Livre de la certitude
Le Kitáb-i-Íqán (persan : كتاب ايقان, arabe : كتاب الإيقان, littéralement « Livre de la certitude ») est un ouvrage de Bahá'u'lláh, fondateur de la foi bahá'íe, et est généralement considéré comme son principal traité doctrinal[1]. Composé à Bagdad vers 1861, en deux jours et deux nuits selon la tradition bahá'íe, il est rédigé en partie en persan et en partie en arabe. L’ouvrage répond à une série de questions posées par Ḥájí Mírzá Siyyid Muḥammad, oncle maternel du Báb, au sujet des signes de la venue du « Promis » annoncée par l’eschatologie islamique [2].

Le Kitáb-i-Íqán est souvent décrit par les spécialistes comme un travail majeur d’exégèse coranique en langue persane et comme l’une des deux œuvres les plus importantes de Bahá'u'lláh[3]. Todd Lawson, professeur émérite de pensée islamique à l'Université de Toronto, le qualifie principalement d’ouvrage d’exégèse[4], tandis que le chercheur indépendant Christopher Buck le décrit comme « le commentaire du Coran en persan le plus influent en dehors du monde musulman », en raison de sa large diffusion internationale. L’orientaliste Edward Granville Browne a salué ce livre comme une œuvre « de haut mérite, de style vigoureux, d’argumentation lucide et de démonstrations convaincantes »[5]. Le texte a circulé d’abord sous forme de manuscrits avant d’être parmi les premiers écrits bahá’ís à être imprimés, avec une édition lithographiée à Bombay dans les années 1880, puis une traduction française par Hippolyte Dreyfus (assisté de Mírzá Ḥabíb-Alláh Shírází) publiée en 1904[6].
Genèse et composition
modifierḤájí Mírzá Siyyid Muḥammad, grand-oncle maternel du Báb, doutait de la revendication de son neveu à être le Qá'im, l'imám Mahdī attendu avant le « jour de la résurrection et du jugement » dans la tradition chiite. Ne voulant pas la rejeter comme l'avait fait Abū Jahl, l'oncle de Mahomet, il résolut d'enquêter sur la question[2]. Il se rendit d'abord à Karbala, en Irak, chez son frère Ḥájí Mírzá Ḥasan-ʿAlí, puis à Bagdad, alors province de l'Empire ottoman, où il rencontra Bahá'u'lláh. Il lui soumit par écrit ses interrogations : quels étaient les signes annonçant la venue du Promis ? que fallait-il entendre par la résurrection et le jugement ? qu'était le sceau de la prophétie ?[7],[2]
Bahá'u'lláh avait déjà vécu, dans le Siyah-Chal à Téhéran, l'expérience qu'il considérera plus tard comme fondatrice, mais n'avait pas encore proclamé publiquement sa mission. En réponse, il rédigea en deux jours et deux nuits, vers la mi-janvier 1861, un traité d'environ deux cents pages en persan et en arabe, qui sera plus tard intitulé Kitáb-i-Íqán ; cette date est établie grâce à une lettre que Ḥájí Mírzá Siyyid Muḥammad adressa à son fils depuis Bagdad le 17 janvier 1861[2].
Le livre comporte traditionnellement deux parties. La première expose la nature progressive de la révélation divine et les liens entre les grandes religions monothéistes, chacune reconnaissant les précédentes et annonçant la suivante, souvent en langage voilé : comme le destinataire de la lettre est musulman, Bahá'u'lláh s'appuie sur des versets bibliques pour montrer comment un chrétien pourrait, à partir de ses propres écritures, reconnaître Mahomet, puis applique le même raisonnement pour montrer comment un musulman peut, à partir des siennes, reconnaître l'imám Mahdī en la personne du Báb. La seconde partie, plus étendue, développe des arguments théologiques et rationnels en faveur de la mission du Báb, dont le passage connu sous le nom de « Tablette du Vrai Chercheur »[2]. Rédigé dans un style symbolique propre à l'islam chiite, l'ouvrage contient aussi des passages virulents contre le clergé.
Shoghi Effendi consacre plusieurs pages au Kitáb-i-Íqán dans God Passes By (Dieu passe près de nous). Il y voit un modèle de prose persane, à la fois originale et châtiée, vigoureuse et d'une clarté remarquable, et le place juste après le Kitáb-i-Aqdas parmi les écrits les plus importants de Bahá'u'lláh[8]. Le livre y affirme l'existence et l'unité d'un Dieu personnel, inconnaissable et source de toute révélation, et pose la continuité de la révélation divine à travers les prophètes. Il éclaire aussi le sens de plusieurs passages allégoriques de la Bible, du Coran et des traditions islamiques, en donnant à des notions comme le « retour », la « résurrection » ou le « jour du jugement » un sens spirituel plutôt que littéral[9]. Effendi y relève par ailleurs les qualités attendues du « véritable chercheur » et, à propos de la révélation du Báb, souligne la valeur des souffrances endurées par les prophètes et les martyrs, dont l'imám Ḥusayn[9].
Notes et références
modifier- ↑ Quinn et Lambden 2010.
- 1 2 3 4 5 Rabbani 1999.
- ↑ Buck 2007.
- ↑ Lawson 2015.
- ↑ Browne 1987, p. 254.
- ↑ Buck 1995, p. 13-14.
- ↑ Buck 1995.
- ↑ Effendi 1976, p. 138.
- 1 2 Effendi 1976, p. 139.
Bibliographie
modifierB
- Beha-Ullah (trad. Hippolyte Dreyfus), Le livre de la certitude (Kitab-el-Ikan), Paris, Ernest Leroux, , 1re éd. (lire en ligne)
- Baháʼu'lláh (trad. Hippolyte Dreyfus), Le livre de la certitude, Paris, PUF, , 5e éd. (ISBN 978-2-13040173-5, lire en ligne)
- (en) Edward G. Browne et Moojan Momen (dir.), Selections from the Writings of E. G. Browne on the Bábí and Baháʼí Religions, Oxford, George Ronald, (ISBN 978-0-85398-247-0)
- (en) Christopher Buck, « Beyond the 'Seal of the Prophets': Baháʼu'lláh's Book of Certitude (Ketáb-e Íqán) », dans Farīdūn Vahman et Claus V. Pedersen, Religious Texts in Iranian Languages : Symposium Held in Copenhagen May 2002, Copenhague, Det Kongelige Danske Videnskabernes Selskab, , 369-378 p. (ISBN 978-877304317-2, lire en ligne)
- (en) Christopher Buck, Symbol & Secret: Qurʼán Commentary in Baháʼu'lláh's Kitáb-i-Íqán, Los Angeles, Kalimát Press, (ISBN 978-0-933770-80-5, lire en ligne)
D
- (en) Hooper C. Dunbar, A Companion to the Study of the Kitáb-i-Íqán, Oxford, George Ronald, (ISBN 978-0-85398-430-6)
E
- Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous, Bruxelles, Maison d'Éditions Baha'ies, , 435 p. (lire en ligne)
L
- (en) Todd Lawson, « The Baháʼí Tradition: The Return of Joseph and the Peaceable Imagination », dans Irfan A. Omar et Michael K. Duffey, Peacemaking and the Challenge of Violence in World Religions, Wiley-Blackwell, , 135-157 p. (ISBN 978-1-118-95342-6)
Q
- (en) Sholeh Quinn et Stephen Lambden, « Ketāb-e Iqān », dans Encyclopædia Iranica, (lire en ligne)
R
- (en) Ahang Rabbani, « The Conversion of the Great-Uncle of the Báb », World Order, vol. 30, no 3, , p. 19-38 (lire en ligne)
S
- (en) Nader Saiedi, Logos and Civilization: Spirit, History, and Order in the Writings of Bahá'u'lláh, Bethesda, University Press of Maryland, (ISBN 978-1-883053-60-4)