Spanish Town

ville en Jamaïque, ancienne capitale de la colonie

Spanish Town est une ville de Jamaïque et le chef-lieu de la paroisse Sainte-Catherine, dans le comté de Middlesex située à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de la capitale, Kingston. Fondée en 1534, elle a été la capitale de la Jamaïque pendant plus de 300 ans ce qui fait d'elle la plus ancienne ville du Nouveau Monde à avoir été occupée sans interruption jusqu'à aujourd'hui. La ville prend le nom de Spanish Town après sa prise par les Anglais en 1655. Sa population s'élevait à 131 056 habitants au recensement de 2001.

Spanish Town
Spanish Town
Administration
Pays Drapeau de la Jamaïque Jamaïque
Comté Middlesex
Paroisse Sainte-Catherine
Démographie
Population 145 018 hab. (2021)
Géographie
Coordonnées 17° 59′ 00″ nord, 76° 57′ 00″ ouest
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Jamaïque
Voir sur la carte administrative de Jamaïque
Spanish Town

Siège du gouvernement jusqu'au transfert de celui-ci à Kingston en 1871, Spanish Town a longtemps concentré les fonctions administratives, judiciaires et religieuses de l'île. Elle abritait notamment le gouverneur, l'administration coloniale, les tribunaux ainsi que le principal clergé de la Jamaïque. Cette fonction de capitale lui a valu de conserver, malgré sa taille modeste, un patrimoine architectural et urbain remarquable, avec une juxtaposition de bâtiments anciens et plus récents résultant de reconstructions et de subdivisions successives sur un tracé urbain resté largement fidèle au plan d'origine.

Histoire

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Conquête (1509)

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En 1509, Juan de Esquivel débarque avec une soixantaine de colons et fonde Sevilla la Nueva sur la côte nord, à proximité du site de Maima, profitant de la présence d'un port abrité et d'une population taïnos nombreuse et pacifique[1]. La Jamaïque entre ainsi dans le système colonial espagnol comme base d'approvisionnement pour les expéditions vers l'Amérique centrale, la colonie étant chargée de développer l'agriculture et l'élevage à cette fin[1]. Le site se révèle cependant mal adapté à cette vocation agricole et commerciale. Les Espagnols traversent l'île et s'établissent dans la plaine bordant le Rio Cobre, où un nouvel emplacement leur paraît réunir les avantages d'une position intérieure, relativement à l'abri des incursions de flibustiers, tout en restant à une distance raisonnable de la mer[2]. C'est là qu'est fondée St. Jago de la Vega dès 1534[3].

Fondations espagnoles (1534-1655)

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C'est sur ce nouveau site, choisi conformément aux Ordonnances des Indes qui recommandaient d'implanter les villes en zone fertile et à l'écart du littoral pour prévenir le risque de piraterie, qu'est fondée en 1534 St. Jago de la Vega, qui succède à Sevilla la Nueva comme capitale de la colonie espagnole[3]. Son plan, organisé autour de deux places selon un quadrillage régulier, contraste avec celui, plus rudimentaire, de son prédécesseur[4]. Les bâtiments publics de la ville sont alors construits en pierre de taille[5]. Des fouilles archéologiques ont mis au jour des vestiges des fondations du palais du gouverneur espagnol dans le sous-sol de l'actuelle Old King's House, tandis qu'une taverne espagnole est attestée sur le site aujourd'hui occupé par le Rodney Memorial[6]. Vers 1650, la ville dispose également d'un petit hôpital dédié à saint Jean l'Évangéliste[7].

Une partie de la toponymie espagnole s'y maintient jusqu'à aujourd'hui : la rue de l'Église blanche (White Church Street), du nom de l'ancienne église de l'Abbé de Jamaïque, principal centre ecclésiastique de la colonie espagnole ; la rue de l'Église rouge (Red Church Street), qui doit son nom à l'ancienne église dominicaine Notre-Dame-de-la-Merci et la rue des Moines (Monk Street), qui tire son nom des deux monastères catholiques qui s'y trouvaient (un couvent franciscain, probablement situé à l'extrémité sud de la rue, et un couvent dominicain, à son extrémité nord)[8][7]. Si les Anglais conservent ces noms de rues après la conquête, ils démolissent en revanche les églises et monastères espagnols et reconstruisent sur leurs emplacements[7].

De ville espagnole à capitale anglaise (1655-1700)

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Dès 1643, un raid mené par le corsaire anglais William Jackson livre l'une des premières descriptions anglaises connues de la ville. Une localité bâtie sur une plaine « magnifique et spacieuse », comptant 400 à 500 maisons construites pour l'essentiel en torchis de cannes à sucre et de mortier, et dotée de cinq ou six églises et chapelles ainsi que d'un couvent franciscain[9]. Cette incursion reste sans lendemain. C'est l'expédition du Western Design de Cromwell, commandée par l'amiral William Penn et le général Robert Venables, qui s'empare durablement de l'île en mai 1655, après un débarquement à quelques kilomètres au sud de Passage Fort[10].

La prise de St. Jago de la Vega ne rencontre aucune résistance armée. La ville est occupée dès le lendemain du débarquement, avant même l'ouverture de négociations avec les colons espagnols, qui ont fui vers l'intérieur des terres puis vers Cuba en emportant leurs biens de valeur[10]. L'armée anglaise pille la ville avant de lui donner le nom de Spanish Town[11]. Les termes de la capitulation, qui auraient permis aux artisans espagnols de rester sur l'île sous administration anglaise, restent lettre morte. Les Espagnols nés en Jamaïque refusent le traité signé par le gouverneur Juan Ramírez de Arellano, exécutent les habitants soupçonnés de collusion avec l'occupant et s'allient à des groupes d'esclaves marrons pour mener, jusqu'en 1660, une résistance armée prolongée[12]. La ville se retrouve ainsi presque vidée de sa population d'origine, contrairement à d'autres conquêtes coloniales où une transition démographique plus progressive s'opère[13].

Reconstruction et essor au XVIIIe siècle

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Le séisme de 1692, d'une magnitude estimée à 7,5, détruit une grande partie des constructions anglaises en brique, tandis que les bâtiments publics et privés d'origine espagnole résistent mieux[14]. Spanish Town est rapidement reconstruite. La cathédrale anglicane, antérieure au séisme, est rebâtie au début du XVIIIe siècle, un nouvel hôtel de ville est érigé sur la place principale, et une synagogue est construite comme centre de la communauté juive de la ville[15]. Une école secondaire est rétablie grâce à la dotation généreuse d'un riche planteur, Peter Beckford, et un bâtiment d'archives, toujours existant, est édifié[15].

Les années 1740 voit l'aménagement de quartiers résidentiels pour la population servile de la ville[15]. Des marchés urbains se multiplient[15]. Ville de garnison autant que centre commercial, Spanish Town accueille par ailleurs de nombreuses troupes. De nouvelles casernes et un hôpital militaire sont construits autour du quartier de la garnison dans les années 1770[15].

Spanish Town demeure toutefois une ville d'importance modeste au regard de la richesse urbaine de la colonie[15]. Les habitants de Spanish Town n'en continuent pas moins de revendiquer avec constance la supériorité de leur ville comme siège du gouvernement colonial[15]. Sous l'administration du gouverneur Charles Knowles, dans les années 1750, un projet de transfert du siège du gouvernement de Spanish Town vers Kingston suscite une controverse d'une ampleur inédite dans la colonie[16].

Une société urbaine saisonnière

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Sous administration anglaise, Spanish Town devient une ville aux rythmes fortement saisonniers, animée par les sessions des tribunaux et de l'Assemblée, puis désertée le reste de l'année par des planteurs qui continuent de résider l'essentiel du temps sur leurs domaines[17]. Ce sont souvent des femmes, tenancières de pensions et d'auberges, qui assurent la permanence sociale de la ville, louant des chambres nommées d'après leurs occupants habituels aux visiteurs de passage[18].

Le transfert de la capitale à Kingston (1872)

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Sous le régime de la Crown Colony, la question d'un transfert vers Kingston resurgit en 1866, lorsque le gouverneur intérimaire Storks met en doute l'utilité de nouveaux travaux sur un King's House jugé délabré[19]. Londres reprend cette recommandation et charge le nouveau gouverneur, John Peter Grant, d'en évaluer les avantages et inconvénients[19]. Grant s'y rallie sur le principe mais, faute de fonds et de locaux disponibles à Kingston, en diffère l'exécution de quatre ans[19].

En 1869, la statue du gouverneur Charles Metcalfe, érigée sur la place principale dans les années 1840, est transférée vers les nouveaux jardins publics de la Parade de Kingston (aujourd'hui St William Grant Park), à la demande du conseil municipal de Kingston et avec l'assentiment de Grant[20]. Le transfert officiel du gouvernement de Spanish Town à Kingston est finalement effectif en 1872[20].

Spanish Town au XXe siècle

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Dans l'entre-deux-guerres et au début des années 1940, l'économie de Spanish Town reste atone. La maladie de Panama compromet la culture de la banane, la guerre interrompt les exportations vers la Grande-Bretagne et freine le tourisme, tandis que le rationnement du carburant profite un temps au chemin de fer local[21].

Dans l'après-guerre, le chômage persistant de l'ancienne capitale demeure un problème pour les décideurs jamaïcains tournés vers l'industrialisation[22].

À partir des années 1950, la baisse des valeurs foncières et l'essor de matériaux modernes transforment le bâti du vieux centre, tandis que la généralisation de l'automobile et une épidémie de fièvre jaune en 1955 accélèrent le départ des classes moyennes vers les banlieues de Kingston[23]. L'indépendance de 1962 profite peu à la ville, les nouvelles institutions nationales se concentrant à Kingston[24].

Urbanisme et bâtiments remarquables

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La vieille place municipale, de conception espagnole, est le principal intérêt historique de la ville. Au nord se dresse l'imposante statue de l'amiral George Rodney, sculptée par John Bacon, l'artiste le plus renommé de Grande-Bretagne à la fin du XVIIIe siècle. À l'est, la Chambre de l'Assemblée, faite de briques rouges, fait face à l'ancienne villa royale, lieu de résidence du gouverneur, en grande partie détruite par un incendie en 1925. La façade a dû être reconstruite et le bâtiment abrite maintenant le musée de la construction et de la technologie. Enfin, c'est également là que se dresse la cathédrale St James datant de 1714.

La place municipale fut le cœur de l'île pendant trois siècles. Aujourd'hui, c'est une petite place tranquille qui permet d'admirer les vestiges du passé. La Fondation Historique de Spanish Town organise des visites des principaux sites historiques, d'une ancienne échoppe de tailleur et d'une maison jamaïquaine traditionnelle. Cette visite commence à Casa de la Vega dans la rue Barrett (Barrett St.), un bâtiment de brique restauré datant du XVIIIe siècle.

Équipes sportives de la Ville

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Le rugby à XIII se développe dans la ville, avec la création d'une équipe, les vikings de Spanish town, qui disputent le Championnat de Jamaïque de rugby à XIII.

Personnalités nées à Spanish Town

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Voir aussi

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Bibliographie

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  • (en) W. J. Gardner, A History of Jamaica, Londres, Frank Cass & Co.,
  • (en) Shea Henry (dir.) et Robyn Woodward (dir.), « Contact and Colonial Impact in Jamaica: Comparative Material Culture and Diet at Sevilla la Nueva and the Taíno Village of Maima », dans Material Encounters and Indigenous Transformations in the Early Colonial Americas, Leyde, Brill, , 84-101 p.
  • (en) Jenny Jemmott, A History of St Catherine, Kingston, (lire en ligne)
  • (en) Philip D. Morgan, A Concise History of Jamaica, Cambridge, Cambridge University Press,
  • (en) James Robertson, Gone is the Ancient Glory: Spanish Town, Jamaica, 1534-2000, Kingston, Ian Randle Publishers,
  • (en) James Robertson, « Late Seventeenth-Century Spanish Town, Jamaica: Building an English City on Spanish Foundations », Early American Studies, vol. 6, no 2, , p. 346-390

Sources

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  1. 1 2 Henry et Woodward 2019, p. 87.
  2. Gardner 1971, p. 11.
  3. 1 2 Robertson 2008, p. 354-357.
  4. Robertson 2008, p. 354-355.
  5. Jemmott 2020, p. 24-25.
  6. Jemmott 2020, p. 24.
  7. 1 2 3 Jemmott 2020, p. 25.
  8. Robertson 2008, p. 359, 361, 380-383.
  9. Robertson 2008, p. 350-351.
  10. 1 2 Robertson 2008, p. 347.
  11. Robertson 2008, p. 347-358.
  12. Robertson 2008, p. 357-358.
  13. Robertson 2008, p. 358.
  14. Morgan 2024, p. 138.
  15. 1 2 3 4 5 6 7 Morgan 2024, p. 139.
  16. Gardner 1971, p. 127.
  17. Robertson 2008, p. 385-387.
  18. Robertson 2008, p. 386-387.
  19. 1 2 3 Robertson 2005, p. 215.
  20. 1 2 Robertson 2005, p. 216.
  21. Robertson 2005, p. 290.
  22. Robertson 2005, p. 289.
  23. Robertson 2005, p. 298.
  24. Robertson 2005, p. 304.

Liens externes

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