Khosrow et Chirine
Khosrow et Chirine (en persan : خسرو و شیرین) est un poème, achevé vers 1180, du poète persan Nizami. Il constitue la deuxième œuvre de son Khamsé. Cette œuvre est une version romancée très élaborée de l'amour du roi sassanide Khosrow II pour la princesse chrétienne Chirine, qui devient reine de Perse.
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(fa) خسرو و شیرین |
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Vers |
The Storehouse of Mysteries (en) Leïli et Madjnoun (en) |
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L'essentiel du récit est une histoire d'amour d'origine persane qui était déjà bien connue grâce au grand poème épico-historique du Shâhnâmeh ou Livre des Rois écrit par le poète persan Ferdowsi vers l'an 1000, ainsi qu'à d'autres écrivains et contes populaires persans, et d'autres œuvres portent le même titre. Mais Nezami traite la relation amoureuse de Khosrow et Shirin comme une histoire à part entière, et transforme un épisode d'une épopée héroïque en une épopée romantique.
Le poème a souvent été imité et illustré par les enlumineurs.
Forme
modifierDate de composition
modifierLes historiens s'accordent pour considérer Khosrow et Chirine comme le deuxième poème du Khamseh, rédigé après le Trésor des mystères, et avant Layla et Majnoun. Mais la date précise de sa composition est incertaine. Selon Peter Chelkowski, Nezami l'aurait terminé après 1180, voire après 1184[4]. François de Blois situe sa date d'achèvement entre 1176 et 1186[3]. Paola Orsatti pense que Nezami a dû commencer le poème vers 1175-76 mais il a effectué des retouches ultérieures, par exemple pour mentionner la mort de Qezel Arsalan, survenue en 1191[5].
Résumé
modifierLa version de Nizami commence par le récit de la naissance et de l'éducation de Khosrow, fils de Hormizd IV. Vient ensuite le festin de Khosrow dans la maison d'un fermier, festin pour lequel Khosrow est sévèrement réprimandé par son père. Khosrow se repent de son offense et implore le pardon de son père, lequel, satisfait, lui pardonne. Durant la nuit qui suit , Khosrow voit son grand-père Anushirvan en rêve, qui annonce à son petit-fils qu'il aura une épouse nommée Chirine, un coursier du nom Shabdiz, un musicien répondant au nom de Barbad et un grand royaume, la Perse.
Shapur, peintre et ami proche de Khosrow, lui parle de la reine arménienne Mahin Banu et de sa nièce Chirine. Entendant Shapur décrire la beauté de Chrine, Khosrow tombe amoureux. Shapur part alors en Arménie pour la chercher. Il la trouve, lui montre un portrait de Khosrow, et à son tour, celle-ci tombe amoureuse de Khosrow et s'enfuit d'Arménie pour rejoindre Mada'in (en), la capitale de Khosrow. Mais, pendant ce temps, Khosrow fuit également la colère de son père et, déguisé en paysan, s'en va en Arménie à la recherche de Chirine. Mais en chemin, il voit une femme dévêtue, en train de se baigner et de laver ses cheveux, laquelle aperçoit aussi cet homme. Mais ils ne se reconnaissent pas. Arrivé en Arménie et accueilli par Shamira, la reine d'Arménie, Khosrow apprend que Chirine est à Mada'in.

À nouveau, Shapur est envoyé pour ramener Chirine. Lorsque celle-ci revient en Arménie, le père de Khosrow décède. Shapur doit donc retourner à Mada'in pour les funérailles. Les deux amants continuent de se croiser, jusqu'à ce que Khosrow soit renversé par le général Bahrām Chobin et qu'il s'enfuie en Arménie, où ils se rencontrent enfin. Cependant, Chirine refuse d'épouser Khosrow tant qu'il n'a pas repris son pays à Bahram Chobin. Khosrow se rend alors à Constantinople, où l'empereur accepte de l'aider à vaincre contre Bahram Chobin. Mais il pose une condition : Khosrow épousera sa fille Mariam, et ne prendra aucune autre épouse du vivant de Mariam. Khosrow réussit à vaincre son ennemi et reprend son trône. Mariam, par jalousie, sépare Khosrow et Chirine.
Pendant ce temps, l'architecte Farhad (de) tombe amoureux de Chirine et devient le rival de Khosrow. Celui-ci, ne l'appréciant guère, l'envoie en exil sur la montagne de Behistun, avec la tâche impossible de tailler des escaliers dans les rochers de sa falaise. Farhad commence son travail avec l'espoir d'obtenir de Khosrow la permission d'épouser Chirine. Mais Khosrow lui envoie un messager porteur de la fausse nouvelle de la mort de Chirine. Désespéré, Farhad se jette du sommet de la montagne et meurt. Khosrow écrit une lettre à Chirine, exprimant son regret pour la mort de Farhad. Puis Mariam meurt à son tour, selon la version de Ferdowsi, empoisonnée par Chirine. À la suite de ce décès, Chirine répond à la lettre de Khosrow par une lettre satirique de condoléances.
Avant de proposer le mariage à Chirine, Khosrow, qui est alors à Ispahan, s'intéresse à une femme du nom de Shekar, ce qui retarde encore l'union des amants. Quand il arrive enfin au château de Chirine, celle-ci le repousse, lui reprochant sa relation avec Shekar. Khosrow, malheureux, retourne dans son palais. Après plusieurs épisodes romantiques et héroïques, Chirine consent finalement à épouser Khosrow. Mais Shiruyih, fils de Khosrow et de Mariam, est également amoureux de Chirine, et il assassine Khosrow, après quoi il envoie un message à Chirine lui intimant de l'épouser une semaine plus tard. Elle refuse et se suicide. Khosrow et Chirine ont été enterrés ensemble dans la même tombe.
Racines historiques
modifierSi les personnages sont auréolés de légende, ils ont réellement existé. Le personnage de Khosrow fait référence à Khosrow II[4], appelé aussi Khosrow Parviz, roi de la dynastie sassanide qui accède au pouvoir en 590[5]. Le personnage de Shirin est également historique. On sait qu'elle était une princesse chrétienne[4]. Elle est souvent décrite comme arménienne[2],[6]. Mais cette affirmation s'appuie selon Paola Orsatti sur une tradition tardive. L'historien Sebeos la considère comme originaire du Khuzestan, d'autres sources la disent araméenne[5].
Influences et originalité
modifierSelon Henri Massé[7], « Nizami donne libre cours à sa fantaisie : son poème, qui doit son mérite bien plus à la forme qu'à l'invention, est une sorte d'épopée courtoise dont les péripéties ne se résument pas. Mais à la légende primitive, Nizami ajoute, — si l'on néglige les épisodes secondaires — l'épisode pathétique des amours de Chirine et de l'architecte Farhad dont Khosrow, jaloux, provoque le suicide en lui faisant annoncer faussement la mort de Chirine. »
Le poème présente des similitudes avec Vis o Ramin de Gorgani[4] et surtout avec le Shah nameh de Ferdousi, auquel les deux personnages principaux sont empruntés. Mais, alors que ce dernier dépeint les exploits du héros dans le cadre d'une épopée héroïque, Nezami place au centre de son poème la relation amoureuse entre les deux personnages[5]. Il en résulte une épopée romantique où la peinture des sentiments tient une large place. Les personnages sont également changés : alors que Khosrow tient le rôle central dans l'épopée de Ferdousi, Shirin, dépeinte comme une femme forte et indépendante, sert de guide moral à un Khosrow indécis et acquiert le premier rôle[4],[6]. Les personnages féminins sont peu nombreux dans la littérature persane, et parfois traités avec misogynie, mais le personnage de Shirin est décrit avec empathie par Nezami[6]. Son intérêt pour la cause féminine place Nezami à part dans l'histoire de la poésie persane[8]. Certains historiens pensent que la première épouse du poète, Afaq, a pu l'inspirer[4],[8].
Postérité
modifierVariantes et imitations
modifierDes variantes de l'histoire ont également été racontées sous le titre Ferhat et Shirin ((en persan : شیرین و فرهاد) ; en turc : Ferhat ile Şirin), notamment les versions turques du poète Qutb (XIVe siècle)[9] et du poète Mir Alicher Navoï (XVe siècle)[10]. La variante de 'Arefi est intitulée Farhād-nāma[5].
Attar, contemporain de Nizami, a écrit une version connue sous le titre de Khosrow nameh. Ce poème présente des similitudes avec celui de Nezami, il est notamment composé lui aussi en vers hajaz. Mais il n'est pas certain qu'il constitue une imitation : les deux poètes ont pu s'inspirer de sources communes[5]. Le Gol o Nowruz de Khwaju de Kerman (1341) présente lui aussi des similitudes avec l'œuvre de Nizami. Le Shirin o Ḵosrow d'Amir khosrow Dehlavi, daté de 1298, qui s'inscrit comme son modèle dans un Khamseh, se réfère explicitement au poème de Nizami, de même que Mehr o Negār de Jamali, en 1403, et Shirin o Khosrow de Hatefi (entre 1484 et 1490), qui constituent des sortes de réponses au poème de Nizami[5].
Manuscrits et éditions
modifierLe manuscrit le plus ancien conservé est daté de 1362[4]. Le Khamseh a souvent été illustré par les enlumineurs. La scène de Shirin au bain est parmi celles qui les a le plus inspirés. On en connaît une version de Murshid al-Shirazi, une autre de Sultan Muhammad[11].
Le poème est traduit en français par Henri Massé en 1970[2].
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- ↑ Encyclopædia Universalis, « Biographie de NIẒĀMĪ ou NEZAMÉ DE GANDJE », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
- 1 2 3 (tr) « NİZÂMÎ-i GENCEVÎ », sur TDV İslâm Ansiklopedisi (consulté le )
- 1 2 (en-US) Domenico Parrello, « ḴAMSA OF NEẒĀMI », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) p. Chelkowski, « Niẓāmī Gandjawi », dans Encyclopædia of islam, vol. 8, Brill, (lire en ligne), p. 76-81
- 1 2 3 4 5 6 7 Orsatti 2012.
- 1 2 3 (en) Kamran Talattof et Jerome W. Clinton, « Introduction: Nizami Ganjavi and His Poetry », dans The Poetry of Nizami Ganjavi: Knowledge, Love, and Rhetoric, Palgrave Macmillan US, , 1–13 p. (ISBN 978-1-137-09836-8, DOI 10.1007/978-1-137-09836-8_1, lire en ligne)
- ↑ Henri Massé, « Une halte en Kurdistan », dans Mémoires de l'Académie de Stanislas, (lire en ligne), p. 71.
- 1 2 (en) Kamran Talattof, « Nizami’s Unlikely Heroines: A Study of the Characterizations of Women in Classical Persian Literature », dans The Poetry of Nizami Ganjavi: Knowledge, Love, and Rhetoric, Palgrave Macmillan US, , 51–81 p. (ISBN 978-1-137-09836-8, DOI 10.1007/978-1-137-09836-8_4, lire en ligne)
- ↑ (tr) Özlem Güneş, Fahri'nin Husrev u Şirin'i (metin ve tahlil), Nizami ve Şeyhi'nin eserleriyle karşılaştırılması [« Hüsrev ü Şirin de Fahri (texte et analyse), comparaison avec les travaux de Nizami et Şeyhi »] (Thèse de doctorat), Institut universitaire des sciences sociales d'Istanbul, Turquie, Université Galatasaray Istanbul, , 719 p. (lire en ligne)
- ↑ (tr) Gönül Alpay, Ali Şir Nevaî'nin Ferhad ü Şirin Mesnevisi Üzerindeki Etkiler [« Influences sur Ferhad ü Şirin Mesnevi d'Ali Şir Navaî »], Belleten, annuaire de recherche sur la langue turque, (lire en ligne)
- ↑ (en) Define Kut, Khamsa of Nizami (lire en ligne)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Paola Orsatti, « Khosrow ô Shirin », Last Updated 2012, sur Encyclopædia Iranica Online, (consulté le )