Gwanggaeto le Grand
Kwanggaet'o (광개토, Gwanggaeto en romanisation révisée, Hotaewang en chinois et en japonais) dit le Grand (374-413), né Go Damdeok (고 담덕) et sacré en tant que Roi Yeongnak (영낙)[1], est le dix-neuvième roi du Goguryeo, le plus septentrional des Trois Royaumes de Corée, de 391 à sa mort en 413. Son nom, littéralement "le grand élargisseur de territoire"[2] est un titre honorifique posthume qui rend hommage aux guerres expansionnistes qu'il a mené. À sa mort en 413, son fils Jangsu Wang lui succède[3].
Guerres avec Baekje
modifierC'est sous son commandement, à l'âge de 18 ans (392), que le Goguryeo lance une série d'offensives avec plus de 40 000 hommes contre le Royaume de Baekje qui découle d'années d'hostilités et d'offensives réciproques entre les deux royaumes[4]. Il prend les forteresses les plus importantes du nord du pays, dont Sugok, Seokhyeon[5], et plus tard Gwanmi[4], ce qui fragilise énormément les lignes de défenses de Baekje entre le fleuve Han et le fleuve P'ae[6](aujourd'hui Taedong). Il fait construire en 393 sept nouvelles forteresses pour consolider le front et mieux défendre la région des attaques de Baekje. En 396, Gwanggaeto lance une attaque maritime majeure, et prend 58 villes fortifiées du bassin Han[1]. A l'issu de cette offensive, le Goguryeo soumet complètement Baekje en prenant sa capitale Hanseong (aussi appelée Wiryeseong, aujourd'hui situé dans le nord de Seoul) et récupère les territoires de la vallée du Han. Le Roi Asin de Baekje promet alors de "servir Goguryeo pour toujours" (c'est à dire approximativement 3 ans)[1], et doit envoyer de nombreux sujets ainsi que son (ses?) frère(s) en tant qu'otages du Goguryeo[4]. La région étant grandement dévastée par la guerre, un partie de la population émigre vers Silla, ce qui n'arrange pas les tensions existantes entre les deux pays. En effet, les échanges humains entre Silla et Baekje ont déja apporté des tensions par le passé, notamment en 373, quand le Maripgan (roi) de Silla, Naemul, accueille des déserteurs de Baekje, ce qui provoque un échange de lettre tendu entre les deux pays[7]. De la même manière, cette immigration renforce la mésentente et joue un rôle dans l'invasion de Silla par Baekje en 399.
Intervention en Silla
modifierEn 399, les forces armées alliées de Gaya et Wae, avec le soutien de Baekje, envahissent le Royaume de Silla, qui constitue les Trois Royaumes de Corée avec Goguryeo et Baekje, et assiègent la ville de Geumseong (actuel Gyeongju). Silla envoie une délégation diplomatique en Goguryeo pour demander au Roi Gwanggaeto d'assister Silla pour défendre son territoire.

L'année d'après en 400, 50 000 hommes sont alors envoyés en Silla pour défaire les armées du Yamato (Wae) et de la confédération de Gaya. La guerre est plus ou moins remportée avec la défaites des forces alliées Gaya-Wae-Baekje dans le bassin du Nakdong[2], probablement proche de l'actuel Yangsan, et la prise de la place forte la plus importante de Gaya (actuel Gimhae)[4], ou le reste des forces du Wae s'étaient réfugiées. Cependant, quelques offensives ont lieu, notamment par Baekje contre Silla, jusqu'en 404. Suite à cette guerre, les troupes du Goguryeo restent stationnées en Silla, et l'état devient de facto un protectorat de Goguryeo. Le royaume s'approche alors d'une sorte d'unification de la péninsule coréenne, bien que fragile et non officielle.
Guerre avec le Yan postérieur
modifierUn fois la situation au sud maitrisée, Gwanggaeto se tourne vers les frontières nord du royaume. En effet, au printemps 400, alors que l'armée du Goguryeo repoussait l'armée du Wae et alliés en Silla, l'empereur Jungjong (aussi appelé Murong Sheng) du Yan postérieur de l'ethnie Xianbei (un des royaumes de la période des seize royaumes en Chine) prend les villes de Sinseong et Namsoseong, dans la région du Liaodong, supposément car Gwanggaeto était "arrogant". A cette période, le Yan postérieur contrôle les territoire du nord de la mer de Bohai. C'est aussi une opportunité pour Gwanggaeto, qui veut consolider son contrôle sur la péninsule de Liaodong et s'avancer jusqu'au fleuve Liao, de prendre ces territoires grâce à une offensive de représailles. Ainsi, en 402, il riposte et prend le forteresse de Sukgunseong (ou Sujun selon les Goguryeo Pongi du Samguk Sagi) particulièrement stratégique par sa proximité avec la capitale Yan, Longcheng (kor. Yongseong). Il prend en suivant le comté de Yan (actuel Jinzhou). À la mort de Murong Sheng en 401, c'est son oncle Daowen qui lui succède et prend le nom de Murong Xi. Il lance en 404-405 une offensive sur la forteresse de Liaodong. Il est rapporté par le Samguk Sagi, que durant le siège, Murong Xi donne l'ordre suivant à ses troupes : "N'escaladez pas les murs de la forteresse, quand nous l'aurons entièrement rasée, la reine y entrera en char"[5]. La forteresse est cependant bien défendue, et les troupes yan se voient obligées d'abandonner le siège. Gwanggaeto conquiert alors l'ensemble de la région du Liaodong. Ainsi, Goguryeo réunifie les anciens territoires du Gojoseon, 700 ans après.
Conquêtes annexes et affaires intérieures
modifierParallèlement à la guerre contre Baekje, Gwanggaeto conquiert en 392-393 le territoire des Khitans (Mandchourie occidentale) et fait 500 prisonniers. Il libère 10 000 otages goguryeo enlevés durant l'invasion Khitane de 378 pendant le règne du roi Sosurim. Il étend ainsi son royaume au nord de manière significative[5].
En 392, Gwanggaeto fonde neuf temples à Pyongyang, et visite la ville en 399. On peut supposer que cet intérêt grandissant pour la ville, mènera au déménagement de la capitale du Goguryeo de Gungnae à Pyongyang en 427, soit 14 ans après sa mort, sous le règne de son fils Jangsu[5].
Durant son règne Gwanggaeto reforme fondamentalement l'armée : elle n'est plus constituée de régiments indépendants mené par les aristocrates du royaume mais devient une armée centralisée ne répondant qu'au roi et ses généraux. C'est cette organisation qui lui permet son efficacité redoutable au front, ainsi que sa vitesse de déploiement. Parallèlement, le développement massif de l'industrie du fer fait que l'armée goguryeo sous Gwanggaeto est bien mieux équipée que celles des royaumes voisins, ce qui lui confère un avantage non négligeable[4].
Voir aussi
modifier- La stèle de Kwanggaet'o, le plus ancien texte local décrivant l'histoire d'un royaume coréen.
- La guerre Goguryeo - Yamato
Références
modifier- 1 2 3 Maurice Courant, Stèle chinoise du royaume de Ko-kou-rye, Paris,
- 1 2 Jinwung Kim, A history of Korea: from "Land of the Morning Calm" to states in conflict, Indiana University Press, (ISBN 978-0-253-00078-1)
- ↑ Les Coréens dans l'histoire, « Gwanggaeto le Grand, l’esprit de Goguryeo », KBSworld, le 27 aout 2010.
- 1 2 3 4 5 Ho-t'ae Chŏn, Goguryeo: in search of its culture and history, Hollym, (ISBN 978-1-56591-282-3)
- 1 2 3 4 Pu-sik Han'guk Chŏngsin Munhwa Yŏn'guwŏn et Edward J. Shultz, The Koguryo annals of the Samguk sagi, Academy of Korean Studies Press, (ISBN 978-89-7105-791-9)
- ↑ Jonathan W. Best, A history of the early Korean kingdom of Paekche: together with an annotated translation of the Paekche annals of the Samguk sagi, Harvard University Asia Center : Distributed by Harvard University Press, coll. « Harvard East Asian monographs », (ISBN 978-0-674-01957-7)
- ↑ Pu-sik Kim, Edward J. Shultz et Hugh H. W. Kang, The Silla annals of the Samguk sagi, Academy of Korean Studies Press, (ISBN 978-89-7105-860-2)