Montego Bay

ville portuaire située sur la côte nord de la Jamaïque

Montego Bay est une ville portuaire de Jamaïque, située sur la côte nord de l'île, dans le comté de Cornwall. Chef-lieu de la paroisse de Saint James, elle est proclamée ville par le Parlement en 1980. Avec 110 115 habitants au recensement de 2011 (contre 83 200 en 2001), elle constitue la quatrième agglomération du pays après Kingston, Spanish Town et Portmore.

Montego Bay
Montego Bay
Administration
Pays Drapeau de la Jamaïque Jamaïque
Comté Cornwall
Paroisse Paroisse de Saint James
Démographie
Gentilé Montégonien(ne)
Population 123 994 hab. (2026)
Géographie
Coordonnées 18° 28′ 00″ nord, 77° 55′ 00″ ouest
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Jamaïque
Voir sur la carte administrative de Jamaïque
Montego Bay

Destination touristique majeure, réputée pour ses plages, ses complexes hôteliers et son terminal de croisière, elle est desservie par l'aéroport international Donald-Sangster, le plus fréquenté des Caraïbes anglophones.

Toponymie

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Le nom de Montego Bay dérive de l'espagnol manteca saindoux »)[1]. La baie était en effet un point de ravitaillement pour les navires de passage, qui venaient s'y procurer le saindoux et la viande boucanée tirés des nombreux porcs, sauvages ou élevés dans l'arrière-pays de l'ouest de l'île par les boucaniers d'où le surnom de « Lard Bay » baie du saindoux »)[1]. La graphie Montego Bay est attestée dès 1661 sur la carte de Hickeringill[2]. Ses habitants désignent couramment la ville par le diminutif MoBay[3].

Site et milieu physique

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Montego Bay s'étend sur une plaine côtière, bordée à l'ouest par la mer et son port naturel, et enserrée au nord, au sud et à l'est par des collines abruptes[4]. Plusieurs rivières et ravines (gullies) la traversent, la zone constituant le bassin versant de la rivière Montego[4]. Le littoral, connu pour ses plages de sable blanc, abrite également la lagune de Bogue, bordée d'un récif corallien et d'une mangrove[4].

La ville est exposée à de nombreux aléas naturels : cyclones et tempêtes tropicales[5], ondes de tempête, inondations pluviales, séismes et glissements de terrain, auxquels s'ajoutent les effets attendus de l'élévation du niveau de la mer sur un littoral où se concentre l'essentiel de son activité économique[6].

Histoire

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Carte d'amirauté de la baie de Montego en 1815.

Avant l'arrivée des Européens, la région était peuplée par les Arawaks, qui y cultivaient, pêchaient et vivaient dans des villages dont subsistent des sites d'habitat et des amas coquilliers, repérés notamment aux abords de Montego Bay[7]. Les Espagnols ne commencent à s'établir dans l'île qu'à partir de 1510. Ils exploitent les troupeaux de porcs sauvages qui parcourent l'île pour en exporter le saindoux, activité à l'origine du nom de la baie[8].

L'essor véritable de Montego Bay date du XVIIIe siècle. Entre 1720 et 1772, le capitaine Jonathan Barnett fait subdiviser une partie de ses plantations de canne à sucre, donnant naissance à Charles Town, rebaptisée par la suite Barnett Town ainsi qu'à Charles Square, connue sous le nom de Sam Sharpe Square. Cette restructuration foncière marque le véritable point de départ de l'urbanisation de la ville. Un plan dressé en 1765 atteste de cette dynamique commerciale florissante : il fait apparaître six quais s'avançant dans le port, témoins de l'intensification des échanges maritimes[9].

La plantation Rose Hall

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À Montego Bay se trouve la Plantation Rose Hall (en), vaste exploitation agricole sucrière de 650 hectares, qui comptait 250 esclaves. Elle s'est d'abord appelé Plantation Palmyra, jusqu'à son rachat par John Palmer qui lui donne le nom de sa femme Rosa[10]. La maison du maître est un manoir de style géorgien construit en 1770[11].

Les missions baptistes

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L'arrivée des époux Rowe à Montego Bay le marque le début officiel de la mission baptiste en Jamaïque[12]. Le , une congrégation de douze membres y est constituée[13]. La même année est établie la station baptiste de Montego Bay, dirigée par le missionnaire Thomas Burchell, qui y développe plusieurs annexes prospères[14].

Dans une société marquée par l'absentéisme des propriétaires et l'absence d'instruction religieuse pour les esclaves, les congrégations baptistes affirment l'égalité spirituelle des personnes réduites en esclavage et deviennent des foyers d'alphabétisation, de cohésion sociale et de critique morale du système esclavagiste[14].

La révolte de 1831

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Les esclaves baptistes se montrèrent plus enclins à agir que leurs homologues des églises presbytérienne, wesleyenne ou morave : l'autonomie relative accordée par les missionnaires blancs aux diacres noirs permit aux esclaves de prendre en charge leur vie religieuse et d'en réinterpréter la théologie à la lumière de leur propre expérience[15].

Dans ce contexte, le missionnaire Thomas Burchell, de retour d'Angleterre, était attendu à Montego Bay avec, croyait-on, un décret d'émancipation signé par le roi Guillaume IV. L'annonce par le gouverneur qu'aucune émancipation n'avait été accordée provoqua un vif mécontentement parmi les esclaves[16].

La tension entre espoirs d'émancipation et intransigeance des planteurs aboutit à la plus grande révolte de l'histoire jamaïcaine, l'insurrection de Noël de 1831-1832, dite Baptist War. Elle eut pour meneur Samuel Sharpe, diacre de l'église baptiste missionnaire de Montego Bay et responsable de classes chez les baptistes noirs indépendants. Lettré, il puisait dans sa lecture de la Bible la conviction que la couronne britannique avait déjà accordé la liberté aux esclaves et que les planteurs la leur dissimulaient[17],[18]. Sharpe conçut d'abord l'action comme une grève passive — refuser de reprendre le travail après les fêtes tant qu'aucune rémunération ne serait versée — tout en préparant une stratégie de rébellion armée en cas d'échec[17].

La méfiance des planteurs et les premières confrontations transformèrent rapidement le mouvement en insurrection ouverte. Le , l'incendie de la plantation Kensington, dans la paroisse de Saint James, marqua le début du soulèvement[18]. Quelque 20 000 esclaves se soulevèrent dans l'ouest de l'île, sur plus de 750 milles carrés de la zone sucrière la plus riche de la Jamaïque, incendiant plantations et bâtiments d'exploitation[17],[19]. Bien que brève, la rébellion pesa sur la décision du Parlement britannique d'abolir l'esclavage à compter du [18].

Géographie

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Croissance et structure urbaine

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Deuxième ville de la Jamaïque par la population après Kingston et son agglomération, Montego Bay comptait 110 115 habitants au recensement de 2011[4]. Son cœur urbain se compose de trente-huit quartiers, l'essentiel du développement planifié s'étant concentré sur le centre-ville et la frange côtière[4].

La ville a connu une croissance extrêmement rapide dans les années 1960 sous l'effet du tourisme, du commerce et de l'industrie légère. Elle compte un quartier central des affaires, un secteur touristique, la zone commerciale et industrielle du port franc, des taudis de centre-ville, une couronne résidentielle aisée et une dizaine de quartiers d'habitat informel (shantytowns).

Depuis les années 1980, la croissance résidentielle, formelle comme informelle, s'est faite à faible densité dans les collines qui entourent la ville, tandis que l'activité hôtelière s'est déplacée de l'axe commercial de Gloucester Avenue, le Hip Strip, vers le littoral, notamment à l'est de l'aéroport[20]. En l'absence de plan d'urbanisme d'ensemble récent, cette croissance est restée en grande partie non planifiée[20].

L'habitat informel occupe une place importante. Selon les statistiques nationales, environ un habitant sur cinq y réside[21]. Ces quartiers, souvent situés sur des pentes instables ou en zone inondable, concentrent des difficultés d'accès aux services et contribuent à faire de Saint James l'une des paroisses les plus touchées par la criminalité de l'île[21]. Ils s'établissent sur des terrains de faible valeur (pentes abruptes, terrains calcaires impropres à l'agriculture, abords de ravines sujets aux crues).

La zone franche et le téléport

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À partir des années 1980, la Jamaïque développe une stratégie d'accueil des activités délocalisées, qui en fait au début des années 2000 le premier pays de la Caraïbe pour l'implantation de prestations informatiques[22]. La Montego Bay Free Zone, initialement conçue pour des activités manufacturières destinées à l'exportation, est reconvertie en téléport afin d'accueillir les activités délocalisées de sociétés du secteur des hautes technologies ; elle emploie alors quelque 4 500 personnes, effectif supérieur à celui des activités traditionnelles en déclin sur le territoire[23]. Montego Bay figure ainsi, aux côtés de Kingston et de Portmore, parmi les principaux pôles jamaïcains de l'économie numérique[24].

Lieu d'accueil de grands événements

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C'est à Montego Bay qu'a été signée le la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.

En 2011, la ville accueille les Jeux de la Caribbean Free Trade Association.

Équipements

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Aéroport international Donald Sangster

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Montego Bay possède un aéroport international Donald Sangster, code AITA : MBJ, code OACI : MKJS desservi par la compagnie Air Jamaica. C'est le plus grand aéroport de Jamaïque.

Navires de croisière dans le port de Montego Bay.

Musée national de Montego Bay

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Montego Bay Cultural Centre.

Le parc marin

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Créé en 1991 pour enrayer la dégradation des récifs coralliens de la baie jusque-là exposés au pillage, à la pêche sous-marine, aux ancres et à la pollution industrielle, le Montego Bay Marine Park est le premier parc national de la Jamaïque, doté d'une réglementation environnementale appliquée par des gardes[25]. S'étendant vers l'ouest de l'aéroport Sangster à Great River, il couvre environ neuf milles carrés de récifs coralliens, d'herbiers marins et de mangrove, répartis en zones de protection et en nurseries à poissons[25].

Économie

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Le Doctor's Cave Beach Club à Montego Bay


Grâce à son aéroport international, Montego Bay est devenue une ville très touristique, notamment pour sa plage qui est une des plus célèbres de Jamaïque. Elle est très appréciée pour son eau bleu turquoise et son sable blanc.

Culture

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Montego Bay est le berceau du festival Reggae Sunsplash, créé en 1978 afin de dynamiser la saison touristique estivale[26]. La première édition se déroule le au Jarrett Park, complexe sportif de la station balnéaire[27]. Dès l'année suivante, la programmation réunit Bob Marley and the Wailers, Third World et Toots and the Maytals, contribuant à faire du Sunsplash le principal festival de reggae au monde[27].

Le festival demeure organisé à Montego Bay jusqu'en 1992, avant d'être transféré à la suite du retrait du soutien des établissements hôteliers locaux[28]. En réaction, des entrepreneurs de Montego Bay fondent dès 1993 le Reggae Sumfest, avec pour objectif de préserver les retombées économiques générées par le tourisme estival[28]. À partir de 1999, le Sumfest s'impose comme le principal festival de reggae de la ville, attirant jusqu'à 50 000 spectateurs et bénéficiant d'une importante couverture médiatique internationale[29].

À partir de 2017, Montego Bay devient également l'un des principaux foyers du trap-dancehall, un sous-genre de la musique jamaïcaine issu de l'hybridation entre le trap du sud des États-Unis et le dancehall jamaïcain[30]. L'émergence de ce courant marque un déplacement du centre de gravité de l'industrie musicale jamaïcaine, historiquement concentrée à Kingston.

Personnalités liées à la commune

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Galerie

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Notes et références

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  1. 1 2 Cassidy 1988, p. 156.
  2. Cassidy 1988, p. 161.
  3. Wilson 2003, p. 17.
  4. 1 2 3 4 5 BID 2015, p. 51.
  5. (en) Josh Saul, Krishna Karra et Mary Hui, « Satellite Data Reveals Hurricane Melissa Damage in Jamaica », sur Bloomberg.com, (consulté le )
  6. BID 2015, p. 56, 108.
  7. Black 1984, p. 1.
  8. Black 1984, p. 4.
  9. (en) Jamaica Gleaner, « Montego Bay: From Bahía to brilliance », sur Jamaica Gleaner, (consulté le )
  10. (en-US) Candace Sampson, « Rose Hall Great House and The Legend of the White Witch », sur Life In Pleasantville, (consulté le )
  11. Douce Cahute, « La maison de plantation Rose Hall à Montego Bay », sur Douce Cahute, (consulté le )
  12. Basu Roy 2024, p. 939.
  13. Basu Roy 2024, p. 940.
  14. 1 2 Basu Roy 2024, p. 942.
  15. (en) Turner, Mary. Slaves and Missionaries: The Disintegration of Jamaican Slave Society, 1787–1834, University of Illinois Press, 1982, p. 81.
  16. (en) Cécile Révauger, The Abolition of Slavery – The British Debate 1787–1840, Paris/Chasseneuil-du-Poitou, Presses universitaires de France, , 107–108 p. (ISBN 978-2-13-057110-0).
  17. 1 2 3 Heuman 2004.
  18. 1 2 3 Basu Roy 2024, p. 943.
  19. Sensbach 2015, p. 499.
  20. 1 2 BID 2015, p. 52.
  21. 1 2 BID 2015, p. 56.
  22. Lambourdière 2005, p. 519.
  23. Lambourdière 2005, p. 519-520.
  24. Lambourdière 2005, p. 520.
  25. 1 2 Thomas 2010, p. 177.
  26. Nurse 2002, p. 133-134.
  27. 1 2 Nurse 2002, p. 134.
  28. 1 2 Nurse 2002, p. 135.
  29. Nurse 2002, p. 136.
  30. Brown 2026, p. 74-75.
  31. Le Monde, 13 octobre 2024, "Ce que Safiya Sinclair doit à Jah", par Gladys Marivat

Voir aussi

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Bibliographie

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  • (en) Clinton Vane de Brosse Black, The History of Montego Bay, Montego Bay, Montego Bay Chamber of Commerce,
  • (en) Shauna-Kaye Brown, « Trapping in the Tropics: Trap-Dancehall as a Rogue Wave in Jamaica's Music Industries », Jeunesse: Young People, Texts, Cultures, University of Toronto Press, vol. 18, no 1, , p. 70-87 (DOI 10.3138/jeunesse-2025-0016)
  • (en) Frederic G. Cassidy, « The Earliest Placenames in Jamaica », Names, vol. 36, nos 3-4, , p. 151-162
  • Éric Lambourdière, « Globalisation, civilisation des services et Internet : nouvelles perspectives de développement régional pour les Départements Français d'Amérique ? », Annales de Géographie, vol. 114, no 645, , p. 510-530 (JSTOR 23456956)
  • (en) Tiasa Basu Roy, « Slavery, Struggle, and Salvation in Jamaica », Proceedings of the Indian History Congress, vol. 83, , p. 935-946
  • (en) Gad Heuman, « Sharpe, Sam », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press,
  • (en) Doreen Morrison, George Lisle: A Faith That Couldn't Be Denied : Jamaica, the Baptists and the Fight to End Slavery,
  • (en) Keith Nurse, « Bringing Culture Into Tourism: Festival Tourism and Reggae Sunsplash in Jamaica », Social and Economic Studies, vol. 51, no 1, , p. 127-143 (JSTOR 27865264)
  • Jon Sensbach, « Freedom from Heaven: State Violence and Religious Protest in the Early Black Atlantic », Journal of Africana Religions, vol. 3, no 4, , p. 495-503
  • (en) Polly Thomas, The Rough Guide to Jamaica, Rough Guides, , p. 177
  • (en) Amber Wilson, Jamaica: The Land, Crabtree, , p. 17

Liens externes

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  • (en) Banque interaméricaine de développement, One Bay for All: Sustainable Montego Bay : Action Plan, Inter-American Development Bank, (lire en ligne)
  • (en) « Welcome To Montego Bay Cultural Centre », sur montegobayculturalcentre.org (consulté le )

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