TT8
La tombe thébaine TT 8, également appelée tombe de Khâ et Merit, est une tombe de la XVIIIe dynastie située à Deir el-Médineh, dans la nécropole thébaine, sur la rive occidentale du Nil, en face de Louxor, en Égypte[3]. Elle constitue la chapelle funéraire et le lieu de sépulture de Khâ, responsable des travaux de la nécropole royale sous les règnes d'Amenhotep II, Thoutmôsis IV et Amenhotep III, et de son épouse Merit[4].
| TT 8 Tombeau de Khâ et Merit | |
| Tombeaux de l'Égypte antique | |
|---|---|
Chambre funéraire de Khâ et Merit au moment de la découverte, en 1906. Photographie de Francesco Ballerini (C02070)[1]. | |
| Emplacement | Deir el-Médineh (vallée des Nobles) |
| Construction | XVIIIe dynastie |
| Coordonnées | 25° 43′ 44″ nord, 32° 36′ 03″ est |
| Découverte | |
| Découvreur | Ernesto Schiaparelli |
| Objets retrouvés | plus de 460[2] |
| Classement | |
| Tombe thébaine | - TT8 + |
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|
La sépulture hypogée fut retrouvée intacte le par la Mission archéologique italienne dirigée par Ernesto Schiaparelli, seize ans avant la découverte du tombeau de Toutânkhamon en 1922[5][6]. Son mobilier funéraire comprend plus de 460 objets, notamment des textes religieux, des bijoux, des meubles, des vêtements, des outils, des denrées alimentaires et l'équipement funéraire du couple[2]. Cet ensemble est considéré comme le mobilier funéraire non royal le plus riche et le plus complet jamais découvert[7] ; par sa richesse, TT 8 est considérée comme la plus riche sépulture non royale du Nouvel Empire, seconde seulement à celle de Toutânkhamon[8].
Le noyau principal du mobilier est conservé au Musée égyptologique de Turin, tandis que certains objets se trouvent à la Bibliothèque nationale de France, au Musée du Louvre et au Musée égyptien du Caire[9]. Les momies de Khâ et Merit n'ont jamais été démaillotées ; les radiographies, les examens par tomodensitométrie et les analyses chimiques ont montré que leurs organes internes n'avaient pas été retirés et que leurs corps avaient été traités avec des substances d'embaumement coûteuses permettant une bonne conservation[10].
Khâ et Merit
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| Khâ et Merit[3] | ||||||||
Khâ était un fonctionnaire de Deir el-Médineh, souvent décrit comme architecte ou contremaître, chargé de superviser les ouvriers qui travaillaient aux tombes royales de la vallée des Rois[4]. Sa carrière est située sous les règnes d'Amenhotep II, Thoutmôsis IV et Amenhotep III[4]. Les origines familiales de Khâ sont mal connues : son père, Iuy, est attesté sans titre connu[12]. Khâ porta notamment les titres de chef de la Grande Place, de surveillant des travaux de la Grande Place et de scribe royal[13].
Merit était l'épouse de Khâ et portait le titre de maîtresse de maison, titre courant des femmes mariées dans l'Égypte ancienne[14],[15]. Le couple eut trois enfants connus : deux fils, Amenemopet et Nakhteftaneb, et une fille également appelée Merit[16]. Amenemopet suivit la carrière de son père, tandis que Merit devint chanteuse d'Amon[10]. Merit mourut avant Khâ[17]. La taille du cercueil anthropoïde utilisé pour sa sépulture et les textes funéraires au nom de Khâ ont conduit à proposer qu'il ait pu être préparé à l'origine pour lui, puis réutilisé pour Merit[18],[19].
Histoire du site et découverte
modifierLa tombe de Khâ et Merit se trouve dans le village de Deir el-Médineh, établissement habité par les ouvriers et les artisans employés à la construction des tombes des pharaons dans la vallée des Rois[20]. Le village fut abandonné vers le XIIe siècle av. J.-C., ce qui permit de préserver au cours des siècles le plan ancien de l'établissement et les vestiges des tombes des artisans[20]. À la fin du XIXe siècle, le site archéologique se trouvait dans un état précaire, notamment en raison des agents travaillant pour les consuls européens qui, depuis le début du siècle, parcouraient la région à la recherche d'antiquités destinées au marché européen[20].
Le consul général de France en Égypte, Bernardino Drovetti, fut l'un des collectionneurs les plus actifs de cette période et vendit en 1824 aux Savoie une collection d'environ 4 500 objets, à l'origine du Musée égyptologique de Turin[20]. Les recherches scientifiques sur Deir el-Médineh devinrent particulièrement intenses à la fin du XIXe siècle, lorsque plusieurs spécialistes commencèrent à reconstituer la provenance des objets arrivés en Europe par le marché des antiquités[20]. Entre 1880 et 1883, l'égyptologue Gaston Maspero identifia dans la région de Deir el-Médineh la provenance possible d'un lot d'objets parvenu à Turin avec la collection Drovetti[20].
Ernesto Schiaparelli, élève et ami de Maspero et directeur du Musée égyptologique de Turin, mena avec son équipe plusieurs campagnes de fouilles organisées par la Mission archéologique italienne entre 1902 et 1905[20],[21]. À partir de janvier 1906, il entreprit pour la première fois une enquête systématique du site de Deir el-Médineh et commença l'étude de la chapelle funéraire d'un chef d'équipe nommé Khâ[20]. La chapelle pyramidale de Khâ et Merit était connue avant la découverte de la chambre funéraire : ses peintures avaient été copiées au XIXe siècle par plusieurs égyptologues, dont John Gardner Wilkinson et Karl Lepsius[22].
Lors de la campagne de 1906, Schiaparelli concentra les recherches sur la partie septentrionale de la vallée qui abrite le village de Deir el-Médineh[5]. Plus de 250 ouvriers, répartis en plusieurs équipes, travaillèrent pendant quatre semaines en ne mettant au jour que des tombes déjà ouvertes et pillées[5]. En février 1906, les ouvriers de Schiaparelli découvrirent un puits d'accès à une tombe qui se révéla être celle de Khâ et Merit[23],[5]. Le puits d'accès commençait probablement plus haut et s'était effondré avec une partie de la terrasse naturelle sur laquelle il se trouvait, ce qui contribua à sceller l'accès à la tombe[23].
Khâ avait placé les espaces souterrains à environ 20 mètres de la chapelle funéraire, disposition qui contribua probablement à soustraire la tombe aux pillages qui touchèrent la nécropole[23]. La porte située au bas de l'escalier était fermée par un mur de pierres enduites de plâtre, sans trace apparente de réouverture[24]. Les fouilleurs pratiquèrent une petite ouverture dans le blocage afin que le contremaître Khalifa puisse vérifier l'état de la tombe, qui se révéla intacte[24]. Deux membres de l'équipe, Benvenuto Savina et Alessandro Casati, gardèrent l'entrée pendant la nuit[25],[24].
Le lendemain matin, en présence d'Arthur Weigall, inspecteur des Antiquités pour la Haute-Égypte, le premier mur fut démoli[26],[27]. Le second couloir contenait des objets qui n'avaient pas trouvé place dans la chambre funéraire, notamment le lit de Khâ, un grand support de lampe, des paniers, des jarres, des fruits, un tabouret et un fouet portant le nom de Khâ[27],[28]. À l'extrémité du passage se trouvait une porte de bois verrouillée[26],[29]. Les barres placées à l'arrière de la porte furent sciées afin de permettre l'entrée dans la chambre funéraire tout en préservant la serrure[29].
Weigall entra le premier dans la chambre funéraire, suivi de Schiaparelli et des membres de son équipe[29]. Les fouilleurs furent frappés par l'état de conservation des objets et par l'ordre dans lequel le mobilier avait été disposé[30],[29]. La tombe et son contenu furent photographiés, relevés et dégagés en trois jours[31],[32]. Le , le mobilier funéraire fut transféré dans la tombe QV55 d'Amonherkhépeshef, dans la vallée des Reines, avant d'être envoyé au Caire puis en Italie[31],[32].
Francesco Ballerini réalisa des photographies, des plans et des dessins de ce qui avait été découvert[33]. Deux jours après la découverte, Schiaparelli envoya au ministère italien de l'Instruction publique, qui finançait les fouilles, une communication annonçant la découverte et décrivant brièvement le mobilier funéraire[5]. En mars 1906, soixante caisses furent préparées pour l'expédition au Caire des objets découverts ; après le partage autorisé par la direction des Antiquités d'Égypte, 93 caisses de biens archéologiques partirent pour l'Italie[34]. Les objets furent inventoriés à Turin et exposés au Musée égyptologique de Turin à partir du ,[35].
Le mobilier resta dans cette salle jusqu'en 2006, fut ensuite déplacé au rez-de-chaussée, puis installé en 2015 dans une grande salle de l'aile septentrionale du premier étage du musée[35]. Schiaparelli publia en 1927 un compte rendu complet de la découverte et une description du mobilier funéraire[36]. Cette publication demeure fondamentale, mais elle a été critiquée pour son caractère inégal, l'absence d'un inventaire complet et les difficultés qu'elle laisse subsister dans la restitution de la position de certains objets dans la tombe[37],[38].
Description
modifierTombe
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La structure funéraire comprenait une chapelle avec cour et une sépulture hypogée séparée[41]. Selon Bernard Bruyère, les éléments de la tombe étaient normalement réunis en un seul complexe à Deir el-Médineh, tandis que dans la tombe de Khâ la cour et la chapelle se trouvaient d'un côté, et le puits et le caveau de l'autre[41]. Dans les archives de la campagne de 1924, le puits de Khâ apparaît sous le numéro 269[42]. La chapelle était une pyramide en briques crues construite depuis le niveau du sol, contenait une petite salle voûtée décorée et était orientée vers le nord-est, sur le versant septentrional de l'éperon rocheux qui ferme au sud le cirque de l'ouadi septentrional[41]. La cour de la chapelle, dégagée par les fouilles de Bruyère, formait un long rectangle et mesurait 12,45 mètres devant la pyramide et 7,60 mètres de largeur[43].
Dans la chapelle, un couloir mène à une salle rectangulaire unique, au fond de laquelle s'ouvre une niche peu profonde[3]. La sépulture hypogée se trouvait presque en face de la chapelle, dans le flanc du djebel septentrional, et était accessible par un puits vertical profond de 11,70 mètres,[44]. Du fond du puits partait un couloir de 18 mètres, orienté en ligne droite vers le nord magnétique, qui conduisait à une chambre voûtée longue de 5,28 mètres à 5,52 mètres et large de 3,32 mètres à 3,44 mètres,[44]. Schiaparelli décrivit la chambre funéraire comme une pièce rectangulaire au plafond taillé en arc, avec des parois et un plafond enduits de chaux et peints d'une teinte jaunâtre uniforme, sans décor[45].
Le pyramidion de la chapelle, en grès et aujourd'hui conservé au Musée du Louvre sous le numéro E 13988, est décoré sur ses quatre faces de scènes en relief creux représentant Khâ agenouillé en adoration devant Rê[46],[47]. Dans l'Antiquité, il fut remployé dans une petite chapelle-pyramide anonyme dans le secteur proche de la cour de TT290 ; Bernard Bruyère le redécouvrit le 8 février 1923[48],[49]. Le catalogue actuel du Louvre enregistre comme lieu de découverte la TT326 de Pached, sur le front nord de sa cour, et comme lieu de provenance originelle la TT8 de Khâ[47]. Le Museo Egizio indique également que le pyramidion fut retrouvé dans la cour de TT326[50].
Chapelle
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Sur la paroi gauche de la chapelle, Khâ et Merit sont représentés assis devant une table d'offrandes et reçoivent des offrandes de leur fils Amenemopet et de leur fille Merit[51]. La scène se déroule dans un contexte festif, car derrière Amenemopet apparaît un groupe de femmes portant des instruments de musique et adoptant des poses de danse[51]. Le registre inférieur représente d'autres personnages, probablement des amis du couple, qui portent des vases décorés[51].
Sur la paroi droite se répète une scène d'offrande dans laquelle Khâ, avec son second fils Nakhteftaneb, sa fille et son épouse Merit, offre de la nourriture et des fleurs à Osiris, souverain des morts[51]. Derrière eux se trouvent deux registres avec des serviteurs conduisant des animaux d'élevage, des oiseaux et des fleurs[51]. Les parents de Khâ et de Merit n'apparaissent pas dans le décor conservé de la chapelle, tandis que le chef d'équipe Neferhebef et son épouse Taiunis y sont représentés[52]. Neferhebef fut peut-être un supérieur et un mentor de Khâ, et sa présence dans le décor pourrait indiquer un lien particulier entre les deux hommes[52].
Ce lien est également suggéré par la présence du nom de Neferhebef sur la stèle funéraire de Khâ, sur un bâton décoré et sur un plateau de jeu du senet[52]. La voûte de la chapelle est divisée en deux parties par deux motifs décoratifs construits sur la répétition de fleurs de lotus, de rosettes et de spirales, avec des tons rouges, bleus, bleu clair et jaunes[52].
Stèles
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Dans la niche située au centre de la paroi postérieure de la chapelle se trouvait une stèle en grès peint dédiée à Khâ et Merit[55]. Vers 1818, la stèle fut retirée de la chapelle et achetée par des agents de l'antiquaire italien Bernardino Drovetti[55]. En 1824, elle entra au Musée égyptologique de Turin avec l'acquisition de la collection Drovetti[54].
Le premier registre représente Khâ adorant Osiris et Anubis, assis dos à dos[56]. Dans le deuxième registre, Khâ et Merit, accompagnés d'un enfant, sont assis devant une table d'offrandes, tandis que leur fils Amenemopet officie devant eux[56]. Les deux lignes de texte placées dans la partie inférieure de la stèle adressent des offrandes aux dieux Amon, Rê, Rê-Horakhty et Osiris, et demandent que des offrandes funéraires soient faites[56].
Une stèle en calcaire conservée au British Museum (EA1515) a été associée à Khâ, mais son attribution est discutée[57][58]. Le registre supérieur représente Thoutmôsis IV offrant des bouquets de fleurs et de l'encens à Amon-Rê assis sur un trône et à la déifiée Ahmès-Néfertary, tandis qu'un homme nommé Khâ est représenté agenouillé en adoration dans le registre inférieur[57]. Le British Museum identifie ce Khâ au contremaître Inherkhâou, propriétaire de la tombe TT299[57]. Marianne Eaton-Krauss a proposé au contraire que la stèle ait été réalisée à l'origine pour le Khâ de TT8, puis restaurée et adaptée par Inherkhâou[58]. Selon cette reconstruction, l'image d'Amon, effacée sous le règne d'Akhenaton, fut restaurée, tandis que le nom et les titres de l'épouse d'Inherkhâou, Henoutdjou, furent ajoutés à l'encre plutôt que gravés dans la pierre[58].
Objets funéraires
modifierLes objets découverts dans la tombe montrent l'opulence de Khâ et Merit durant leur vie[59]. Contrairement au dépôt plus désordonné observé dans la tombe de Toutânkhamon, celui de Khâ et Merit avait été soigneusement organisé : les éléments les plus importants étaient couverts de linges, et le sol avait été balayé avant la fermeture de la tombe[30],[29]. La tombe fut découverte intacte avec un mobilier funéraire de plus de 460 objets[2]. Une grande partie du mobilier était constituée d'objets utilisés par Khâ et Merit durant leur vie, tandis que d'autres pièces furent spécialement préparées pour la sépulture[60]. Malgré le nombre élevé d'objets, l'ensemble avait été disposé avec soin dans la chambre funéraire et dans le couloir d'accès[30],[29].
Sarcophages, cercueils et momies
modifierÉtude des momies
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À l'époque de la découverte, l'étude des momies passait habituellement par le démaillotage et parfois par la dissection, deux méthodes invasives qui compromettaient l'état de conservation des corps[62]. Schiaparelli eut la prudence de laisser intactes les momies de Khâ et Merit, comme les autres momies conservées dans la collection turinoise[62]. Des recherches furent ensuite menées avec la participation de botanistes, de chimistes et d'anthropologues, et le musée réalisa en 1966 la première étude radiographique des momies de Khâ et Merit[62].
Les radiographies montrèrent que le couple portait des bijoux, dont la présence n'avait jusque-là été qu'hypothétique, et fournirent les premières indications sur l'état physique des deux défunts[62]. Dans les années 1980 furent publiés les résultats de nouvelles études médicales, mais ce n'est qu'en 2002, après les premiers examens par tomodensitométrie réalisés à l'hôpital des Molinettes de Turin, qu'il fut établi que les organes de Khâ et Merit n'avaient jamais été retirés[62],[63]. Les examens de 2002 montrèrent aussi que les corps avaient été soumis à un processus d'embaumement différent de celui habituellement observé dans les momies royales[62],[63]. En 2015, de nouvelles analyses radiologiques et chimiques exclurent l'hypothèse d'une momification sommaire, montrant la bonne conservation des organes internes et l'emploi de substances dotées de propriétés antibactériennes et insecticides[10].
Conditions physiques de Khâ et Merit
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Khâ fut déposé en position allongée, les mains réunies à la hauteur du pubis[66]. Il mesurait environ 171 cm à 172 cm et avait une constitution robuste ; il mourut entre cinquante et soixante ans[66]. L'état de sa dentition faisait partie des critères utilisés pour estimer son âge : il avait perdu presque toutes les molaires et prémolaires supérieures et sa dentition inférieure était fortement compromise[66]. Des altérations dégénératives ont également été observées au niveau de la colonne lombaire et des genoux[66].
Au coude droit, une enthésopathie est visible à l'insertion du triceps brachial[67]. Les organes internes de Khâ ne furent pas retirés et les examens d'imagerie ont permis d'identifier notamment des restes du cerveau et des poumons[66]. Les examens tomodensitométriques ont également révélé des calculs biliaires, très probablement composés de bilirubine et de sels de calcium ; leur origine ne peut pas être établie avec certitude et pourrait être liée à l'obésité ou à un trouble hémolytique comme la drépanocytose ou la thalassémie[68]. La cause de sa mort demeure inconnue et aucune preuve d'un traumatisme mortel n'a été relevée[67].
Le corps de Merit est dans un état de conservation moins bon que celui de son mari[69]. Les radiographies et la tomodensitométrie ont révélé d'importants dommages post mortem, notamment des fractures et déplacements de la colonne vertébrale et des côtes ainsi qu'une luxation de la hanche[69]. Sa taille est estimée à environ 160 cm et son âge au décès à environ vingt-cinq à trente-cinq ans[69]. La cause de sa mort reste inconnue[70].
Bijoux portés par Khâ et Merit
modifierLes radiographies permettent de comprendre la forme, les dimensions et les matériaux des bijoux portés par Khâ et Merit sous les bandelettes, notamment grâce à la comparaison avec des objets semblables conservés dans d'autres musées et avec des représentations de tombes[71]. Khâ portait à la fois des ornements probablement utilisés de son vivant et des amulettes funéraires destinées au voyage dans l'au-delà[71]. Parmi les premiers figuraient six bagues, deux grandes boucles d'oreilles et un collier à disques, tandis que les ornements funéraires comprenaient un scarabée du coeur lié au cou et deux amulettes placées sur la gorge et sur le front[71]. Un élément en forme de coquille était également présent près de l'épaule gauche[71].
Le collier de Khâ était formé d'une séquence de disques réunis par un cordon passant au centre et correspond au type appelé shebyu, associé à l'or de la valeur par lequel le pharaon récompensait ses fonctionnaires les plus capables[71]. Il est probable que les deux grandes boucles d'oreilles appartenaient également à l'or de la valeur[71]. Le scarabée du coeur, placé sur la gorge de Khâ, était enchâssé dans un logement en feuille métallique, probablement en or, et attaché au cou par une cordelette[71]. Les deux autres amulettes avaient des formes différentes : l'une avait la forme du noeud d'Isis, tandis que l'autre, placée sur le front, avait la forme d'une tête de cobra et portait le nom de menqebit[71].
Les bijoux portés par Merit ne présentaient pas de valeur funéraire et correspondaient aux modèles portés par les femmes de l'élite de son époque[72]. Merit avait deux perforations à chaque oreille et portait deux paires de boucles d'oreilles[72]. Chaque boucle d'oreille était composée de six petits tubes réalisés à partir d'une feuille d'or rectangulaire dont deux bords étaient réunis pour former une section en goutte[72]. Autour du cou, Merit portait un collier usekh composé de plus de quatre cents pendentifs à formes florales disposés sur sept fils de perles, dont le plus externe était double[72]. Sur les hanches, elle portait une ceinture formée de cinq rangs de perles et d'éléments en forme de coquille, ainsi qu'un collier composé de trois fils de perles[72]. Au bras gauche, elle portait un bracelet formé de dix rangs de perles serrés entre deux éléments de fermeture[72]. L'absence d'amulettes funéraires et l'emploi d'un cercueil probablement préparé pour Khâ pourraient indiquer que Merit mourut soudainement et de manière inattendue, avant que ses amulettes et ses cercueils funéraires ne soient prêts[73].
Sarcophages et masque funéraire de Merit
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À l'époque de Khâ et Merit, les membres les plus en vue de la société thébaine disposaient de trois sarcophages : un sarcophage extérieur, un sarcophage intermédiaire et un sarcophage intérieur contenant la momie[75]. Au moment de la découverte, le sarcophage de Khâ était couvert par un grand drap de lin rougeâtre[75]. La structure du sarcophage extérieur est en bois de sycomore recouvert d'une couche de résine de pistachier destinée à le rendre noir et brillant[75]. La cuve est composée de cinq parties démontables et d'un couvercle de forme arquée[75].
La base prend la forme d'un traîneau destiné à faciliter le transport du sarcophage dans la tombe au moment des funérailles[75]. Le sarcophage extérieur de Merit, plus petit et moins soigné, fut également découvert sous un drap rouge, avec une résine moins uniformément répartie et sans les éléments conservés du traîneau[75]. Les deux sarcophages furent démontés et remontés à l'intérieur de la tombe, comme le montrent les marques tracées sur le bois près des intersections pour identifier les éléments à associer[75].
Le sarcophage intermédiaire de Khâ reproduit l'image de la momie avec la représentation de son masque funéraire et d'un large collier usekh[76]. Il est en bois, avec certains éléments réalisés dans d'autres matériaux, comme les yeux en pâte de verre et en albâtre[76]. Le sarcophage intermédiaire est également recouvert de résine de pistachier et présente des éléments en relief couverts de feuille d'or[76]. Le visage, les mèches de la perruque, les mains et le large collier à extrémités en tête de faucon furent réalisés de cette manière, tout comme les bandes verticales et horizontales imitant les liens qui maintenaient le linceul autour de la momie du défunt[76]. Ces bandes portent des formules et des prières tirées du Livre des morts[76].
Le sarcophage intérieur de Khâ, qui contient encore la momie, et le sarcophage intermédiaire étaient ornés de guirlandes de fleurs fraîches déposées le jour des funérailles[77]. L'aspect du sarcophage intérieur et les textes qui y figurent reproduisent fidèlement le sarcophage intermédiaire, mais il est entièrement recouvert de feuille d'or posée sur une fine couche de plâtre qui met en relief les figures et les inscriptions[77]. Merit ne possédait que deux sarcophages, l'un intérieur et l'autre extérieur[18]. Son sarcophage intérieur était beaucoup plus grand que la momie qui y avait été déposée, et le fond et les côtés furent comblés par des linges et des rouleaux de lin afin de remplir les espaces vides autour du corps[18].
La cuve et le couvercle présentent des décors non homogènes qui reprennent ceux des sarcophages intermédiaire et intérieur de Khâ[18]. Les textes du cercueil intérieur de Merit sont également au nom de son mari ; sa taille, nettement supérieure à celle de la momie, et ces inscriptions ont conduit à proposer qu'il ait pu être préparé à l'origine pour Khâ puis utilisé pour Merit[18],[19]. La momie de Merit était protégée par un masque funéraire en cartonnage[18]. Le visage et la perruque du masque sont dorés, tandis que les yeux et le collier sont décorés de pâtes de verre colorées et de pierres semi-précieuses[18].
Statuette funéraire de Khâ et modèle de sarcophage
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Les photographies prises au moment de la découverte montrent, adossée au sarcophage de Merit, une chaise sur laquelle se trouvait une statuette représentant Khâ[84]. La statuette était ornée de deux guirlandes de fleurs véritables autour du cou et aux pieds, reproductions miniatures de celles qui avaient été déposées sur les sarcophages[84]. Ces deux guirlandes, analysées par le botaniste Oreste Mattirolo, étaient composées d'entrelacs de fleurs de lotus bleu, de centaurée et de mélilot, fixés par la tige à une tresse de feuilles de palmier[84].
Autour de la statuette se trouvaient un modèle du sarcophage extérieur de Khâ contenant des miniatures d'outils de travail, une statuette en bois clair avec des hiéroglyphes incisés en bleu et une statuette funéraire noire avec des textes hiéroglyphiques dorés[85]. Les deux statuettes imitent les sarcophages intérieur et intermédiaire de Khâ[85]. Khâ possédait deux oushebtis destinés à le servir dans l'au-delà[86],[87]. L'un était en pierre, tandis que l'autre était en bois et disposait de son propre modèle de sarcophage et d'outils agricoles miniatures[86],[87]. Merit ne reçut pas d'oushebti, différence qui peut être rapprochée de l'inégalité observée dans le mobilier funéraire de Youya et Touya[88].
Livres des morts
modifierLivre des morts de Khâ
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Le Livre des morts de Khâ fut retrouvé en parfait état, plusieurs fois replié puis déroulé au-dessus du second sarcophage, qu'il recouvrait et cachait presque entièrement[90]. Il est conservé au Musée égyptologique de Turin et se compose de trente-huit feuilles de papyrus d'environ 35 cm sur 40 cm, pour une longueur totale de 13,8 mètres[89]. Le papyrus comprend deux sections distinctes, formées respectivement de dix-neuf et quinze feuilles collées entre elles[91]. À l'extrémité gauche furent ajoutées dans un second temps trois feuilles plus étroites, larges de 14 cm, 17 cm et 25 cm, tandis qu'une feuille de 13 cm fut ajoutée à la fin pour protéger la zone écrite grâce à des marges supplémentaires[91].
Le papyrus de Khâ contient trente-trois formules disposées en colonnes qui se lisent de gauche à droite et sont séparées par des lignes verticales[92]. La zone du texte est encadrée en haut et en bas par trois bordures de couleur jaune, rouge et blanche, suivies d'une marge vide destinée à protéger la zone décorée[92]. Les formules sont précédées par une représentation de l'adoration du dieu Osiris[93]. Le papyrus a fait l'objet d'analyses non invasives, notamment par spectroscopie Raman, cartographie XRF et microscopie HIROX, afin d'étudier les pigments, les tracés non visibles à l'œil nu et la technique picturale[94].
Le manuscrit n'avait pas été réalisé à l'origine pour Khâ : dans les formules 13 et 17, l'espace réservé au nom du propriétaire est resté vide, tandis qu'ailleurs le nom de Khâ a été ajouté de manière irrégulière[95]. Dans la vignette initiale d'Osiris, un ancien dessin de plumes reste visible sous la peinture blanche, trace d'une modification effectuée lors du réemploi du papyrus[95].
La succession des trente-trois formules est la suivante[96] :
- Le jour de l'inhumation : pour entrer après être sorti
- Formule pour entrer après être sorti
- Formules pour l'élévation et la transfiguration, pour sortir et descendre dans la nécropole
- Invocation à Thot qui défend Osiris devant ses ennemis
- Formule pour se transformer en héron-bénou
- Formule pour se transformer en héron
- Formule pour se transformer en esprit-ba
- Formule pour se transformer en faucon d'or
- Formule pour se transformer en hirondelle
- Formule pour se transformer en Ptah
- Formule pour se transformer en serpent
- Formule pour se transformer en fleur de lotus
- Formule pour l'« ouverture de la bouche »
- Formule pour repousser le crocodile venu voler le pouvoir magique
- Formule pour repousser tout serpent
- Formule pour hâter le pas et sortir sur terre
- Formule pour ouvrir la tombe au ba et à l'ombre, sortir le jour et avoir de la force dans les jambes
- Formule pour boire de l'eau et ne pas brûler par le feu
- Formule pour connaître les formules permettant de sortir en une seule formule
- Livre qu'un homme récite pour son père ou son fils le jour de la fête de l'Occident
- Livre pour rendre le défunt un esprit excellent dans le cœur de Rê
- Autre formule pour rendre excellent un esprit transfiguré
- Autre formule pour rendre excellent un esprit transfiguré
- Autre formule pour connaître les esprits-ba de Khemenu
- Formule pour connaître les esprits-ba de l'est
- Formule pour connaître les esprits-ba de l'ouest
- Formule pour nourrir le défunt
- Formules pour le masque funéraire
- Formule pour un nœud-tit fait de pierre-khenmet (jaspe)
- Formule pour un pilier-djed fait d'or
- Formule pour ne pas répéter la mort
- Connaître les noms des gardiens des sept portes
- Commencement des portes secrètes du domaine d'Osiris dans les champs-iaru
Livre des morts de Merit
modifierLe Livre des morts de Merit, conservé à la Bibliothèque nationale de France (inv. 53.2), est incomplet et mesure 197 cm de long[97]. Le rouleau présente des interruptions à ses deux extrémités ; le Museo Egizio rapporte l'hypothèse selon laquelle ces découpes auraient été pratiquées à l'époque moderne, peut-être au XIXe siècle, afin de faciliter sa commercialisation sur le marché des antiquités[50]. Le papyrus conserve treize formules encadrées en haut et en bas par deux bordures jaunes[98]. Il entra dans les collections de la Bibliothèque nationale de France en 1862 par don du duc de Luynes ; sa provenance exacte n'est pas documentée[97]. Les formules sont précédées, comme dans le papyrus de Khâ, par une représentation de l'adoration d'Osiris[98]. Elles se succèdent dans l'ordre suivant[98] :
- Le jour de l'inhumation : pour entrer après être sorti
- Formule pour entrer dans le tribunal d'Osiris
- Formule pour vivre avec l'air dans l'au-delà
- Formule pour connaître le nom d'Osiris
- Formule pour se transformer en héron-bénou
- Formule pour se transformer en héron
- Formule pour se transformer en esprit-ba
- Formule pour se transformer en faucon d'or
- Formule pour se transformer en hirondelle
- Formule pour se transformer en serpent
- Formule pour se transformer en fleur de lotus
- Formule pour être aux côtés d'Hathor
- Formules pour le masque funéraire
Objets de la vie quotidienne
modifierLits de Khâ et Merit
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Parmi les objets les plus grands de la tombe se trouvaient deux lits, l'un pour Khâ, plus grand, et l'autre pour Merit[99]. Les deux lits étaient soutenus par deux traverses placées dans le sens de la largeur du cadre et présentaient un panneau vertical en bois du côté des pieds[99]. Le lit de Khâ avait des pieds façonnés en forme de pattes de lion[99]. Sur le lit de Merit, Schiaparelli trouva un grand drap et deux tissus travaillés avec des noeuds en boucle, qui avaient probablement pour fonction de recouvrir des paillasses servant de rembourrage[99]. Les deux lits étaient pourvus d'un appuie-tête, et celui de Merit fut retrouvé enveloppé dans plusieurs couches de lin[99].
Tabourets et chaises
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Le mobilier comprenait des sièges de formes et de niveaux de finition variés, depuis de simples nattes jusqu'à des chaises plus élaborées[104]. Deux tabourets à trois pieds courbes, de construction simple, correspondent à un type souvent représenté dans les scènes de travail d'artisans et de serviteurs[104]. Quatre autres sièges présentent une structure en treillis formée de traverses verticales et obliques reliant quatre pieds et supportant une assise en bois ou en cordons torsadés ; ils pouvaient recevoir des coussins contenus dans des housses de lin[104]. Deux chaises à quatre pieds sont d'une facture plus raffinée : l'une se termine par des pattes de lion, tandis que l'autre possède une assise en cuir et une structure assemblée au moyen de chevilles en ivoire[104].
Le tabouret pliant de Khâ reprend la forme des sièges de campagne du Moyen Empire, devenue au Nouvel Empire un meuble de prestige[104]. Ses pieds repliables se terminent par des têtes de canard ornées d'incrustations d'ivoire et d'ébène et sont réunis par des pivots à leur point de croisement[104]. La chaise sur laquelle fut trouvée la statuette funéraire de Khâ possède quatre pieds en forme de pattes de lion et un dossier légèrement cintré ; sa polychromie imite l'ébène, l'ivoire, l'or, les pâtes de verre, les pierres semi-précieuses et la faïence, et une formule d'offrande à Osiris en faveur de Khâ est inscrite sur les côtés du dossier[104].
Un autre tabouret, trouvé dans l'antichambre, est interprété comme un siège de toilette ou une chaise percée, seul exemple connu de ce type dans l'Égypte ancienne[105],[106].
Plateau de jeu
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Le mobilier comprenait un plateau de jeu portant, sur ses deux grands côtés, les grilles du senet et du jeu des vingt cases[109]. Le corps de ce plateau contenait un tiroir fermé par un verrou, où étaient placées deux séries de pions, sept de forme conique et cinq de forme cylindrique, ainsi qu'un petit caillou destiné à déterminer les actions du jeu[109]. Les côtés du plateau portaient des textes hiéroglyphiques et une scène d'offrande de Benermeret à ses parents Neferhebef et Taiunes, personnages également représentés sur les parois de la chapelle de Khâ et Merit[109].
Objets de toilette
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Les vêtements et les objets personnels étaient considérés comme essentiels pour la vie des défunts dans l'au-delà, tout comme les produits destinés aux soins du corps[112]. Ces objets étaient contenus dans des coffrets de différentes dimensions et typologies : la plupart étaient peints en blanc, tandis que d'autres étaient polychromes[112]. Tous ces coffrets étaient fermés par des cordons noués autour de deux larges boutons et par un sceau[112]. Un coffret était destiné à la perruque de Merit, un autre à ses cosmétiques, et un autre contenait plusieurs objets personnels de Khâ, notamment de la vaisselle en métal, des instruments professionnels et des objets de toilette[112].
Dans la cassette de Khâ se trouvait un sac en cuir muni d'une lanière et contenant un ensemble de rasoirs, une pierre destinée à affûter les lames, un petit vase d'albâtre contenant une substance à base de cire d'abeille probablement utilisée comme émollient, et une pince décorée d'un cheval en mouvement[112]. La même cassette contenait cinq petits vases à khôl, dont l'un, particulièrement raffiné, était en ébène et en ivoire[112]. Trois coffrets, en raison de la formule pour le ka de Merit inscrite sur eux, sont attribuables à la défunte : deux coffrets à cosmétiques et un contenant pour la perruque[113]. Le coffret à cosmétiques, doté d'un double couvercle, comportait des compartiments internes et contenait de délicats récipients en albâtre, en faïence, en corne et en verre coloré, destinés à conserver des essences parfumées et des crèmes émollientes[113].
Le contenant de la perruque de Merit, haut de 111 cm, est en bois et présente une décoration restée inachevée[114]. La perruque est réalisée avec des mèches de cheveux véritables imprégnées de cire d'abeille, cousues et tressées entre elles pour former une coiffure à la mode à l'époque[114]. Le mobilier de Merit comprenait aussi deux paniers en feuilles de palmier contenant des mèches destinées à la perruque, des accessoires comme des épingles à cheveux et des peignes, ainsi que deux petits rasoirs[114].
- Coffret de toilette de Merit avec plusieurs des récipients qu'il contenait (coffret : Suppl. 8479)[117].
- Coffret destiné à la perruque de Merit (Suppl. 8493)[118].
- Ensemble de toilette de Merit : coffret en bois (Suppl. 8479), pot en verre (Suppl. 8480), flacon en faïence (Suppl. 8481), pots à onguent en albâtre (Suppl. 8483, 8484, 8486 et 8490), récipient en bronze à fond amovible décoré d'une rosette (Suppl. 8487) et tube à khôl (Suppl. 8489).[117],[119][113]
Vêtements et accessoires
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Les vêtements occupaient la plus grande partie des cassettes trouvées dans la tombe : il s'agit de plus de cent cinquante textiles, comprenant des vêtements et du linge domestique[121]. L'ensemble comprenait cinquante-neuf pagnes, vingt-six pièces de tissu qui pouvaient être liées au pagne pour former une sorte de vêtement comparable à un paréo, quatre grands tissus dont l'usage n'est pas encore assuré, et dix-sept tuniques sans manches[121]. L'une des tuniques est tissée avec un fil plus épais et présente des bordures polychromes au col, sur les côtés et dans sa partie inférieure[121]. Presque tous ces vêtements portaient le nom de Khâ en caractères hiéroglyphiques ou, plus fréquemment, sous forme de monogramme[121].
Le mobilier de Khâ comprenait aussi quatre bâtons de marche de facture simple enveloppés de lin, cinq autres munis d'une pointe en bronze et d'une poignée plus élaborée, ainsi que deux bâtons portant les noms des fonctionnaires Khaemuaset et Neferhebef, probablement des présents reçus du vivant de Khâ ou ajoutés lors de ses funérailles[122]. Deux bracelets en faïence bleue et deux bagues faisaient également partie de cet ensemble ; les deux bagues furent perdues pendant la Seconde Guerre mondiale[122].
Outils de travail
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Parmi les outils professionnels de Khâ se trouvent une hachette à manche de bois et lame de bronze portant son monogramme, fixée par un entrelacement de bandes de cuir ; elle pouvait servir à couper mais aussi à raboter[124]. Un foret à archet à manche de bois et pointe de bronze est également conservé, sans la corde qui permettait la rotation de la pointe, ainsi qu'un ciseau de bronze utilisable pour le travail du bois ou par les ouvriers chargés de tailler la pierre[124]. Les instruments de peinture et d'écriture comprennent des pilons pour broyer les pigments, une tablette de bois destinée aux exercices d'écriture et deux palettes sur lesquelles subsistent des pigments solidifiés jaunes, rouges et bleus ; l'une des deux palettes porte le nom du fonctionnaire Amenmes et était probablement un présent destiné à Khâ[125].
Le mobilier de Khâ contenait aussi l'un des rares exemples connus d'étui pour balance : il pouvait contenir le bras de la balance et ses deux plateaux ; son couvercle pivotait autour d'un axe et se fermait à l'autre extrémité par un lien de cuir, mais la balance elle-même n'a pas été retrouvée[126]. La tombe contenait enfin deux instruments de mesure des longueurs, c'est-à-dire deux coudées royales d'environ 52,5 cm, équivalant à sept palmes[127].
La première coudée, trouvée avec les autres outils de travail de Khâ, est en bois d'acacia, possède un étui en cuir et a la particularité d'être pliante, formée de deux éléments de longueur égale réunis par des anneaux métalliques permettant son ouverture[127]. La seconde coudée est de plus grande valeur et fut offerte à Khâ par le pharaon Amenhotep II[127]. Elle est également en bois, mais décorée en relief, recouverte de feuille d'or et porte le nom de couronnement du souverain[127]. Ses décorations célèbrent la grandeur du roi, tandis qu'un texte inscrit sur l'instrument commémore l'édification d'un ouvrage défensif près d'Hermopolis, chantier que certains chercheurs attribuent à l'intervention de Khâ[127]. Schiaparelli trouva cette coudée enveloppée dans un tissu de lin à l'intérieur d'une cassette en bois, avec plusieurs vases en albâtre[127].
- Ensemble d'outils et d'accessoires de travail de Khâ : en haut à gauche, la hache portant son monogramme (Suppl. 8386), avec notamment un étui de balance (Suppl. 8397), un ciseau en bronze (Suppl. 8362), un foret (Suppl. 8363) et deux roseaux contenant de la colophane (Suppl. 8395 et 8396)[128],[129],[130],[131],[132],[133].
Aliments et boissons
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Le botaniste Oreste Mattirolo mena, après la découverte de la tombe, des analyses approfondies des matériaux végétaux présents dans le mobilier funéraire[144]. Il identifia, conservées dans des paniers, des épices comme le cumin et des baies de genévrier, ainsi que des végétaux comme le cresson, le souchet et une variété d'ail[144]. Il reconnut aussi plusieurs espèces de fruits, notamment des noix de palmier doum, des dattes, des fruits de Ziziphus spina-christi et de Mimusops kummel, des amandes et du raisin[144]. La tombe contenait également des amphores scellées ; une fracture sur le corps de l'une d'elles révèle qu'elle pouvait contenir de la viande de volaille séchée, tandis qu'une autre contenait probablement de la farine[144]. Plusieurs formes de pains liées par des bandes de papyrus furent également retrouvées[144].
Des bouteilles simples et des amphores décorées contenaient généralement du vin, consommé dans de larges coupes[145]. Le mobilier comportait un ensemble rare et précieux formé d'un filtre en entonnoir, d'une coupe et d'une phiale, en alliage d'argent et d'étain, utilisé pour filtrer le vin des résidus de fermentation[145]. Un second ensemble, en cuivre, comprenait aussi une coupe offerte par le pharaon Amenhotep III[145]. Le mobilier comprenait d'autres récipients métalliques, qui témoignent de la richesse de Khâ[146].
On y trouvait un bassin destiné à rincer les mains et les pieds, des situles offertes par des amis et des collègues, probablement à l'occasion des funérailles de Khâ, ainsi qu'un chaudron et une marmite en bronze[146]. Cette dernière fut retrouvée avec des traces de légumes cuits, probablement une soupe consommée à la fin de la cérémonie funéraire[144]. Un vase en albâtre scellé et une situle métallique du mobilier ont été étudiés par imagerie neutronique, diffraction neutronique et analyse par activation gamma prompte, ce qui a permis de reconstruire leur morphologie interne et d'obtenir des données sur leur composition isotopique et de phase[147]. Une autre étude a analysé environ cinquante vases du mobilier au Musée égyptologique de Turin au moyen de la spectrométrie de masse SIFT-MS, appliquée de manière entièrement non destructive aux matériaux organiques contenus dans les récipients[148].
Localisation des objets de la tombe TT8
modifierLe noyau principal du mobilier funéraire est conservé dans la salle 7 du Musée égyptologique de Turin, au premier étage du palais de l'Académie des sciences[50]. La salle consacrée à Khâ et Merit a été réaménagée le 4 décembre 2025 et présente 460 objets, dont des cercueils, des meubles, des textiles et des objets de la vie quotidienne[150]. Le nouvel aménagement comprend des vitrines en réserve ouverte pour les textiles restaurés, une nouvelle présentation de la porte originale de la chambre funéraire, un modèle tridimensionnel de la tombe et une vitrine anoxique d'environ quatorze mètres de long pour le Livre des morts de Khâ[150].
Le Musée du Louvre conserve le pyramidion de la chapelle funéraire de Khâ, enregistré sous le numéro E 13988[47]. La Bibliothèque nationale de France conserve le papyrus funéraire de Merit sous le numéro inv. 53.2, également référencé Luynes.826 (Inv.116)[97]. Le Musée égyptien du Caire conserve un support en bois en forme de papyrus pour une lampe en bronze, dix-neuf petites jarres, six formes de pain et deux pains de sel[9].
Les raisons pour lesquelles Gaston Maspero autorisa l'exportation vers l'Italie de la plus grande partie du mobilier d'une tombe intacte ne sont pas explicitement documentées[151]. Eleni Vassilika rapproche cette décision de la découverte, en 1905, de la tombe presque intacte de Youya et Touya, qui pouvait laisser prévoir d'autres sépultures non royales riches en mobilier[151]. Dennis C. Forbes l'a également mise en relation avec l'espace déjà occupé au musée du Caire par les ensembles funéraires de Youya et Touya et de Maiherpri[152].
Après l'arrivée des objets à Turin, le changement d'humidité endommagea certains matériaux sensibles, notamment les assises en cuir des tabourets et le Livre des morts, qui devinrent plus fragiles[153]. Le mobilier fut longtemps présenté dans une petite salle du musée, réaménagée dans les années 1960, puis transféré dans des espaces plus vastes au cours des années 2000 et après la rénovation générale du musée en 2015[154].
À l'occasion du 120e anniversaire de la découverte de la tombe, le pyramidion de Khâ et le Livre des morts de Merit ont été exposés ensemble dans la salle 7 du 14 février au 17 août 2026[155]. Le Livre des morts de Merit est ensuite retourné à Paris, tandis que le pyramidion reste prêté au Musée égyptologique de Turin jusqu'au 12 février 2027[47].
La tombe TT 8 fut découverte moins de deux ans après la tombe KV46 de Youya et Touya, dont le mobilier funéraire appartient également au règne d'Amenhotep III[152].
Notes et références
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Pour approfondir
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- Bernard Bruyère, « Rapport sur les fouilles de Deir el Médineh (1927) », dans Georges Foucart (dir.), Fouilles de l'Institut français d'archéologie orientale, t. V, Le Caire, Imprimerie de l'Institut français d'archéologie orientale, (ISBN 9782724710090, lire en ligne)
- Jeanne Vandier d'Abbadie et Jacques Vandier, « Deux tombes de Deir el-Médineh : I. La Chapelle de Khâ - II. La tombe du scribe royal Amenemopet », dans Pierre Jouguet (dir.), Mémoires publiés par les membres de l'Institut français d'archéologie orientale, t. LXXIII, Le Caire, Imprimerie de l'Institut français d'archéologie orientale, (ISBN 9782724709445, lire en ligne)
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- Cédric Larcher, Anne-Claire Salmas, Alexandra Winkels, Wibke Keeding, Mohamed Youssef Sedek, Christoph Herm, Marine Yoyotte, Christina Verbeek, Stefan Lochner, Dominique Lefevre, Manon Lefevre, Isabelle Vranckx, Bianca Madden, Hassan el-Amir, Julian Posch, Huzaifa Magdy Ahmed Mohamed, Gersande Eschenbrenner-Diemer, Anna Giulia De Marco, Lisa Sartini, Anne Austin, Mélie Louys, Rosalie David, Keith White, Claire Newton, Elena Panaite, Elizabeth Bettles, Ben J. J. Haring et Christian Dupuis, « Deir el-Médina (2019) », Bulletin archéologique des Écoles françaises à l'étranger, (ISSN 2732-687X, lire en ligne)
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- Cédric Larcher, Marie-Lys Arnette, Eweis Abdelrady Ateya, Anne Austin, Andreas Dorn, Kathrin Gabler, Rahel Glanzmann, Cédric Gobeil, Ben Haring, Dominique Lefevre, Kyra van der Moezel, Renaud Pietri, Stéphane Polis, Lukas Richner, Marianne Rochebeuf, Aliénor Roussel, Philipp Seyr, Chiara Spinazzi-Lucchesi, Sandrine Vuilleumier, Claudia Widow et Martin Ziegler, « Deir el-Médina (2022) », Bulletin archéologique des Écoles françaises à l'étranger, (ISSN 2732-687X, lire en ligne)
- (en) Dimitri Laboury, « On the Alleged Involvement of the Deir el-Medina Crew in the Making of Elite Tombs in the Theban Necropolis during the Eighteenth Dynasty: A Reassessment », dans Betsy M. Bryan et Peter F. Dorman (dir.), Mural Decoration in the Theban Necropolis: Papers from the Theban Workshop 2016, Chicago, Institute for the Study of Ancient Cultures, (ISBN 9781614910893, lire en ligne), p. 115-137
Voir aussi
modifierLiens internes
modifierLiens externes
modifier- (en) « Tracings of Theban Tomb 8 », Griffith Institute, University of Oxford (consulté le )
- « Papyrus funéraire de la Dame Merit », Bibliothèque nationale de France (consulté le )
- (it) « Reperti provenienti dalla tomba di Kha (TT8) », Museo Egizio (consulté le )
- (en) « TT8, tomb and chapel of Kha and Merit », sur Museo egizio
- (en) « Excavations in the mountain », sur Museo egizio