
Commandeur de l'ordre de la Légion d'honneur
Commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis
Chevalier commandeur de l'ordre du Bain
2e clase de l'ordre de l'Aigle rouge
Famille François Marie Samuel de Constant Rebecque
Rosalie de Constant
Benjamin Constant

Il est anobli au rang de baron par le roi Guillaume Ier des Pays-Bas.

Origines et vie privée

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La famille de Constant Rebecque ou Constant de Rebecque est une ancienne famille française réfugiée en Suisse après la révocation de l'Édit de Nantes au XVIe siècle[1]. Jean-Victor est le fils de François Marie Samuel de Constant Rebecque (1729-1800), seigneur d'Hermenches, écrivain et ancien lieutenant-général de l'armée des Provinces-Unies, avec sa seconde épouse Louise-Catherine Gallatin (1736-1814). Son grand-père, Samuel de Constant Rebecque (1676-1756) était également militaire au service de la maison d'Orange[2].

Jean-Victor épouse Isabella Catharina Anna Jacoba van Lynden (1768-1836) à Brunswick, le et est l'oncle de Benjamin Constant. Il a également une demi-sœur ainée : Rosalie de Constant.

Carrière militaire

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À l'âge de 13 ans, Jean-Victor est envoyé en Alsace, à l'académie militaire de Colmar (de) afin de lui permettre d'entrevoir une carrière dans les armées françaises sous la monarchie du roi Louis XVI. Le , il est nommé sous-lieutenant et intègre le régiment de Gardes Suisse du marquis de Chateauvieux, en garnison à Nantes. Il est ensuite reçu comme officier à Nancy le [3].

Révolution française

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Le général Guillaume Anne de Constant Rebecque de Villars (nl), cousin de Jean-Victor.

Alors que les premiers troubles préalables à la Révolution française éclatent, son régiment est envoyé à Paris, où il campe sur le Champ-de-Mars. Au soir du , il quitte la capitale pour Versailles, sous les balles des émeutiers et rejoint les autres troupes allemandes et suisses de l'armée royale, soit environ 10000 hommes réunis à Saint-Germain-en-Laye sous le commandement du général de Broglie. Le roi leur intimant de retourner dans leurs garnisons, de Rebecque revient à Nancy alors que la ville est en pleine émeute. Il y est blessé au combat en recevant une balle à la main droite lors d'une opération de maintien de l'ordre[4]. Le , il part rejoindre le 3e bataillon des gardes suisses basé à Courbevoie, sous le commandement du capitaine de Loys d'Orsan où il est affecté à la garde rapprochée du roi Louis XVI. Le il part en congé en Suisse et il ne rentre à Paris qu’à la fin du mois de [5].

Dans la nuit du 9 au , le régiment des Gardes suisses est envoyé occuper le palais des Tuileries mais, au petit matin, les insurgés révolutionnaires attaquent le lieu et font un massacre. Jean-Victor s'en sort miraculeusement en sortant dans la fumée vers 14 h et en parvenant à regagner l'hôtel de Brienne où il enterre son uniforme avant de sortir vers l'hôtel de Malte où il se cache dans le grenier pendant plusieurs jours. Il parvient ensuite à se procurer un faux passeport et à regagner la Suisse[6] pour y rejoindre la légion de volontaires qui venait de se former à Genève après l'annexion française de la Savoie. Il y est nommé capitaine mais, quelques mois plus tard, tout danger d'invasion de la Suisse étant écarté, la légion est licenciée et le ministre de la guerre, Jean-Nicolas Pache, lui propose le grade de chef de bataillon dans l’armée française. Jean-Victor refuse, préférant rejoindre les gardes des Provinces-Unies et servir la maison d'Orange-Nassau, en l'occurrence le prince Guillaume, comme l'avaient fait son père et son grand-père avant lui.

Le , il est nommé aide de camp de son cousin, le général de Constant Villars (nl), qui commande une brigade de l’armée que les Alliés réunissent contre la Première République française. Il participe ainsi à la prise de Landrecies le , mais les Français enchainent les victoires et entérinent la seconde annexion française des États de Belgique ainsi que la création de la République batave, qui force le prince d'Orange à fuir en Angleterre le . Ne voulant pas servir la République, les de Constant donnent leur démission et obtiennent des passeports pour la Suisse par Charles Pichegru[7].

Armée prussienne puis britannique

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Le prince Guillaume d'Orange-Nassau, dont Jean-Victor de Constant Rebecque est le tuteur.

Après quelques années à voyager, Jean-Victor de Constant Rebecque se marie le avec Isabella Catharina Anna Jacoba van Lynden à Brunswick. La même année, il entre dans l’armée prussienne en tant que second lieutenant au régiment du général Georg von Steensen (de), en garnison à Coset, en Silésie. En 1805 il est choisi pour devenir le tuteur du fils du prince d'Orange, également prénommé Guillaume. Il le prépare pour ses examens d'officier prussien, puis l'accompagne à l'université d'Oxford où il obtient pour lui-même un doctorat honoris causa en 1811. Une fois les études du prince terminées, Jean-Victor suit la formation militaire de Guillaume au sein les forces armées britanniques engagées dans la guerre d'indépendance espagnole où ils sont rattachés à l’état-major du général Wellington. Ils reçoivent leur baptême du feu au combat d'El Bodón le et participent ensuite aux sièges de Ciudad-Rodrigo, de Badajoz, de Salamanque (en) ainsi qu'aux batailles de Vittoria et des Pyrénées.

Après cela, Guillaume et son fidèle Constant quittent le continent le pour le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'IrlandeGeorge IV lui accorde une pension de 300 livres sterling et le prince d'Orange une pension de 100 £. En , il est nommé lieutenant-colonel de la légion hollandaise d’Orange, qui vient d’être recrutée parmi les soldats hollandais au service de la France, alors prisonniers en Angleterre[8]. C'est ainsi qu'il retourne sur le continent et combat les restes de la Grande Armée en prenant part au siège de Berg-op-Zoom, dans l'actuelle province du Brabant-Septentrional, le .

Royaume uni des Pays-Bas

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Le Royaume uni des Pays-Bas.

Après les défaites françaises de la guerre de la Sixième Coalition, les départements des Pays-Bas sont dissous et temporairement réorganisés en une principauté souveraine des Pays-Bas unis, en attendant que les puissances ne décident du sort de la région. C'est chose faite à la suite de l'abdication de Napoléon, lorsque le congrès de Vienne réunit les puissances européennes victorieuses et redessine les cartes de l'Europe. Il décrète la création d'un nouveau pays devant servir d'état-tampon entre le royaume de France et la Prusse : le Royaume uni des Pays-Bas. Celui-ci réunit grosso modo la Belgique et les Pays-Bas actuels et voit le jour le avec, comme souverain, Guillaume Ier d'Orange-Nassau, père du prince Guillaume.

Le roi nomme alors Jean-Victor de Constant Rebecque comme colonel dans la nouvelle armée néerlandaise, puis général-major le . Il participe à diverses commissions militaires avant d'être choisi comme président de la commission chargée de délimiter la frontière entre la France et les Pays-Bas[8]. Il devient ensuite chef d'état-major, fonction qui le conduit à réorganiser les armées belgo-néerlandaises entre 1813 et 1815. Les troupes sont agencées sur le modèle français et se fondent partiellement sur des généraux qui avaient servi dans la Grande Armée de Napoléon Bonaparte, comme David Chassé, mais aussi sur leurs anciens ennemis comme Henri de Perponcher Sedlintsky.

Lorsque Napoléon Bonaparte s'enfuit de son exil forcé à l'ile d'Elbe et tente de reconquérir son empire lors de l'épisode des Cent-Jours, celui qui n'est encore que le marquis de Wellington est nommé maréchal de l'armée des Pays-Bas. Celle-ci se trouve placée dans l'organigramme anglais, mais Wellington prend le soin de faire transiter la chaine hiérarchique par le canal du prince Guillaume et de son quartier-maître-général, Jean-Victor de Constant Rebecque. Ainsi, lorsque l'ancien empereur arrive aux abords de Bruxelles, de Rebecque voit clair et décide de modifier de sa propre initiative[9] les mesures prescrites par le général en chef en rassemblant les divisions néerlandaises et anglaises aux Quatre-Bras de Baisy-Thy, leur intimant de défendre cette position coûte-que-coûte lors de la bataille éponyme, le . Bien que celle-ci soit une défaite des Alliés, les ordres ont pour conséquence de protéger la retraite de l’armée prussienne, permettant au général Gebhard Leberecht von Blücher de venir en renfort des forces armées britanniques de Wellington lors de la bataille de Waterloo et d'infliger la célèbre défaite finale à Napoléon deux jours plus tard, à laquelle Jean-Victor participe aux côtés du prince d'Orange[10].

Par la suite, Jean-Victor Constant de Rebecque est nommé lieutenant-général et demeure chef d'État-Major des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas. À ce titre, il fonde notamment l'Académie militaire de Bréda en 1828. Très estimé de la maison d'Orange-Nassau, de Rebecque est également nommé surintendant de l’éducation des petits-fils du roi Guillaume.

Révolution belge

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L'attaque de Bruxelles par la porte de Schaerbeek au matin du .

Lorsque la révolution belge se déclenche à la suite des émeutes d'août 1830 à Bruxelles, Jean-Victor de Constant Rebecque se trouve à Londres où il avait été envoyé secrètement pour conférer avec le duc de Wellington quant aux moyens d’atténuer les conséquences de la Deuxième Révolution française dans le Royaume uni des Pays-Bas[11]. Dès son retour, il accompagne le prince Guillaume lors de son entrée dans Bruxelles le [12] puis le suit lorsqu'il est contraint d'évacuer la ville avec sa garnison deux jours plus tard[13]. En tant que chef d'État-Major, il seconde l'autre fils du roi, le prince Frédéric, dans sa tentative de reprendre le contrôle de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, lors de ce que l'histoire retient comme les « Journées de Septembre ». Il conduit la colonne principale qui attaque Bruxelles par la porte de Schaerbeek au matin du , bataille au cours de laquelle il est blessé d'une balle à la main[14]. Alors que les troupes sont prises au piège dans le parc de Bruxelles, Jean-Victor de Constant Rebecque les intiment de tenir et tente de trouver des renforts, refusant d'évacuer la ville malgré les désaccords d'autres hauts gradés[15]. Sa blessure s'enflammant, le prince Frédéric saisit l'occasion pour le renvoyer à La Haye afin qu'il s'y fasse soigner et, une fois son départ, décide de l'évacuation de Bruxelles, laissant la victoire aux volontaires belges[16].

On le retrouve ensuite à la tête de l'armée du roi Guillaume lors de la guerre belgo-néerlandaise et plus particulièrement pendant la campagne des Dix-Jours[17], après laquelle il est chargé de négocier un armistice avec le maréchal Gérard, commandant du corps expéditionnaire français qui permet la victoire belge[18].

Retraite et fin de vie

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Jean-Victor de Constant Rebecque

Le , Jean-Victor de Constant Rebecque termine sa carrière au sein des forces armées néerlandaises et résigne ses fonctions de surintendant de l’éducation des petits-fils du roi Guillaume. Il se retire au château de Schönfeld, où il meurt le [18].

Distinctions

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Traçes

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Benoît de Montmollin, Constant de Rebecque, Jean-Victor, coll. « Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) », (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Camille Buffin, Extraits du journal du Lieutenant-Général Baron de Constant Rebecque, chef de l'état-major général de l'armée néerlandaise., t. 2, Bruxelles, Librairie Kiessling et Compagnie, coll. « La révolution belge et la campagne des Dix-Jours », , 1-174 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article ;
  • Rosalie de Constant, Journal de l'enfance de Mr le Baron de Constant de Rebecque General au service de Hollande par sa sœur Mademoiselle Rosalie de Constant, Genève, , 143 p. (présentation en ligne) ;
  • Alain-Jacques Tornare, Du major Davel au général Guisan: illustres soldats vaudois dans le monde, Bière (Vaud), Cabédita, , 314 p. (présentation en ligne), p. 209-224 ;

Notes et références

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  1. Buffin 1912, p. 3.
  2. « Fiche biographique », sur Lumières Lausanne (consulté le )
  3. Buffin 1912, p. 4.
  4. Buffin 1912, p. 5.
  5. Buffin 1912, p. 6.
  6. Buffin 1912, p. 7.
  7. Buffin 1912, p. 8.
  8. 1 2 Buffin 1912, p. 9.
  9. « Bataille des Quatre-Bras (1815) », sur Belgium battlefield (consulté le )
  10. « Bataille de Waterloo (18 Juin 1815): Guide Du Panorama Et Du Champ de Bataille de Waterloo », sur Internet archive (consulté le ), p. 23
  11. Buffin 1912, p. 10.
  12. Buffin 1912, p. 19.
  13. Buffin 1912, p. 24.
  14. Buffin 1912, p. 40.
  15. Robert Demoulin, Les Journées de septembre 1830 à Bruxelles et en Province., Liège, Presses universitaires de Liège., (lire en ligne), « Chapitre V - Les opérations militaires », p. 92
  16. Robert Demoulin, Les Journées de septembre 1830 à Bruxelles et en Province., Liège, Presses universitaires de Liège., (lire en ligne), « Chapitre V - Les opérations militaires », p. 93
  17. Buffin 1912, p. 86.
  18. 1 2 Buffin 1912, p. 11.
  19. « Constant Rebecque De, Victor (1773-....) », sur base LEONORE
  20. « WATERLOO 1815 / À la découverte du champ de bataille », sur Calaméo (consulté le ), p. 44

Liens externes

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