Touya ou Touyou est une femme noble de la XVIIIe dynastie égyptienne, épouse de Youya, mère de la grande épouse royale Tiyi, l‘épouse d'Amenhotep III, et d'Âanen, deuxième prophète d'Amon à Karnak.

Touya
Image illustrative de l’article Touya
Masque de la momie de Touya.
Nom en hiéroglyphe
V13wiw
Transcription Ṯwjȝ
Période Nouvel Empire
Dynastie XVIIIe dynastie
Famille
Conjoint Youya
Enfant(s) Tiyi
Âanen
Aÿ (incertain)
♀ Moutemnébou (incertain)
♀ Taemouadjésy (incertain)
♀ Touiou (incertain)
♀ Kakaia (incertain)
Sépulture
Nom Tombe KV46
Type Tombe
Emplacement Vallée des Rois
Date de découverte 1905
Découvreur James E. Quibell
Objets meubles, céramiques, statuettes, vases canopes et sarcophages

Attestations

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Touya est attestée par trois catégories de documents[1] :

  • plusieurs objets faisant partie du trousseau funéraire de Touya dans sa tombe KV46 commune avec son époux Youya ; parmi ces objets se trouvent ses cercueils et plusieurs ouchebtis,
  • de nombreux scaux-scarabées :
    • ceux annonçant le mariage entre leur fille Tiyi et le roi Amenhotep III en l'an 2 du règne de ce roi,
    • ceux annonçant le mariage entre la princesse étrangère Giloukhepa et Amenhotep III en l'an 10 de ce même règne,
  • une statue conservée au musée du Louvre (E 10655) et qui proviendrait d'Akhmîm[2].

Généalogie

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Statue de Touya conservée au Louvre (E 10655)

Comme l'attestent les scarabées et leur tombe commune KV46, Touya est l'épouse de Youya, « directeur des écuries de Sa Majesté pour la cavalerie ».

Les scarabées attestent également qu'ils étaient les parents de la grande épouse royale Tiyi[3]. Une inscription sur son propre cercueil montre qu'ils sont également les parents du deuxième prophète d'Amon Âanen[4].

Plusieurs chercheurs, dont Cyril Aldred[5], Aidan Mark Dodson et Dyan Hilton[4], et Arnault Duhard[6], ont également proposé de faire du futur roi Aÿ un fils de Youya et Touya. Plusieurs arguments ont été donnés pour appuyer cette hypothèse : une proximité phonétique des noms Youya et Aÿ ; la priximité de la titulature d'Aÿ avec celle de Youya ; l'attention particulière d'Aÿ une fois roi pour Akhmîn et son dieu Min ; enfin, si la reconstruction de la généalogie de la fin de la XVIIIe dynastie par Marc Gabolde est correcte, Aÿ pourrait être le père (ou l'oncle) de Néfertiti (son épouse Tiyi étant sa nourrice) qui serait la cousine d'Akhenaton (fils de Tiyi)[6].

Une autre fille, nommée Moutemnébou, est également possible. En effet, une statue d'un certain Aÿ[note 1], « intendant du domaine de Tiyi dans le domaine d'Amon », se dit fils d'un certain Nakhtmin et d'une certaine Moutemnébou, « sœur de la grande épouse royale ». La statue est datée du règne du roi Aÿ. Le domaine de Tiyi tout comme la sœur anonyme de Moutemnébou pourrait se référer à Tiyi, grande épouse royale du roi Aÿ. Cependant, un domaine de la reine Tiyi, grande épouse royale d'Amenhotep III, est attesté jusqu'à la période ramesside. Ainsi, la chronologie autorise l'hypothèse de faire de cette Moutemnébou une sœur de Tiyi, épouse d'Amenhotep III[7],[8].

Une autre fille pourrait également faire partie des enfants de Touya et Youya : il s'agit de Taemouadjésy, l'une des femmes les plus importantes de la fin de la XVIIIe dynastie. Apparaissant sur plusieurs inscriptions de fils royal de Koush de la période (Amenhotep Houy  dont elle pourrait être l'épouse , le fils de ce dernier Paser) et d'un courtisan nommé Khâemouaset  dont elle pourrait également être l'épouse , elle est surtout connue comme « supérieure des recluses d'Amon » sur un vase factice retrouvé dans la tombe de Youya et Touya, ce titre étant par ailleurs l'un des plus élevés de Touya. Sur l'inscription la mettant en relation avec Amenhotep Houy, Taemouadjésy porte le titre de « supérieure des recluses de Nebkhéperourê, » c'est-à-dire la dirigeante du harem de Toutânkhamon. Si Taemouadjésy est effecitivement une fille de Youya et Touya, alors elle serait la dirigeante du harem de son petit-neveu[9],[10].

La tombe d'un nomarque du nome du Pays de Nubie nommé Ouser, ayant vécu pendant le règne d'Amenhotep III, indique qu'il est l'époux d'une certaine Touiou, et, au lieu de donner des informations sur sa propre famille, insiste sur la famille de son épouse, qui devait donc être d'un statut social plus élevé. La famille de Touiou se résume à ses deux sœurs nommées Taemouadjésy et Kakaia. Aucun titre n'est associé à ces femmes, ce qui pourrait signifier qu'elles étaient suffisamment connues pour qu'aucun titre ne soit nécessaire pour les identifier. En identifiant Taemouadjésy belle-sœur d'Ouser à Taemouadjésy nommée dans la tombe de Youya et Touya, et en remarquant l'analogie des noms Touya (aussi écrit Touyou) et Touiou, Arnault Duhard propose de faire de ces trois femmes des filles de Youya et Touya[11].

Le nom Touya peut être orthographié de plusieurs manières différentes, comme le notait déjà Gaston Maspero[12]. Dans son étude sur la reine Tiyi, Arnault Duhard note le nombre d'occurrences de chaque graphie : 64 fois « Tjouia », 62 fois « Tjouiou »[note 2], 1 fois « Tjouy », 1 fois « Tjioui », 1 fois « Tjououi »[note 3] et 1 fois « Touy »[13]. C'est la raison pour laquelle les études mentionnant cette felle la nomme Touya, Touia, Touyou, Touiou, ou encore Tjouya, Tjouia, Tjouyou et Tjouiou.

Biographie

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Origines

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Touya était originaire d'Akhmîm, en Haute-Égypte, où il possédait probablement un domaine et appartenait à la noblesse locale. Ses origines demeurent incertaines.

Carrière

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Les titres de Touya sont les suivants : « ornement royale, mère royale de la grande épouse royale, supérieure des recluses d'Amon, louée par le dieu parfait, chanteuse d'Amon, chanteuse d'Hathor, supérieure des recluses de Min, louée de la déesse Hathor[14]. » Son époux Youya est quant à lui : « iry-pat, ami unique, confident du roi dans le pays tout entier, celui qui est dans le cœur du dieu parfait, bouche du roi de Haute-Égypte et oreilles du roi de Haute-Égypte, père divin aimé de son maître, prêtre de Min, directeur des troupeaux de Min, directeur des écuries de Sa Majesté pour la cavalerie[14]. »

Les titres de ce couple montrent qu'il était au sommet de l'aristocratie d'Akhmîm, et qu'ils avaient obtenus également des titres militaires et sacerdotaux très importants pour leur époque. Il s'agit donc d'une famille influente, et le mariage entre Amenhotep III et Tiyi, probablement arrangé par Moutemouia, est donc un mariage logique pour renforcer l'assise de la famille royale[14]. Cette influence s'est traduite non seulement par le mariage de leur fille avec Amenhotep III, Tiyi devenant donc la principale épouse du roi en tant que grande épouse royale, mais également par la charge de deuxième prophète d'Amon qu'a obtenu leur fils Âanen[15], et peut-être par la charge de « Père Divin » qu'obtiendra le futur roi Aÿ (si ce dernier est bien leur fils).

C'est en tout cas cette influence qui permit au couple Youya-Touya d'obtenir le privilège d'avoir une tombe dans la vallée des Rois : KV46[14].

Sépulture

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Sa tombe (KV46), où il est enterré avec son époux Youya, l'une des rares tombes de particuliers à avoir été creusée dans la vallée des Rois, était particulièrement bien conservée. Il s'agit peut-être d'une réinhumation : en effet, la disposition de la tombe semble montrer que Youya et Touya ont été inhumés en même temps, ce qui est peu probable ; de plus, un sceau imcomplet découvert dans la tombe correspond aux sceaux découverts à Malqata et était en usage à la fin du règne d'Amenhotep III, à l'occasoin des fêtes-Sed ; or, si Youya et Touya semblent mourir assez vieux[note 4], il semble peu probable qu'ils aient vécu jusqu'à cette date avancée du règne[16]. La tombe initiale se trouvait peut-être à Akhmîn[17].

Le mobilier funéraire de la tombe, préservé dans sa presque intégralité, est d'une grande richesse, meubles, céramiques, statuettes, vases canopes et sarcophages luxueux. Conservé depuis la découverte de la tombe au Musée égyptien du Caire[18] (à l'exception de trois ouchebtis de Youyou conservés au Metropolitan Museum of Art[19]), il a pu être mis en valeur grâce à la place libérée par le départ du trésor de Toutânkhamon vers le nouveau Grand Musée égyptien de Gizeh[20].

Le grand sarcophage en bois doré et peint en noir de Touya était placé contre le mur sud du tombeau[21]. De forme rectangulaire, son couvercle évoque le toit en pente du sanctuaire per-our de Haute-Égypte. Il repose sur des patins de traîneau ornementaux, dont la fonction non fonctionnelle est soulignée par les trois lattes fixées en dessous. Des pilleurs antiques l'avaient partiellement démonté pour accéder à ses cercueils et à sa momie, déposant son couvercle et un de ses longs côtés sur un lit de l'autre côté du tombeau ; l'autre long côté était appuyé contre le mur sud. Son cercueil anthropoïde extérieur doré avait été retiré, son couvercle placé sur les lits, et la cuve déposée dans l'angle le plus éloigné du tombeau ; le couvercle de son second cercueil (le plus intérieur), également doré, avait été retiré et mis de côté, tandis que la cuve et sa momie restaient à l'intérieur du sarcophage. Quibell suggère que cela est dû au fait que les voleurs ont eu une certaine difficulté à retirer le couvercle de ce cercueil[21].

Le corps momifié de Touya a été retrouvé recouvert d'un grand linceul, noué dans le dos et maintenu par quatre bandelettes. Ces bandelettes étaient recouvertes de résine et, en face de chacune d'elles, se trouvaient ses titres dorés, découpés dans une feuille d'or. La résine des bandelettes inférieures a conservé l'empreinte d'un large collier[22]. Les bandelettes qui recouvraient autrefois sa momie emmaillotée ont été retrouvées au-dessus des jarres de stockage, de l'autre côté de la pièce[21].

Le premier examen de son corps fut effectué par l'anatomiste Grafton Elliot Smith. Il constata qu'il s'agissait d'une femme âgée de petite taille, mesurant 1,495 mètre, aux cheveux blancs. Ses deux lobes d'oreilles étaient percés de deux piercings. Ses bras étaient tendus le long du corps, ses mains posées sur l'extérieur de ses cuisses. L'incision d'embaumement était suturée avec un fil auquel était fixée une perle de cornaline à son extrémité inférieure ; sa cavité corporelle était remplie de lin imbibé de résine. Lorsque Douglas Derry, qui effectua plus tard le premier examen de la momie de Toutânkhamon, assistant Smith lors de son examen, découvrit les pieds de Touya pour mesurer précisément sa taille, il constata qu'elle portait des sandales en feuille d'or. Smith estima son âge à plus de 50 ans en se basant uniquement sur son apparence physique[22]. La tomodensitométrie a estimé son âge au moment de son décès entre 50 et 60 ans. Son cerveau a été retiré, sans qu'aucun produit d'embaumement n'y soit inséré, et ses deux narines ont été bouchées avec du lin. Des compresses d'embaumement ont été placées dans ses orbites, et un produit de comblement sous-cutané a été injecté dans le bas et le milieu de son visage pour lui redonner une apparence plus réaliste[23] ; du produit d'embaumement avait également été introduit dans sa bouche et sa gorge. Ses dents étaient en mauvais état au moment de son décès, et il lui manquait des molaires[24]. Une usure importante et des abcès avaient été constatés sur des radiographies antérieures[25]. Le scanner a révélé qu'elle souffrait d'une légère scoliose avec un angle de Cobb de 25 degrés. Aucune cause de décès n'a pu être déterminée[24]. Sa momie porte le numéro d'inventaire CG 51191[22].

Notes et références

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  1. Statue conservée au Brooklyn Museum (inv. 66.174.1).
  2. Arnault Duhard donne un tableau qui référence chaque graphie hiéroglyphique du nom de Touya et le nombre d'occurrences de chacune d'entre elles. Pour le nom translittéré Ṯwjw, Duhard note six graphies distinctes qui, ensemble, totalisent 62 occurrences. Cependant, dans le texte analysant les différentes translittérations du nom, Duhard indique 60 occurrences du nom translittéré Ṯwwjw (Duhard 2016, p. 71-73).
  3. Nom inscrit sur la momie de Touya ; il s'agit probablement d'une erreur, car la même inscription mentionne trois autres fois le nom de la défunte en Tjouiou ; deux hiéroglyphes ont donc dû être inversés (Duhard 2016, p. 72).
  4. Non seulement les momies des deux défunts montrent des personnages assez âgées au moment de leur décès, mais leur petite-fille Satamon était déjà née et devait avoir un certain âge comme l'attestent les deux chaises dans la tombe. Le couple semble en tout cas vivant en l'an 10 du règne, lors du mariage entre Amenhotep III et Giloukhepa (Duhard 2016, p. 103-104).

Références

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  1. (en) « Attestations de Touya » (consulté le )
  2. (en) « Statue de Touya conservée ay Louvre (E 10655) » (consulté le )
  3. Dodson et Hilton 2004, p. 157.
  4. 1 2 Dodson et Hilton 2004, p. 154.
  5. Aldred 1988, p. 220-221.
  6. 1 2 Duhard 2016, p. 97-99.
  7. Cabrol 2000, p. 95.
  8. Duhard 2016, p. 99-100.
  9. Gabolde 2015, p. 266-270.
  10. Duhard 2016, p. 101.
  11. Duhard 2016, p. 101-103.
  12. Davis, Maspero et Newberry 1907, p. XIII-XIV.
  13. Duhard 2016, p. 71-73.
  14. 1 2 3 4 Cabrol 2000, p. 92.
  15. Cabrol 2000, p. 93-94.
  16. Duhard 2016, p. 103-105.
  17. Duhard 2016, p. 104-105.
  18. Quibell et Smith 1908.
  19. Duhard 2016, p. 104, note 207.
  20. « Youya et Touya, nouvelles stars du musée », sur Egyptphile.blogspot.com
  21. 1 2 3 Quibell et Smith 1908, p. I-VII.
  22. 1 2 3 Quibell et Smith 1908, p. 71-73.
  23. Saleem et Hawass 2015, p. 301–306.
  24. 1 2 Hawass et Saleem 2016, p. 71–74.
  25. Harris et Weeks 1973, p. 141–142.

Bibliographie

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Liens externes

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