Julienne Dantier
Julienne Dantier, née Julienne Rieger le à Metz et morte le à Noyon, est directrice d'un pensionnat de jeunes filles décrit en 1858 comme « l'une des principales institutions pour filles de Paris »[1] et inspectrice générale de l'Instruction publique.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 76 ans) Noyon |
| Nom de naissance |
Julienne (Marie Alexandrine Anne Sophie) Rieger |
| A travaillé pour |
|---|
Elle mène une brillante carrière comme membre de la commission de surveillance de la Seine et comme déléguée générale pour les salles d'asile, futures écoles maternelles.
Biographie
modifierOrigines et éducation
modifierLe (11 prairial an II) à Laon, Jean Michel Rieger, brigadier-fourrier au 4e régiment de Hussards en quartier à Laon, né le à Landau in der Pfalz dans le royaume de Prusse (actuelle Allemagne)[2],[3], épouse Sophie Geneviève François, fille de Pierre Joseph François, cirier à Condé-sur-l'Escaut, née le [4]. Ils ont au moins 5 enfants :
- Jacques Michel Victor Rieger, né le (23 vendémiaire an III) à Laon. Il est père d'un enfant naturel reconnu, Victor Rieger, né à Saint-Mihiel dans la Meuse, mort à l'âge de 2 ans et 8 mois au domicile de sa mère Anne Noël le aussi à Saint-Mihiel. Maréchal des logis, chef du premier escadron du train d'artillerie en garnison à Strasbourg, il y meurt le à l'âge de 34 ans.
- Jeanne Odile (Voilia ?) Kempis Rieger, née le à Coblence en Prusse. Elle épouse Pierre Isidore Anquetin le à Paris, paroisse Sainte-Eustache. Lingère, elle meurt en son domicile du 6, rue Saint Germain-l'Auxerrois le à 45 ans.
- Charles Auguste Rieger, né le à Basadingen-Schlattingen en Suisse.
- Jean Baptiste Adolphe Rieger, né le 1er à Paris. Compositeur, il meurt célibataire en son domicile du 41, rue de la Bûcherie à Paris le à l'âge de 29 ans.
- Julienne (Marie Alexandrine Anne Sophie Rieger[5]), née le à Metz[2],[6].
Le , Jean Michel Rieger est fait chevalier de la Légion d'honneur en sa qualité de capitaine instructeur au 2e régiment des gardes d'honneur[3]. Cela permet à Julienne Rieger d'être élève de la maison impériale de la Légion d'honneur[2]. Elle considère que l'éducation qu'elle reçoit conditionne grandement son succès futur[1],[7].
La mort prématurée de Jean Michel Rieger, alors capitaine en demi-solde, le au Val de Grâce prive ses enfants de fortune[2].
Mariage
modifierLe , Julienne Rieger épouse dans l'ancien premier arrondissement de Paris Henri Alphonse Dantier, professeur d'histoire et auteur de travaux historiques né le à Noyon. Il est le fils de François Marie Dantier et de Catherine Caroline Henriette Duprez[2]. Julienne Rieger est alors assistante d'une école parisienne, Henri Alphonse Dantier a déjà enseigné la littérature et l'histoire dans plusieurs pensionnats parisiens[1].
Henri Alphonse est le fils d'un huissier de Noyon. Après des études au Petit-Séminaire de Noyon puis au lycée Louis-le-Grand à Paris, il abandonne ses études de droit pour l'histoire. Il enseigne notamment l'histoire à l'école polonaise de Paris. En 1840, il est membre correspondant du ministère de l'Instruction publique pour les travaux historiques. En 1845, il publie Description monumentale et historique de l'église Notre-Dame de Noyon précédée d'une étude intitulée « Coup d’œil sur l'art chrétien ». En 1852, il publie une Histoire du Moyen-Age à l'usage des établissements d'instruction publique. Le ministère de l'Instruction publique lui confie cinq missions qui le mènent en Italie, en Suisse, en Belgique, en Allemagne et en Angleterre. Il collabore à la Revue Contemporaine, à la Revue Européenne, au Moniteur et au Correspondant[8].
Carrière
modifierMaîtresse de pension
modifierJulienne Rieger obtient le brevet supérieur et le certificat d'aptitude à la direction des salles d'asile (des écoles maternelles)[2].
En 1847, Julienne et Henri Dantier sont installés dans une école quai de Billy (aujourd'hui avenue de New-York), probablement dans la même institution dans laquelle elle avait été sous-maîtresse[1],[9],[10].
Juliette Dantier est maîtresse de pension de 1847 à 1854 puis directrice d'une institution de jeunes filles à Paris[2].
Déléguée pour les salles d'asile
modifierLe , Julienne Dantier est nommée déléguée spéciale pour les salles d'asile de l'académie de Besançon. En cette qualité, elle est chargée des enquêtes sur la moralité et l'instruction des candidates au cours pratique des salles d'asile[2]. Le préfet de la Seine Georges Eugène Haussmann écrit que Julienne Dantier présente toutes les qualités pour cette fonction : l'usage du monde, le savoir, la distinction dans le langage et dans les manières[11],[12].
En 1858, Julienne Dantier est membre de la commission de surveillance de la Seine[2].
En 1867, Julienne Dantier est chargé des fonctions de déléguée générale pour les salles d'asile. Le 1er , Julienne Dantier est nommée déléguée titulaire en remplacement de Mme Judith Cauchois-Lemaire. Plusieurs lettres appuient sa nomination : « C'est une femme très distinguée par l'esprit et le caractère, ayant une instruction très développée et une grande expérience des salles d'asile »[2],[13].
Les archives professionnelles de Julienne Dantier attestent : « Ont été retrouvés, d'une part, deux rapports rédigés en 1856 et 1857 concernant les salles d'asile de l'académie de Besançon, d'autre part, vingt-cinq rapports établis entre 1868 et 1876. Ces derniers, correspondant à la période d'activité de déléguée générale, couvrent un champ d'action plus dispersé. En six années, elle parcourt treize académies parmi lesquelles plus particulièrement celles de Poitiers et de Besançon »[2],[13].
Dernières années et mort
modifierEn 1871, en exécution du traité du , Julienne Dantier fait partie des Alsaciens et des Lorrains qui optent pour la nationalité française[5].
Le , Julienne Dantier est admise à la retraite avec le titre de déléguée générale honoraire. Elle est remplacée par Mme Dillon[2]. Le couple Dantier se retire à Noyon où Henri Alphonse Dantier participe à la vie locale : en 1863, il convainc la municipalité d'acheter l'ancien évêché pour y installer une bibliothèque, un musée et un jardin botanique. Il est fait officier d'académie en 1870 et chevalier de la Légion d'honneur le par le ministère de l'Instruction publique[8],[14].
Immobilisé par la maladie depuis 1865[8], Henri Alphonse Dantier meurt le dans son domicile rue des deux Bornes à Noyon à l'âge de 75 ans[15]. Il lègue ses livres à la bibliothèque de la ville[8].
Julienne Dantier meurt à l'âge de 76 ans le à Noyon. Elle est décrite inspectrice générale honoraire de l'Instruction publique[16]. Elle est enterrée au rang 125, emplacement 5 du cimetière de la rue de Lille[17], auprès de son mari[18].
Bibliographie
modifier- Michèle Hecquet (dir.), L’Éducation des filles au temps de George Sand, Arras, Artois Presses Université, (ISBN 978-2-84832-375-6, DOI https://doi.org/10.4000/books.apu.3268, lire en ligne), « Les maîtresses de pension à l’époque de George Sand : tradition, identité, expériences (par Françoise Mayer) », p. 29-40.
- Rebecca Rogers, Les bourgeoises au pensionnat : L'éducation féminine au XIXe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 978-2-7535-2970-0, DOI https://doi.org/10.4000/books.pur.6082, lire en ligne).
- (en) Christina de Bellaigue, Educating Women : Schooling and Identity in England and France, 1800-1867, OUP Oxford, , 276 p. (ISBN 9780199289981, présentation en ligne).
- (en) Linda L. Clark, The Rise of Professional Women in France : Gender and Public Administration Since 1830, Cambridge University Press, , 324 p. (ISBN 9781139426862, lire en ligne), p. 31.
- Alain Corbin (dir.), Jacqueline Lalouette (dir.) et Michèle Riot-Sarcey (dir.), Femmes dans la cité 1815-1871, Creaphis, , 575 p., p. 171.
- René Grevet, L'avènement de l'école contemporaine en France (1789-1835), Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, (ISBN 978-2-7574-2215-1, DOI https://doi.org/10.4000/books.septentrion.51786, lire en ligne).
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 (en) Christina de Bellaigue, Educating Women : Schooling and Identity in England and France, 1800-1867, OUP Oxford, , 276 p. (ISBN 9780199289981, présentation en ligne), p. 61;70-71;86;93;97;155
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Isabelle Havelange, Françoise Huguet et Bernadette Lebedeff-Choppin, « Les inspecteurs généraux de l'Instruction publique. Dictionnaire biographique 1802-1914 : DANTIER née RIEGER Julienne (notice biographique) », Institut national de recherche pédagogique, Paris, vol. 11, , p. 277-278 (lire en ligne)
- 1 2 Archives nationales de France, « Dossier de la légion d'honneur : RIEGER Jean Michel », Ordre de la Légion d'honneur, cote LH/2327/57, sur Geneanet (consulté le )
- ↑ Archives départementales de l'Aisne, « Acte de mariage de Jean Michel Rieger et Sophie François », 5Mi0073 - An II (consulté le ), p. 190/352
- 1 2 « N°2119 - État n°187 d'Alsaciens et de Lorrains qui ont opté pour la nationalité française en exécution du traité du 10 mai 1871, ratifié par la loi du 18 du même mois, et de la convention du 11 décembre 1871, ratifiée par la loi du 9 janvier 1871 », Bulletin des lois de la République française. Partie supplémentaire n°323, Impr. Nat. des Lois, , p. 7326 (lire en ligne)
- ↑ Archives départementales de Moselle, « Naissance de Julienne Rieger », Tables décennales : naissances et mariages (1813-1822), cote 9NUM/8E467/5. (consulté le ), p. 245/360
- ↑ Julienne Dantier au Ministre de l'Instruction Publique, 25 avril 1855, AN F17 20516.
- 1 2 3 4 Jean-Yves Bonnard, « Alphonse Dantier (1810-1885), l'historien lettré », Vivre à Noyon, no 113, , p. 12 (lire en ligne)
- ↑ Note sur Mme Dantier, 10 décembre 1858, AN F17 20516.
- ↑ Inspection pension Dantier, 1847-1848, AD Seine, VD6 168-3.
- ↑ (en) Linda L. Clark, The Rise of Professional Women in France : Gender and Public Administration Since 1830, Cambridge University Press, , 324 p. (ISBN 9781139426862), p. 31
- ↑ AN F17 20516.
- 1 2 Archives nationales : cotes F17 20516 ; D17 22781 ; F17* 2194.
- ↑ Archives nationales de France, « Dossier de la légion d'honneur : DANTIER Henry Alphonse », Ordre de la Légion d'honneur, cote LH//657/14, notice n°L0657014 (consulté le )
- ↑ Archives départementales de l'Oise, « Acte de décès de Henri Alphonse Dantier », cote 3E471/131, acte n°164 (consulté le ), p. 119/151
- ↑ Archives départementales de l'Oise, « Acte de décès de Julienne Rieger », cote 3E471/141, acte n°109, p. 119-120/153
- ↑ Ville de Noyon, « Concessions en état d'abandon : BIEGER DANTIER JULIENNE » (consulté le )
- ↑ Ville de Noyon, « Fiche défunt : DANTIER Henri Alphonse » (consulté le )