La Fausse Antipathie
La Fausse Antipathie est une comédie en trois actes, avec prologue, de Nivelle de La Chaussée, créée, le , sur le Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain à Paris.
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Guillaume-Pascal Prault (d) |
Sujet
modifierLa Fausse Antipathie est l’histoire de sentiments contrariés par les convenances et les préjugés, qui se résolvent au profit de l’amour et de la vertu.
Inspiration
modifierLa Fausse Antipathie dérive de l’intrigue secondaire de la comédie Démocrite amoureux de Jean-François Regnard mettant en scène les retrouvailles et la réconciliation du valet Strabon avec sa femme, la suivante Cléanthis, et leur réunion finale[1].
Rôles
modifier- Léonore.
- Damon, amant de Léonore.
- Geronte, oncle de Léonore.
- Orphise, femme de Géronte.
- Frontin, valet de Damon.
- Nérine, suivante de Léonore.
La scène est dans une maison de campagne de Géronte.
Argument
modifierLéonore est sous la tutelle de son oncle Géronte et de sa tante Orphise, qui veulent la marier contre son gré pour l’empêcher d’épouser son véritable amour, Damon, en raison d’une prétendue antipathie entre les familles reposant sur des préjugés sociaux, plus que sur de véritables raisons de rupture. Soutenu par son valet Frontin, Damon tente de convaincre Léonore et de circonvenir ses proches, en multipliant les scènes de déclarations passionnées et les dialogues moralisants sur l’honneur, la vertu et la sincérité des sentiments. Petit à petit, les faux prétextes de l’antipathie se désintègrent : les raisons de la querelle sont dénoncées, les malentendus sont dissipés et les proches finissent par céder. La réconciliation du couple et la levée de l’antipathie inventée scellent le triomphe de l’amour sincère et de la vertu.
Réception
modifierLe Pour et Contre rapporte que la Fausse Antipathie « a été applaudie et suivie assez longtemps[2]. » Antoine de Léris rapporte que la pièce a été « jouée peu de fois, mais reprise le 27 février 1734, avec succès[3] » Mouhy explique les raisons de l’interruption des représentations : « Cette pièce […] jouée pour la première fois le 12 octobre 1733 […] n’a d’abord eu que quatre représentations, parce qu’on alla à Fontainebleau ; mais à sa reprise, le 27 février de l’année suivante, avec sa critique, elle en a eu encore quinze ; en tout dix-neuf représentations[4] ». Ceci permet à Gustave Lanson de résumer en écrivant que « La Fausse Antipathie, jouée le 2 octobre 1733, réussit pleinement, et pendant dix ans, La Chaussée n’a connu que le succès[5]:72. » Début 1734, Antoine Danchet demande à l’Académie-Française, au nom de La Chaussée « la permission de dédier à l’Académie cette pièce qui a eu beaucoup de succès[6] », requête agréée par la Compagnie[a].
Un siècle et demi plus tard, Lapommeraye postule que « Les femmes goutèrent beaucoup cette pièce dans laquelle on voit deux époux, séparés aussitôt après leur union, se retrouver, sans se reconnaitre, douze ans après, s’aimer et… accomplir ce qu’ils eussent dû réaliser douze ans auparavant[7]. » En 1903, Gustave Lanson réutilise cette critique genrée pour affirmer que : « La fausse Antipathie avait plu surtout aux femmes, toujours sensibles à la nouveauté, ne craignant que l'uniformité et l'ennui, peu préoccupées des traditions et des règles, et plus capables que les hommes de pleurer avec plaisir et sans émotion profonde[5]:147. »
Réception critique
modifierL’abbé Prévost juge la Fausse Antipathie « ingénieuse et bien écrite[2]. » Voltaire écrit à Cideville : « À l’heure que je vous parle mes deux amis sont à la comédie à une pièce nouvelle d’un nommé La Chaussée, intitulée la Fausse Antipathie. […] Linant revient de la comédie, il dit qu’elle a plu assez, qu’elle n’est pas absolument froide et qu’elle est bien écrite[8] » Le Mercure de France écrit que « le comique vous en a paru noble et instructif[9] » et que le public a accordé son « approbation à un génie qui n’a point tâté de la contagion du style précieux et du brillant superficiel[9]. »
La Bibliothèque françoise déclare que « cette pièce est bien écrite, et sur le ton de la bonne comédie[10]. » Alexis Piron a, en revanche, ouvert les hostilités contre La Fausse Antipathie avec son épigramme plaisantant La Fausse Antipathie, début du Révérend Père de La Chaussée. Accusé d’avoir mis en scène une pièce à l’intrigue invraisemblable[b] et au dénouement forcé[11], La Chaussée se contente de répliquer par une Critique, qui sera jouée à la suite de la pièce, à partir du [5]:144.
Prélude à la comédie larmoyante
modifierLa Fausse Antipathie a fait « entrevoir toutes les richesses […] d’un genre jusqu’alors inconnu sur le théâtre français[12]. » Cette pièce est le prélude au genre larmoyant, qui va se déployer dans les pièces suivantes de La Chaussée. Contrairement à celles-ci, on pleure peu dans la Fausse Antipathie[13]. L’ouvrage n’est encore qu’attendrissant mais, en accordant la préférence à l’émotion morale sur le pur comique, il annonce déjà la comédie larmoyante, genre qui a eu un impact durable sur l’évolution du théâtre français, en préparant le terrain au drame bourgeois du XVIIIe siècle[14].
Sous la Restauration, le Journal de Paris, qui sera le porte-parole officiel du gouvernement de Charles X, se livre à une critique virulente de la comédie larmoyante, rendue responsable du déclin du théâtre français : encouragé par le succès de la Fausse Antipathie, et sans doute plus à l’aise dans un genre encore vierge des empreintes des grands classiques, Nivelle de La Chaussée aurait cédé au mauvais gout dominant à l’époque. Nourri par de fausses théories littéraires, telles que le mépris envers Racine ou la versification d’un Houdar de La Motte, abusé par le succès de la Brouette du vinaigrier et de l’Habitant de la Guadeloupe, il aurait cru en toute sincérité à la fin d’une époque[15]. Comme le faisait Voltaire, le public dont le gout aurait décliné reçoit sa part de blâme : l’approbation public applaudissant ses drames aurait encouragé La Chaussée, qui aurait persévéré. Ainsi ce genre serait-il devenu à la mode, et les plus grands critiques et les dramaturges eux-mêmes, comme Destouches, auraient, à leur tour, cédé à l’engouement du public[15].
Postérité
modifierGuyot de Nerville a donné, le , une comédie sentimentale intitulée les Époux réunis, dépouillée de toute effusion larmoyante. Le thème a été repris au XIXe siècle, avec Un mariage sous Louis XV, les Demoiselles de Saint-Cyr d’Alexandre Dumas, l’Ami des femmes de Dumas fils, Divorçons de Victorien Sardou[5]:72[7]. L’intrigue de la Fausse Antipathie a trouvé son prolongement ultime dans la nouvelle de Pouchkine, de l’homme qui avait épousé sa propre femme, dans la Tempête de neige[16].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Cette démarche constitue la première étape de La Chaussée vers l’accession à l’Académie[5]:72.
- ↑ La pièce semble ne pouvoir subsister sans l'ignorance réciproque des deux époux. Si Damon et Léonore s’étaient expliqués plus tôt, ils se seraient reconnus, ce qui aurait mis fin à la pièce, ce qui force le dramaturge à toute sorte de circonvolutions pour différer ce dénouement[5]:189.
Références
modifier- ↑ Catherine François-Giappiconi, chap. 7 « En marge de Démocrite amoureux, la « comédie des époux réunis » et ses singuliers avatars », dans Jean-François Regnard (1655-1709), Paris, Armand Colin, , 353 p., illustr. ; 24 cm (ISBN 978-2-20027-607-2, OCLC 811319280, lire en ligne), p. 107-124.
- 1 2 Antoine François Prévost, « La fausse Antipathie », Le Pour et Contre, Paris, Didot, t. 3, , p. 143 (ISSN 2955-4551, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Antoine de Léris, « La Fausse Antipathie », dans Dictionnaire portatif des théâtres, contenant l’origine des différens théâtres de Paris, le nom de toutes les pièces qui y ont été représentées et des pièces jouées en province ou qui ont paru depuis plus de trois siècles, avec des anecdotes et des remarques, Paris, C.A. Jombert, , xl, 557 p., in-12 (OCLC 1811240, lire en ligne sur Gallica), p. 138.
- ↑ Charles de Fieux de Mouhy, « fausse antipatie [sic], (la) », dans Le Répertoire de toutes les pièces restées au Théâtre François, avec la date, le nombre des représentations, et les noms des auteurs et des acteurs vivans, Paris, Vve Pissot, , vi-[4]-146 p., ; in-16 (lire en ligne sur Gallica).
- 1 2 3 4 5 6 Gustave Lanson, Les Origines du drame contemporain : Nivelle de La Chaussée et la comédie larmoyante, Paris, L. Hachette, , 2e éd., vi-322 p., in-8º (OCLC 243908128, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ « 1734 janvier-mars », dans Gaston Boissier, Charles Marty-Laveaux, Alfred Rébelliau (préf. Camille Doucet), Les Registres de l'Académie françoise, Paris, Firmin-Didot et Cie, 4 vol. ; in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 356.
- 1 2 Henri de Lapommeraye, « Le Théâtre à la Sorbonne : Nivelle de la Chaussée et la Comédie larmoyante », Paris, Paris, vol. 8, no 9, , p. 1 (ISSN 2592-4494, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ « CCXLIV. — AU MÊME. Ce 27 septembre. », dans Voltaire, Œuvres complètes, Paris, L. Hachette, , 472 p., 46 vol. ; in-18 (OCLC 1405514052, lire en ligne sur Gallica), p. 216.
- 1 2 « Un usage fondé… », Mercure de France, Paris, Charles-Joseph Panckoucke, , p. 760 (ISSN 1770-6211, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Denis-François Camusat, Jean-Jacques Bel, François Granet, Claude-Pierre Goujet, « Mr. de La Chaussée », Bibliothèque françoise, ou Histoire littéraire de la France, Amsterdam, t. 19, , p. 181 (ISSN 2648-8116, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Sophie Marchand, « Les Jeux de l'ordre et du désordre : réflexions sur les intrigues de la Fausse Antipathie et de Mélanide », dans Jean Dagen, Catherine François-Giappiconi, La Chaussée, Destouches et la comédie nouvelle au XVIIIe siècle, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, , 445 p., illustr. ; 24 cm (ISBN 978-2-84050-826-7, OCLC 788974457, lire en ligne), p. 165-78.
- ↑ « La fausse Antipathie », Le Spectateur du Nord, Hambourg, t. 19, , p. 183 (lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Catherine François-Giappiconi, « Collé et Nivelle de La Chaussée : de singuliers rapports », dans Marie-Emmanuelle Plagnol-Diéval et Dominique Quéro, Charles Collé (1709-1783) : au cœur de la République des lettres, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 323 p., illustr. ; 21 cm (ISBN 978-2-75352-280-0, OCLC 844428913, lire en ligne).
- ↑ Fernande Bassan, « De la tragédie classique au drame romantique en France », Nineteenth-Century French Studies, Paris, vol. 4, no 3, , p. 206–12 (ISSN 0146-7891, lire en ligne).
- 1 2 J. P. V…T, « Répertoire du Théâtre-Français », Journal de Paris, Paris, no 322, , p. 3 (ISSN 2400-8354, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ (en) Wacław Lednicki, Bits of table talk on Pushkin, Mickiewicz, Goethe, Turgenev, and Sienkiewicz, La Haye, M. Nijhoff, , vii, 263 p., 24 cm (ISBN 978-9-40151-753-9, OCLC 1924177, lire en ligne), p. 52.
Bibliographie
modifier- La Fausse Antipathie, Comédie avec un prologue, & la critique de cette pièce, Paris, Prault, , [6]-122 p., in-8º (OCLC 714979549, lire en ligne sur Gallica).
Liens externes
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