Khmer Krom (dialectes)

Les dialectes Khmer krom (khmer : ភាសាខ្មែរក្រោម) sont un ensemble de parlers du peuple khmer vivant au Vietnam dans la région du Delta du Mékong. Il s'agit d'un sous-groupe de la langue khmère.

Khmer krom
ភាសាខ្មែរក្រោម
Image illustrative de l’article Khmer Krom (dialectes)
Pays Viêt Nam, Cambodge, France (diaspora),
Typologie SVO, isolante, à accent d'intensité
Classification par famille
Codes de langue
IETF km, kxm
ISO 639-1 km
ISO 639-2 mkh[1], khm[2]
ISO 639-3 khm – khmer central
kxm
Type Langue vivante
ISO 639-5 mkh[1]
Linguasphere 46-FBA-a
Glottolog cent1989
Carte
Image illustrative de l’article Khmer Krom (dialectes)
Carte de la répartition du khmer, du khmer du Nord et du khmer krom.

Des chercheurs tels que Thạch Ngọc Minh, James Kirby et Đinh Lư Giang divisent ces dialectes en fonction des régions où vivent des locuteurs khmers que sont An Giang, Kiên Giang, Sóc Trăng et Trà Vinh.

Histoire

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Le delta du Mékong était un territoire khmer depuis la période du Fou-Nan (68-550). Progressivement, la population khmère a été absorbée par l'Empire du Vietnam qui avait initié une "Marche vers le Sud" (Nam tiến), visant à coloniser la côte cham et le delta du Mékong khmer. Cela a été accéléré à partir 1620 du fait du mariage de Chey Chettha avec Nguyễn Phúc Ngọc Vạn (fille du seigneur Nguyễn Phúc Nguyên) qui a permis l'installation de colons kinh autour de la ville de Prey Nokor (Ho-Chi-Minh Ville). À partir de 1698, l'Empire du Vietnam a installé des vice-rois (kinh lược) pour gérer les territoires du delta ainsi que les populations khmères, cham et nouvellement vietnamiennes qui y vivaient[3].

Sous le règne de l'empereur Minh Mạng (1820-1841), une réorganisation administrative a inclus de nombreux villages khmers dans des communes vietnamiennes pour assimiler les populations et déséquilibrer la démographie. Les Chinois installés depuis l'époque de Mạc Cửu sur la côte qui constituait la principauté de Hà Tiên ont été ciblés par des politiques de vietnamisation qui ont duré jusque sous l'empereur Thiệu Trị (1841-1847), réduisant davantage les Khmers au statut minoritaire[4]. La présence de langues à tons monosyllabiques (chinois, vietnamien) autour de la langue khmère du delta du Mékong a eu pour effet de façonner un dialecte khmer avec un accent tonique et une tendance à la monosyllabisation[5].

Sous le protectorat français (1862-1946), les interactions entre les Khmers krom et le Cambodge ont repris et en 1931, 229 écoles de pagode scolarisaient des enfants de la minorité khmère, leur délivrant un certificat d'études khmères qui leur permettait de continuer leurs études à Phnom Penh. Cela a par la suite formé certains nationalistes cambodgiens d'origine khmère krom[6].

Les politiques nationalistes de la République du Sud-Vietnam (1955-1975) ont poursuivi une tendance d'assimilation des Khmers krom, réduisant le nombre de locuteurs et l'apprentissage de la langue khmère[7]. Sous la République socialiste du Vietnam, certaines pagodes khmères servent d'école d'apprentissage de la langue khmère, bien qu'il s'agisse d'un enseignement du khmer central et non du khmer local[8],[9]. Les jeunes khmers krom parlent davantage le vietnamien plutôt que le khmer et les bonzes font souvent l'objet d'intimidation, interrompant les cours dans les pagodes[10].

Distribution

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Distribution géographique des Khmers krom au Vietnam

Du fait du bilinguisme généralisé des Khmers krom parlant khmer et vietnamien, il est difficile d'établir un chiffre exact du nombre de locuteurs. Selon le recensement de 2019, ils forment une minorité compacte à Trà Vinh (du khmer Trapeang, 31,6%), Sóc Trăng (du khmer srok khleang, 30,7%) et Kiên Giang (12,5 %), et sont dispersés autre part.

En 2009, le recensement national a indiqué que 5% de la population khmère krom était monolingue en khmer, surtout des personnes âgées et pauvres, tandis que 15 % était monolingue en vietnamien, surtout des jeunes[11].

Phonologie

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Quelques études se sont penchées sur les spécificités des parlers khmers krom. Toutes soulignent que, dans les parlers de An Giang, Kiên Giang, Sóc Trăng et Trà Vinh, il y a une tendance à la monosyllabisation des mots khmers, le changement de la consonne /r/ en /h/ ainsi qu'à l'adoption d'un accent tonique, ce qui est une marque d'influence du vietnamien[11].

Le parler des Khmers de Kiên Giang (Kramuon Sâr en khmer) connaît un changement de prononciation du /r/ en /h/, ce qui est un trait qui se retrouve aussi à Phnom Penh. James Kirby et Đinh Lư Giang (2017) montrent que le mot គ្រូ [kru:] (professeur, gourou) se prononce [kǔː], l'adjectif ក្រ "pauvre" [krâ] est prononcé [kɑ̀ː] et que le verbe រៀន [rien] (apprendre) était prononcé [hǐen] à Kiên Giang[11].

Thạch Ngọc Minh (1996, 1999) a observé deux tendances : dans le khmer krom de Trà Vinh, les consonnes nasales dans un groupe consonantique au début de mot sont davantage prononcées avec un accent tonique, ce qui n'est pas le cas dans le khmer de Kiên Giang. Il ajoute aussi que les consonnes aspirées ne s'aspirent progressivement plus[5]. Il donne quelques exemples dans sa recherche pour illustrer son propos :

Khmer standard Khmer krom de Kiên Giang
ចង្ក្រាន changkran (fourneau) nkran
បន្ទប bantoup (chambre, pièce) nthup
កំបិត kombet (couteau) mbet
ស្រែ srae (rizière) sè
រាំ roam (danser) hàm

Frédéric Pain note aussi que les bonzes de Trà Vinh prononce le nom de Shiva Ishvara ឦសួរ [iso:] et non [eiso:] comme en khmer central[3].

Interactions avec le vietnamien du sud

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La langue khmère krom et le vietnamien ayant été en contact rapproché pendant plusieurs siècles, le dialecte khmer krom et le vietnamien du sud se sont échangés de nombreux mots.

Khmer Vietnamien du sud Vietnamien standard
ចង្ក្រាន changkran (fourneau) cà ràng bếp
ខ្ជិល khchil (paresseux) cà chớn (insolent) láo (insolent)
ឆ្កោក chhkaok (barbue de rivière) cá cóc cá cóc
ស្រុក srok (village) sóc (village khmer)
មេឃដីអើយ (ciel-terre-ô) mèng đéc ơi trời ơi (ciel-ô)
រំពង rompeng (bruyant, dérangeant) rùm beng ầm ĩ
ច្រហោង chrahaong (position accroupie) chồm hỗm ngồi xổm
បឹង bưng (lac) bưng (marais) đầm lầy

Références

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  1. 1 2 code collectif
  2. ↑ code du khmer central
  3. 1 2 Frédéric Pain, « Anthropological Approach on Khmer Dialectology Language, Buddhism and Ethnicity », Academia Sinica,‎ , p. 28 (lire en ligne [PDF])
  4. ↑ (en) Choi Byung Wook, Southern Vietnam under the Reign of Minh Mang (1820–1841), Southeast Asia Program Publications, , 232 p. (ISBN 0877271380)
  5. 1 2 (en) Thạch Ngọc Minh, « The phenomenon of monosyllabisation in the Kiengiang dialect of Khmer », Mon-Khmer Studies, vol. 29,‎ (lire en ligne)
  6. ↑ (en) Penny Edwards, Cambodge: the cultivation of a Nation 1860-1945, , 392 p. (ISBN 978-0824829230), p. 180-181
  7. ↑ (en) To Quyen T. Doan, « Physical and Theoretical Notions of Home: In the Context of Khmer Krom in Soc Trang and Can Tho, Vietnam », International Development, Community and Environment,‎ (lire en ligne)
  8. ↑ (fr-CH) « Les pagodes khmères au service de la transmission linguistique et culturelle », sur VOV5.VN (consulté le )
  9. ↑ (en) « Khmer pagodas preserve Khmer language, handwriting », VOV.VN,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  10. ↑ (en) « Denied Recognition: Vietnam’s refusal to recognize the indigenous and religious rights of the Khmer Krom », Unrepresented Nations and Peoples Organization,‎ , p. 13 (lire en ligne [PDF])
  11. 1 2 3 (en) James Kirby et Đinh Lư Giang, « On the r>h Shift in Kiên Giang Khmer », Journal of the Southeast Asian Linguistics Society, vol. 10, no 2,‎ , p. 2 (lire en ligne)