Kaneka
Le kaneka est un genre musical calédonien créé en 1984 lors de la préparation du 4e festival des arts du Pacifique. Ce festival, devant se dérouler à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), est annulé à cause de la guerre civile qui commence à faire rage.
Musique
modifierLe kaneka se développe en Nouvelle-Calédonie dans les années 1980, dans un contexte d’affirmation identitaire kanak. Gallo, « Kaneka Is Our Reggae », 2024 [1]; Bensignor, « Le Kaneka par ses acteurs », 2013 [2]
Il associe instruments modernes amplifiés et éléments issus des traditions musicales kanak, notamment certaines percussions, et s’impose progressivement comme une musique emblématique de la culture kanak. Bensignor, « Le Kaneka par ses acteurs », 2013 [2] UNC, « Kaneka, un air du pays », 2018 [3]
Il s’inscrit plus largement dans un champ musical kanak marqué par une importante diversité de genres et de pratiques comprenant notamment les chants et musiques dansés, les « ae-ae » (des chants d’hommes à deux voix), des chants polyphoniques religieux, et d’autres formes musicales plus récentes. Geneix-Rabault, « Musiques kanak en mouvement », 2016, p. 56-57 [4]
Histoire
modifierLes origines du kaneka sont généralement situées au milieu des années 1980, dans le contexte des mobilisations indépendantistes kanak[1],[5].
Jean-Marie Tjibaou, alors membre du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et Jacques Iekawé, premier préfet d'origine kanak, sollicitent les artistes kanaks dans le cadre d'un concours international, lancé par le conseil des arts du Pacifique, pour la composition d'un hymne.
Après délibération, c'est l'hymne composé par Warawi Wayenece (musicien de Maré) qui est adopté à l'unanimité par la commission d'écoute.
Un premier concert de cette nouvelle musique populaire kanak est organisé à Nouméa en septembre 1984. Son développement est lié à la préparation du Festival des arts du Pacifique ainsi qu’aux initiatives culturelles menées dans l’entourage de Jean-Marie Tjibaou. Une rencontre organisée à Canala en février 1986 est présentée comme un moment important de la formalisation du kaneka. Cette période est également décrite comme celle de l’élaboration de la nouvelle musique kanak[1].
Le kaneka est également né de mobilités urbaines contemporaines et d’une volonté de certains leaders politiques kanak d’établir un nouveau patrimoine musical représentatif de l’identité kanak[4].
Dans les années 1990, le kaneka devient l’une des musiques les plus diffusées en Nouvelle-Calédonie et occupe une place importante dans les fêtes, les concerts et les productions locales[1],[2].
Sa diffusion s’appuie également sur l’essor de labels et de studios locaux, notamment Mangrove Productions, aux côtés d’autres structures comme EHM Productions et Studio Alizé[1].
Le premier concert kaneka organisé par l'association Boenando se déroule le . Un extrait de ce concert est diffusé le sur la page facebook de la Fondation Ataï.
Origines
modifierL'origine du mot kaneka remonte à 1984, lors de la réunion de l'association Boenando, association pour la recherche musicale kanake, à l'office culturel scientifique et technique kanak ; réunion au cours de laquelle, il est question de donner une appellation à cette nouvelle musique.
Plusieurs noms sont alors proposés tels que Boenando, Djido ou kanaké. Pour clore le chapitre, le président de l'association Boenando propose de changer le terme « kanaké » en celui de « kaneka ».
Kanaké est le nom propre du guerrier héros du jeu scénique interprété lors du festival Mélanésia 2000 en 1975[6], un évènement consacré aux arts mélanésiens de Nouvelle-Calédonie, organisé par Jean-Marie Tjibaou et Jacques Iékawé et rassemblant plusieurs milliers de kanaks dans la périphérie de Nouméa (emplacement de l'actuel centre culturel Tjibaou).
Ce genre s'appuie sur une recherche en ethnomusicologie qui permet de distinguer les notes du Fehoa( chant kanak ancien) de celles de la fameuse gamme tempérée enseignée par les premiers missionnaires anglicans dès leur arrivée en 1841 à Maré.[pas clair] Ainsi, le féhoa a servi de base pour la composition de l'hymne du festival de 1984.
Le kaneka est créé, d'une part, pour se démarquer des influences musicales telles que le rock, le reggae, la soul très présentes à cette époque en Nouvelle-Calédonie et, d'autre part, pour mettre en avant et fédérer les différentes langues kanakes dans une seule et même entité musicale commune.
Premier concert
modifierLes musiciens composant le groupe Boenando, lors du premier concert kaneka du Liberty en , sont :
- Warawi Wayenece (lead vocal et guitare)
- Danielle Waéjuné Della-Santa (choriste)
- Paul Zongo (choriste)
- Jean Trabé (choriste et percussion)
- Théophile Ménango (choriste et flûte de bambou)
- Jacques Kiki karé (percussion)
- Sylvie Poédi (choriste)
- Laura Urégéi (choriste)
- Henri Salomon (choriste)
- Lionnel Wéiry (choriste)
- Jojo Waikedre (affublé d'un masque kanak)
- Jean-louis Hamou (guitare basse)
- Joseph Iékawé (batterie)
- Jean-jacques Waho (synthétiseur)
- Antoine Martin (guitare solo)
En parallèle du groupe musical, une troupe kanake de danse contemporaine, composée de Richard Digoué, Jean Trabé ainsi que d'autres jeunes, est également constituée pour interpréter une chorégraphie spécialement conçue sur la musique de l'hymne[7].
Le concert du Liberty est organisé en préfiguration du spectacle musical qui va être présenté lors du festival des arts du Pacifique prévu courant . L'animateur de cette soirée mémorable[non neutre] est Thipine Kalis.
Mais le festival étant annulé, il faut attendre l'année 1985 pour que Warawi Wayenece puisse, avec une nouvelle équipe, interpréter à nouveau l'hymne durant le festival des arts dans la ville de Papeete à Tahiti (Polynésie française). À ce sujet, des extraits de ce concert ont été rediffusés récemment[Quand ?] sur RFO Nouvelle-Calédonie.
L'impact de la guerre civile a eu pour conséquence l'impossibilité pour les musiciens kanaks d'établir leur propre maison d'édition musicale. C'est ainsi que les studios d'enregistrement tenus par des européens aisés profitent de la situation pour récupérer et exploiter commercialement le kaneka dès les années 1990. Une exploitation musicale dont ils conservent jalousement le monopole des droits au sein de la sacenc, société de gestion créée par Déwé Gorodey, pour s'opposer à la création de la scacem en 1993.Depuis 2004, date de la création de la sacenc, à 2017( 13 ans), aucun groupe de kanéka n'a pu se produire au Zénith de Paris ou à l'Olympia . En 2018,lassé d'être exploité et marginalisé, Gulaan démissionne de la sacenc et se présente à titre personnel à l'émission THE VOICE, et décroche un BUZZ médiatique mondial. Par son talent exceptionnel et sans le soutien de la sacenc, Gulaan a réussi la prouesse extraordinaire de faire entrer le kaneka par la grande porte au grand Palais de la musique que représente L'OLYMPIA.[réf. nécessaire].
Caractéristiques musicales
modifierLe kaneka fusionne l’usage d’instruments modernes amplifiés, comme les guitares, la basse, la batterie ou les synthétiseurs, avec des percussions traditionnelles kanak. Il est également marqué par des influences issues de musiques populaires contemporaines, notamment le reggae, mais aussi le rock, le blues et le jazz[8],[4].
Le lien avec les traditions musicales plus anciennes passe en particulier par les instruments de percussion et par la reprise de schémas rythmiques associés au pilou, une danse traditionnelle de la Grande Terre[8],[9].
Le rythme constitue l’un des symboles acoustiques majeurs de la tradition musicale kanak et l’un des paramètres essentiels qui donnent sa couleur au kaneka. On y retrouve des rythmes binaires mais également des rythmes ternaires, qui donnent au kaneka sa coloration particulière[9].
Variations régionales et traditions vocales
modifierLe kaneka ne constitue pas un ensemble homogène : ses formes varient selon les régions et les îles, tant dans les rythmes et les instruments que dans les langues employées et les modèles vocaux mobilisés[8],[4].
Dans la Grande Terre, le pilou et les chants d’accompagnement appelés "ae-ae" occupent une place importante[9],[1].
Les "ae-ae" sont décrits comme des chants d’hommes à deux voix répandus sur la Grande Terre[4],[9].
Dans les îles Loyauté, certaines traditions musicales accordent davantage de place aux chants polyphoniques religieux[4].
Le bwanjep
modifierDimension culturelle et institutionnelle
modifierLe kaneka ne s’est pas constitué seulement comme un style musical, mais aussi comme un outil de cohésion, d’expression politique et de revalorisation culturelle kanak[1].
Son développement s'inscrit dans un mouvement plus large d'institutionnalisation des musiques kanak, marqué par la création de structures culturelles, la collecte de la mémoire orale et de données musicales, ainsi que par l'essor de festivals favorisant la diffusion, la création et la circulation des œuvres[4].
En quelques décennies, le kaneka s'est imposé comme une musique emblématique de la culture kanak et de la Nouvelle-Calédonie[2].
Son développement s'inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation contemporaine du patrimoine musical kanak, de revalorisation culturelle et d'institutionnalisation des musiques kanak, dans lequel les mobilités des acteurs, les politiques culturelles et les structures de diffusion jouent un rôle central[4].
Bibliographie
modifier- François Bensignor, Kaneka : musique en mouvement, Paris, ADCK-CCT-Pomeart, , 227 p. (ISBN 978-1-934293-06-5)
- Stéphane Jarno, Kaneka : Le son kanak, Télérama, coll. « Hors-série "Le monde kanak" »
- « Le kaneka : une cadence née des Kanak », Mwà Véê. Revue culturelle kanak, Nouméa, ADCK-CCT, no 53,
- Revue Pacific 2000, n° 5, p. 4,
- Revue Pacific 2000, n° 6, p. 15 et p. 37 à 39,
- Revue Mwâ Véé, p. 16, 1993
- Gallo, « Kaneka Is Our Reggae », 2024 : Gallo, Matteo, « Kaneka Is Our Reggae: The Soundtrack of the Kanak Political Claim », The Contemporary Pacific, vol. 36, no 1, 2024, p. 1-31, DOI : 10.1353/cp.2024.a956786.
- Bensignor, « Le Kaneka par ses acteurs », 2013 : Bensignor, François, « Le Kaneka par ses acteurs », Hommes & migrations, no 1303, 2013, p. 193-197, DOI : 10.4000/hommesmigrations.2599.
- UNC, « Kaneka, un air du pays », 2018 : Université de la Nouvelle-Calédonie, « Concert de musique et exposition “Kaneka, un air du pays” », page institutionnelle, mise à jour le 25 mars 2018.
- Bensignor, « Le kanéka », 2009 : Bensignor, François, « Le kanéka », Hommes & migrations, no 1277, 2009, p. 131-137, DOI : 10.4000/hommesmigrations.183.
- Ammann, « How Kanak is Kaneka Music? », 1998 : Ammann, Raymond, « How Kanak is Kaneka Music? The Use of Traditional Percussion Instruments in the Modern Music of the Melanesians in New Caledonia », dans Karl Neuenfeldt (dir.), Old Instruments in New Contexts: Case Studies of Innovation and Appropriation, Armidale, University of New England, 1998
- Geneix-Rabault, « Musiques kanak en mouvement », 2016 : Geneix-Rabault, Stéphanie, « Musiques kanak en mouvement : contextes, enjeux et institutionnalisation en Nouvelle-Calédonie », Autrepart, 2016/2-3, no 78-79, p. 55-67, DOI : 10.3917/autr.078.0055.
- Geneix-Rabault, ressource pédagogique : Geneix-Rabault, Stéphanie, « Le/les rythme(s) kanak » et « Les chants et la mélodie », dans Éducation musicale – spécificités Nouvelle-Calédonie, ressource pédagogique, p. 13-14 du PDF consulté.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 (en) Matteo Gallo, « "Kaneka Is Our Reggae": The Soundtrack of the Kanak Political Claim », The Contemporary Pacific, vol. 36, no 1, , p. 1–31 (ISSN 1527-9464, DOI 10.1353/cp.2024.a956786, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 François Bensignor, « Le Kaneka par ses acteurs », Hommes & migrations, vol. 1303, , p. 193–197 (ISSN 1142-852X et 2262-3353, DOI 10.4000/hommesmigrations.2599, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Soazig le Mouellic, « Concert de musique et exposition "Kaneka, un air du pays" », sur Université de la Nouvelle-Calédonie, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Stéphanie Geneix-Rabault, « Musiques kanak en mouvement : contextes, enjeux et institutionnalisation en Nouvelle-Calédonie: », Autrepart, vol. N° 78-79, no 2, , p. 55–67 (ISSN 1278-3986, DOI 10.3917/autr.078.0055, lire en ligne, consulté le )
- ↑ François Bensignor, « Le kanéka », Hommes & migrations, vol. 1277, , p. 131–137 (ISSN 1142-852X et 2262-3353, DOI 10.4000/hommesmigrations.183, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jean-Marie Tjibaou et Philippe Missote, Kanaké - Mélanésien de Nouvelle-Calédonie, Éditions du Pacifique, Nouméa, 1975.
- ↑ Revue Pacific 2000, n°6, pages 37,38,39 - octobre 1984
- 1 2 3 4 Raymond Ammann, How Kanak is Kaneka Music? The Use of Traditional Percussion Instruments in the Modern Music of the Melanesians in New Caledonia, dans Karl Neuenfeldt (dir.), Old Instruments in New Contexts: Case Studies of Innovation and Appropriation, Armidale, University of New England,
- 1 2 3 4 5 Stéphanie Geneix-Rabault, Le/les rythme(s) kanak
