Les Juifs jamaïcains sont une communauté juive établie en Jamaïque dont les origines remontent principalement à des migrants venus d'Espagne et du Portugal. À partir de 1509, de nombreux Juifs fuyant les persécutions de l'Inquisition espagnole s'installent sur l'île, alors sous domination espagnole[1]. Après la conquête de la Jamaïque par les Anglais en 1655, les Juifs qui y vivaient jusque-là comme conversos peuvent pratiquer ouvertement le judaïsme[2].

Histoire

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Arrivée et installation

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Les Juifs jamaïcains sont originaires d'Espagne et du Portugal. Ils fuient l'Inquisition espagnole, qui contraint les Juifs à quitter la péninsule Ibérique ou à se convertir au catholicisme[3]. Beaucoup se présentent comme « Portugais » ou « Espagnols » afin de dissimuler leur identité et continuent de pratiquer le judaïsme clandestinement. Lors de la conquête anglaise de la Jamaïque en 1655, le général Robert Venables signale la présence de nombreux « Portugais » sur l'île, sans qu'il soit possible de déterminer combien sont effectivement juifs ou nouveaux chrétiens[2]. Une partie d'entre eux apporte son soutien aux Anglais lors de l'invasion, en raison des persécutions subies sous l'administration espagnole[2].

Après la conquête anglaise, les Juifs sont autorisés à demeurer sur l'île et peuvent désormais pratiquer leur religion ouvertement. Ils obtiennent la citoyenneté anglaise sous Oliver Cromwell, privilège confirmé en 1660 par le roi Charles II[1]. La Jamaïque devient alors un refuge pour de nombreux Juifs séfarades. Des familles venues notamment d'Amsterdam, de Bordeaux et de Bayonne s'y établissent, la plupart à Port Royal[2], où se trouve une rue connue sous le nom de « Jew Street »[3].

Parmi les premières familles officiellement établies figure, vers 1660, celle de Jacob Josua Bueno Enriques, installé à Punta de Cagoe, qui obtient l'autorisation de pratiquer ouvertement le judaïsme et de disposer d'une synagogue[4]. D'autres colons arrivent ensuite directement de Londres, comme Salomo Gabay Faro et David Gomes Henriques en 1668, puis Abraham Espinosa et Jacob de Torres en 1671[4]. Convaincu de leur intérêt économique, le gouverneur Thomas Lynch obtient de Londres qu'ils soient dispensés du serment d'allégeance habituel et que leur liberté de culte soit garantie[4]. En 1671, une pétition de marchands anglais demande néanmoins que le commerce de détail leur soit interdit et que les Juifs non naturalisés soient expulsés ; le gouverneur s'y oppose, estimant au contraire que les colons juifs et néerlandais figurent parmi les sujets les plus utiles à la Couronne[4]. En 1672, trente-et-un marchands de Port Royal adressent à leur tour une pétition au gouverneur afin de dénoncer le nombre croissant de commerçants juifs présents sur l'île[5]. Dès 1683, la communauté est suffisamment importante pour se doter d'un rabbin, Josiahu Pardo, originaire de Curaçao[4].

Institutions

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La synagogue Shaare Shalom (Holy Congregation of the Gates of Peace), de Kingston, construite en 1885, demeure l'unique synagogue du pays jusqu'en 2014, année où le mouvement Habad ouvre une seconde synagogue à Montego Bay. La congrégation utilise son propre siddour, mêlant tradition hispano-portugaise, libéralisme britannique et réforme américaine. La Hillel Academy, école privée fondée par la communauté juive, est aujourd'hui non confessionnelle mais reste un lieu de rassemblement pour les enfants de la communauté. Un centre du patrimoine juif jamaïcain (Jamaican Jewish Heritage Center) ouvre ses portes en 2006, à l'occasion du 350e anniversaire de la présence juive dans l'île.

Personnalités liées

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  • Ivan Barrow, joueur de cricket international
  • Harry Belafonte, chanteur, auteur-compositeur et acteur américain (grand-père juif)
  • Chris Blackwell, fondateur de label discographique (mère juive)
  • Jacob De Cordova, fondateur du journal Jamaica Daily Gleaner
  • H. G. de Lisser, écrivain et rédacteur en chef du Jamaica Daily Gleaner
  • Moses Cohen Henriques, pirate, ayant fui l'Inquisition espagnole
  • Myer Lyon, hazzan et ténor d'opéra
  • Daniel Israel Lopez Laguna, poète et auteur d'une paraphrase espagnole des psaumes, Espejo fiel de vidas (1720)
  • Sean Paul (Sean Paul Francis Henriques), chanteur jamaïcain de dancehall et de reggae (grand-père juif)
  • George Stiebel, négociant et entrepreneur
  • Richard Henriquez, architecte

Voir aussi

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Notes et références

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  1. 1 2 Delevante 2006.
  2. 1 2 3 4 Arbell 2000.
  3. 1 2 Kritzler 2008.
  4. 1 2 3 4 5 Kayserling 1900.
  5. Calendar of State Papers Colonial, America and West Indies, vol. 7, 1669-1674, Londres, Her Majesty's Stationery Office, (lire en ligne), p. 364-381

Bibliographie

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  • (en) Marilyn Delevante et Anthony Alberga, The Island of One People: An Account of the History of the Jews of Jamaica, Kingston, Ian Randle, (ISBN 978-9766376932)
  • (en) Mordehay Arbell, The Portuguese Jews of Jamaica, Kingston, Canoe Press, (ISBN 976-8125691)
  • (en) Edward Kritzler, Jewish Pirates of the Caribbean: How a Generation of Swashbuckling Jews Carved Out an Empire in the New World in Their Quest for Treasure, Religious Freedom—and Revenge, New York, Doubleday, (ISBN 978-0385513982)
  • (en) Robert Cohen, « Early Caribbean Jewry: A Demographic Perspective », Jewish Social Studies, Indiana University Press, vol. 45, no 2, , p. 123-134
  • (en) Samuel J. Hurwitz et Edith Hurwitz, « The New World Sets an Example for the Old: The Jews of Jamaica and Political Rights 1661-1831 », American Jewish Historical Quarterly, The Johns Hopkins University Press, vol. 55, no 1, , p. 37-56
  • (en) M. Kayserling, « The Jews in Jamaica and Daniel Israel Lopez Laguna », The Jewish Quarterly Review, University of Pennsylvania Press, vol. 12, no 4, , p. 708-717
  • (en) Thomas August, « Jewish Assimilation and the Plural Society in Jamaica », Social and Economic Studies, Sir Arthur Lewis Institute of Social and Economic Studies, University of the West Indies, vol. 36, no 2, 1987a, p. 109-122
  • (en) Thomas G. August, « An Historical Profile of the Jewish Community of Jamaica », Jewish Social Studies, Indiana University Press, vol. 49, nos 3/4, 1987b, p. 303-316
  • (en) Mary F. Richardson, « Out of Many, One People – Aspiration or Reality? An Examination of the Attitudes to the Various Racial and Ethnic Groups within the Jamaican Society », Social and Economic Studies, Sir Arthur Lewis Institute of Social and Economic Studies, University of the West Indies, vol. 32, no 3, , p. 143-167
  • (en) Stanley Mirvis, The Jews of Eighteenth-Century Jamaica: A Testamentary History of a Diaspora in Transition, New Haven, Yale University Press, , 285 p. — voir aussi le compte rendu de (en) Michael Hoberman, « The Jews of Eighteenth-Century Jamaica: A Testamentary History of a Diaspora in Transition by Stanley Mirvis (review) », AJS Review, vol. 45, no 1, , p. 185-187