LGBTQ+ en Inde
Les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) en Inde ont évolué ces dernières années. Cependant, les citoyens LGBT indiens sont confrontés à certaines difficultés sociales et juridiques que ne connaissent pas les personnes non LGBT. Le pays a abrogé ses lois de l'ère coloniale, qui discriminaient directement les identités homosexuelles et transgenres et ont également réinterprété l'article 15 de la Constitution pour interdire la discrimination sur la base de l'orientation sexuelle et de l'identité de genre. Mais de nombreuses protections juridiques n'existent pas, par exemple le mariage entre personnes de même sexe.
Histoire
modifierSelon l'universitaire Rohit K. Dasgupta (en), le Kamasutra décrit des relations homosexuelles masculines et féminines, et donne des conseils pour mieux les pratiquer. Bien que les Lois de Manu interdisent aux hommes d'avoir d'autres rapports sexuels que la pénétration vaginale, il n'existe pas de preuves historiques que quiconque ait été puni dans l'histoire ancienne de l'Inde pour avoir connu sexuellement une personne du même sexe. De plus, les traditions religieuses hindoues contiennent plusieurs exemples de fluidité de sexualité ou de genre[1].

Les poètes du mouvement bhakti ont des conceptions de la famille et de la sexualité qui incluent une très grande intimité avec les divinités. Cette dévotion intense se manifeste par exemple par des hommes qui chantent leur amour pour un dieu masculin, des femmes qui désobéissent aux obligations patriarcales (surtout de mariage), et des ermites qui quittent toute forme de vie domestique pour partir pèleriner. La même sorte de dévotion existe dans la tradition soufie[1].
Lors de la colonisation, la sexualité et le genre font partie des thèmes politiques importants par rapport auxquels les Portugais, les Français et les Britanniques justifient leur prise de pouvoir. Les mouvements anti-coloniaux s'appuient en retour aussi souvent sur l'idée d'une hétérosexualité authentiquement hindoue afin d'appuyer leur combat[1].
Démographie
modifierD'après une estimation de l'Organisation nationale de contrôle du sida (NACO) réalisée en 2008, il y a deux millions cinq cent mille homosexuels masculins en Inde[3].
Ipsos a publié un rapport à la suite de son enquête mondiale LGBT+ Pride 2021, menée entre le et le [4]. Les résultats montrent que 2 % de la population indienne s'identifie comme autre qu'homme ou femme, notamment transgenre, non-binaire, non conforme ou encore gender-fluid. En ce qui concerne l'orientation sexuelle, le rapport montre que 3 % de la population indienne s'identifie comme homosexuelle (gays et lesbiennes), 9 % bisexuelle, 1 % pansexuelle et 2 % asexuelle. Au total, 17 % s'identifient comme n'étant pas hétérosexuelle (à l'exception de « ne sait pas » et « préfère ne pas répondre »)[4].
Communautés
modifierHijra
modifierLes hijras, personnes du troisième genre considérées comme n'étant ni hommes ni femmes, ont une longue histoire dans le sous-continent indien. Criminalisés dans l'Inde britannique à la fin du XIXe siècle, ils ont continué à être stigmatisés dans l'ère postcoloniale. Depuis la fin du XXe siècle, des militants hijras ont fait pression pour la reconnaissance officielle de leur spécificité[5].
Lesbiennes
modifierLes lesbiennes en Inde ont commencé à s'organiser et à manifester dans les années 1980, à la suite d'attaques nationalistes contre des cinémas à la sortie du film Fire en 1996. Elles ont peu de droits au sein du système juridique indien.
Sociabilité
modifierMonde de la nuit
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Depuis la dépénalisation de l'homosexualité en 2018, l'Inde voit la multiplication des lieux ouvertement LGBTQ+. C'est notamment le cas du Kitty Su, un night club situé dans au sous-sol d'un hôtel de luxe de New Delhi, fondé par Keshav Suri et qui accueille non seulement les minorités de genre, mais aussi les personnes handicapées et les victimes d'attaques à l'acide[6]. Depuis, le Kitty Su a ouvert d'autres établissements à Mumbai, Bangalore, Calcutta et Chandigarh[6]. À la suite de la fusillade du 12 juin 2016 à Orlando, le Kitty Su organise des soirées spécifiquement destinées aux personnes issues de classes populaires[6].
Le Kitty Su est à l'origine du renouveau de la culture drag en Inde, invitant les drag queen internationales Milk, Thorgy Thor (en) et Violet Chachki et mettant en valeur les artistes locales, telles que Lush Monsoon et Betta Naan Stop[6].
Conditions de vie
modifierOpinion publique
modifierDepuis la fin du XXe siècle, l'on constate une baisse des stéréotypes et idées homophobes dans l'opinion indienne. Ainsi, si en 1993, 93 % de la population du pays estimait que l'homosexualité était « injustifiable », ce taux est descendu à 63 % en 2006[7].
D'après une étude du Pew Research Center de 2023, 53 % de la population indienne serait favorable à la légalisation du mariage entre personnes de même sexe[8].
Religions
modifierLa religion a joué un rôle significatif dans la formation des coutumes et traditions en Inde. Alors que l'homosexualité n'était pas mentionnée explicitement dans les textes religieux fondamentaux de l'hindouisme, la religion la plus pratiquée en Inde, quelques interprétations ont été vues comme condamnant l'homosexualité[9]. Les spécialistes divergent dans leur vision de la position de l'homosexualité au sein des principales traditions religieuses de l'Inde. Des arguments ont été avancés pour dire que l'homosexualité avait été présente et acceptée dans l'ancienne société hindoue[10].
Statut légal
modifierLes relations homosexuelles ont longtemps été un crime en Inde[11], un statut qui datait de l'ère de la domination britannique. L'homosexualité a été dépénalisée le lors de la décision historique Navtej Singh Johar v. Union of India (en)[12], qui dépénalise les rapports homosexuels consensuels en réécrivant l'article 377 du code pénal indien[13]. Le , un jugement de la Cour suprême d'Inde déclare non applicable une régulation interdisant aux couples homosexuels et non mariés d'adopter des enfants[14]. Néanmoins, la cour déclare également que la charte actuelle n'implique pas un droit au mariage, et qu'il est du ressort du parlement de légiférer sur ce point, ajoutant que le pays a le devoir de protéger les personnes queers de la discrimination[15].
La Cour suprême en a reconnu les hijras, les personnes transgenres, les eunuques et les personnes intersexes comme un « troisième genre » en droit[16],[17],[18]. Le pays leur propose une option dans les passeports et dans certains documents officiels[19].
Les personnes transgenres sont autorisées à changer de sexe après une chirurgie de réassignation sexuelle en vertu de la législation adoptée en 2019 (en) et ont le droit constitutionnel de s'inscrire sous un troisième sexe. En outre, certains États protègent les hijras, par le biais de programmes de logements, et offrent des prestations sociales, des régimes de retraite, des lits dans les hôpitaux publics ainsi que d'autres programmes conçus pour les soutenir. Il y a environ cent mille personnes transgenres en Inde[20].
Culture
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Représentations
modifierArts plastiques
modifierComme exemples d'artistes abordant les thèmes des minorités sexuelles et de genre en Inde, une encyclopédie[Laquelle ?] donne Sunil Gupta (devenu canadien), Bhupen Khakhar (en) et Tejal Shah (en)[25].
Références
modifier- 1 2 3 (en-GB) Rohit K. Dasgupta, « Queer sexuality: a cultural narrative of India’s historical archive », Rupkatha Journal on Interdisciplinary Studies in Humanities, vol. 3, no 4, , p. 651–670 (ISSN 0975-2935, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Omar Kasmani, Queer Companions: Religion, Public Intimacy, and Saintly Affects in Pakistan, Duke University Press, (ISBN 978-1-4780-2265-7, DOI 10.1215/9781478022657, lire en ligne)
- ↑ (en) Kounteya Sinha, « Legalise homosexuality: Ramadoss », sur The Times of India,
- 1 2 (en) « LGBT+ Pride 2021 global survey » [PDF], sur Ipsos, (consulté le )
- ↑ Agrawal 1997, p. 273–97.
- 1 2 3 4 (en) Ekam Singh, « Kitty Su », dans Queer Spaces, (ISBN 9781914124211), p. 102-103
- ↑ [vidéo] L4effet Papillon, « Demain les homosexuels cesseront-ils d'être discriminés ? - Le Chiffroscope », sur YouTube,
- ↑ (en) « How people around the world view same-sex marriage », sur Pew Research Center, (consulté le )
- ↑ (en)« Homosexuality and Hinduism », sur religionfacts.com
- ↑ Ruth Vanita et Saleem Kidwai, Same Sex love in India (MacMillan, Delhi, 2000).
- ↑ « L’Inde dépénalise l’homosexualité, après vingt ans de combat acharné », Le Monde.fr, (lire en ligne)
- ↑ Voir aussi l'article Navtej Johar.
- ↑ « L’Inde dépénalise l’homosexualité, après vingt ans de combat acharné », Le Monde.fr, (lire en ligne)
- ↑ (en) « 'No right for queer couples to jointly adopt’: SC in same-sex marriage verdict », Hindustan Times, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « India's top court says it does not have the power to legalise same-sex marriage », France 24, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « India recognises transgender people as third gender », The Guardian, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Terrence McCoy, « India now recognizes transgender citizens as 'third gender' », Washington Post, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Supreme Court recognizes transgenders as 'third gender' », Times of India, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Julfikar Ali Manik and Ellen Barry, "A Transgender Bangladeshi Changes Perceptions After Catching Murder Suspects", New York Times, 3 April 2015.
- ↑ (en) SUPREME COURT OF INDIA, « NATIONAL LEGAL SERVICES AUTHORITY (NALSA) VS. UNION OF INDIA », sur South Asian Translaw Database, (consulté le )
- ↑ (en) Dhananjay Mahapatra, « UN body slams India on rights of gays », sur The Times of India,
- ↑ (en) « Fear and loathing in gay India », BBC News, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Why should homosexuality be a crime? », The Times of India, (lire en ligne)
- ↑ (en) Gayatri Gopinath, « Queering Bollywood - Alternative Sexualities in Popular Indian Cinema », Journal of Homosexuality, vol. 39, nos 3-4, (DOI 10.1300/J082v39n03_13, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Shivaji K. Panikkar, « The Art of Identity in India », dans Global Encyclopedia of Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, and Queer (LGBTQ) History, vol. 1, Charles Scribner's Sons, , 123-127.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Madhavi Menon, Infinite Variety: A History of Desire in India, Speaking Tiger, (ISBN 978-93-87693-28-9, présentation en ligne)
- (en) « Same-Sex Love in India », SpringerLink, (DOI 10.1007/978-1-349-62183-5, lire en ligne)
- (en) Queering India: same-sex love and eroticism in Indian culture and society, Routledge, (ISBN 978-0-203-95121-7, 978-0-415-92949-3 et 978-0-415-92950-9)