Julia Urania
Julia Urania est une personnalité du Ier siècle dont l'existence est attestée par une unique inscription funéraire retrouvée en 1938 à Cherchell, en Algérie.

Selon les hypothèses, elle aurait été soit une favorite de la cour de Ptolémée de Maurétanie, soit une princesse issue de la maison royale d’Émèse, les Sampsigéramides, et l’épouse légitime de ce même Ptolémée.
Elle pourrait ainsi être la mère de la princesse de Maurétanie Drusilla mentionnée par Tacite, dont la descendance a été, selon certaines reconstructions, rattachée à la dynastie des Sévères et à Zénobie de Palmyre.
L'inscription
modifierL'inscription est découverte en 1938, à Cherchell, l'antique Césarée de Maurétanie, capitale du royaume client homonyme, et fait l'objet d'une publication dix ans plus tard par l'épigraphiste Jérôme Carcopino[1]. Il s'agit d'une épitaphe gravée sur une urne funéraire de marbre cylindrique de 21 cm de haut sur 18 cm de large, dont le champ épigraphique porte quatre lignes de lettres[1] :
c'est-à-dire : Iulia Bodine reg(inae) Uraniae liberta hic sita est (Julia Bodina, affranchie de la reine Urania, est ici enterrée). Conformément à l'usage romain par lequel les affranchis adoptaient le gentilice de leur maître, le nomen Iulia de l'affranchie Julia Bodina laisse entendre qu'Urania était elle-même une « Julia »[2]. Ce nomen est notamment celui de la famille royale maurétanienne : Juba II s'appelait sur son état civil romain Caius Iulius Iuba et son fils Ptolémée Caius Iulius Ptolemaeus[3].
Par ailleurs, le cognomen Urania — équivalent grec d'Astarté sous la forme Thea Urania, attesté chez une épouse de Phraatès IV de Parthie — et son pendant masculin Uranius, porté par un grand prêtre d'Émèse du IIIe siècle, ont conduit à rapprocher ce nom des traditions onomastiques de la principauté d'Émèse, dont la dynastie, les Sampsigéramides, avait par ailleurs adopté le gentilice Iulius[4].
Interprétations
modifierLe titre de regina est diversement interprété : il pourrait refléter un statut dynastique formel ou n'être qu'un usage honorifique propre au contexte de cour[4].
Statut
modifierSur la base des convergences onomastiques relevées dans l'inscription, il a été proposé qu'Urania soit issue de la maison royale d'Émèse, auquel cas le titre de regina refléterait un statut réel[5]. Les sources antiques documentant abondamment le règne de Juba II et mentionnant nommément ses épouses connues, tandis qu'elles restent silencieuses sur l'épouse de Ptolémée, il est régulièrement postulé que ce dernier est l'époux le plus vraisemblable d'Urania[6].
Une telle union s'inscrirait alors dans la politique d'alliances matrimoniales entre dynasties clientes encouragée sous Auguste[7]. En l'absence de toute mention dans les sources littéraires et dans la mesure où aucune reine associée ne figure sur les monnaies de Ptolémée, cette identification demeure conjecturale[8].
Le surnom de l’affranchie Bodina — vocable numide qui, dans sa seule attestation connue, désigne un esclave[9] — suggère un entourage d’origine modeste[10]. Dans cette perspective, il a été proposé qu’« Urania » soit un surnom tiré du nom de la Muse Uranie, attribué à une favorite de cour. Le titre de regina ne relèverait alors que d’une courtoisie de son entourage, Ptolémée ayant pu renouer avec la polygamie numide[11]. Cette interprétation se heurte cependant à l'objection que la polygamie était interdite aux citoyens romains, statut que Ptolémée partageait avec son père[4].
Descendance
modifierSi l'on retient l'hypothèse d'une union avec Ptolémée, il est alors possible qu'Urania soit la mère de Drusilla de Maurétanie, que Tacite[12] décrit comme arrière-petite-fille d'Antoine et Cléopâtre et épouse d'Antonius Felix, procurateur de Judée sous le règne de l'empereur Claude, dont la naissance est estimée vers 38[13].
Des reconstructions généalogiques prolongent cette lignée supposée jusqu'à Sohaemus, roi d'Émèse, que Drusilla aurait épousé en secondes noces, et plus loin encore jusqu'aux empereurs sévériens et à Zénobie de Palmyre, qui revendiquait une descendance de Cléopâtre[14]. L’ensemble de ces reconstructions ne repose toutefois sur aucune base documentaire indépendante de l’inscription de Cherchell.
Notes et références
modifier- 1 2 Carcopino 1948, p. 31.
- ↑ Draycott 2022, p. 208.
- ↑ Carcopino 1948, p. 32.
- 1 2 3 Bennett 2003, p. 318-319.
- ↑ Settipani 2000, p. 438-439.
- ↑ Draycott 2022, p. 208-209.
- ↑ Schwentzel 2022, p. 85.
- ↑ Roller 2003, p. 252.
- ↑ Il en existe une seule autre occurrence, sous sa forme masculine, désignant un esclave de Thubursicu Numidarum : Bodin C. Vesidi(i) Paeti ser(vus) ; cité par Carcopino 1948, p. 37-38.
- ↑ Carcopino 1948, p. 37-38.
- ↑ Carcopino 1948, p. 33-38.
- ↑ Histoires, 5.9.
- ↑ Bennett 2003, p. 315-319.
- ↑ Settipani 2000, p. 438-443.
Bibliographie
modifier- (en) Jane Draycott, Cleopatra's Daughter, Londres, Head of Zeus, (ISBN 978-1-8002-4480-1).
- Christian-Georges Schwentzel, Cléopâtre, Paris, Presses Universitaires de France / Humensis, (ISBN 978-2-13-083643-8).
- (en) Chris Bennett, « Drusilla Regina », The Classical Quarterly, nouvelle série, vol. 53, no 1, , p. 315-319
- (en) Duane W. Roller, The World of Juba II and Kleopatra Selene, Londres/New York, Routledge, (ISBN 0-415-30596-9).
- Christian Settipani, Continuité gentilice et continuité familiale dans les familles sénatoriales romaines à l'époque impériale : Mythe et réalité, Oxford, Prosopographica et Genealogica, (ISBN 1-900934-02-7).
- Michèle Coltelloni-Trannoy, Le royaume de Maurétanie sous Juba II et Ptolémée, Paris, De Boccard, (ISBN 2-271-05239-4).
- Jérôme Carcopino, « La reine Urania de Maurétanie », Mélanges dédiés à la mémoire de Félix Grat, Paris, vol. I, , p. 31-38.