Bouddhisme au Japon

histoire et pratiques spécifiques du Bouddhisme au Japon

Le bouddhisme au Japon (仏教, bukkyō?) a été importé de Chine et de Corée à partir des Ve et VIe siècles ; il est donc fortement influencé par les bouddhismes chinois et coréen, mais aussi par le shintoïsme, principale religion du Japon née plusieurs siècles auparavant.

Le Kinkaku-ji à Kyoto.

On peut diviser son histoire en trois grands moments: l’époque de Nara (jusqu'en 784), l’époque de Heian (794-1185) et la période post-Heian (à partir de 1185, début de l’époque de Kamakura). Chacune de ces périodes a vu l'introduction de nouvelles doctrines ou l'évolution d'écoles existantes, relevant de l'un ou l’autre des trois grands courants du bouddhisme : hīnayāna, (voie du Petit Véhicule), mahāyāna (voie du Grand Véhicule), vajrayāna (voie du Diamant).

Les treize écoles principales du bouddhisme japonais

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Tōdai-ji, le plus haut temple de Kegon.

Il existe aujourd'hui treize écoles principales (, shū?) du bouddhisme au Japon, classées d'après leur époque d'apparition :

Selon les statistiques religieuses de 2021 de l'Agence pour les Affaires culturelles du Japon, les corporations religieuses sous la juridiction du Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie comptent 135 millions de croyants, parmi lesquels 47 millions sont bouddhistes et majoritairement issues des nouvelles écoles bouddhiques de la période Kamakura (1185 - 1333). Le nombre de croyants estimés pour les différentes sectes est indiqués ci-dessous[1].

  • Époque de Nara (environ 700 000 pratiquants) :
    • Hossō (école chinoise Faxiang zhong, Dharmalaksana, caractéristiques des Dharmas).
    • Kegon (école chinoise Huayan, traduit par guirlande de fleurs ou stricte quintessence), de l'Ornementation Fleurie.
    • Ritsu, école chinoise Lüzong, dite école des Préceptes.
  • Époque de Heian :
    • Tendai, école du Mont Tiantai (montagne chinoise de la province du Zhejiang où se situe le temple fondateur) fondée en 806. Environ 2,8 millions de pratiquants.
    • Shingon, (Bouddhisme vajrayāna, ou bouddhisme tantrique) école de la Parole vraie (mantra en sanskrit, conservé en japonais) appelée parfois aussi dharani shu (école des dharanis) fondée en 810. Environ 5,5 millions de pratiquants.
  • Époque de Kamakura :
    • Bouddhisme de Nichiren ou Hōkke shū (fondée en 1253) : « école du Lotus », (Hō : la Loi, Ge : la fleur), école du moine Nichiren Soleil-Lotus »), se référant au Sûtra du Lotus de Shakyamuni et aux commentaires qu’en avaient fait Zhiyi de l'école Tiantai et Miaole (Zhanran) son disciple, en Chine, puis Saichō (Dengyō Daishi), fondateur du bouddhisme Tendai au Japon. Environ 11 millions de pratiquants.
    • Écoles inspirées par la Terre pure chinoise (souvent réunies sous le vocable d'amidisme, du nom du bouddha Amida) , environ 22 millions de pratiquants pour l'ensemble des écoles de la terre pure :
      • Jōdo, école de la Terre pure, fondée à la fin du XIIe siècle.
      • Jōdo shin, école de la véritable Terre pure, fondée au début du XIIIe siècle.
      • Yūzū nenbutsu, dérivé du Tendai, école de l'Attention Mutuelle au Bouddha (le nenbutsu est en fait l'invocation du nom du Bouddha Amida).
      • Ji, école de l'Heure.
    • Écoles Zen, fondées sur la « méditation silencieuse » (bien que le terme zen, quasiment intraduisible, ne suppose pas de sujet méditant) , environ 5,3 millions de pratiquants pour l'ensemble des écoles zen :
      • Rinzai, école du bonze chinois Linji (fondée au début du XIIIe siècle).
      • Sōtō, école des bonzes chinois Caoshan Benji (Cao-Sō) et Dongshan Liangjie (Dong-Tō), fondée dans les années 1230.
      • Ōbaku, école du mont Huangbo (montagne chinoise de la province du Fujian, où se situe le temple fondateur), influencée par la Terre pure, fondée au XVIIe siècle.

La plupart sont issues du bouddhisme mahāyāna ; seule l'école Ritsu provient du bouddhisme hīnayāna, Shingon appartenant au courant vajrayāna, et Tendai se situant à mi-chemin entre le mahāyāna et le vajrayāna.

De ces treize écoles principales découlent les 56 écoles (, ha?) que l'on trouve actuellement au Japon[réf. nécessaire]. Aujourd'hui, les écoles dominantes sont celles de l'époque de Kamakura, ainsi que Shingon de l'époque de Heian.

Historique

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Époque de Yamato

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Hōryū-ji, le plus haut temple de Shōtoku.

Les Japonais de l'époque de Yamato considéraient le continent comme supérieur[réf. nécessaire], et ils mirent en place une importation massive des choses chinoises, les recopiant, les triant et parfois innovant eux-mêmes. Parmi ces choses, il y a bien sûr la religion : le taoïsme, le bouddhisme, mais aussi des rituels confucéens. Pour les Japonais, au départ, ces courants de pensée sont une seule et même chose[réf. nécessaire] se déclinant de différentes manières.

Selon le Nihon Shoki, l'empereur Kimmei aurait reçu en , de la part de Seong Myong, le roi coréen de Kudara, une statuette dorée de Shaka (représentant Shakyamuni) et plusieurs rouleaux d'écritures bouddhiques. Le roi aurait également accompagné les présents par une lettre vantant les mérites du bouddhisme. L'authenticité de cette lettre est cependant discutable, dans la mesure où la traduction chinoise de cette dernière n'apparaîtra que bien plus tard. On pense à un faux rédigé par les auteurs du Nihon Shoki. D'ailleurs, on estime que le bouddhisme a été importé au Japon bien avant .

Devant l'importance d'un tel présent, l'empereur rassembla ses conseillers au nombre de trois, afin de décider de ce qu'ils devraient en faire. Soga no Iname voulut accepter l'existence du bouddhisme, tandis que Mononobe no Okoshi et Nakatomi no Kamako étaient contre, craignant la vengeance des Kami. Malgré tout, l'empereur décida de faire un essai du bouddhisme. De fait, Soga créa un monastère dans sa propre demeure, dans laquelle il plaça la statue. Mais rapidement, une épidémie se déclara. Mononobe et Nakatomi ordonnèrent alors de se débarrasser de la statue, qu'ils jetèrent dans un canal, et ils brulèrent le monastère. Cependant, l'épidémie se renforça et un incendie se déclara à l'intérieur de palais impérial. On se dépêcha donc de repêcher la statue, et les malheurs prirent fin.

Cependant, ce ne sera véritablement que grâce à l'empereur Yōmei, et surtout grâce à son fils, Shōtoku-taishi que le bouddhisme s'implantera définitivement au Japon. En effet, Shōtoku-taishi commentera de nombreux sūtras bouddhiques et créera de nombreux monastères. À sa mort, on comptait 46 monastères.

En , après des luttes d'influence avec le shintō, le bouddhisme fut déclaré religion d'État.

En , l'empereur Tenmu promulgue les premières lois visant à interdire la consommation de viande d'animaux (bovins, chevaux, chiens, poulets et singes). Cette interdiction restera en vigueur pendant près de 1 200 ans[2].

Le bouddhisme s'est introduit par le « haut », dans les classes sociales dominantes, avant d'atteindre le peuple, car ses enseignements relativement difficiles ne pouvaient pas encore être compris par l'ensemble de la population, non lettrée, du Japon.

Époque de Nara

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Pendant l'époque de Nara, naissent les écoles bouddhiques appelées les « Six écoles de la capitale du sud » (南都六宗, Nanto roku shū?, Nara étant nommée « capitale du sud » à l'époque) :

Hossō, Jojitsu, Kusha et Ritsu appartiennent à la branche indienne du bouddhisme. Kusha et Ritsu suivent de façon nette la branche du Petit véhicule. Jojitsu s'inscrit dans une zone de transition entre Petit et Grand véhicule, alors que Hossō, Sanron, et Kegon (qui trouve ses origines en Serinde et en Chine), appartiennent au Grand véhicule. Seuls Hossō, Kegon et Ritsu subsistent de nos jours.

Époque de Heian

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Durant l'époque de Heian, on assiste à la fondation de deux nouveaux courants par des moines revenus de Chine :

  • Shingon, courant vajrayana fondé par Kūkai (Kōbō-Daishi, 774-835) qui s'était rendu en Chine en et en rapporta le Vajrasekhara sutra qu'il associa au Tantra de Vairocana (ou Mahavairocanabhisambodhi tantra), pour en faire la base de son enseignement.
  • Tendai, dérivé de l'école chinoise tiantai (ou Tien Taï, « terrasse céleste », nom du lieu où elle est née), basé sur le Saddharma pundarika sutra ou sūtra du Lotus, à la suite du voyage de Saichō (Kogyo-Daishi, 767-822) ;

Époque de Kamakura

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Eihei-ji dans Fukui, le plus haut temple de Sōtō.

L'époque de Kamakura est celle de l'introduction du zen en provenance de Chine à partir de deux écoles : le Rinzai par le moine Eisai (1141-1215) et le Sōtō par Dōgen (1200-1253).

Deux courants inspirés par l'amidisme chinois naissent : l'école Jōdo sous l'impulsion de Hōnen (1133-1212), un prêtre Tendai, et l'école Jōdo shin (école véritable de la Terre pure aussi nommée bouddhisme shin) fondée par un disciple de Hōnen, Shinran (1173-1263). Viendront ensuite le développement de l'école Yūzū nenbutsu créée par un autre moine Tendai Ryōnin (1072–1132), et celui de l'école Ji fondée par Ippen (1234-1289), un moine-prêtre de l'école Jōdo.

À la même époque se développe le bouddhisme de Nichiren (du nom de son fondateur, Nichiren 1222-1282), qui désire revenir à une pratique uniquement centrée sur le sūtra du Lotus traduit par Kumarajiva, déjà popularisé à l'époque de Heian par le Tendai.

Toujours à la même période, le Shugendō, voie des ascètes des montagnes (les yamabushi) et syncrétisme entre bouddhisme et shintoïsme, connaît un important développement.

Époque d'Edo (1603-1868)

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Le début de l'époque d'Edo correspond à une phase d'ancrage plus profond du bouddhisme dans la population japonaise. Jusqu'au début du XVIe siècle, le bouddhisme est surtout ancré dans la partie la plus aisée de la population. Lors d'une période qui s'étend grossièrement de l'an 1500 à 1700, les principales sectes bouddhistes développent leurs réseaux de temples pour couvrir la majeure partie du pays, y compris les campagnes. Le bouddhisme Jōdo dispose ainsi à la fin du XVIIe siècle de 4 435 temples (sur 6 008) dont la date de fondation est connue ; 65 % d'entre eux sont fondés entre 1573 et 1643, et 90 % entre 1501 et 1696. Cette phase de diffusion du bouddhisme des XVIe et XVIIe siècles détermine assez largement la couverture ultérieure de cette religion dans le pays : 6 008 des 6 974 temples du bouddhisme Jōdo actifs en 1941 sont fondés avant la fin du XVIIe siècle. Cette dynamique de diffusion du bouddhisme est similaire dans les autres grands courants de l'époque comme le Shingon[3].

C'est aussi au début de la période que le nouveau régime cherche à assoir sa domination sur les différentes écoles bouddhistes en établissant un contrôle centralisé sur celles-ci, mais aussi en s'assurant de la conformité de leurs doctrines avec les intérêts du pouvoir[4]. Dans le même temps, le pouvoir se place hors du champ religieux et les responsables politiques ne sont pas incités à prendre appui sur le bouddhisme[5]. Plusieurs lois sont adoptées dès 1615 qui imposent aux temples de fonctionner en réseau, un temple devant servir de siège central à chaque école et fournir une liste de tous les temples qui y sont affiliés. Ce cloisonnement entre écoles de pensée accroit les différences doctrinaires qui deviennent alors plus marquées. Si la période de trouble du siècle précédent avait déjà vu émerger un système de loyautés plus ou moins marquées vis-à-vis d'une communauté religieuse, la spécialisation de ces communautés par doctrine était encore presque absente[6].

La construction des temples de cette époque peut être à l'initiative de grands seigneurs locaux (et souvent construits dans l'enceinte de leurs propriétés pour honorer des ancêtres), ou au contraire émaner de communautés plus locales (pour servir de lieu de culte à cette communauté). Cet essor de la construction de temples a pour effet de sédentariser les moines errants, qui sont alors recrutés pour servir dans ces temples. Les temples bouddhistes se démarquent des sanctuaires shintō en assurant les funérailles, et certains, les bodaiji, deviennent même les temples attitrés pour les funérailles de certaines familles[n 1],[7]. Il arrive ainsi que deux sépultures coexistent, l'une dédiée aux restes du défunt et l'autre, symbolique, dédiée au culte de son esprit[8]. L'essor progressif du bouddhisme Shinshū lors de la période diffuse la pratique de la crémation, et en parallèle celle d'une sépulture unique, contrairement aux autres écoles bouddhiques. Avec cette prise en charge des cérémonies de funérailles et d'affiliations de familles à des temples se met en place le système danka, forme de registres familiaux gérés par les temples. En période d'interdiction et de persécutions des chrétiens, ces registres familiaux permettent une certaine forme de contrôle religieux de la population[9].

D'un point de vue doctrinaire, la spécialisation du bouddhisme dans le traitement des funérailles a pour effet de faire évoluer ses pratiques et ses enseignements vers un « bouddhisme funéraire ». L'esprit du défunt devient couramment désigné comme hotoke, mot aussi utilisé pour désigner Bouddha en personne. Les esprits des défunts sont alors régulièrement honorés, notamment lors du festival O bon, et ces esprits sont supposés revenir pendant ces cérémonies pour visiter leurs descendants. Ces cérémonies religieuses régulières dédiées aux âmes des défunts pendant l'année deviennent un des éléments caractéristiques du bouddhisme japonais, sans doute dans une forme de syncrétisme avec un culte des ancêtres déjà présent dans le pays. Ceci n'est pas sans contradiction avec la tradition bouddhiste qui affirme qu'à leurs morts les âmes des défunts sont libérées du monde des vivants. Les autels familiaux dédiés aux ancêtres, les butsudan, commencent à apparaitre au XVIIe siècle, mêlant imagerie bouddhiste et tablettes mortuaires des défunts de la famille[10].

Une évolution doctrinaire apparait au début du XIXe siècle. En marge du systèmes d'écoles bouddhistes reconnues par l'État émergent de nouveaux mouvements hors du bouddhisme comme le Nyorai-kyō (ja) en 1802 dans la région de Nagoya, ou encore le Tenrikyō en 1838 dans le Yamato. La diffusion de ces mouvements force les autorités à restreindre les activités de prosélytisme, qu'elles jugent contraire à l'ordre public, y compris celui effectué par les rares écoles bouddhistes qui s'y prêtent comme le bouddhisme de Nichiren[11]. Lorsque les Occidentaux retournent au Japon au début des années 1850, le prosélytisme apparait au contraire auprès de certaines autorités bouddhistes comme nécessaire pour éviter que le christianisme ne reprenne pied dans le pays. La notion occidentale de « religion » introduite des les traités que le Japon signe avec les puissances étrangères pousse aussi les différentes écoles bouddhistes à se positionner vis-à-vis de ce nouveau concept. La doctrine bouddhiste est repensée pour s'articuler avec ce nouveau paradigme, ce qui pousse certaines pratiques comme les Kaji-kitō (ja) (prières rituelles) à être perçues comme des superstitions indignes d'une religion, et combattues[12].

Empire du Japon (1868-1945)

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dessin d'une scène dans l'arrière-cour d'un temple. Trois hommes s'affairent pour détruire à coups de masse une cloche aussi large qu'un être humain.
Destruction de cloches bouddhistes pendant le Haibutsu kishaku vers 1870.

Le bouddhisme est durement touché lors de la restauration de Meiji. Au cours des siècles, un syncrétisme s'est développé entre bouddhisme et shintō[13]. Influencé par les préceptes des Kokugaku[14],[n 2], le Jingi-kan, qui au sein de l'État dirige les affaires liées au shintō, ordonne le une séparation des deux religions et une épuration des sanctuaires[13]. Le but est alors de lutter contre l'influence des pouvoirs bouddhistes sur la société, perçus comme des éléments conservateurs s'opposant à la modernisation du pays[14]. Ordre est donné aux prêtres bouddhistes exerçant dans des sanctuaires syncrétiques de se convertir au shintō ou de démissionner. Les objets de culte comme les statues et les textes sacrés doivent être évacués. La plupart des prêtres font le choix de se convertir, et vont jusqu'à afficher ce renoncement en prenant des concubines ou en mangeant de la viande de manière ostentatoire, pratiques proscrites pour les prêtres bouddhistes[15]. Souvent violent, ce processus entraîne de nombreux pillages de temples et destructions d'objets[16]. Le gouvernement prend quelques mesures pour éviter les débordements, mais celles-ci sont variablement interprétées par les autorités locales, et les troubles persistent jusqu'au début des années 1870. Des cloches sont fondues pour en faire des armes, des statues sont profanées, et des temples sont saisis par les autorités locales, comme à Satsuma[17]. Dans les régions les plus durement touchées, la plupart des temples sont détruits et de nombreux moines, tués[18]. Cette politique touche variablement les différents courants bouddhistes. Nombre de prêtres des temples du Shingon et du Tendai se convertissent au shintō, tandis que le Jōdo shinshū se montre plus virulent dans son opposition, allant jusqu'à déclencher des émeutes pour protéger ses temples[19]. Cette politique contre le bouddhisme s'infléchit en 1872, et les relations avec l'État se normalisent[20].

Cet épisode de violences envers le bouddhisme pousse certains croyants réformateurs à s'interroger sur la place de cette religion dans la société nippone et sur ses apports. Des réformes de plusieurs types sont proposées et un nouveau bouddhisme, ou shin bukkyō, voit le jour sous plusieurs formes, tandis qu'émergent des figures comme Kiyozawa Manshi[21]. Le bouddhisme monastique connaît également des évolutions — sous l'influence de Fukuda Gyōkai (Terre pure) ou Shaku Unshō (Shingon) — et le respect des dix règles du bouddhisme est réaffirmé. Plus généralement, les bouddhistes tirent profit de la méfiance envers le christianisme qui s'installe dans le pays à partir des années 1880, d'une part en réaffirmant leur loyauté envers l'empereur[22], d'autre part en cherchant à aligner leurs intérêts avec ceux des nationalistes. C'est ainsi que de nombreux moines exploitent politiquement l'incident causé par Uchimura Kanzō en 1891 — importante affaire médiatique déclenchée par cet enseignant chrétien ayant hésité à se prosterner devant l'image de l'empereur. Une personnalité comme Inoue Enryō cherche à démontrer que les préceptes du bouddhisme sont compatibles avec la science, et affirme que le bouddhisme est même supérieur au christianisme dans sa scientificité[23]. Tanaka Chigaku développe une école dont la doctrine soutient l'expansionnisme japonais en Asie[24].

Dans les années 1930, le bouddhisme japonais fait émerger de nouveaux courants et s'implique de manière plus ou moins marquée dans le militarisme japonais. Des Shinshūkyō — « nouvelles religions », relevant du bouddhisme — sont fondées. Celles-ci ont en commun d'être influencées par le bouddhisme de Nichiren, de pratiquer un prosélytisme insistant et de mettre l'accent sur les bénéfices immédiats que les pratiquants peuvent tirer de leurs enseignements, plutôt que sur des notions plus intangibles comme l'illumination ou le salut. La Sōka gakkai fondée en 1930, la Reiyukai fondée en 1920, et la Risshō Kōsei Kai fondée en 1938, sont les plus notables[25]. Le bouddhisme japonais est aussi marqué par une certaine ambivalence envers les guerres que mène le Japon. Toute une frange nationaliste du bouddhisme approuve la guerre et participe à celle-ci en envoyant des moines sur le terrain pour fournir un soutien moral et médical aux soldats[26]. D'autres écoles sont au contraire attaquées par le gouvernement en raison de leur enseignement et de leur refus d'entamer des réformes pour les rendre compatibles avec la doctrine impériale — ce qui entraîne l'emprisonnement de certains dirigeants comme Tsunesaburō Makiguchi[27].

Époque contemporaine

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À partir des années 1920, le Japon a vu un développement important de nouveaux mouvements religieux (新宗教, shinshūkyō?). On peut classer ceux d'inspiration bouddhiste en différentes catégories :

La situation est encore compliquée par le fait que, en raison du système des lignées, les grandes écoles sont elles-mêmes subdivisées en une multitude d'écoles et de courants. Il y a ainsi actuellement plus de 184 000 groupes religieux répertoriés au Japon.[réf. nécessaire]

Si le bouddhisme a perdu de sa vitalité[réf. souhaitée], l'ère contemporaine connaît néanmoins des maîtres zen d'importance, comme Kodo Sawaki ou Harada Daiun Sogaku (en).

Les temples

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Les temples bouddhistes sont appelés tera (?, se lit aussi ji) ou jiin (寺院?) en japonais. Le gouvernement japonais comptabilisait 76 000 temples ayant une personnalité juridique en 2005[28].

Plan du temple Hōryū-ji.

On peut trouver devant la ou les portes (, mon?, A sur le plan à droite) du temple des statues de Niō, ou comme pour un sanctuaire shinto des statues de komainu (狛犬?)[29].

Il y a trois bâtiments essentiels dans un temple japonais, reliés ou non par un cloître appelé kairō (回廊?, B)[30],[31] :

  • le bâtiment principal (C) : kondō (金堂?, littéralement « salle d'or ») ou honden (本殿?, littéralement « palais principal »), ou butsuden (仏殿?, littéralement « palais de Bouddha ») dans le bouddhisme zen,
  • la pagode (, ?, D), généralement de trois ou cinq étages, absente dans le zen,
  • et la salle d'études (講堂, kōdō?, E), ou salle de dharma (法堂, hōdō?) dans le zen : celle-ci peut être à l'intérieur ou à l'extérieur de l'enceinte, reliée ou non par le corridor.

On peut également y trouver[30] :

  • un « entrepôt de sūtras » (経蔵, kyōzō?, F),
  • un beffroi (鐘楼, shōrō?, G), qui n'est cependant pas dans une tour,
  • mais aussi un réfectoire/cantine (食堂, jikidō?), une cuisine appelée kuri (庫裡?) et un dortoir (僧房, sōbō?).

Sources

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  1. Ces bodaiji peuvent être attitrés à une famille quel que soit son rang social. Le bodaiji de la famille impériale lors de cette période est le temple Shingon Sennyū-ji à Kyōto, celui de la famille shogunale est le temple Jōdo Zōjō-ji à Edo.
  2. Motoori Norinaga (1730–1801) et Hirata Atsutane (1776–1843) en particulier se sont montrés très virulents dans les critiques du bouddhisme.

Références

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(ja) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en japonais intitulé « 日本の仏教 » (voir la liste des auteurs).
(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Buddhism in Japan » (voir la liste des auteurs).
  1. 文化庁 宗教年鑑令和3年版. p.51 Agence pour les Affaires culturelles
  2. Hiroyuki Ishi, « Sacrifice et compassion : les relations entre les Japonais et les animaux », Histoire de l’environnement japonais à l’époque moderne, sur Nippon.com, (consulté le ).
  3. Bitō Masahide, The Cambridge History of Japan Volume 4 1991, p. 381.
  4. Mark Teeuwen, The New Cambridge History of Japan Volume 2 2023, p. 452.
  5. Mark Teeuwen, The New Cambridge History of Japan Volume 2 2023, p. 471.
  6. Mark Teeuwen, The New Cambridge History of Japan Volume 2 2023, p. 450.
  7. Bitō Masahide, The Cambridge History of Japan Volume 4 1991, p. 382.
  8. Bitō Masahide, The Cambridge History of Japan Volume 4 1991, p. 383.
  9. Bitō Masahide, The Cambridge History of Japan Volume 4 1991, p. 385.
  10. Bitō Masahide, The Cambridge History of Japan Volume 4 1991, p. 386.
  11. Mark Teeuwen, The New Cambridge History of Japan Volume 2 2023, p. 468.
  12. Mark Teeuwen, The New Cambridge History of Japan Volume 2 2023, p. 474.
  13. 1 2 Yoshiya Abe 1968, p. 319.
  14. 1 2 Deal et Ruppert 2015, p. 211.
  15. Yoshiya Abe 1968, p. 320.
  16. Yoshiya Abe 1968, p. 321.
  17. Yoshiya Abe 1968, p. 323.
  18. Deal et Ruppert 2015, p. 212.
  19. Yoshiya Abe 1968, p. 328.
  20. Yoshiya Abe 1968, p. 329.
  21. Deal et Ruppert 2015, p. 213.
  22. Deal et Ruppert 2015, p. 215.
  23. Deal et Ruppert 2015, p. 216.
  24. Deal et Ruppert 2015, p. 217.
  25. Deal et Ruppert 2015, p. 220.
  26. Deal et Ruppert 2015, p. 221.
  27. Deal et Ruppert 2015, p. 223.
  28. (en) « Religious organizations, clergymen and adherents (1980--2005) », sur Bureau des Statistiques du Ministère japonais des Affaires intérieures et des Communications, Agence pour les Affaires culturelles, (consulté le ).
  29. (en) « Shinto Shrine Guide - Inside the Shrine », sur Gods of Japan, A-to-Z Photo Dictionary of Japanese Buddhism (Buddhist & Shinto Deities) (consulté le ).
  30. 1 2 (ja) Satoko Suzuki, « O-teramoto ni kanarazu dete kuru garan, wakaru yō de wakarimasen. Donna tatemono ga soko ni ha aru no ? », Casa Brutus, vol. 90, , p. 42-43.
  31. (en) « Buddhist Temples », Office national du tourisme japonais (consulté le ).

Bibliographie

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Voir aussi

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