Kôdè (peuple)
Les Kôdè constituent un peuple d’Afrique de l'Ouest, présent dans la région de Béoumi, en pays Baoulé (Côte d'Ivoire).
Histoire
modifierL’origine des Kôdè est difficile à déterminer. D’après le tradition orale, ce peuple ferait partie du royaume Baoulé, fondé par la reine Abla Poku au XVIIIe siècle. Il serait rattaché au Ouarébo, la famille royale, occupant la région de Sakasso, d’Assafo et Toumodi [1], qui constituait l'une des huit tribus primitives du royaume, avec les Atoutou, les N’Zikpli, les N’Gban, les Nanafouè, les Agba, les Agoua et les Sah [2].
Période coloniale
modifierAu début du XXe siècle, les Kôdè furent, à l’instar des autres ethnies du peuple Baoulé, durement réprimés par les troupes coloniales françaises.
Campagne contre les Kôdè et les Ouarebo du 10 février au 31 mars 1902
modifierLe 1er janvier 1902, le Bataillon de Tirailleurs Sénégalais de Côte d’ivoire (BTRCI) est formé, afin de « pacifier » le pays Baoulé. Il est composé de 4 Compagnies, sous les ordres du capitaine-major Colonna d’Istria L’effectif du corps des sous-officiers et soldats est composé de 5 adjudants, 3 sergents-majors, 5 sergents fourriers, 32 sergents, 11 sergents indigènes, 4 caporaux-fourriers, 51 caporaux indigènes, et 690 tirailleurs.

Les premières opérations dans la Baoulé se déroulent du 21 janvier au 5 février 1902, contre les Agba-Satiahiris. Accusés d’avoir insulté le capitaine Privey lors d’une reconnaissance. Elles sont suivies du 13 février au 31 mars 1902 par une campagne contre les Kôdè et les Ouarebo.
Le 13 février à Nankolo, sous les ordres du capitaine Moreau, un détachement de la 3° Cie du BTSCI, composé du lieutenant Demoulin, d’un adjudant, quatre sergents européens et 120 tirailleurs, provenant des postes de Seguela, Darakala, Marabadiasso et Nankono, se met en marche pour Bimbalo, où il fonde un poste le 14 février. Il repartira, pour le pays Kôdè, le 21 février en laissant une garnison composée d’un sergent et 30 tirailleurs. Il arrive à Mangle Kokodi, qui est désert, puis à Assoumi et Kondi. Le 25 février il arrive au premier village Kôdè de Kolis. Le 27 février il reçoit l’ordre de retourner à Béoumi, où il arrive le 28 février. Un détachement de la 4° Cie, sous les ordres de l’adjudant Tournois, composé de 55 tirailleurs, part de Toumodi le 13 février. Il arrivera à Bouaké le 22 février, pour servir de réserve pendant les opérations contre les Ouarebo et les Kôdè.
Le 19 février un détachement de la 1ère Cie, sous les ordres du capitaine Privey, composé lieutenant Albuges, deux sous-officiers européens et 75 tirailleurs quitte Kodiokofi pour se rendre à Bouaké. Et un second détachement composé de 25 hommes de la 1ère Cie, sous les ordres du sergent Sirven quitte Diamankro pour se rendre également à Bouaké. Il font leur jonction à Bouaké le 21 février.

Le 21 février, un détachement de la 2° Cie, sous les ordres du capitaine d’infanterie Lambert (commandant le cerce du Baoulé nord), composé du lieutenant Abblard, de 3 sous-officiers européens , 117 tirailleurs et un canon de campagne, part de Bouaké pour opérer contre les Ouarebo et les Kôdè. Le 22 février à 6h45, le détachement quitte Bledi pour se rendre à Sakassou, où réside Kouami Die, le chef des Ouareros. Le village est attaqué et les Ouareros s’enfuient dans la forêt de Loka. Kouami Die est mortellement blessé. Le capitaine Lambert fonde un poste à Sakasso le 23 février et y laisse 40 tirailleurs sous les ordres d’un sergent Maria. Puis marche vers le pays Kôdè en traversant la rivière Loka. Il bivouaque à Kouamankro, à côté de la rivière Kanzue. De nombreux villages sont évacués. Le capitaine Lambert repart le 24 février et est attaqué à une heure de marche de Yanlanzue. Le lieutenant Abblard est blessé au visage. Le pilonnage du village déclenche un violent incendie laisse. Les Kôdè se réfugie dans le village de M’Babo, où un tir d’obus déclenche de nouveau la fuite. Le 25 février le capitaine Lambert et le capitaine Privey (1° Cie du BTRCI ) font leur jonction au village de Zodecan.





Le 22 février un détachement de la 1ère Cie, sous les ordres du capitaine Privey, composé du lieutenant Larcon, du sous-lieutenant Albugues, trois sous-officiers, 100 tirailleurs et 30 porteurs, quitte Bouaké. Les européens emportent 15 jours de vivres, les tirailleurs ont droit à deux jours. Il quitte Kouaouku le 23 février à 6h45, après avoir traversé le pays Ouarebo, où les villages sont déserts, il arrive au village Assekro en pays Kôdè, où il fait une trentaine de prisonniers. Le lendemain le lieutenant Dessuze (1° Cie du BTRCI ) part de Salikro pour le village Sakasso, pour se joindre au sergent Maria de la 2° Cie, et le capitaine Privey (1° Cie du BTRCI ) se met en marche contre les villages de Goukro et d’Afotoro, qui sont déserts. Il arrive au village Assengou et poursuit jusqu’au village principale des Kôdè de Béoumi, où il fonde un poste.
Le 25 février la capitaine Privey parti de Béoumi arrive à Zodekan. Le lieutenant Larcon, 2 sous-officier européens et 50 tirailleurs, sont envoyés en reconnaissance patrouille aux alentours et se rendent aux village de Kongossou et Guienfiessou, ils sont accueillis par des coups de feux des Kodes. Ils arrivent à Assakro , sous les tirs des Kodes qui sont embusqués. Le détachement déplore de nombreux blessés et retourne à Zodekan.
Le capitaine Privey (1° Cie du BTRCI ), le lieutenant Albuges, un sous-officier, et 50 tirailleurs quittent Béoumi pour M’Lebo. Ils passent par Assakanou, où ils reçoivent quelques coups de feux. Ils traversent la rivière Kan et s’engagent dans la forêt Niahan, ils atteignent le village de Bo faiblement défendu et le village de Niabran, dernier du pays Kôdè, puis les rivages du Bandama. Ils poursuivent jusqu’au village de Nanan. Les guerriers Kôdè les encerclent et les attaquent, aux sons des tambours et des trompes, mais ils sont mis en déroute face à la puissance de feux des tirailleurs et se contentent d’attaques rapides, avant de se retrancher à proximité. Ils arrivent à M’Lebo le 27 février où les Kodes démoralisés n’offrent qu’une faible résistance. Le capitaine Privey décide de retourner à Béoumi. Le 1er mars le sous-lieutenant Albugues, 50 tirailleurs et 60 porteurs quittent Béoumi pour se rendre à Kongossou en corvée de ravitaillement. Le 2 mars le capitaine Privey, le lieutenant Larcon, le sous-lieutenant Albuges, 2 sous-officiers, 85 tirailleurs de la 1ère Cie et 15 de la 2° Cie, quittent Béoumi pour visiter la partie Est et sud du pays Kôdè. L’itinéraire Assengou, N’Gouatrin, Yaakou, M’Babo, Guienfiessou et Béoumi. Le lieutenant Larcon, en avant garde, est blessé mortellement aux abords d’Assengou[3].
Tout le long de cette campagne, les villages furent incendiés, les guerriers qui les attaquaient décapités et les têtes laissées au bords des sentiers. Les Kôdè sous équipés en armes, ne possédant que des fusils à silex, face aux fusils Gras et Lebel des tirailleurs, adoptèrent le système d’attaque de type guérilla. Ils subirent de nombreuses pertes humaines [3].
Notes et références
modifier- ↑ Maurice Delafosse 1901, p. 202.
- ↑ Maurice Delafosse 1901, p. 165.
- 1 2 JMO (Journal des Marches et Opération) du Bataillon de Tirailleurs Sénégalais de Côte d'ivoire du 1er janvier 1902 au 1er avril 1904. Source : Service Historique de la Défense à Vincennes. Cote GR 5 H 246.
Bibliographie
modifier- Maurice Delafosse, Essai de la langue Agni, Paris, Librairie africaine et coloniale, , 226 p. (lire en ligne).
- François Joseph Clozel et Roger Villamur, Les coutumes indigènes de la Côte d’ivoire, Paris, Augustin Chalamelle, (lire en ligne).
- Albert Baratier, L’Épopée africaine, Perrin et Cie, (lire en ligne).
- Gabriel Angoulvant, La pacification de la Côte d’ivoire 1908-1915 : Méthode et résultats, Paris, Émile Larose, , 395 p. (lire en ligne).
- Maurice Delafosse et Auguste Terrier, Histoire des colonies françaises et de l’expansion de la France dans le Monde, t. IV, Paris, Société de l’Histoire nationale Librairie Plon, (lire en ligne).