Khâ
Khâ est un fonctionnaire égyptien de la XVIIIe dynastie, actif à Deir el-Médineh sous les règnes d'Amenhotep II, de Thoutmôsis IV et d'Amenhotep III[3]. Également qualifié d'« architecte » dans la littérature moderne, il porte dans les inscriptions les titres de « chef de la Grande Place » et de « chef de travaux de la Grande Place », liés à la nécropole royale ; comme chef d'équipe, il dirige les ouvriers chargés de construire et de décorer les tombes royales[3],[7],[5].
| Khâ | |||
Statuette en bois de Khâ, placée sur une chaise devant son cercueil extérieur (Suppl. 8335)[1]. | |||
| Nom en hiéroglyphe | |||
|---|---|---|---|
| Décès | Sous le règne d'Amenhotep III, entre 50 et 60 ans[2] |
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| Période | Nouvel Empire | ||
| Dynastie | XVIIIe dynastie | ||
| Fonction principale | Chef de la Grande Place ; chef de travaux de la Grande Place[3],[4] | ||
| Prédécesseur | Inconnu | ||
| Famille | |||
| Conjoint | Merit[5] | ||
| Enfant(s) | Amenemopet, Nakhteftaneb, Merit[5] | ||
| Sépulture | |||
| Nom | TT8[6] | ||
| Emplacement | Deir el-Médineh[6] | ||
| Date de découverte | 15 février 1906[6] | ||
| Découvreur | Ernesto Schiaparelli[6] | ||
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Khâ est marié à Merit, avec laquelle il a trois enfants ; il meurt sous le règne d'Amenhotep III, entre cinquante et soixante ans[2],[8].
La chambre funéraire de Khâ et Merit est découverte intacte en 1906 par la Mission archéologique italienne dirigée par Ernesto Schiaparelli ; son mobilier funéraire comprend plus de 460 objets[9],[10]. Cet ensemble est décrit comme le mobilier funéraire égyptien non royal le plus abondant, le plus complet et le mieux conservé jamais découvert[6].
Biographie
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Dans le Livre des morts de Khâ, le nom de son père Iuy est attesté[13]. Il a été proposé que Khâ soit issu d'un milieu modeste et qu'il ait atteint sa position par son mérite personnel[14].
Khâ est actif à Deir el-Médineh, auprès de la communauté des ouvriers employés à la construction des tombes royales ; il travaille dans la Vallée des Rois sous les règnes d'Amenhotep II, de Thoutmôsis IV et d'Amenhotep III[3],[7],[5]. Ses fonctions sont avant tout celles d'un responsable : il supervise la construction des tombes royales et dirige l'équipe qui en assure la construction et la décoration[3],[7],[5]. Sous Amenhotep II, les listes conservées mentionnent des équipes de 26 à 30 hommes, puis d'environ 44 hommes sous Amenhotep III ; dans l'une de ces listes, la marque personnelle de Khâ occupe la première place, probablement en raison de sa fonction de chef d'équipe[15].
Khâ et Neferhebef sont contemporains et occupent la même position dans la direction des travaux ; il a été proposé qu'ils aient dirigé ensemble les ouvriers, mais la documentation ne prouve pas que l'équipe ait alors été divisée en deux groupes, comme ce fut le cas à l'époque ramesside[16]. Neferhebef et son épouse Tayunes sont représentés dans la chapelle funéraire de Khâ, tandis que le nom de Neferhebef apparaît également sur des objets provenant de la sépulture TT8[17]. Une progression entre les titres de « chef de travaux de la Grande Place » et de « chef de la Grande Place » a également été proposée, mais il n'existe pas de preuve explicite d'une succession hiérarchique et les deux titres pourraient avoir été interchangeables[16]. Le titre de « scribe royal » n'est attesté que sur deux cannes décorées provenant de la tombe (Suppl. 8417 et 8418/01) ; il a toutefois été observé que ces deux objets pourraient avoir été des dons d'un collègue homonyme portant ce titre, de sorte que son attribution à Khâ n'est pas certaine[18].
Khâ et Merit ont trois enfants, Amenemopet, Nakhteftaneb et une fille également appelée Merit ; Amenemopet suit la carrière de son père et porte le titre de « Serviteur dans la nécropole royale », tandis que sa sœur Merit est chanteuse d'Amon[14],[8]. Aucune information n'est connue sur la carrière de Nakhteftaneb[14]. Les trois enfants survivent à leur mère[14]. Merit meurt avant son mari ; les dimensions du cercueil anthropoïde utilisé pour son inhumation, trop grand pour son corps, ainsi que les textes funéraires au nom de Khâ suggèrent qu'il pourrait avoir été préparé à l'origine pour son mari puis utilisé pour Merit ; les espaces libres autour de la momie furent comblés avec des pièces de lin portant le nom de Khâ[19],[5].
Khâ meurt sous le règne d'Amenhotep III, entre cinquante et soixante ans ; il est inhumé avec un collier à disques d'or (égyptien : shebyu), récompense accordée par le souverain aux fonctionnaires qui se sont distingués à son service, tandis que d'autres bijoux restent sous les bandelettes[12],[20].
État de santé
modifierSon squelette présente une spondylose, c'est-à-dire une dégénérescence de la colonne vertébrale, avec des ostéophytes dans la région lombaire ; les genoux montrent de légers signes dégénératifs et une enthésiopathie est présente au point d'insertion du muscle triceps brachial droit[21]. De son vivant, Khâ avait perdu presque toutes les prémolaires et les molaires supérieures ainsi que plusieurs dents inférieures, ce qui avait fortement réduit sa capacité de mastication ; son corps ne présente aucune lésion attribuable à un traumatisme mortel et la cause de sa mort demeure inconnue[21].
Titres et fonctions
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Dans les inscriptions, Khâ apparaît comme « chef de la Grande Place » (égyptien : Hry (m) st aAt) et « chef de travaux de la Grande Place » (égyptien : mr kAt st aAt) ; la « Grande Place » désigne la nécropole royale, et la statuette en bois porte le premier titre tandis que le second figure sur la plupart des objets du mobilier funéraire[3],[25]. Sur un bassin en bronze (Suppl. 8225), une dédicace à sa force vitale (égyptien : ka) qualifie Khâ de « chef des travaux »[26]. La coudée royale cérémonielle recouverte de feuille d'or et portant le nom d'Amenhotep II (Suppl. 8647) constitue un signe de l'estime du souverain pour Khâ[24]. Neferhebef et Khaemouaset, qui portent eux aussi le titre de « chef des travaux », lui offrent deux cannes inscrites servant de signes d'autorité[27].
- Détail d'une canne à pointe de bronze et poignée incrustée, portant le nom de Khâ (Suppl. 8417)[31].
- Hache en bois, cuir et bronze avec le monogramme de Khâ gravé sur la lame (Suppl. 8386)[32].
Tombe
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La chambre funéraire de Khâ et Merit (TT8) est découverte le 15 février 1906 par la Mission archéologique italienne dirigée par Ernesto Schiaparelli, à environ 25 m au nord de la chapelle de la famille[5],[6]. Un glissement de terrain avait scellé l'accès dans l'Antiquité et protégé la chambre des pillages ; le Project TT8 indique que le mobilier funéraire comprend plus de 460 objets[9],[10]. L'ensemble est décrit comme le mobilier funéraire égyptien non royal le plus abondant, le plus complet et le mieux conservé jamais découvert[6]. Par sa richesse, la tombe est considérée comme la sépulture non royale la plus riche du Nouvel Empire, après celle de Toutânkhamon[34].
Le corps de Khâ est placé dans trois cercueils emboîtés : le cercueil extérieur, en forme de sanctuaire, renferme deux cercueils anthropoïdes ; le cercueil intermédiaire comporte des éléments recouverts de stuc et de feuille d'or, tandis que le cercueil intérieur est entièrement doré[35],[36],[11]. Presque tout le mobilier funéraire est transféré après les fouilles au Musée égyptologique de Turin ; une petite partie reste au Musée égyptien du Caire[37].
- Porte d'origine de la chambre funéraire, en bois avec des éléments en bronze (Suppl. 8209)[38].
- Cercueil intermédiaire de Khâ, avec des éléments en relief recouverts de stuc et de feuille d'or (Suppl. 8316/01)[36].
- Cercueil intérieur de Khâ, dont la surface est recouverte de feuille d'or (Suppl. 8429)[11].
Autres objets et documents
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Une stèle funéraire provenant de la chapelle de Khâ et Merit (Cat. 1618) entre dans les collections du Musée égyptologique de Turin en 1824 avec l'achat de la collection de Bernardino Drovetti[40].
Une stèle en calcaire conservée au British Museum (EA1515) a été associée à Khâ, mais son attribution est discutée[41]. Le registre supérieur représente Thoutmôsis IV présentant des fleurs et de l'encens à Amon-Rê et à Ahmès-Néfertary, tandis qu'un homme nommé Khâ est figuré en adoration dans le registre inférieur[41]. Le British Museum identifie ce Khâ au contremaître Inherkhâ, propriétaire de la TT299[41]. Marianne Eaton-Krauss a proposé au contraire que la stèle ait été réalisée à l'origine pour le Khâ de TT8, puis restaurée et adaptée pour Inherkhâ[42].
Soliman identifie la marque personnelle attribuée à Khâ sur cinq ostraca ; deux d'entre eux, ONL 6330 et ONL 6369, découverts à Deir el-Médineh, semblent être des « pierres-noms », mais l'auteur précise qu'il n'est pas certain qu'ils se rapportent à Khâ plutôt qu'à un membre de sa famille[43].
Le Musée du Louvre conserve un pyramidion en grès portant le nom de Khâ (E 13988), représenté à genoux en adoration sur chacune des quatre faces[44]. L'objet, provenant à l'origine de la chapelle funéraire de Khâ (TT8), est découvert le 8 février 1923 devant le côté nord de la cour de la TT326 de Pached par la mission archéologique française dirigée par Bernard Bruyère[44],[45].
La Bibliothèque nationale de France conserve le Livre des morts de Merit (inv. 53.2), un papyrus funéraire long de 197 cm donné par le duc de Luynes en 1862 ; le papyrus provient peut-être de Deir el-Médineh, mais son lieu de découverte précis reste inconnu[46]. Il est attribué à Merit parce que son nom y apparaît plus souvent et précède celui de Khâ ; il n'est toutefois pas exclu qu'il ait été préparé à l'origine pour Khâ[45].
- Pyramidion en grès portant le nom de Khâ et une scène d'adoration sur chacune de ses faces (Musée du Louvre, E 13988)[44].
Notes et références
modifier- ↑ (en) « Statuette of Kha », sur Museo Egizio (consulté le )
- 1 2 Bianucci et al., 2015, p. 2, 6
- 1 2 3 4 5 6 Trapani, 2010, p. 6
- ↑ « TT 8 : Khâ », sur Institut français d'archéologie orientale (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 Bianucci et al., 2015, p. 2
- 1 2 3 4 5 6 7 La Nasa et al., 2022, p. 1–2
- 1 2 3 Soliman, 2019, p. 468, 471–472
- 1 2 Trapani, 2010, p. 9
- 1 2 (en) « TT8 Project », sur Museo Egizio (consulté le )
- 1 2 Les décomptes publiés diffèrent : La Nasa et al. indiquent plus de 440 objets La Nasa et al., 2022, p. 1–2, tandis que Bianucci et al. en indiquent plus de 500 Bianucci et al., 2015, p. 2.
- 1 2 3 (en) « Inner coffin of Kha », sur Museo Egizio (consulté le )
- 1 2 3 (en) « Mummy of Kha », sur Museo Egizio (consulté le )
- ↑ Töpfer, 2019, p. 12
- 1 2 3 4 Bianucci et al., 2015, p. 4
- ↑ Soliman, 2019, p. 502, 504
- 1 2 Soliman, 2019, p. 472
- ↑ Girardi, 2024, p. 75
- ↑ Laboury, 2023, p. 127
- ↑ (en) « Inner coffin of Merit », sur Museo Egizio (consulté le )
- ↑ Bianucci et al., 2015, p. 2–4, 6–7
- 1 2 Bianucci et al., 2015, p. 7
- ↑ (en) « Box decorated with pictures of Kha and his wife receiving offerings from their son, Nakhttaneb », sur Museo Egizio (consulté le )
- ↑ (en) « Box decorated with offering scenes for Kha and Merit, containing loincloths and other linen », sur Museo Egizio (consulté le )
- 1 2 (en) « Royal cubit rod inscribed with the name of pharaoh Amenhotep II », sur Museo Egizio (consulté le )
- ↑ Trapani, 2010, p. 8
- 1 2 (en) « Basin with a painted inscription: "For the ka of the overseer of works Kha" », sur Museo Egizio (consulté le )
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- ↑ (en) « Strainer », sur Museo Egizio (consulté le )
- ↑ (en) « Situla without handle », sur Museo Egizio (consulté le )
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- ↑ (en) Francesco Ballerini, « Burial chamber of the intact tomb of Kha and Merit, at the time of discovery », sur Museo Egizio Photographic Archive, (consulté le )
- ↑ (en) « Life and Death at New Kingdom Deir el-Medina », sur Egypt Exploration Society, (consulté le )
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- 1 2 (en) « Middle coffin of Kha », sur Museo Egizio (consulté le )
- ↑ Trapani, 2010, p. 15
- ↑ (en) « Original door to the burial chamber of Kha and Merit », sur Museo Egizio (consulté le )
- ↑ (en) « Book of the Dead of Kha », sur Museo Egizio (consulté le )
- 1 2 (en) « Funerary stela of Kha », sur Museo Egizio (consulté le )
- 1 2 3 (en) « Stela », sur British Museum (consulté le )
- ↑ Eaton-Krauss, 1999, p. 127–128
- ↑ Soliman, 2019, p. 502
- 1 2 3 « Pyramidion », sur Musée du Louvre (consulté le )
- 1 2 (en) « From Paris for Kha and Merit. Two masterpieces for the 120th anniversary. », sur Museo Egizio (consulté le )
- ↑ « Papyrus funéraire de la Dame Merit », sur Bibliothèque nationale de France (consulté le )
Bibliographie
modifier- Sources
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- (en) Raffaella Bianucci, Michael E. Habicht, Stephen Buckley, Joann Fletcher et al., « Shedding New Light on the 18th Dynasty Mummies of the Royal Architect Kha and His Spouse Merit », PLOS ONE, vol. 10, no 7, , p. 1–12 (ISSN 1932-6203, DOI 10.1371/journal.pone.0131916
, lire en ligne) - (en) Marianne Eaton-Krauss, « The Fate of Sennefer and Senetnay at Karnak Temple and in the Valley of the Kings », The Journal of Egyptian Archaeology, vol. 85, , p. 113–129 (DOI 10.1177/030751339908500108)
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, lire en ligne) - (en) Alessandro Girardi, « A Votive Gift for the God Amun: The Stelophorous Statue of Neferhebef (Turin Cat. 3025) », Rivista del Museo Egizio, vol. 8, , p. 62–87 (DOI 10.29353/rime.2024.5828, lire en ligne)
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- (en) Marina Sartori, « Talking images: A semiotic and visual analysis of three Eighteenth-Dynasty chapels in Deir el-Medina (TT8, TT340, TT354) », Deir el-Medina Through the Kaleidoscope. Proceedings of the International Workshop, Turin 8th–10th October 2018, , p. 651–676 (lire en ligne)
- (it) Ernesto Schiaparelli, Relazione sui lavori della Missione Archeologica Italiana in Egitto (anni 1903-1920). Volume secondo: La tomba intatta dell'architetto "Cha" nella necropoli di Tebe, Turin, Casa Editrice Giovanni Chiantore, (DOI 10.11588/diglit.55349, lire en ligne)
- (en) Daniel Soliman, « Ostraca with Identity Marks and the Organisation of the Royal Necropolis Workmen of the 18th Dynasty », Bulletin de l'Institut français d'archéologie orientale, vol. 118, , p. 465–524 (ISSN 0255-0962, lire en ligne)
- (it) Susanne Töpfer, Il Libro dei Morti di Kha. Storia e segreti di un papiro spettacolare, Modène, Franco Cosimo Panini, (ISBN 9788857015095)
- (es) Marcella Trapani, « El ajuar funerario de Kha en el Museo Egipcio de Turín », Boletín del Museo Arqueológico Nacional, vol. 27-28, , p. 5–20 (ISSN 2341-3409, lire en ligne)
- Jeanne Vandier d'Abbadie et Geneviève Jourdain, Deux tombes de Deir el-Médineh : 1. La Chapelle de Khâ. 2. La tombe du scribe royal Amenemopet, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, coll. « Mémoires publiés par les membres de l'Institut français d'archéologie orientale » (no 73), (lire en ligne)
- Pour approfondir
- (it) Enrico Ferraris, La tomba di Kha e Merit, Modène, Franco Cosimo Panini, (ISBN 9788857014388)
- (en) Christine Hobson, Exploring the World of the Pharaohs, Londres, Thames & Hudson, (ISBN 0500050465)
Voir aussi
modifierLiens internes
modifierLiens externes
modifier- (en) « Funerary stela of Kha »
- (en) « Stela EA1515 »
- « pyramidion »
- « Papyrus funéraire de la Dame Merit »