Le keshiki (景色, litt. paysage ou paysage naturel?) est un concept esthétique de la céramique japonaise désignant l'ensemble des caractéristiques visuelles qui participent à l'appréciation d'une pièce, en particulier d'un bol à thé (chawan). Dans la cérémonie du thé, il constitue l'un des principaux critères d'évaluation des ustensiles et englobe aussi bien les effets produits par la cuisson que les transformations dues à l'usage ou les interventions volontaires du potier[1],[2],[3].

Étymologie

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Le mot keshiki (景色) signifie, dans son acception courante, « paysage », « vue » ou « aspect ». En céramique, il est employé de manière métaphorique pour désigner les paysages que le regard peut imaginer à la surface d'une pièce. Cette analogie traduit l'idée que les variations de texture, de couleur ou de relief évoquent des éléments naturels tels que des montagnes, des vallées, des cours d'eau ou des nuages[1],[3].

Définition

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Selon Annegret Bergmann, le keshiki constitue l'un des principaux termes descriptifs de la céramique japonaise et un critère essentiel dans l'appréciation esthétique des bols utilisés pour la cérémonie du thé. Si le terme désigne traditionnellement les transformations imprévues survenues lors de la cuisson — dans la pâte ou la glaçure — son sens s'est progressivement élargi. Le keshiki comprend aujourd'hui l'ensemble des phénomènes susceptibles de modifier l'apparence d'une pièce et de stimuler l'imagination de l'observateur.

Robert Yellin définit quant à lui le keshiki comme l'ensemble des effets visibles résultant notamment de l'écoulement de la glaçure, de sa répartition sur la pièce, de la couleur de la terre ou encore des phénomènes produits par la cuisson. Cette définition insiste sur le rôle des interactions entre la terre, la glaçure et le four dans la création du paysage de la céramique[1],[2].

Développement historique

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Selon Bergmann, la notion de keshiki acquiert une importance particulière avec le développement de la cérémonie du thé entre les XVe et XVIe siècle. L'abandon progressif de la préférence exclusive pour les céramiques chinoises au profit de productions japonaises ou coréennes conduit les maîtres de thé à porter une attention croissante aux irrégularités naturelles des pièces. Les paysages révélés par la cuisson deviennent alors un critère déterminant pour apprécier un bol à thé et, dans de nombreux cas, pour déterminer sa face principale (shōmen).

Les maîtres de thé développent progressivement un vocabulaire spécifique permettant de décrire ces paysages. Ils observent les bols comme ils contempleraient un jardin ou un paysage peint, attribuant un nom aux différentes manifestations visibles à leur surface. Cette pratique contribue à enrichir durablement le vocabulaire esthétique de la céramique japonaise[1].

Les différentes formes de keshiki

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Le keshiki ne se limite pas aux seuls effets accidentels de la cuisson au bois. Bergmann distingue plusieurs catégories de paysages pouvant apparaître sur une céramique.

Les phénomènes résultant directement de la cuisson comprennent notamment le hima, correspondant à une zone volontairement laissée sans glaçure afin de révéler la qualité de la terre, ou encore l'amamori, qui apparaît progressivement lorsque le thé pénètre dans les pores et les craquelures de certaines glaçures, notamment sur les céramiques de Hagi ou les bols coréens kohiki. D'autres effets, tels que le kairagi, résultent de la rétraction particulière de la glaçure autour du pied de la pièce.

L'auteur souligne toutefois que certains keshiki résultent d'interventions humaines pleinement assumées. Les réparations au moyen d'agrafes métalliques, comme sur le célèbre bol Bakōhan, les restaurations en kintsugi, ou encore les modifications volontaires de la forme d'un bol réalisées par Furuta Oribe participent également au paysage de la pièce et sont pleinement intégrées à son appréciation esthétique[1].

Le rôle de l'imagination

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L'une des caractéristiques fondamentales du keshiki réside dans la place accordée à l'imagination du spectateur. Les effets visibles sur la surface d'une céramique ne constituent pas une représentation figurative, mais suggèrent des paysages que chacun est libre d'interpréter. Les maîtres de thé voyaient ainsi dans les irrégularités de la glaçure, les variations de couleur ou les traces laissées par le feu autant d'évocations de montagnes, de vallées, de rivières ou de paysages enneigés. Le keshiki invite ainsi à une observation attentive de la pièce et à une interprétation personnelle de son apparence[1].

Importance dans l'esthétique de la céramique japonaise

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Le keshiki occupe une place centrale dans l'esthétique de la cérémonie du thé. Il ne désigne pas uniquement un phénomène physique observable sur une céramique, mais une manière de regarder et d'apprécier la pièce. La valeur d'un bol résulte ainsi non seulement du travail du potier et des effets produits par le four, mais également des transformations liées à son usage, à son vieillissement ou à ses restaurations. Comme le souligne Bergmann, le keshiki est bien davantage qu'un simple phénomène naturel : il résulte de l'interaction entre la matière, le feu, le temps, l'intervention humaine et le regard du spectateur[1].

Voir aussi

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Références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 (en) Annegret Bergmann, « Art Research Center, Ritsumeikan University », sur www.arc.ritsumei.ac.jp (consulté le )
  2. 1 2 « Keshiki Landscapes - Japanese Pottery », sur www.e-yakimono.net (consulté le )
  3. 1 2 « 景色 - けしき (keshiki) paysage,panorama », sur www.dictionnaire-japonais.com (consulté le )