Keisai Eisen
Keisai Eisen (渓斎英泉, 1790 - 1848) est un artiste japonais d'estampes ukiyo-e (style de xylogravure japonaise) qui se spécialisa dans les bijinga, ou « peinture de jolies personnes ». Il a eu Keisai Eiju[1] pour disciple.
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渓斎英泉 |
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Certaines de ses œuvres, dont ses okubi-e (visages en gros plan), sont considérées par certains comme des chefs-d'œuvre de la période « décadente » (ère Bunsei (1818 - 1830)). Il fut aussi connu sous le nom de ‘’‘Ikeda Eisen’‘’, et écrivit sous le nom de ‘’‘Ippitsuan’‘’.
Biographie
modifierEisen naquit à Edo dans la famille Ikeda ; il était le fils d'un célèbre calligraphe[2]. Il fut apprenti chez Kanō Hakkeisai, de qui il prit le nom Keisai[3]. Après la mort de son père, il étudia chez Kikukawa Eizan. Ses premières œuvres reflètent l'influence de son maître, mais il ne tarda pas à développer son propre style.
À la mort de son père, puis de sa belle-mère quelques mois plus tard, en 1810, il doit à vingt ans subvenir à ses besoins et à ceux de trois demi-sœurs plus jeunes. Il commence à produire des ‘’shunga’’ l’année suivante. Après la répression de 1804, Toyokuni interdit pendant longtemps à ses élèves d’en produire ; Eisen, lui, dessine des albums et des romans ‘’shunga’’ avec ses propres textes, ses récits et sa calligraphie. Ces publications luxueuses sont le plus souvent signées sous pseudonyme, mais son style est si reconnaissable qu’il doit bientôt renoncer à son statut de samouraï[4].
Les historiens de l’art signalent l’influence de Hokusai et de Yanagawa Shigenobu I sur ses premières œuvres[5]. Il aurait aussi été locataire de la famille Kikugawa et élève d’Eiji, le père d’Eizan[4]. Il reçoit une formation de dramaturge de ‘’kabuki’’ auprès de Shinoda Kinji, le futur Namiki Gohei II, sans résultat durable ; il écrit aussi de la fiction populaire[5].
Il produisit un grand nombre de surimono, d'estampes érotiques shunga et de paysages, dont fait partie la série des 69 stations du Kiso Kaidō, qu'il commença et qui fut achevée par Hiroshige. Même si c'est en général pour sa collaboration avec Hiroshige qu'on évoque souvent son nom, ce sont ses portraits de jolies femmes qui le caractérisent le mieux, telles que celles de ses Beautés au long du Tokaido. Il produisit de nombreux portraits et des images en pied dépeignant les modes de l'époque[6].
Au-delà des nombreuses estampes qu'il produisit, il écrivit des biographies sur les quarante-sept rōnin ainsi que plusieurs ouvrages, dont une suite à l’Histoire des images du mode flottant (ukiyo-e ruiko), ouvrage qui fournit une chronique de la vie des artistes ukiyo-e[7]. Sa contribution est connue sous le nom de Notes d'un vieil homme sans nom[8]. Il s'y décrit lui-même sous les traits d'un ivrogne dissolu, et prétend avoir été en 1830 le tenancier d'un bordel situé à Nezu, qui brûla dans un incendie.
Œuvre
modifier‘’Bijin-ga’’
modifierSes beautés ont le nez long et droit et un visage plus rectangulaire ; ses ‘’ōkubi-e’’ sont considérés comme des chefs-d’œuvre de l’ère Bunsei[5]. Comparés à ceux de Kiyonaga, d’Utamaro ou du premier Eizan, les ‘’bijin-ga’’ d’Eisen et de ses contemporains (Kunisada, Kuniyoshi) paraissent plus terrestres et plus réalistes : au lieu des créatures gracieuses et idéalisées de la fin du XVIIIe siècle, Eisen se tourne vers un ‘’iki’’ féminin nettement différent de celui de ses prédécesseurs. Ses figures, particulièrement grandes, sont dessinées de façon à sembler s’agrandir à mesure que le regard monte, ce qui leur donne une présence très vive ; les yeux sont bien espacés, les cils particulièrement fournis, et les pupilles regardent toujours de côté[9].
Sa série ‘’Ukiyo shijū hatte’’ est publiée vers 1821-1822 par Matsumura Tatsuemon[5]. Elle décrit quarante-huit habitudes du « monde flottant » en associant des femmes à certaines coutumes, bonnes ou mauvaises, à la suite du ‘’Nakute nana kuse’’ d’Utamaro (vers 1801) et du ‘’Fūryū nakute nana kuse’’ de Hokusai (vers 1798)[9]. Dans ses estampes de courtisanes du Yoshiwara, Eisen inscrit les noms des femmes, ce qui indique peut-être que leur production était financée par les maisons closes ; ce type d’estampe, que les historiens appellent ‘’nyūginmono’’, servait généralement de publicité aux courtisanes et aux bordels[9].
Paysages
modifierEisen commence en 1835 la série des ‘’Soixante-neuf stations du Kiso Kaidō’’, qu’Hiroshige termine avant 1843[5]. Il réalise les onze premières estampes, de Nihonbashi à Honjō, puis plusieurs stations dans les préfectures de Gunma, de Nagano et de Gifu. Sa vue d’Itahana, l’une des deux dernières qu’il termine, est toujours trouvée sans signature, l’inscription du haut étant de Hiroshige. Les deux artistes ont probablement adapté des scènes de guides imprimés, car rien ne prouve que l’un ou l’autre ait voyagé le long du Kisokaidō[4].
Dans les années 1830, il réalise des estampes de lieux célèbres d’Edo encadrées de lettres occidentales, ce qui répond à la vogue pour les images étrangères sous le régime de ‘’sakoku’’[5]. Cette série, publiée par Ezakiya Kichibei (Tenjudō), montre la ligne d’horizon basse des peintures et des estampes hollandaises et tente une perspective à point de fuite unique, l’’’uki-e’’[9].
Livres illustrés
modifierEisen dessine les deux premiers volumes du ‘’Keisai ukiyo gafu’’, recueil de croquis en trois volumes publié à Nagoya par Eirakuya Tōshirō ; le troisième volume est de Hiroshige[5]. L’éditeur, qui avait déjà publié la ‘’Hokusai manga’’, cherche à renouveler son succès avec des recueils d’autres artistes, et le modèle de Hokusai est très visible dans les croquis d’Eisen[9].
Élèves
modifierParmi ses élèves figurent Keisai Eiju, Isono Bunsai, Yamatoya Sada, Teisai Senchō et Senshōtei Toyotsuru[9]. Isono Bunsai, artiste de Nagasaki et propriétaire de la maison d’édition Yamatoya de 1835 environ à sa mort en 1857, apporte les techniques d’Edo à Nagasaki et y incorpore des techniques de dessin occidentales. Teisai Senchō, actif de 1830 à 1850, s’inspire de l’’’Ōgi hakkei’’ de son maître dans sa série ‘’Ukiyo no kage-e’’, publiée dans les années 1830, mais renonce à tous les accessoires pour placer la beauté devant des panneaux ‘’shōji’’ dont transparaissent les silhouettes[9].

Notes et références
modifier- ↑ En estampe japonaise, le disciple prend le nom de famille du maître de l'école
- ↑ Keisai Eisen, sur artelino.com (consulté le 5 mai 2010)
- ↑ Ikeda Keisai Eisen
- 1 2 3 (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Roma, L’Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 308-311.
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) John Fiorillo, « Keisai Eisen », sur Viewing Japanese Prints (consulté le ).
- ↑ Tadashi Kobayashi, Mark A. Harbison 1997, p. 92
- ↑ Flora Blanchon 2008, p. 245
- ↑ Allen Hockley, The prints of Isoda Koryūsai: floating world culture and its consumers in eighteenth-century Japan, University of Washington Press, 2003, p. 35
- 1 2 3 4 5 6 7 (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Roma, L’Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 310-313
Bibliographie
modifier- Flora Blanchon, La question de l'art en Asie orientale, Presses Paris Sorbonne, (lire en ligne), p. 245
- Tadashi Kobayashi et Mark A. Harbison, Ukiyo-e : an introduction to Japanese woodblock prints, Kodansha International, (lire en ligne), p. 92
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative à la recherche :
- « Ikeda Keisai Eisen », sur ifpda.org (consulté le )
- (en) Œuvres de Keisai Eisen sur ukiyo-e.org.