La Baignade (Sweerts)
La Baignade est une peinture à l'huile sur toile réalisée vers 1655 par le peintre flamand Michael Sweerts (1618-1664).
| Artiste | |
|---|---|
| Date |
vers 1655 |
| Type | |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
109 × 164 cm |
| No d’inventaire |
998 |
| Localisation |
Plus qu'une simple scène de baignade, elle semble suspendue entre scène de genre, étude académique et méditation philosophique.
Description
modifierMichael Sweerts est doublement influencé, dans ses scènes de genre (comme le sujet de celle-ci), d'une part par les Bamboccianti, « enfants naturels du Caravage », qu'il fréquente et, d'autre part, par l'Accademia di San Luca qui prône à l'inverse un style plus classique et noble, dont on voit ici le résultat avec ces corps de baigneurs dans le goût antique[1]. La toile rappelle Hommes se baignant dans la lumière du soir (1650-1660), conservée au Musée de Basse-Saxe, une œuvre similaire, sans prétexte mythologique ni littéraire, composée, elle aussi, de la présence massive d'homme nus[2].
La Baignade frappe par son format : au lieu d'une scène de genre de dimensions réduites, Sweerts propose des figures de grande échelle. L'œuvre détonne par la présence exclusive d'hommes dévêtus s'adonnant aux plaisirs de la baignade. Le sujet, teinté d'ambiguïté, est traité de manière naturaliste[2].
Deux plans composent la peinture : la frise des hommes s'opposant au paysage à l'arrière. Ces deux plans ne sont pas liés et offrent un contraste entre la clarté du paysage et le premier plan animé. Cette impression de deux tableaux en un suggère que le paysage bruxellois pourrait être dû à Lodewijk de Vadder (1605-1655), tandis que les figures pourraient avoir été croquées à Rome. C'est probablement à Bruxelles que l'œuvre a été peinte[2].
Devant un paysage paisible traversé par une rivière, un groupe d'une dizaine d'hommes se rassemble sur une berge sablonneuse. La scène est baignée par une lumière douce, probablement celle de la fin de journée, qui contraste avec l'ombre profonde des arbres occupant toute la partie droite de la composition.

Au premier plan, un jeune homme vu de dos est immergé jusqu'à la taille dans l'eau. Sa silhouette, entièrement éclairée, constitue presque un point d'entrée dans le tableau. Il semble avancer lentement vers la rive, sans que l'on sache s'il sort de l'eau ou s'il s'apprête à y pénétrer.
À gauche, un autre baigneur, vu de dos, vient de poser le pied sur un rocher. Son corps est légèrement contracté, comme surpris par la fraîcheur de l'eau ou absorbé dans son mouvement.
Au centre, deux jeunes hommes nus occupent les rochers. L'un est allongé avec une grande décontraction, un bras posé derrière lui ; l'autre, assis, tourne directement le regard vers le spectateur. Ce contact visuel est inhabituel chez Sweerts et introduit une forme de dialogue silencieux avec celui qui contemple l'œuvre.
Derrière eux se tient un homme entièrement nu, vêtu seulement d'un étroit linge autour des hanches. Son bras levé et sa main ouverte donnent l'impression qu'il explique quelque chose ou participe à une conversation.

À proximité, un personnage est en train d'enfiler une chemise blanche dont les larges plis captent vivement la lumière. Son geste rompt momentanément la nudité générale du groupe.
Enfin, deux hommes demeurent entièrement habillés. L'un porte un large manteau gris et un grand chapeau à larges bords ; l'autre, assis dans l'ombre, ajuste ou retire son couvre-chef. Leur présence contraste fortement avec les baigneurs et demeure l'un des aspects les plus mystérieux de la composition.
Le paysage lui-même est traité avec beaucoup de délicatesse. À gauche, la rivière s'élargit dans un calme presque parfait, reflétant le ciel chargé de nuages lumineux. L'horizon très bas ouvre largement l'espace tandis que les arbres forment un rideau sombre qui concentre l'attention sur les figures.
Composition
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La composition est remarquablement équilibrée. Les figures sont disposées selon une diagonale qui conduit le regard depuis le baigneur dans l'eau jusqu'au groupe des hommes habillés. Aucun personnage n'occupe véritablement le centre : l'œil circule continuellement entre les différents groupes, comme s'il assistait à une succession de moments indépendants.
Cette absence de véritable action unificatrice distingue profondément cette œuvre des scènes narratives traditionnelles. Chacun semble absorbé dans son propre état : se sécher, s'habiller, converser, contempler ou simplement attendre.
Lumière et silence
modifierLa lumière constitue l'une caractéristiques majeures de l'œuvre de Sweerts. Les corps nus sont modelés par une lumière argentée extrêmement douce, qui rappelle parfois les sculptures antiques davantage que des corps vivants. Les carnations varient subtilement du rose au beige doré, sans jamais tomber dans un naturalisme brutal. En revanche, les personnages habillés sont volontairement maintenus dans la pénombre. Cette opposition entre chair lumineuse et vêtements obscurs renforce le caractère méditatif de la scène.
Ce qui frappe surtout est l'absence presque totale d'activité et l'impression de silence. Contrairement aux scènes de baignade flamandes ou hollandaises habituelles, personne ne joue, ne plonge, ne rit ou ne manifeste une joie particulière. Le silence paraît presque palpable. Les personnages semblent réfléchir, attendre ou converser à voix basse. Le temps paraît suspendu.
Parcours du tableau
modifierPeinte à Rome en 1655, l'œuvre est attestée au début du XIXe siècle dans la prestigieuse collection du chevalier François-Xavier de Burtin à Bruxelles. Après la mort de ce dernier en 1818, elle est vendue lors de la dispersion de sa collection le , constituant le (lot no 131) et acquise soit par un dénommé Schryver de Bruges ou par un certan Malfait de la même ville. Elle réapparaît ensuite chez le marchand d'art strasbourgeois Alexandre Toupey[3].
En 1924, Hans Haug, conservateur du musée des Beaux-Arts de Strasbourg, achète à Toupey le tableau de Michiel Sweerts. L'œuvre est l'un des premiers achats audacieux effectués par l'institution muséale. Le tableau de Sweerts, alors sans titre, entre dans la collection nordique avant qu'en 1930 l'artiste connaisse un regain de faveur[2].
Références
modifier- ↑ Vitale Bloch 1968, p. 12.
- 1 2 3 4 Musées de Strasbourg 2006, p. 184-185.
- ↑ « La Baignade », sur pop.culture.gouv.fr, (consulté le ).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- Vitale Bloch, Michael Sweerts, La Haye, LJC Boucher, , 112 p..
- Musées de Strasbourg, Le Musée des beaux-arts de peinture, Strasbourg, Éditions des musées de Strasbourg, , 255 p. (ISBN 978-2-90-183378-9).
Liens externes
modifier- Ressource relative aux beaux-arts :