Jean Poncher
Jean Poncher (également appelé Jehan de Poncher ou Ponchier), né à une date inconnue, est un trésorier du Languedoc. Condamné pour des malversations financières au détriment de la Couronne, il est exécuté par pendaison au gibet de Montfaucon le 24 septembre 1535[1],[2]. Des sources postérieures le présentent toutefois comme innocent[3],[4],[5].
| Décès | |
|---|---|
| Époque | |
| Nationalité |
Française |
| Activité |
général des finances du Languedoc |
Biographie
modifierJean Poncher est originaire de Tours. Il est le neveu de l’archevêque de Sens, Étienne Poncher, et le cousin de l’évêque de Paris, François Poncher[6]. À cette époque, « les nouveaux seigneurs cherchent aussi à accroître localement leur influence. »[7]. C’est ainsi que Jean Poncher acquiert plusieurs seigneuries, dont celle de Limours, en 1516, où il fait construire une église au-dessus de la crypte de l’ancienne église[b]. En 1522, il achète à Henri Bohier l’office de général des finances du Languedoc. Il tient cet office de 1522 à 1535[9],[10].
En 1525, il fait l’objet d’une première saisie dans le cadre de la commission des comptes de 1523[c],[11]. Jean Poncher aurait pu être arrêté plus tôt, mais le prévôt de Paris, Jean de La Barre, le protège. Cependant, après la mort de ce dernier en 1533[12], Poncher est poursuivi. Redoutant le roi et le légat pontifical, qui seront la cause de sa mort, il s’enfuit de Paris vers 1534 et se réfugie à Valenciennes, ville dotée de privilèges qui lui offrent une forme de protection[6].
Arrestation
modifierEn 1535, il retourne à Paris, car le légat et des personnages importants[d] lui promettent un retour sans danger. Néanmoins, dès son retour, le roi le fait incarcérer et le fait conduire à la Tour carrée[2]. De cette façon « le roi entend manifester à la fois la vigueur de l’autorité souveraine, le souci de la justice, le rétablissement d’un ordre social perturbé et le grand ménage des finances. »[13].
Jean Poncher est reconnu coupable d’avoir détourné une importante somme d’argent au détriment de la Couronne, et, à cause de cela, le roi aurait été « retenu devant Pavie, parce qu’il n’a pas payé les gens de guerre comme cela avait été ordonné[e]. »[14],[f]. La sentence est prononcée et Poncher est condamné à être pendu au gibet de Montfaucon[g][5].
Certains chroniqueurs ou auteurs privilégient une explication différente à cette condamnation. Pierre de L’Estoile indique ceci : « … le roi[h] acheta… la terre de Limoux. Cette terre fut en 1536 retirée des mains du trésorier Poncher… et pour laquelle principalement il avait été pendu à Montfaucon. »[15]. Philippe Hamon, de son côté, explique que, comme Jean Poncher acquiert plusieurs domaines auprès de la noblesse « il est probable que ses ambitions, et sa réussite foncière, ont dû en heurter plus d’un. Le sentiment prévaut que cette attitude n’est pas sans lien avec le sort fatal qui attend un Poncher »[8].
Exécution
modifierLe vendredi 24 septembre 1535, Jean de Poncher est pendu au gibet de Montfaucon[6]. Trois ou quatre jours après sa pendaison, son corps est secrètement décroché et enterré dans la campagne, à une certaine distance du gibet. Mais son corps est retrouvé et de nouveau pendu à des chaînes de fer[16],[4]. Dans la nuit qui suit cette seconde pendaison, il est une fois de plus enlevé, mais, cette fois, le corps est coupé en morceaux qui sont enterrés dans différents lieux, afin de rendre les recherches infructueuses[17].
Honorat Valbelle, le chroniqueur marseillais, souligne que « plusieurs pensent qu’il n’est mort que par la jalousie de la cour[i]. »[14].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Firmin Maillard indique plutôt 1533 comme année d’exécution, ce qui est improbable.
- ↑ La fortune de Jehan de Poncher… est presque exclusivement constituée de seigneuries[8].
- ↑ Instaurée en pleine crise financière liée aux guerres d’Italie et à la disgrâce de Jacques de Semblançay, la commission ciblait les comptables du royaume et a mené à la création du Trésor de l’Épargne.
- ↑ Il s’agit ici du roi de Navarre et du grand maître de France.
- ↑ Traduction de : « lo rey era extat pres davant Pavia et aquo à causo que non donet la pago a las gens d’armaria quomo ero extat ordenat. »
- ↑ Selon Dreux de Radier, ce serait René Gentil qui aurait « dérobé les pièces justificatives au défaut desquelles il fut condamné. »
- ↑ Jean Poncher aurait été blanchi en 1542 de toute accusation.
- ↑ Henri III, en 1583.
- ↑ Traduction de : « et plusors disson que li an fach grant tort et que non es mort que per envegos de cort. »
Références
modifier- ↑ Potter 2018, p. 321.
- 1 2 Lalanne 1854, p. 463.
- ↑ Jean François Dreux du Radier, Mémoires historiques, et anecdotes sur les Reines et Régentes de France., vol. 4, Paris, Jean Néaulme, libraire, (lire en ligne), Première partie, p. 20
- 1 2 Maillard 1863, p. 57.
- 1 2 L'Estoile 1825, p. 51.
- 1 2 3 Lalanne 1854, p. 462.
- ↑ Hamon 1999, chap. 6, § 29.
- 1 2 Hamon 1999, chap. 6, § 103.
- ↑ Hamon 1994, chap. 3, § 86.
- ↑ Lalanne 1854, p. 409.
- ↑ Hamon 1994, chap. 6, § 98.
- ↑ Lalanne 1854, p. 437.
- ↑ Hamon 1994, chap. 7, § 57.
- 1 2 Valbelle 1985, 1535, Ponchier.
- ↑ L'Estoile 1825, p. 219.
- ↑ Gourdon de Genouillac 1890, p. 400.
- ↑ Bibliothèque nationale de France (BnF), fonds Dupuy (Manuscrit 537, folio 68.)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Henri Gourdon de Genouillac, Paris à travers les siècles : Histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu’à nos jours, vol. 1, Paris, F. Roy, , 1221 p. (lire en ligne)
- Philippe Hamon, L’argent du roi : Les finances sous François 1er, Vincennes, Institut de la gestion publique et du développement économique ; Comité pour l’histoire économique et financière de la France, (DOI 10.4000/books.igpde.108, lire en ligne)
- Philippe Hamon, « Messieurs des finances » : Les grands officiers de finance dans la France de la Renaissance, Vincennes, Institut de la gestion publique et du développement économique ; Comité pour l’histoire économique et financière de la France, (ISBN 978-2-11-090940-4, DOI 10.4000/books.igpde.1612, lire en ligne)
- Lalanne, Journal d’un bourgeois de Paris, sous le règne de François Premier (1515-1536), Paris, Jules Renouard et Cie, (lire en ligne)
- Pierre de L'Estoile, Mémoires pour servir à l’histoire de France, et Journal de Henri III et de Henri IV : Édition publiée d’après les manuscrits autographes de la Bibliothèque du Roi, vol. 45, t. 1, Paris, Foucault, coll. « Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France : avec des notices sur chaque auteur, et des observations sur chaque ouvrage », , 479 p.
- Firmin Maillard, Le gibet de Montfaucon (étude sur le vieux Paris) : Gibets — Échelles — Piloris — Marques de haute justice. Droit d’asile — Les fourches patibulaires de Montfaucon — Documents historiques. Description — La légende des suppliciés. Scènes de la dernière heure, Paris, Auguste Aubry, , 106 p. (lire en ligne)
- David Potter, « The Life and After-Life of a Royal Mistress: Anne de Pisseleu, Duchess of Étampes », dans Susan Broomhall (dir.), Women and Power at the French Court, 1483-1563, Amsterdam University Press, , 309-334 p. (lire en ligne)
- Honorat Valbelle (texte établi et annoté par V. L. Bourrilly ; ensemble supervisé et texte provençal collationné sur le manuscrit original par Ch. Rostaing), Histoire journalière d’Honorat de Valbelle (1498-1539) : Journal d’un bourgeois de Marseille au temps de Louis XII et de François Ier, t. 2 : Texte provençal, Aix-en-Provence, Université de Provence, (lire en ligne)