Isoda Koryūsai
Isoda Koryūsai (礒田 湖龍斎[1], 1735-1790) est un artiste japonais d'estampe ukiyo-e, actif d'environ 1764 à 1788.
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礒田湖龍斎 |
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Biographie
modifierLes détails de sa vie font débat. Il venait apparemment d'une famille de samouraï, comme plus tard Eishi. Selon une théorie, il devint un rōnin et fut contraint à se tourner vers les arts, mais selon une autre, c'est volontairement qu'il cessa la vie de samurai pour se consacrer à l'art. En 1782 il reçut le titre d'Hokkyō pour son talent et ses réalisations. Qu'un tel honneur lui ait été conféré est un des rares points sur lesquels l'ensemble des historiens semblent d'accord.
Certains pensent qu'il fut élève de Harunobu, mais ceci ne fait pas l'unanimité, même si le style de sa jeunesse est fort proche de celui de Harunobu. Ceci est tout particulièrement vrai des estampes réalisées au début de sa carrière sous le nom d'artiste de Haruhino, pratiquement impossibles à distinguer de celles de Harunobu[2].
Né sous le nom d’Isoda Masakatsu[3], il est lié à la maison samouraï des Tsuchiya, peut-être comme vassal; à la mort de son seigneur, il devient ‘’rōnin’’ et s’installe à Edo, dans le quartier de Yagenbori, près du pont de Ryōgoku[4]. Vers 1769, il commence à dessiner des estampes sous le nom de Haruhiro, d’abord des sujets guerriers (‘’musha-e’’)[3]. Après la mort de Harunobu en 1770, il produit des estampes dans la même veine, consacrées aux quartiers de plaisir[3]. La signature « Koryūsai Haruhiro » de ses premières œuvres a été interprétée comme l’indice d’un possible lien de maître à élève avec Harunobu, qui habitait à proximité[4]; Elle peut également témoigner de sa volonté de se rattacher à l’école de Harunobu, dont il reprend certains dessins et modèles de séries.[3].
Émancipation et maturité
modifierAu début de sa carrière, Koryūsai reste fortement influencé par Harunobu, dont il reprend certains thèmes et caractéristiques stylistiques. Vers 1774-1775, son style se distingue progressivement de celui de Harunobu. Ses figures féminines deviennent plus robustes et occupent davantage l’espace, tandis que les couleurs gagnent en intensité, avec notamment l’emploi d’un orange rouille caractéristique. L’attention portée aux vêtements, coiffures et motifs de tissus s’atténue, et les jeunes femmes d’Edo sont placées dans un décor urbain ou devant un simple fond coloré[3]. Avec Toyoharu, il est considéré comme le principal auteur de ‘’bijin-ga’’ des années 1770[3].
Sa série ‘’Hinagata wakana no hatsumoyo’’, publiée au grand format ‘’ōban’’ d’environ 1776 à 1782, principalement par Nishimura Yohachi (Eijudō), compte au moins 140 estampes de Koryūsai, auxquelles Torii Kiyonaga ajoute onze dessins; Kiyonaga et Katsukawa Shunzan la poursuivent sous la direction d’Eijudō[4]. Cette série, considérée comme la plus longue de bijin-ga, contribue à la diffusion du format ōban au détriment du chūban. Les figures féminines plus amples de Koryūsai influencent également des artistes de la génération suivante, notamment Kiyonaga.[3]
Koryūsai a réalisé plus de 2 500 estampes, ce qui en fait l’un des artistes les plus prolifiques du Japon du xviiie siècle dans ce domaine. Il est notamment reconnu pour ses hashira-e, estampes destinées à un format particulièrement étroit.[4]. Il en a réalisé au moins 350. Dans ces compositions, il utilise les courbes des vêtements et les lignes diagonales pour animer le format vertical[3].
En 1782, il reçoit le titre honorifique de ‘’hokkyō’’, rang traditionnellement décerné à des religieux puis étendu aux artistes et aux artisans[4]. Il en avait fait la demande à la cour impériale et l’ajoute dès lors à sa signature[3]. Dans cette dernière période, il s’éloigne de la production commerciale et réalise des estampes aux sujets chinois dans un style influencé par l’école Kanō[3]. Ses fonds paysagers suggèrent une formation dans le style de cette école[4]. Son œuvre a parfois été critiquée pour sa proximité stylistique avec celle de Harunobu et comparée défavorablement à celle de Kiyonaga, qui connaît son apogée dans les années 1780[3].
Œuvre
modifierLe style de Koryūsai ne se distingua vraiment de celui de Harunobu qu'à partir de 1772 dans une série intitulée Nouveaux motifs pour les jeunes pousses, consacrée à la description des vêtements portés par les courtisanes. Le choix d'un format plus large, dit ōban, lié à la représentation de silhouettes plus amples, confère une réelle monumentalité à ces figures qui investissent progressivement toute la surface de l'estampe:
- La Courtisane Someyama de la maison Oebiya (1776), nishiki-e, impression polychrome, musée Guimet[5].
On conserve de lui un certain nombre d'estampes, mais très peu de peintures.
Malgré cela, il fut un artiste prolifique. Ses sujets allaient des vertus confucianistes aux oiseaux, aux plantes, sans oublier de nombreuses estampes érotiques (shunga).
- Oiseau Myna perché sur la branche d'un arbre en fleurs (vers 1770), Nishiki-e (gravure sur bois en couleur), 26 × 14 cm, bibliothèque de l'université de Princeton[6]
- Fabrication d'ornements pour la fête de Tanabata (vers 1773), Gravure sur bois; encre et couleur sur papier, 26 × 19 cm, Metropolitan Museum of Art[7]
- Temps clair: La Courtisane Azumado des Naka-Ōmiya (Huit vues de femmes célèbres des quartiers du plaisir) (1773-1775), Gravure sur bois en couleur, 24 × 18 cm, Musée d'Art du comté de Los Angeles[8]
- La Courtisane Somenosuke de Matsuba-ya (1775-1776), 1 tirage: gravure sur bois, couleur, 38 × 25 cm, Library of Congress[9]
- La Courtisane Kinshū de Yotsumei-ya (1775-1777), gravure sur bois, couleur, 38 × 26 cm, Library of Congress[10]
- Courtisane jouant du Samisen (v. 1785), Parchemin suspendu ; encre et or sur soie, 39 × 49 cm, musée d'Art Kimbell[11]
- Fuji-mi Saigyo, Gravure sur bois; encre et couleur sur papier, 25 × 18 cm, Metropolitan Museum of Art[12]
- Estampes de Koryusai
Oiseau Myna perché (vers 1770)
Bibliothèque de l'université de PrincetonFabrication d'ornements pour la fête de Tanabata (vers 1773)
Metropolitan Museum of ArtLa Courtisane Azumado des Naka-Ōmiya (1773-1775)
LACMALa Courtisane Somenosuke de Matsuba-ya (1775-1776)
Library of CongressLa Courtisane Kinshū de Yotsumei-ya (1775-1777)
Library of CongressCourtisane jouant du Samisen (v. 1785)
Musée d'Art KimbellFuji-mi Saigyo
Metropolitan Museum of Art
Notes et références
modifier- ↑ Isoda Koryūsai est un nom japonais traditionnel ; le nom de famille (ou le nom d'école), Isoda, précède donc le prénom (ou le nom d'artiste).
- ↑ Gabriele Fahr-Becker, L'estampe japonaise, Éditions Taschen (ISBN 3-8228-2057-1), p. 16.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Roma, L’Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 76-81.
- 1 2 3 4 5 6 (en) John Fiorillo, « Isoda Koryûsai (1735–1790) », sur Viewing Japanese Prints (consulté le ).
- ↑ Hélène Prigent, « Images du Monde flottant », Le Petit Journal des grandes expositions, no 369, , p. 12 (ISBN 2-7118-4852-3).
- ↑ (en) Notice de l'œuvre sur le site de l'Université de Princeton.
- ↑ (en) Notice de Tanabata, sur le site du Metropolitan Museum of Art.
- ↑ (en) Notice de l'œuvre sur le site du LACMA.
- ↑ (en) Notice de Somenosuke sur le site de la Bibliothèque du Congrès.
- ↑ (en) Notice de Kinshū sur le site de la Bibliothèque du Congrès.
- ↑ (en) Notice de l'œuvre sur le site du Musée Kimbell.
- ↑ (en) Notice de Fuji-mi Saigyo, sur le site du Metropolitan Museum of Art.
Annexes
modifierBibliographie
modifierCentrée
modifier- (en) Allen Hockley, The prints of Isoda Koryūsai : floating world culture and its consumers in eighteenth-century Japan, Seattle, University of Washington press, , 313 p. (ISBN 0-295-98301-9, BNF 39131204).
- (en) Inge Klompmakers, Japanese erotic prints : shunga by Harunobu & Koryusai, Leyde, Hotei, , 160 p. (ISBN 90-74822-37-1, BNF 38903036).
Générale
modifier- Louis Aubert, Les Maîtres de l'Estampe japonaise : Image de ce monde éphémère, Paris, Librairie Armand Colin, .
- Richard Lane, L'estampe japonaise, Paris, Éditions Aimery Somogy, .
- Nelly Delay, L'estampe japonaise, Éditions Hazan, (ISBN 2-85025-807-5).
- Hélène Bayou (trad. de l'anglais), Images du Monde Flottant : Peintures et estampes japonaises XVIIe : XVIIIe siècles, Paris, Réunion des musées nationaux, , 398 p. (ISBN 2-7118-4821-3).
- Gisèle Lambert (dir.) et Jocelyn Bouquillard (dir.), Estampes japonaises, Images d'un monde éphémère, Paris/Barcelone, BnF, , 279 p. (ISBN 978-2-7177-2407-3).
- Edwin O. Reischauer, Histoire du Japon et des Japonais (tome I), Éditions du Seuil, (ISBN 2-02-000675-8).
- (en) James Albert Michener, The floating world, University of Hawaii Press, , 453 p. (ISBN 978-0-8248-0873-0, lire en ligne).
- (en) Howard Hibbett, The floating world in Japanese fiction, Tuttle Publishing, , 232 p. (ISBN 978-0-8048-3464-3, lire en ligne).
- (en) Tadashi Kobayashi et Mark A. Harbison, Ukiyo-e : an introduction to Japanese woodblock prints, Kodansha International, , 96 p. (ISBN 978-4-7700-2182-3, lire en ligne).
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Isoda Koryusai, sur Artelino.
- Isoda Koryusai, sur le site du Museum of Fine Arts Boston.
- Isoda Koryusai, sur le site du Fine Arts Museum San Francisco].
- 1101 reproductions d'Isoda Koryusai, sur ukiyo-e.org.