Ji shū

école bouddhique japonaise rattachée au courant de la Terre pure
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Le Ji shū (japonais : 時宗, que l’on peut traduire par « École de l’heure ») est la troisième école amidiste du Bouddhisme au Japon, après le Jōdo shinshū et le Jōdo shū, avec plus de quatre cents temples[1] et trois cents à quatre cent mille adeptes[réf. nécessaire]. Elle a été fondée par le moine Ippen (1239-1289), et son nom vient de sa doctrine principale, la récitation à intervalles réguliers du nembutsu. Bientôt, cette récitation s'est accompagné d'une danse accompagnée de tambours et de cloches[2], ce qui rendit l'école très populaire.

Histoire

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Époque de Kamakura

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Statue d'Ippen au Yugyō-ji, à Fujisawa.

La fondation du ji shū remonte à Ippen (一遍, 1234-1289), un moine du jōdo shū disciple de Shōtatsu (聖達, 1203-1279) et issu des Kōno, une famille de samouraïs de la province d'Iyo. Ippen a entrepris après la mort de son père un pèlerinage avant de passer trois ans dans un ermitage sur une montagne où il a pratiqué le nembutsu jusqu’à ce qu’il parte en 1274/75 dans la province de Kii pour un nouveau pèlerinage, cette fois-ci aux monts sacrés de Kumano. Lors d’une crise spirituelle à propos de ceux qui n’ont pas la foi, la divinité (権現, gongen) de Kumano, présentée dans le syncrétisme shinto-bouddhique de cette époque comme la manifestation (垂迹, suijaku) d’Amida, lui serait apparue et lui aurait fait savoir que la renaissance de l’individu dans la Terre pure d’Amida dépend uniquement de l’Éveil d’Amida. La foi est donc inutile ; l’important est de simplement s’abandonner entièrement au nembutsu, de le réciter et de convertir autrui à cette pratique, si bien qu’Amida peut sauver les êtres humains par son « pouvoir-autre » (他力, tariki) — ce qui signifie que l'individu est sauvé non par ses efforts (jiriki), mais par le vœu d'Amida de sauver tous les êtres[3].

À la suite de cette révélation, Ippen se consacrera jusqu’à sa mort aux voyages (遊行, yugyō) à travers les zones rurales du Japon et à la distribution (賦算, fusan) de tablettes sur lesquelles étaient écrits le nembutsu[4] et le Rokujūmannin (六十万人, un gatha de quatre lignes délivrant l’essence de l’enseignement d’Ippen. En outre, vers 1279, il a aussi introduit la récitation du nembutsu en l'accompagnant d'une danse extatique (踊念仏, nembutsu odori)[5].

Au cours de ses voyages, il a réuni des groupes d’adeptes (y compris des femmes et des personnes ayant des métiers où l’on doit tuer, comme des samouraïs et des pêcheurs), avec une vingtaine de disciples qu'il gardait a ses côtés et dont il exigeait un renoncement strict à tous les objets d’attachement, comme la famille ou les biens, afin de se consacrer totalement au nembutsu. Les manquements envers les règles de célibat et de pauvreté (seuls douze objets usuels étaient autorisés) étaient sanctionnés par l’exclusion du registre (勧進帳, kanjinchō) du ji shū dans lequel étaient inscrits les noms de ceux dont la renaissance dans la Terre pure d’Amida était assurée (cela a aussi pu se produire à titre posthume). Les adeptes de la communauté d’Ippen étaient appelés individuellement sute hijiri (捨聖, approximativement « saint renonçant ») et la communauté en tant que telle s’appelait à cette époque ji shū (時衆, « gens de l’heure »), car Ippen divisait le jour en six périodes, au cours de chacune desquelles il faisait réciter le nembutsu à huit adeptes, ce qui permettait d’obtenir un chant continu. Ippen n’avait pas l’intention de fonder une école

Ippen a essayé en 1282 d’entrer avec ses partisans dans Kamakura (alors siège du shogunat) pour y prêcher, mais il a été expulsé de la ville par le shikken et protecteur du zen, Hōjō Tokimune. Après quoi, il est parti vers les localités à l’ouest de la région de Kyōto où il a connu des succès spectaculaires, même dans les temples et dans les sanctuaires établis.

Après la mort d’Ippen dans l’actuelle Kōbe, le ji shū a momentanément traversé une situation très confuse car Ippen n’avait pas désigné de successeur. Sept de ses disciples se noyèrent volontairement pour suivre leur maître dans la Terre pure. Un autre, Shinkyō (真教, 1233 ?-1316), aussi appelé Ta-A (他阿), rassembla un petit groupe de disciples avec lesquels il s’installa sur le mont Tanjō, où ils récitaient le nembutsu tout en voulant jeûner jusqu'à en mourir. Mais les seigneurs féodaux du lieu réussirent à les en dissuader et les incitèrent à poursuivre la tradition du fusan et du yugyō d’Ippen. Cest Shinkyō qui s’installer à la tête de ce nouveau mouvement.

Shinkyō a introduit deux innovations remarquables : après un accident vasculaire cérébral en 1303, il s’est retiré au Taima-dōjō dans la province de Sagami, et a remis ses pleins pouvoirs et obligations à son disciple Chitoku (智得), aussi appelé Ryō-A (量阿). Le Taima-dōjō, ensuite appelé Muryōkō-ji (无量光寺), a été le premier temple du système de retraite appelé dokujū (独住). En outre, Shinkyō a transmis à Chitoku son nom religieux, Ta-A (他阿). C’est à eux deux que l’école doit la tradition de la succession de maître à disciple.

À la mort de Shinkyō, en 1316, Chitoku a pour sa part pris sa retraite au Muryōkō-ji et a transmis les obligations missionnaire à son disciple Eei (恵永) ou Donkai (呑海, 1265-1327), connu aussi sous le nom d’U-A (有阿). Lorsque Chitoku est mort en 1319, Donkai a aussi voulu prendre sa retraite, mais il en a été empêché par les moines du Muryōkō-ji qui lui reprochaient d’avoir été excommunié par Chitoku. Donkai était cependant en possession du registre des membres du ji shū et a pu ainsi, avec d’autres moines, fonder un nouveau siège au Fujisawa-dōjō voisin (ensuite nommé Shōjōkō-ji ou Yugyō-ji). Cette nouvelle branche s’est postérieurement appelée Yugyō-ha, tandis que la branche regroupée autour du Muryōkō-ji traditionnel, avec les tombes de Chitoku et de Shinkyō, se nommait Taima-ha.

L’année de la mort de Donkai (1327), son élève Ankoku (安国, 1279-1337) lui a succédé. Il a transformé le Fujisawa-dōjō en temple de repos pour les moines-prêtres partis à la retraite, tandis que ceux qui étaient encore actifs utilisaient le Konkō-ji à Kyōto.

Le ji shū à l’époque de Muromachi

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Durant l’époque de Muromachi, le ji shū a atteint son apogée en devenant l’école amidiste la plus puissante du Japon. Les temples fixes pouvaient jouir du patronage de la noblesse, des rituels étaient célébrés pour le bonheur du pays et beaucoup de personnes de la vie culturelle de cette époque, qui étaient adeptes du ji shū, ajoutaient le suffixe -ami (阿弥, abréviation d’Amida) à leur nom, notamment les poètes auteurs de renga et les acteurs nô (par exemple Kan'ami ou Zeami), ainsi que les aumôniers ou médecins militaires des daimyō (阵僧, jinsō).

Les efforts du douzième successeur du Yugyō-ha, Sonkan (尊観, 1349-1400) issu de la maison impériale du sud (époque Nanboku-chō), ont été particulièrement importants pour cette évolution : celui-ci a développé des liens étroits entre l’école et la cour du sud, à Yoshino près de Nara, et a obtenu la protection spéciale des shoguns Ashikaga et de quelques puissants daimyō au début du XVe siècle.

À la suite de sa rapide ascension sociale et matérielle, le ji shū s’est divisé à cette époque, tout en demeurant puissant, et les douze écoles du ji shū (時宗十二派) sont finalement apparues. Cependant, à l'époque contemporaine, elles est essentiellement organisée en une seule secte regroupée autour de son monastère principal, le Yugyô-ji[4].

  1. Taima-ha ;
  2. Yugyō-ha ;
  3. Ikkō-ha, fondée par Ikkō Shunjō (一向俊圣, 1239 ?-1287 ?) ;
  4. Okutani-ha, fondée par Sen-A ;
  5. Rokujō-ha, fondée par Shōkai ;
  6. Shijō-ha, fondée par Jō-A ;
  7. Kaii-ha, fondée par Kai-A ;
  8. Ryōzen-ha, fondée par Koku-A (国阿, 1314-1405) ;
  9. Koku-A-ha, également fondée par Koku-A ;
  10. Ichiya-ha, fondée par Sa-A ;
  11. Tendō-ha (d’après le temple où Ikkō Shunjō est mort)
  12. Goedō-ha, fondée par Ō-A

Le succès du ji shū a en fin de compte été l’une des raisons de son déclin presque tout aussi rapide que sa progression : les temples dépendaient des dirigeants locaux et laïcs, dans lesquels arrivaient d’innombrables moines errants qui promettaient de plus en plus la renaissance dans la Terre pure en échange de dons d’argent. Même le nembutsu odori devenait une forme de divertissement payant. En même temps, le ji shū était incapable de répondre aux conditions sociales de plus en plus désastreuses de la fin de l’époque de Muromachi. En raison des nombreux conflits armés internes de l’époque Sengoku, le yugyō est devenu une activité dangereuse et beaucoup de temples du ji shū ont été détruits. Le ji shū a aussi perdu le soutien des masses paysannes qui de leur côté se rebellaient souvent contre les seigneurs féodaux de la noblesse, ce qui a renforcé par la suite les mouvements bien plus révolutionnaires du Hongan-ji (le jōdo shinshū sous Rennyo) et du bouddhisme de Nichiren. Parmi les samouraïs, beaucoup se sont en revanche converti aux écoles du zen.

Époque d’Edo

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Au XVIIe siècle fut mis en place le terauke (寺请制度, terauke seido), système d’appartenance obligatoire à un temple qui limitait très fortement les longs voyages, ce qui signifiait pratiquement la fin du yugyō populaire.

Le morcellement du ji shū a aussi pris fin lorsque le shogunat Tokugawa a reconnu l’autorité absolue du Yugyō-ha au sein de l’école et a uni celle-ci sous l’autorité du Yugyō-ji. Les activités du ji shū à cette époque se sont essentiellement limitées au développement de la doctrine et à l’édition des textes religieux.

Le texte principal du Ji-shū est le gatha Rokujūmannin d’Ippen.

Kanji
六字名号一遍法
十界依正一遍体
万行離念一遍証
人中上々妙好華
Rōmaji
Rokuji myōgō Ippen hō
Jikkai eshō Ippen tai
Mangyō rinen Ippen shō
Nin chū jōjō myōkōke

Ci après, deux traductions automatiques du gatha[6] : « La méthode de la récitation unique du nom en six caractères / Les dix mondes, en tant que support et réalité, ne font qu’un / Les innombrables pratiques, détachées de toute pensée, mènent à la réalisation unique / La fleur la plus sublime parmi les êtres humains » ; « La pratique de la récitation du Nom à six syllabes / Les Dix Royaumes, leurs aspects dépendants et indépendants, se manifestent en une seule récitation / Toutes les pratiques, libérées de la pensée, se réalisent en une seule récitation / L'Être Suprême parmi les Humains, la Fleur Merveilleuse de la Beauté Parfaite »

Le sūtra d’Amitābha (阿弥陀経, Amida-kyō) est notamment consulté pour expliquer les doctrines religieuses. À côté de ces textes, le sūtra Avatamsaka (華厳経, Kegon-kyō) et le sūtra du Lotus (法華經, Hokke-kyō) sont aussi utilisés.

Doctrine

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Le ji shū a été non seulement fortement influencé par l’amidisme du jōdo shū, mais aussi par le tantrisme (vajrayāna) du shingon. Cela apparaît dans la certitude d'Ippen que l’homme peut déjà accéder à la bouddhéité durant cette vie. Par la dévotion totale au nembutsu, l’esprit, les actes, les paroles et la vie de l’homme seraient identiques à l’esprit, aux actes, aux paroles et à la vie du bouddha Amida.

Selon la doctrine du ji shū, par son « pouvoir-autre », le nembutsu actualise la représentation d’Amida, transcende toutes les formes du karma, et en définitive aussi la dualité entre l’ego et Amida. Selon les propres termes d’Ippen « Le nembutsu lui-même récite le nembutsu. »

Notes et références

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  1. ↑ (en) Saiping An, « The Reception and Transformation of Ippen (1234–1289)’s Religious Tenets and Practices by Enju Kato (1919–2021) and Shōjōkō-ji », Religions, vol. 15, no 3,‎ (DOI 10.3390/rel15030277)
  2. ↑ Buswell Jr. et Lopez Jr. 2014, p. 393
  3. ↑ Buswell Jr. et Lopez Jr. 2014, p. 896
  4. 1 2 Seiichi Iwao et al., Dictionnaire historique du Japon, vol. 10 (Lettre J), Tokyo, Librairie Kinokuniya, (lire en ligne), « Ji-shù », p. 33-34
  5. ↑ (en) Elisabeth Moriarty, « Nembutsu Odori », Asian Folklore Studies, vol. 35, no 1,‎ , p. 7-16 (lire en ligne)
  6. ↑ La première est donnée par deepl.com ; la seconde par translate.google.com. Cela permet d'avoir au moins une idée du contenu de ce gatha, en attendant de trouver une traduction validée par la recherche scientifique.

Voir aussi

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Bibliographie

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  • (en) Dennis Hirota, No Abode. The Record of Ippen, Honolulu, University of Hawai'i Press, 1997 (rev. ed.) (1re éd. 1986), 272 p. (ISBN 978-0-824-81997-2, lire en ligne)
  • (en) Alicia Matsunaga et Alicia Matsunaga, Foundation of Japanese Buddhism, vol. II : The Mass Movement (Kamakura & Muromachi Periods), Los Angeles - Tokyo, Buddhist Books International, , VIII-362 p. (ISBN 978-0-914-91027-5), chap. II (« The Pure Land Sects - F. Jishû »), p. 127-136