L'Annonciation (Bernard)
L' Annonciation est un tableau à l'huile sur toile réalisé en 1890 par le jeune maître post-impressionniste français Émile Bernard[1]. Créée durant sa période synthétiste influente, cette œuvre illustre son rôle de pionnier dans l'art moderne de la fin du XIXe siècle. Pour Émile Bernard (tout comme pour son contemporain Maurice Denis)[2], peindre l'Annonciation était à la fois un témoignage du renouveau de la piété mariale à la fin du XIXe siècle et un hommage appuyé aux maîtres de la haute Renaissance italienne. Répéter ce sujet lui permettait de se mesurer aux grands peintres du passé tout en exprimant sa propre quête mystique[3]. La version originale à l’huile sur toile du tableau est conservée depuis 2000 au musée national Thyssen-Bornemisza à Madrid, en Espagne, dans le cadre de la collection Carmen Thyssen[4].
| Artiste | |
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| Date | |
| Type | |
| Dimensions (H × L) |
35 × 47 cm |
| Propriétaire | |
| No d’inventaire |
(CTB.2000.2) |
| Localisation |
Caractéristiques principales
modifierLe tableau utilise des aplats de couleurs vives, délimités par des contours sinueux et sombres. Cette stratégie de composition s’affranchit de la perspective traditionnelle au profit d’une harmonie décorative, jetant ainsi les bases de l’Art nouveau. L'œuvre se caractérise par un mélange éclectique de coups de pinceau parallèles et rigoureux comme ceux de Paul Cézanne, de paysages stylisés et d'un hommage aux maîtres du début de la Renaissance italienne[5]. Bernard intègre des images religieuses obscures tirées du Protévangile apocryphe de saint Jacques. Dans cette représentation, la Vierge Marie tient un fuseau symbolisant le tissage du voile du Temple lors de la visite de l’archange Gabriel[4].
Contexte historique
modifierCette période de la carrière de Bernard fut marquée par une immense effervescence créative et des frictions. Son style profondément spirituel et archaïque fut vivement critiqué par Vincent van Gogh, qui jugeait les thèmes religieux déplacés. À propos d'une annonciation de 1889, Van Gogh écrivait à Bernard[6] :
« Une Annonciation de quoi — — — Je vois des figures d’anges, élégantes, ma foi, une terrasse avec deux cyprès, qui me plaît beaucoup ; il y a énormément d’air, de clarté là-dedans… mais finalement, une fois cette première impression passée, je me demande s’il ne s’agit pas d’une mystification, et ces personnages secondaires ne me disent plus rien »
— Van Gogh le 26 novembre 1889[7].
Malgré ces critiques, des œuvres comme L'Annonciation ont directement influencé et inspiré la génération suivante d'artistes français, notamment le groupe des Nabis[8].
Un thème majeur du peintre
modifierL'Annonciation n'est pas un événement isolé dans la carrière d'Émile Bernard, mais un véritable fil conducteur spirituel et artistique qu'il a exploré tout au long de sa vie[3]. Alors que ses représentations de la Nativité se concentrent principalement entre 1886 et 1890, ses versions de l'Annonciation réapparaissent de manière sporadique et régulière jusqu'à la fin de ses jours[3]. Le catalogue raisonné de son œuvre confirme que ce sujet biblique constituait l'un de ses thèmes de prédilection. À la fin des années 1890, il décline le motif sous forme d'estampes[9], notamment des lithographies aquarellées vers 1896 pour les revues l'Ymagier[10] et Penhindérion[11] d'Alfred Jarry[12], ainsi qu'une zincographie en noir sur papier en 1899 conservée au musée Van-Gogh[13]. Plus tard dans sa vie, notamment après ses voyages en Italie et en Égypte, il peint d'autres huiles sur bois plus traditionnelles, comme celle conservée dans les collections du musée du Vieux-Château à Laval, où l'Archange Gabriel est représenté de dos sur un sol de dalles roses, séparé de la Vierge par un arbre[14].
- Œuvres du peintre apparentées
- L'Annonciation 1889.
- L'Annonciation, 1897.
- L'Annonciation, 1899.
- L'Annonciation, non datée, musée du vieux chateau, Laval.
- Annonciation (Deux femmes au lys), 1930.
Références
modifier- ↑ Jean-Jacques Luthi, Émile Bernard : catalogue raisonné de l'œuvre peint, Editions SIDE, (ISBN 978-2-86698-000-9, lire en ligne).
- ↑ « L'Annonciation - Maurice Denis | Musée d'Orsay », sur www.musee-orsay.fr (consulté le ).
- 1 2 3 Fred Leeman, Émile Bernard, (lire en ligne).
- 1 2 (en) « L'Annonciation - Bernard, Émile », sur www.museothyssen.org, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza (consulté le ).
- ↑ (en) Colección Carmen Thyssen-Bornemisza, Museo Thyssen-Bornemisza, (ISBN 978-84-96233-04-1, lire en ligne).
- ↑ « Letter 22 ».
- ↑ « To Emile Bernard. Saint-Rémy-de-Provence, on or about Tuesday, 26 November 1889. », sur vangoghletters.org (consulté le ).
- ↑ « Emile Bernard - Am Puls der Moderne | Institut français d'Allemagne », sur www.institutfrancais.de (consulté le ).
- ↑ Marie-Amélie Anquetil, Aquarelles orientales d’Émile Bernard, 1893-1904, Musée du Prieuré (Yvelines - France), (lire en ligne).
- ↑ (en) Diana Dethloff, Caroline Elam, Tessa Murdoch et Kim Sloan, Burning Bright: Essays in Honour of David Bindman, UCL Press, (ISBN 978-1-910634-34-9, lire en ligne).
- ↑ (en) Alfred Jarry et Stephen H. Goddard, Ubu's Almanac: Alfred Jarry and the Graphic Arts, Spencer Museum of Art, University of Kansas, (ISBN 978-0-913689-45-5, lire en ligne).
- ↑ « Annonciation : Et le verbe s'est fait chair et a habité parmi nous », sur Inha.
- ↑ (en) « The Annunciation (L'Annonciation) Emile Bernard, 1899 », Van Gogh Museum (consulté le ).
- ↑ « L'Annonciation - POP », sur pop.culture.gouv.fr (consulté le ).