José Cabrero Arnal
José Cabrero Arnal est un dessinateur de bande dessinée espagnol, né le à Castilsabás (Loporzano, province de Huesca) en Espagne et mort le à Antibes en France. Il est le créateur des personnages Pif le chien, Hercule et Placid et Muzo.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Pseudonymes |
C. Arnal, CEA |
| Nationalité | |
| Activités |
| A travaillé pour | |
|---|---|
| Lieux de détention |
Biographie
modifierEnfance et formation
modifierJosé Cabrero Arnal naît à Castilsabás, village de la commune de Loporzano dans la province de Huesca, le [1], mais sa famille s'installe à Barcelone dans les années 1920, tandis que son père y devient agent de police. José y subit l'éducation rigoriste de son père, qui professe des idées réactionnaires. Il suit de piètres études et est forcé par son père de devenir enfant de chœur pour un monastère, où il développe une aversion pour l'autorité et les injustices[2]. À la fin de ses études, il devient d'abord apprenti menuisier-ébéniste puis mécanicien sur des machines à calculer.
Il déclare : « Sur mes cahiers de devoirs il y avait plus de dessins que de problèmes. Cette forme d'art n'était guère appréciée, ni par mes instituteurs ni par mon père, et ils me le faisaient sentir d'une façon fort désagréable pour mes... mon... enfin pour la partie de mon corps plus destinée à s'assoir qu'à recevoir des contacts violents avec des objets contondants tels que martinets, règles, savates[3]. »
Début de carrière
modifierÉpris de dessin depuis son enfance, Arnal commence à placer quelques dessins pendant ses années d'apprentissage, en étoffant progressivement ses collaborations[2].
Il commence sa carrière de dessinateur à temps plein dans les revues KKO, Pocholo et le prestigieux magazine de bandes dessinées TBO. Il est l'auteur de séries nommées Guerra en el país de los insectos (1933-34, la Guerre des insectes) puis Paco Zumba (1935) et Castarilla détective (1936).
Il crée en 1935 pour TBO le personnage de Top le chien, précurseur de Pif, dans une série intitulée Viajes extraordinarios del perro Top (es) (Les voyages extraordinaires du chien Top), mêlant aventures humoristiques et science-fiction dans un style fortement influencé par Walt Disney[4] : Top y parcourt de nombreuses planètes, toutes plus fantaisistes les unes que les autres.
Engagement républicain et guerres
modifierSympathisant républicain - sans pour autant être engagé dans aucun parti politique - il prend les armes dès le début du soulèvement franquiste et ne les lâchera plus jusqu’à la Retirada[5]. Il doit se réfugier en France en 1938 et est interné comme tant de ses compatriotes dans les terribles camps installés sur les plages du littoral méditerranéen[6] : Argelès-sur-Mer, Le Barcarès, Saint-Cyprien puis Agde. Républicain et donc antifasciste, il souhaite continuer le combat et s'opposer aux nazis. Ceux-ci menacent aux frontières de la France, aussi en décembre 1939 Arnal s'engage dans les Compagnies de Travailleurs Étrangers (109e CTE) et part travailler aux fortifications de la ligne Maginot près de Belfort[7].
Après l'offensive allemande et la défaite française, lui et ses compatriotes suivent le repli de l'armée française[8]. Tentant de passer en Suisse, ils sont refoulés par les autorités helvétiques, puis capturés en France par les Allemands et déportés à Mauthausen. Il fait partie du train des « Rote Spanier » (Espagnols rouges) qui arrive le . Arnal est l'un des principaux personnages du roman autobiographique de son ami Joaquim Amat-Piniella, K.L. Reich, récit de ses années de captivité à Mauthausen[9]. La faim, le froid, l’épuisement et les tortures viennent à bout de la majorité de ses compagnons d'infortune : sur environ 200 000 déportés au camp de Mauthausen, plus de 122 000 y laisseront la vie[5].
Après la Libération, en , il pèse à peine 45 kilos et est envoyé en convalescence à Caussade, près de Toulouse, où il est accueilli par une famille d’instituteurs. Au cours de cette période, il fait la connaissance de celle qui deviendra son épouse, Denise[5]. Pour un libraire de Toulouse, il fait des dessins sur le thème de la déportation et peut économiser pour aller chercher du travail à Paris.
Carrière en France
modifierDe retour à Paris fin 1945, il rencontre René Moreu, rédacteur en chef de Vaillant et commence alors à dessiner dans le journal L'Humanité. En 1946, il obtient un grand succès avec sa série Placid et Muzo qui s'installe durablement en couverture de Vaillant[10]. Le [11] paraît pour la première fois la série dessinée quotidienne de Pif le chien. Deux ans plus tard, celui-ci est rejoint par son compère et faire-valoir, le chat Hercule au célèbre pansement sur la joue. Il publie également dans les années 1950 et début 1960 diverses histoires dans les magazines italiens Noi Ragazzi, Pioniere et Pioniere dell'Unità.
En 1969, Vaillant bénéficie d'une nouvelle version sous le nom de Pif Gadget dans lequel les séries fétiches d'Arnal continuent d'être publiées. Outre Pif et Hercule et Placid et Muzo, Arnal a créé ou repris beaucoup d'autres personnages tels que Clopinet, Oscar / Becdor le Canard, Gavroche et G. Latine, Gagman, Pince sans rire, Roudoudou et Riquiqui, Fifine et Fanfan, Zyppy le moucheron, Bouldegomme et Nez-au-Vent, Zéphirin et le Lutin, Nouche et Nigo, etc.
Après deux demandes de naturalisation française refusées, il reste apatride et ne retournera jamais en Espagne.
José Cabrero Arnal meurt le à Antibes[12].
Notes et références
modifier- ↑ « José Cabrero Arnal : de la République espagnole aux pages de Vaillant, la vie du père de Pif le chien » (consulté le ).
- 1 2 « Les Mémoires d'un Crayon Rouge, José Cabrero Arnal », dans René Moreu, C. Arnal : une vie de Pif, La Farandole, , 124 p., p. 12-14.
- ↑ Pif-Gadget no 193, éditions de Vaillant, novembre 1972.
- ↑ « Top, l'ancêtre de Pif », dans René Moreu, C. Arnal : une vie de Pif, La Farandole, , 124 p..
- 1 2 3 Olivier Chartrain, « José Cabrero Arnal, de la République espagnole à Pif Gadget »
, sur L'Humanité, . - ↑ « De la guerre d'Espagne à Pif le chien : retour sur la vie du dessinateur catalan Josep Cabrero Arnal », sur France 3 Occitanie, (consulté le ).
- ↑ « Les incroyables histoires des Vosges. L’odyssée lorraine du créateur de Pif le chien, José Cabrero Arnal, de la Moselle aux Vosges », sur www.vosgesmatin.fr, (consulté le ).
- ↑ Vosges Matin, "L'odyssée lorraine d'Arnal, le créateur de Pif le chien". Avec photos d'Arnal. « Les incroyables histoires des Vosges. L’odyssée lorraine du créateur de Pif le chien, José Cabrero Arnal, de la Moselle aux Vosges », sur www.vosgesmatin.fr, (consulté le ).
- ↑ « Arnal est un des personnages de K.L. Reich », site officiel d'Amat-Piniella.
- ↑ Thierry Crépin, « Haro sur le gangster ! » : La moralisation de la presse enfantine, 1934-1954, Paris, CNRS Éditions, , 493 p. (ISBN 2-271-05952-6), p. 151.
- ↑ Parti communiste français Auteur du texte, « L'Humanité : journal socialiste quotidien », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « Acte de décès no 979 du 8 septembre 1982 », sur le site des archives municipales d'Antibes.
Annexes
modifierBibliographie
modifier- René Moreu, Une Vie de Pif, Paris, La Farandole, , 122 p. (ISBN 9782704703272)
- Henri Filippini, « Pif le chien : histoire d’une tragédie éditoriale », sur BD Zoom,
- Philippe Guillen, José Cabrero Arnal, de la république espagnole aux pages de Vaillant, la vie du créateur de Pif le Chien, Toulouse, Nouvelles Éditions Loubatières, (ISBN 978-2-86266-659-4 et 2-86266-659-9).
- Christophe Quillien, « Pif le chien », dans Pif Gadget : 50 ans d'humour, d'aventure et de BD, Hors Collection, (ISBN 9782258152601), p. 12-17.
- Philippe Guillen, « José Cabrero Arnal : Itinéraire d’un « crayon rouge » espagnol », dans Exils et migrations ibériques aux XXe et XXIe siècles, 2014/1 (no 6), pages 96 à 116 (en ligne)
Filmographie
modifier- D'après Arnal, itinéraire d'un crayon rouge (2019) de Christophe Vindis, documentaire sur la vie de José Cabrero Arnal
Liens externes
modifier- Ressources relatives à la bande dessinée :
- Fabrice Castanet, Biographie d'Arnal, sur Pimpf ?