Kléos

gloire ou renommée dans les récits héroïques de la Grèce antique

Kléos (en grec ancien : κλέος) est le terme grec souvent traduit par « renommée » ou « gloire ». Il se rapporte au mot anglais « loud » et véhicule le sens implicite de « ce que les autres entendent vous concernant ». Un héros grec acquiert le kléos en accomplissant de grands exploits.

Achille pleurant la mort de Patrocle. Chytre de Corinthe

D'après Gregory Nagy, outre la signification de « gloire », le kléos peut aussi servir de médium (en l'occurrence, la poésie ou le chant de la Grèce antique) pour transmettre la gloire[1].

Le kléos se transmet invariablement de père en fils; le fils est chargé de perpétuer et de développer la « gloire » du père. Elle explique la raison pour laquelle Pénélope a repoussé ses prétendants pendant si longtemps, et justifie le meurtre de Médée de ses propres enfants, il s'agissait d'interrompre la gloire de Jason.

Le kléos est un thème courant dans les épopées d'Homère, l'Iliade et l'Odyssée, l'exemple principal de cette dernière étant celui d'Ulysse et de son fils Télémaque, craignant que son père n'ait connu une mort misérable et pitoyable en mer plutôt qu'une mort honorable et gracieuse au combat. L'Iliade raconte l'acquisition de la gloire suprême sur les champs de bataille de Troie tandis que l'Odyssée raconte la quête d'une dizaine d'années du nostos d'Ulysse (ou retour). Télémaque craint avoir été privé de gloire. Cela se rattache au kléos héréditaire, les héros obtenant l'immortalité grâce à la renommée éternelle de leurs actions et de leur lignée.

Étymologie

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Selon Nagy, kléos est un nom dérivé du verbe kluein qui signifie « entendre »[1].

D'autres sources admettent que le terme grec kléos dérive du terme indo-européen *ḱléwos, qui exprimait un concept similaire dans la société indo-européenne. Puisque le peuple indo-européen n'avait aucun concept de la continuation de l'individu après la vie, un seul pouvait espérer atteindre *ḱléwos *n̥dhgwhitóm, ou « la gloire qui ne décline pas »[2]. Tel que le constate Bruce Lincoln : « Dans un univers où la matière impersonnelle perdurait à jamais, mais le moi personnel s'éteignait à la mort ; ce qui pouvait survivre de ce moi était tout simplement une rumeur, une réputation. En raison de cela, la personne aspirait à l'immortalité — une condition propre uniquement aux dieux ainsi qu'à l'antithèse de l'existence humaine — et dépendait entièrement des poètes et de la poésie[3],[4]. »

Les mots apparentés comprennent le sanskrit श्रवस् (śravas) ; l'avestique 𐬯𐬭𐬀𐬬𐬀𐬵 ; l'arménien լու ; le vieux-slave slava ; ainsi que le vieil irlandais clú. Comparer au grec : κλύω (klúō - j'entends)[5].

Le philosophe grec Platon, dans son dialogue Le Banquet dédié à l'amour dont on parle, s'égare sur le sujet de la gloire et de la célébrité. Cela se trouve dans la section qui concerne le dialogue entre Socrate et Diotime. Elle explique que les hommes cherchent une certaine forme d'immortalité, par exemple, par le biais de la procréation physique et intellectuelle. Elle affirme ensuite que l'amour de la gloire et de la célébrité est vraiment fort, et, de fait, pour les obtenir, les hommes sont prêts à déployer des efforts considérables, ainsi qu'à encourir des risques et des sacrifices, même leurs vies (sacrifice de soi), et feront encore plus de sacrifices pour cela que pour leurs enfants. Elle cite ensuite Alceste (qui est mort afin de sauver Admète), Achille (pour venger Patrocle), et Codros, comme des exemples d'héros en quête de gloire et de renommée immortelle[6].

Platon pensait qu' « Il y avait une victoire, ainsi qu'une défaite ; la première et la meilleure des victoires, la plus faible et la pire des défaites que chaque homme subit non pas à cause d'un autre, mais à cause de lui-même. » Platon souligna que cette victoire-là est une démarche autonome, tandis que la gloire favorise les victoires futures.

Le commentaire spécifique de Platon concernant les gloires de la vie que « La première et la meilleure victoire est de se conquérir soi-même. Se conquérir soi-même est, de toute chose, le plus honteux et le plus vil. » a été mentionné par la suite dans des magazines et des journaux tel que le journal américain Forbes (en juin 1928)[7].

Articles connexes

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Notes et références

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  1. 1 2 (en) Gregory Nagy, The Ancient Greek Hero in 24 Hours [« Le héros de la Grèce antique en 24 heures »], , 656 p. (ISBN 978-0674241688)
  2. ↑ (de) Rüdiger Schmitt, Dichtung und Dichtersprache in indogermanischer Zeit [« Poésie et langage poétique à l'époque indo-européenne »]
  3. ↑ (en) Bruce Lincoln, Death, War, and Sacrifice : Studies in Ideology and Practice [« Mort, guerre et sacrifice : études sur l'idéologie et la pratique »], University of Chicago Press, , 289 p. (ISBN 9780226482002), p. 15
  4. ↑ (en) Van Bryan, « Kleos: Death and Glory » [« Kléos : Mort et Gloire »] Accès libre,
  5. ↑ (en) « Origin and history of Clio » [« Origine et histoire de Clio »] Accès libre
  6. ↑ Platon, Le Banquet
  7. ↑ (en) « Thoughts On Life & Business » [« Réflexions sur la vie et les affaires »], Forbes,‎