Jeune Fille à la chandelle

peinture d'un anonyme hollandais

Jeune Fille à la chandelle ou Comment cheminer dans la voie de la lumière, également appelé Femme à la chandelle, est un tableau anonyme flamand du XVIIe siècle, exposé au palais des Beaux-Arts de Lille sur dépôt du musée du Louvre. Ce tableau a le statut MNR.

Jeune Fille à la chandelle
Artiste
Anonyme flamand
Date
XVIIe siècleVoir et modifier les données sur Wikidata
Matériau
Dimensions (H × L)
66 × 50,7 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Mouvement
No d’inventaire
P 1786, MNR 450, MNR 450, 7149, 1059Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Protection

Historique

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La date de création de l'œuvre est impossible à déterminer. Elle est rattachée au ténébrisme de l'art hollandais[1], un mouvement directement inspiré du Caravage. Il est principalement l'œuvre de l'école caravagesque d'Utrecht, un groupe de peintres également surnommés « peintres de la nuit »[2], actifs entre 1610 et 1630, ayant connu leur apogée dans les années 1620. Cette branche du caravagisme a produit des tableaux certes marqués par l'utilisation du clair-obscur caractéristique, mais qui demeurent moins dramatiques, moins violents et plus intimistes que ceux du maître italien[1]. La peinture des Provinces-Unies du XVIIe siècle a souvent pour thème des scènes domestiques teintées d'une importante dimension morale. Cette pratique est directement influencée par le calvinisme qui se développe dans le pays. La bourgeoisie y est souvent représentée dans son quotidien, et les doubles sens qui habitent les œuvres l’incitent à se juger[1].

Le tableau circule au sein de collections privées jusqu'à son achat à Mme de Menten de Horne par Walter Bornheim en 1941 pour 8 500 reichsmarks. Cette transaction a lieu au 113 rue de Grenelle à Paris, par l'intermédiaire de Halim Bey Melhamé[3]. Bornheim, marchand d'art munichois, devient le fournisseur d'œuvres d'art personnel d'Hermann Göring à partir de 1941[4]. C'est le de cette même année que le tableau entre dans la collection du dirigeant nazi, au numéro d'inventaire RM 1059. Il est alors conservé à Carinhall. Dans les dernières années de la guerre, le tableau est transféré à Berchtesgaden, sous le numéro 2099. À la suite de la capitulation allemande, le tableau est transféré au Central Collecting Point de Munich le , où il prend le numéro 7149. Il y reste jusqu'au [3]. En 1950, l'Office des Biens et Intérêts Privés l'attribue au département des Peintures du musée du Louvre. Il est exposé au château de Compiègne de au . Il est finalement déposé au Palais des Beaux-Arts de Lille en 1953, où il est toujours exposé. Un arrêté du permet de poursuivre le dépôt de l'œuvre au Louvre[5].

Attribution

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L'attribution de cette œuvre a longtemps été sujette à débat. Il fut inventorié comme un tableau de Gerbrand van den Eeckhout dans la collection de Göring[3]. Il est ensuite publié en 1979 sous le nom de Pieter Potter[6] puis attribué en 1983 par Sumowski à Isaac de Jouderville[7]. Il a également été associé au nom de Johannes Cornelisz Verspronck[8]. Le tableau comporte la fausse signature de Gerrit Dou, élève de Rembrandt[5].

Il est actuellement attribué à un peintre flamand anonyme du XVIIe siècle, de l'école hollandaise[9].

Description

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Dans une pièce sombre et sans décor, une femme au ventre arrondi, vêtue d'une robe bleue richement décorée, est interrompue dans la lecture du livre qu'elle tient dans ses mains. Son visage est éclairé par la lumière d'une chandelle posée sur un bougeoir métallique, seule source de lumière du tableau. Le bougeoir est placé sur une table, de même qu'un luth retourné (sotto sopra). La faible lueur de la flamme et sa position derrière le livre ouvert créent un effet de clair-obscur, caractéristique du caravagisme[1].

Analyse

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La peinture de nuit éclairée à la chandelle s'apparente plutôt à la tradition baroque nordique (De La Tour, Ter Brugghen). La flamme vacillante qui dessine les formes des corps et des objets semble être une métaphore de la Création, et sa faible lueur symbolise la fragilité de la vie[1]. La peinture hollandaise propose souvent des réflexions à propos de l'existence humaine au travers de scènes de genre.

Le principal mystère de ce tableau réside dans le luth retourné. En Europe, depuis le Moyen Âge, cet instrument est le symbole de la musique. Dans le contexte du XVIIe siècle hollandais, le luth est également un ornement précieux, marque d'une éducation raffinée, suggérant un rang social élevé de la protagoniste. De plus, par sa forme voluptueuse, il évoque les plaisirs charnels et la séduction. On le retrouve souvent dans les scènes d'amour de la peinture néerlandaise[1].

La rondeur de la caisse du luth renvoie également au ventre arrondi de la jeune femme. La robe bleue qu'elle porte est parfois interprétée comme un signe de maternité dans la peinture baroque hollandaise (Vermeer, La Femme en bleu lisant une lettre, Rijksmuseum), mais peut également faire écho au manteau bleu que porte traditionnellement la Vierge Marie. Le livre (que tient la protagoniste) est un attribut de la Vierge enceinte (Vierge parturiente)[1]. Cette analyse est à nuancer avec la faible présence du thème de la gestation dans la peinture de genre hollandaise de l'époque mais aussi avec les sous-vêtements de l'époque (crinoline et beddejak)[10].

Cependant, le sous-titre de l'œuvre (Comment cheminer dans la voie de la lumière), apporte une explication à l'attitude rêveuse de la femme et à l'évocation de l'imagerie virginale. Le tableau invite implicitement à l'accomplissement d'un chemin spirituel et à la contemplation. La lueur de la chandelle (incarnant la lumière divine) et le livre ouvert renvoient à la prière. Le luth retourné incarne le renoncement aux plaisirs charnels. L'ensemble incite à l'abandon de l'amour terrestre pour s'élever à l'amour mystique, à convertir l'amour profane en amour sacré. Le collier de perles que porte la jeune fille, signe de richesse et de séduction, la rattache au monde terrestre et implique que le chemin spirituel, la voie de la lumière, est une transition, un passage progressif[1].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 « Fiche œuvre : Jeune fille à la chandelle (comment cheminer dans la voie de la lumière) » [PDF], sur PBA Lille (consulté le ).
  2. ↑ Encyclopædia Universalis, « Biographie de GERRIT VAN, HONTHORST dit GÉRARD DE LA NUIT (1590-1656) », sur Encyclopædia Universalis (consulté le ).
  3. 1 2 3 « Femme à la chandelle ou Comment cheminer dans la voie de la lumière - POP », sur pop.culture.gouv.fr (consulté le ).
  4. ↑ « BORNHEIM Walter (FR) », sur agorha.inha.fr (consulté le ).
  5. 1 2 Musenor via WebMuseo by A&A Partners, « Œuvre : Précisions - tableau, Jeune fille à la chandelle Comment cheminer dans la voie de la lumière | Musenor », sur webmuseo.com (consulté le ).
  6. ↑ Catalogue sommaire illustré des peintures du Musée du Louvre, Editions de la Réunion des musées nationaux, (ISBN 978-2-7118-0134-3).
  7. ↑ (de) Werner Sumowski, Gemälde der Rembrandt-Schüler, t. II, Landau (no 946), .
  8. ↑ « Femme à la chandelle », sur Louvre Collections, (consulté le ).
  9. ↑ « Jeune fille à la chandelle, ou comment cheminer dans la voie de la lumière », sur pba-opacweb.lille.fr (consulté le ).
  10. ↑ (en) Marieke de Winkel, « « The Interpretation of Dress in Vermeer's Paintings » », dans Ivan Gaskell et Micheil Jonker (direction), Vermeer Studies, New Haven et Londres, The National Gallery of Art, , p. 327-339.

Voir aussi

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