Krisztina Rády
Krisztina Rády, née le à Budapest et morte le à Bordeaux, est une femme de lettres, traductrice, organisatrice d'événements artistiques hongroise et ancienne directrice culturelle de l'Institut hongrois de Paris.
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Rády Krisztina Veronika |
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Bertrand Cantat (de à ) |
Krisztina Rády est particulièrement connue pour avoir été la compagne de Bertrand Cantat, avec qui elle a eu deux enfants. Elle s'est suicidée par pendaison à son domicile en 2010. Des allégations de violences physiques et psychologiques ont été formulées à l'encontre de Cantat, bien que Krisztina Rády ait toujours affirmé publiquement n'avoir jamais subi de violences de la part de celui-ci. En 2018, une nouvelle enquête a été ouverte à la suite de ces accusations, sans établir de lien entre son suicide et des violences présumées. Un documentaire diffusé en 2025 provoque la réouverture d'une enquête par le parquet de Bordeaux, qui remet à l'ordre du jour l'hypothèse d'un suicide forcé.
Biographie
modifierJeunesse
modifierCarrière
modifierKrisztina Rády joue un rôle actif dans les mouvements culturels hongrois au début des années 1990[3], après la chute du mur de Berlin et la dissolution de l'Union soviétique, marquant la fin de l'ère communiste en Hongrie. Elle fonde un journal culturel et une radio libre, qui deviennent des plateformes essentielles pour les minorités ethniques et les femmes[3]. Elle est aussi programmatrice musicale pour le Tilos az Á (hu)[3], un lieu emblématique de la scène culturelle et musicale de Budapest dans les années 1990[4]. En 1993, elle y organise la Fête de la musique pour l'Institut français de Budapest[3].
Entre 1997 et 2000, elle est directrice artistique de l'Institut hongrois de Paris[3], et est commissaire pour les musiques actuelles lors des saisons culturelles hongroise, polonaise et tchèque, organisées par l'Agence française d'action artistique (AFAA) et le ministère de la Culture français[3].
Son agence de production, qu'elle dirige conjointement avec Robert Lacombe, organise les programmes français du Sziget Festival, un festival de musique qui a lieu chaque été sur l'île d'Óbuda à Budapest[5].
Krisztina Rády est à l'origine du spectacle À cœur pur, une performance littéraire et musicale basée sur les poèmes d'Attila József, qu'elle a également mis en scène. Ce spectacle, présenté dans de nombreuses villes de France, met en scène des poèmes choisis et traduits par Krisztina Rády elle-même ; la pièce est interprétée par Denis Lavant, et par le guitariste Serge Teyssot-Gay, membre du groupe Noir Désir ; le comédien hongrois Zsolt Nagy (hu), de la troupe Krétakör (en), interprète des poèmes en hongrois. En 2008, À cœur pur fait l'objet d'un livre-CD publié aux éditions du Seuil[6].
En tant que traductrice, elle fait connaître le théâtre hongrois en France, avec des œuvres de Ferenc Molnár, avec Liliom ou la vie et la mort d'un vaurien. et de son contemporain István Tasnádi, avec Phèdre[3]. Elle traduit vers le hongrois la bande dessinée Persepolis de Marjane Satrapi[3].
Pendant de nombreuses années, elle travaille pour la chaîne de radio française France Culture. En 2007, elle réalise la série Surprises d'Europe centrale, dont les trois premiers épisodes sont consacrés à la culture hongroise[5].
Selon le directeur de l'Institut hongrois, András Ecsedi-Derdák (hu), et András Bálint Kovács (hu), Krisztina Rády joue un rôle central dans les relations franco-hongroises contemporaines[5]. Elle fait rayonner la culture hongroise au-delà des murs de l'Institut hongrois. Grâce à ses initiatives, des milliers de Français découvrent des artistes comme le violoniste Félix Lajkó[5]. Krisztina Rády innove avec des programmes culturels comme ceux présentés sur le Batofar[7], un bateau amarré à un quai de la Seine, dont le succès a inspiré la création d'un lieu similaire à Budapest, l'A38 (en)[5].
Vie privée
modifierKrisztina Rády rencontre Bertrand Cantat en 1993, au Sziget Festival à Budapest. Ils se marient en 1997 et ont deux enfants. En 2002, le couple se sépare, le chanteur ayant entamé une liaison avec l'actrice Marie Trintignant alors que Krisztina Rády est enceinte.
Krisztina Rády soutient sans défaillir son ancien compagnon lorsque celui-ci est condamné le à huit ans de prison par un tribunal de Lituanie, pour avoir porté des coups mortels à Marie Trintignant le à Vilnius[8]. Lors du procès, elle déclare : « Je n'ai jamais subi de violence de la part de Bertrand. Au contraire, dans ses rapports privés comme publics, il privilégiait la discussion, le fait de comprendre certaines choses dans la vie d'un couple[9]. »
À la libération de Bertrand Cantat, après quatre années d'incarcération, elle reprend la vie commune.
Mort
modifierLe , Krisztina Rády se suicide par pendaison à son domicile, à Bordeaux, pendant que son conjoint Bertrand Cantat dort[9]. Son fils de douze ans découvre le corps. La responsabilité de Bertrand Cantat dans ce suicide est écartée à la suite de l'autopsie le , qui confirme le suicide par pendaison.
Une lettre d'adieu est retrouvée ; son contenu n'est pas rendu public par le parquet de Bordeaux « par respect pour ses proches et sa famille » mais L'Obs l'a consultée. Rédigée en français, la lettre est centrée sur ses enfants et sur sa famille. Elle mentionne également deux personnes qui l'auraient trahie, dont la femme d'un ancien membre de Noir Désir[10], ainsi que les « cris incessants » et les accusations de Bertrand Cantat[10].
Krisztina Rády est inhumée dans le cimetière de Moustey (Landes)[11].
Enquêtes
modifierAnnées 2010
modifierLe , les parents de Krisztina Rády déclarent dans un entretien à l'hebdomadaire Paris Match que leur fille a subi des violences de la part de Bertrand Cantat à sa sortie de prison. Le lendemain, Bertrand Cantat porte plainte contre le magazine pour « propos diffamatoires » ainsi que pour la publication de photographies de sa fille, encore mineure[12].
En 2013, un ouvrage de Stéphane Bouchet et Frédéric Vézard[13] ravive l'intérêt public pour l'affaire Cantat : il reproduit un message téléphonique laissé par Krisztina Rády sur le répondeur de ses parents, six mois avant son suicide, qui évoque le comportement violent de son compagnon en liberté conditionnelle[14].
Le , Le Point fait état d'accusations par des membres de Noir Désir de violences conjugales du chanteur, à l'égard de Krisztina Rády[15],[16]. Bertrand Cantat attaque le journal en diffamation, mais Le Point n'est pas condamné au titre de l'excuse de bonne foi[17]. Le , une enquête préliminaire est ouverte contre Bertrand Cantat par le parquet de Bordeaux à la suite d'une plainte déposée par une ancienne avocate, Yael Mellul, le rendant responsable de la mort de sa femme. Cette réouverture de l'enquête est appuyée par la femme d'un ancien membre de Noir Désir, la personne citée par Krisztina Rády dans sa lettre d'adieu[10] ; celle-ci évoquait la violence de Cantat et la connaissance de cette violence par les membres du groupe lors d'entretiens avec Yael Mellul[10]. Le , la plainte est classée sans suite. La procureure de la République de Bordeaux déclare que « les investigations menées n’ont pas permis de caractériser que le suicide de Krisztina Rády était en relation avec des violences physiques et psychologiques commises sur elle par Bertrand Cantat »[18].
Années 2020
modifierEnquêtes et suites judiciaires des années 2020
modifierLe , Netflix diffuse le documentaire De rockstar à tueur : le cas Cantat, résultat d'une enquête débutée en 2016, dans laquelle des témoins font état de violences conjugales répétées[19],[20]. Parmi ces témoignages, un infirmier affirme avoir consulté des archives hospitalières indiquant un passage aux urgences de Krisztina Rády au cours de la période 2007-2010, alors que Bertrand Cantat était retourné vivre avec elle : Krisztina Rády était venue faire constater ses blessures (« décollement du cuir chevelu » et « hématomes » d'après le médecin) à la suite d'« une altercation avec son compagnon, une violente dispute ». L’infirmier en déduit « que Krisztina Rady a été très violemment attrapée par les cheveux ou traînée par les cheveux »[21].
Le , le procureur de la République de Bordeaux rouvre une enquête sur des faits de violences volontaires, justifiée par le document De rockstar à tueur : le cas Cantat[22].
Hommage et postérité
modifierR'avec, roman d'Eva Almassy sorti en 2021, évoque le retour au domicile conjugal d'un chanteur emprisonné pour avoir tué la femme pour laquelle il avait quitté son épouse[23].
Notes et références
modifier- ↑ « Le secret de Kristina Rady », sur Paris Match, (consulté le )
- ↑ Luc Le Vaillant, « Non violente »
, sur Libération, (consulté le ) - 1 2 3 4 5 6 7 8 « Kristina Rady, traductrice et metteuse en scène »
, sur Le Monde, (consulté le ) - ↑ (hu) « Most akkor tilos vagy nem Tilos az Á? »
, sur telex.hu, (consulté le ) - 1 2 3 4 5 « FRANCE-HONGRIE. Krisztina Rády a mis un peu de Hongrie dans le cœur des Français »
, sur Courrier international, (consulté le ) - ↑ Le Journal Francophone de Budapest, « A cœur pur »
, sur Le Journal Francophone de Budapest, (consulté le ) - ↑ L'origine de cette initiative revient néanmoins à Ricardo Esteban et Julie De Muer qui portent le projet artistique du Batofar dès l'origine.
- ↑ Krisztina Rády a mis un peu de Hongrie dans le cœur des Français - Courrier international, 12 janvier 2010
- 1 2 L'ex-femme de Bertrand Cantat s'est suicidée - Le Monde/AFP, 10 janvier 2010.
- 1 2 3 4 « Ce que contient la lettre d'adieu de l’épouse de Bertrand Cantat »
, sur Le Nouvel Obs, (consulté le ) - ↑ « MOUSTEY (40) : cimetière - Cimetières de France et d'ailleurs », sur www.landrucimetieres.fr (consulté le )
- ↑ « Bertrand Cantat porte plainte contre Paris Match pour diffamation »
, sur Le Figaro, (consulté le ) - ↑ Stéphane Bouchet et Frédéric Vézard, Marie Trintignant - Bertrand Cantat : l’amour à mort, éditions Archipel, Paris, 2013 (ISBN 978-2-8098-1238-1)
- ↑ « L'ex-femme de Bertrand Cantat l'accuse »
, sur L'Express, (consulté le ) - ↑ « Bertrand Cantat: nouvelles révélations sur ses accès de violence envers les femmes », sur lefigaro.fr, (consulté le ).
- ↑ « Bertrand Cantat, enquête sur une omerta - Le Point », sur lepoint.fr, (consulté le ).
- ↑ « Bertrand Cantat perd son procès en diffamation contre Le Point », sur SudOuest.fr, (consulté le )
- ↑ « Suicide de son ex-épouse : la plainte contre Bertrand Cantat classée sans suite », sur leparisien.fr,
- ↑ « "Elle est toute blanche" : à seulement 12 ans, le fils de Krisztina Rády et de Bertrand Cantat a retrouvé sa mère pendue dans le domicile familial », sur Femme Actuelle, (consulté le ).
- ↑ « Bertrand Cantat et le féminicide de Marie Trintignant », sur matrimoine-feministe.com, (consulté le ).
- ↑ « "Un sursaut de justice exceptionnel" : l'enquête sur la mort de Krisztina Rády, femme de Bertrand Cantat, va-t-elle se heurter à la prescription ? », sur France 3 Nouvelle Aquitaine, (consulté le )
- ↑ « Suicide de Krisztina Rady, l’ex-épouse de Bertrand Cantat : une enquête réouverte pour violences volontaires », sur Le Télégramme, (consulté le )
- ↑ Eva Almassy, R'avec, Arcane 17, , 153 p. (ISBN 9782493049032)
Liens externes
modifier- Ressource relative à la musique :
- Postface de Krisztina Rady à sa traduction hongroise de Persepolis de Marjane Satrapi