La Villeneuve (Grenoble)

quartier de Grenoble, en France

La Villeneuve est un grand ensemble situé dans le sud de Grenoble réalisé par l’atelier d'urbanisme et d'architecture (AUA) entre 1970 et 1983. Elle regroupe plusieurs quartiers situés sur la commune de Grenoble et d’Échirolles, parmi lesquels le Village Olympique, conçu par l'architecte Maurice Novarina, l'emblématique quartier de l'Arlequin et le quartier des Baladins distribués autour d'un espace central : Grand'Place. ll procède d’une zone à urbaniser en priorité (ZUP) instituée par arrêté ministériel en décembre 1961 sur 330 hectares, dont le plan initial fut entièrement révisé après le changement de municipalité de 1965[2].

La Villeneuve
La Villeneuve (Grenoble)
Galerie de l'Arlequin dans le parc Jean Verlhac de la Villeneuve de Grenoble
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Département Isère
Ville Grenoble
Démographie
Population 11 708 hab. (2018[1])
Densité 20 907 hab./km2
Étapes d’urbanisation XXe
Géographie
Coordonnées 45° 09′ 49″ nord, 5° 44′ 10″ est
Superficie 56 ha = 0,56 km2
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Grenoble
Voir sur la carte administrative de Grenoble
La Villeneuve

Imaginée par la coalition municipale d'Hubert Dubedout, les groupes d'action municipale (GAM) dans le sillage du Parti Socialiste Unifié (PSU) et des habitants, cette opération a été très médiatisée dans les années 1970, jusqu'à devenir un symbole de l'architecture post-68. Elle est fréquemment décrite comme une utopie résultat de la participation des habitants qui a permis la mise en place de nombreuses expérimentations sociales.

L’ensemble a reçu le label « Patrimoine du XXe siècle » en 2003.

Historique

modifier

La plaine sud de Grenoble est longtemps demeurée une étendue cultivée et traversée par les voies reliant la vieille ville au sud dauphinois, en direction d’Eybens et d’Échirolles. Les inondations liées à la fonte des neiges y rendaient toute construction difficile : seule la tour Prémol, édifiée au XIIIe siècle, figure sur les cartographies anciennes. L’endiguement du Drac, entrepris à partir du XVIIe siècle, rendit progressivement l’urbanisation envisageable. Au début du XXe siècle, la ville et la chambre de commerce et d’industrie rachetèrent les terrains pour y aménager l’aérodrome Jean-Mermoz. La forte croissance urbaine de l’après-guerre bouleversa la plaine sans plan d’ensemble, ce qui conduisit les pouvoirs publics à engager une planification[2].

L’urbanisation de la plaine sud débute par un acte juridique : l’arrêté ministériel instituant une zone à urbaniser en priorité en décembre 1961, sur un périmètre de 330 hectares acquis progressivement par Grenoble et Échirolles. Les études du plan directeur d’urbanisme, prévues par le décret Debré, ne démarrent qu’en mars 1962 et sont confiées à l’architecte Henry Bernard, grand prix de Rome, qui repousse les études de la ZUP au lendemain des élections municipales de 1965. Le « plan Bernard » qui en résulte ne sera jamais édifié, mais il fixe les grands axes routiers qui structurent encore la Villeneuve[2].

Croquis des Villeneuves de Grenoble et Echirolles reliées par un centre.

Les élections de mars 1965 amènent au pouvoir une coalition formée des groupes d’action municipale, du PSU et de la SFIO, conduite par Hubert Dubedout. Avec l’adjoint à l’urbanisme Jean Verlhac, fondateur du PSU installé à Grenoble après le drame du métro Charonne, la municipalité agit dans deux directions : réaliser les aménagements des Jeux olympiques de 1968, et se doter d’une expertise urbanistique locale. Les Jeux imposent en moins de deux ans routes, rocade, déviation ferroviaire et logements ; Maurice Novarina construit le Village olympique en un temps record, et un stade éphémère accueille la cérémonie d’ouverture à l’emplacement exact du futur quartier de l’Arlequin[3].

Parc Jean Verlhac.

Sur les conseils de l’architecte et élu Maurice Blanc, Hubert Dubedout fait appel à l’atelier d’urbanisme et d’architecture (AUA), coopérative pluridisciplinaire réunissant architectes, urbanistes, économistes, ingénieurs et sociologues. L’urbaniste Michel Steinbach et le sociologue Jacques Allégret obtiennent un premier contrat de renforcement de l’agence d’urbanisme, étendue à l’agglomération en février 1967. Henry Bernard est rapidement remplacé : Jean-François Parent est chargé du programme et du schéma de structure, Georges Loiseau et Jean Tribel deviennent architectes en chef, et une équipe de paysagistes urbains réunit Henri Ciriani, Borja Huidobro et Michel Corajoud[2].

Associer les usagers à la conception du projet constitue une orientation politique forte de la nouvelle municipalité, mais elle se heurte à une difficulté : les futurs habitants sont inconnus. Les sociologues de l’agence d’urbanisme organisent donc des rencontres au Village olympique, juste après le départ des athlètes et l’arrivée des premiers résidents. L’initiative est quasiment inédite en France et précède de peu les expériences de Lucien Kroll à Louvain (1969) et de Ralph Erskine à Newcastle (1970). Les commissions, réunies à partir de septembre 1968, sont fortement marquées par le climat de Mai 68 et portent principalement sur les institutions scolaires, la pédagogie et les catégories de logement[2].

Entre ville nouvelle et grand ensemble

modifier
Maquette en bois de la Galerie de l'Arlequin, Villeneuve de Grenoble
Maquette en bois de la galerie de l'Arlequin, La Villeneuve de Grenoble.

L’AUA propose un schéma d’aménagement en tranches successives, organisé autour d’un centre monumental distribuant plusieurs quartiers d’habitation. Les premières esquisses d’Henri Ciriani donnent à voir une ville à plusieurs niveaux, aux circulations piétonnes séparées des routes, avec des bâtiments centraux de vingt-cinq niveaux mêlant logements, équipements et commerces[2].

Ce centre monumental sera abandonné : l’espace central accueillera finalement Grand’Place. Le quartier de l’Arlequin, première tranche, est en revanche construit dans ses dimensions initiales, sous la forme d’une construction linéaire continue et sinueuse d’une dizaine de niveaux. Cet inachèvement crée un contraste durable et entretient l’ambiguïté d’un projet situé entre grand ensemble et ville nouvelle[2].

Les élus visaient un équilibre entre logements sociaux et logements en copropriété, et refusaient la hiérarchisation des immeubles selon les classes sociales. Cet équilibre ne fut jamais atteint à l’Arlequin, les promoteurs privés s’étant retirés du projet, ce qui contraignit la municipalité à revoir la répartition générale ; il ne fut obtenu qu’à l’échelle de la Villeneuve au début des années 1980, avec environ 48 % de logements sociaux pour 52 % de logements privés. Il s’agit de l’un des tout premiers projets français affichant explicitement de tels objectifs, avant même que le terme de « mixité sociale » ne soit en usage[2].

La galerie de l’Arlequin

modifier
Arlequin

Le premier quartier est la Galerie de l'Arlequin. On accède aux logements par de longues coursives desservant plusieurs étages et reliées entre elles. Sous les immeubles, la galerie de l’Arlequin traverse l’ensemble des bâtiments : 1 465 mètres linéaires, 15 mètres de largeur et 6 mètres de hauteur. À l’ouest, elle est bordée par les réseaux techniques ( voirie, silos de stationnement, traitement des déchets ) tandis qu’à l’est elle ouvre largement sur le parc. Le principe de la rue-galerie a été formulé par l’équipe de l’AUA , puis enrichi par le programme d’équipements issu des commissions Villeneuve.

Le dépassement des plafonds de financement du logement social imposa de revoir plusieurs procédés de conception dont l'a réduction du nombre d’ascenseurs, la superposition des grands appartements dans les mêmes montées, en particulier au 50 galerie de l’Arlequin. L’office HLM municipal s’opposa par ailleurs aux innovations architecturales susceptibles de renchérir ses procédés de fabrication[4].

Les équipements intégrés et le projet pédagogique

modifier

Principale contribution des commissions Villeneuve, les équipements dits « intégrés » sont conçus pour accueillir simultanément plusieurs publics et plusieurs fonctions, afin d’éviter la ségrégation spatiale. Des contacts sont établis avec un groupe de travail national, devenu commission interministérielle en 1971, chargé de réformer la notion d’équipement à partir de l’expérience de Yerres.

Le collège-maison de quartier ouvert sur la ville (aujourd’hui le Patio ) réunit ainsi un forum, une cantine, la salle de spectacle (l'Espace 600), et un centre audiovisuel (la Maison de l'Image)[2]. Cette réalisation s'est fortement inspirée des community college britanniques. D'autres équipements existent dont cinq groupes scolaires primaire et maternelle, deux centres de santé communautaires, deux gymnases et une piscine, qui donnent sur le parc. Une zone d’activité de deux hectares borde l’ensemble au sud de l’École nationale supérieure d’architecture, achevée en 1976.

Le volet pédagogique constitue l’aspect le plus documenté de ces expérimentations. Les concepteurs remettent en cause le découpage maternelle-primaire et intègrent les activités extrascolaires ; les architectes abolissent la structure traditionnelle de la classe au profit d’espaces en alvéoles imbriquées, privilégiant les formes octogonales, les recoins soustraits au regard adulte et des cours sans barrières ouvertes sur le parc. Marie-José Chombart de Lauwe a vu dans la Villeneuve une tentative d’intégration de l’enfance à la conception de la ville[5]. Le pédagogue Raymond Millot a préféré qualifier le projet de recherche-action, à double objectif de transformation du réel et de production de connaissances.

À partir de 1972, l'équipe créé la Vidéogazette qui programme régulièrement sur le câble des émissions de radio et de télévision qui peuvent être reçues par 3000 logements. Le contenu des programmes de télévision se répartit entre les émissions d'informations, élaborées aussi bien par les usagers que par l'équipe d'animation, les rediffusions d'émissions nationales, les débats, les films, les émissions de variétés, de jeux.

Les Baladins et le Village Olympique

modifier
Village olympique

Le deuxième quartier, Les Baladins, est habité entre 1978 et 1981 en même temps que l’achèvement du parc. Si le schéma d’urbanisme est proche de celui de L'Arlequin, son architecture est plus diversifiée et son programme d’équipements tient compte des enseignements tirés du premier quartier.

Art urbain

modifier
La Bruyère, nord du quartier de La Villeneuve, en 2026.

En 1967, un symposium international de sculpture est organisé à Grenoble dans le cadre du programme de préparation des Jeux olympiques. Selon Jacques Joly, cet évènement marque le retour des artistes sur la scène urbaine en France[6].

À La Villeneuve, la municipalité souhaite associer des plasticiens à la conception de la galerie de L'Arlequin, non pas seulement pour la décoration mais à la conception même du volume. Si Jean Dewasne fut contacté, cette tentative tourna court. La décoration sera finalement confiée à Henri Ciriani et à Huidobro, membres de l'AUA. En 2012, les esquisses de Ciriani pour La Villeneuve seront exposés à Beaubourg dans une salle consacrée au chromatisme. En 1975, un travail de coloration et d'esthétique est confié au plasticien Guy de Rougemont considéré par Jacques Joly comme un rattrapage, une intervention ex-post très classique[6].

Finalement ce sera dans le quartier des Baladins que réussira l'articulation entre la dimension de l'art à la conception architecturale et urbanistique, avec la création par K. Schultze de sculptures en briques représentant des géants assis, couchés et désarticulés.

En 1975, un groupe de six artistes travaillant en coopérative, les Malassis réalisera une grande fresque peinte sur les murs du centre commercial de Grand'Place à partir de variations inspirés par le tableau de Géricault, Le Radeau de la Méduse. L'œuvre propose une critique de la société capitaliste dans ce haut lieu de la fonction marchande, les auteurs allant même jusqu'à signifier que « le radeau de la Méduse, c'est le naufrage de notre société de consommation[6] »… L'œuvre provoqua un intense débat dans la presse locale. Elle fut recouverte en 2000 dans la plus profonde indifférence.

L'artiste Ernest Pignon-Ernest

Ernest Pignon-Ernest, considéré comme l'un des précurseurs de l'art urbain réalise une fresque sur la bourse du travail situé entre la galerie de L'Arlequin et Grand'Place. Cette fresque, dite de la Bourse du Travail, d'une hauteur de 5 mètres de haut sur 14 mètres de large, représente des reproductions d'affiches politiques et syndicales et sérigraphies. Elle est encore visible aujourd'hui, bien qu'ayant été dégradée pendant longtemps, elle a fait l'objet d'une restauration en 2016 après la reconstruction du mur sur lequel elle reposait[7].

De nombreux artistes, architectes et intellectuels ont habité ou travaillé à la Villeneuve. Jean-Luc Godard y a vécu de 1974 à 1978, venu travailler avec l’ingénieur Jean-Pierre Beauviala, et y a tourné Numéro deux dans son propre appartement. Le philosophe Gilles Lipovetsky y a également résidé jusqu’au début des années 1980. L'écrivain algérien Kateb Yacine a également résidé à la Villeneuve. Pierre Joseph et Dominique Gonzalez-Foerster ont grandi à à la Villeneuve.

De 1983 aux années 2000

modifier
Station Grand Place (Ligne A du tramway de Grenoble

La Marche pour l'Egalité et contre le racisme fait étape à la Villeneuve le 31 octobre 1983.

En 1983, la municipalité d'Union de la gauche n'est pas reconduite. La nouvelle équipe abandonne la construction du troisième quartier et modifie quelque peu le contenu des zones d'activités. En 1987, la première ligne A de tramway de l’agglomération, prévue dès la fin des années 1970, remplace la ligne d’autobus n°15. Elle traverse La Villeneuve selon un axe nord-sud depuis la gare SNCF de Grenoble et le centre ancien de la ville, puis parvient au centre commercial Grand'Place, après deux arrêts desservant ce quartier (Bruyère et Arlequin).

La municipalité d'Alain Carigon réduit les budgets de gestion urbaine et concentre les ménages en difficultés dans les immeubles de l'Arlequin[2]. Un audit du ministère de l’Équipement qualifie en 1989, la gestion financière HLM d'extrêmement préoccupante, ce qui entraine un plan de redressement. Alain Carignon sera ultériereurement condamnée à vingt-neuf mois de prison pour abus de bien sociaux, corruptions et subornation de témoins.

En 1989, une charte d'objectif est signé avec l'État et la région Rhône-Alpes pour lancer une opération de développement social des quartiers. La colère éclate le 8 novembre 1990 après la mort pas overdose d'un jeune habitant[8]. Le quartier est classé en zone d'éducation prioritaire. Alors que le quartier a longtemps été considéré comme un exemple, pour la première fois, La Villeneuve est associée à un grand ensemble en difficulté.

Mais progressivement, dans les années 1990 et 2000, le centre se complète avec des bureaux et des équipements d’agglomération comme la patinoire Pôle Sud. Les anciennes zones industrielles, non comprises dans la ZUP, accueillent un nouveau quartier : Vigny Musset, achevant ainsi de souder La Villeneuve au tissu urbain résidentiel grenoblois.

La première réhabilitaiton de l'Arlequin intervient au début des années 1990, conduite par François Naudin, architecte de l'atelier public municipal qui avait participé à la construction du quartier avant d'y résider[2].

Événements de juillet 2010

modifier

En , Karim Boudouda, habitant de La Villeneuve, est tué par la police après avoir braqué le casino d'Uriage le [9]. La nuit suivante éclatent une révolte qui impliquent une trentaine de personnes. Plusieurs dizaines de voitures sont brûlées et des tirs à balles réelles sont recensées à dix ou vingt reprises[10]. Une lourde opération de police, relayée par les médias locaux et nationaux, est alors lancée à Arlequin Nord, déployant jusqu'à 300 hommes dont des brigades d'interventions spéciales du RAID et GIPN. Pendant plusieurs jours, La Villeneuve est isolée du reste de la ville, notamment en raison de l'arrêt de la circulation du tramway par des jeunes avec des cailloux. La révolte dure plusieurs nuits consécutives[11].

Les centres de santé ont recueilli de nombreux témoignages de traumatismes d'habitants du quartier qui « ont eu peur de la violence. Celle des jeunes du quartier. Celle du dispositif policier. Celle d’une escalade face à laquelle ils se sentent impuissants ». Le quartier ouvre, après six jours d'émeutes, une cellule de soutien post-traumatique[12].

Nicolas Sarkozy en 2010

Le fait divers inspire en partie le « discours de Grenoble » très polémique du président de la République Nicolas Sarkozy, une allocution prononcée par le président de la République française le , à Grenoble, lors de la prise de fonction du nouveau préfet de l'Isère, Éric Le Douaron.

Des associations de La Villeneuve ont réagi par la création d'un collectif interassociatif, rebaptisé depuis « Villeneuve Debout »[13]. Ce rassemblement est à l'origine de nombreux événements comme Les Quatre heures pour La Villeneuve, ou les contre discours de Grenoble. Par ailleurs, une expérimentation des méthodes du « community organizing » inspiré par Saul Alinsky se déroule en partie dans le quartier de La Villeneuve depuis [14].

Rénovation urbaine

modifier

Selon le site de l'ANRU : « depuis le lancement du programme de rénovation urbaine, la politique de la ville porte une attention particulière au quartier de La Villeneuve à Grenoble. Après une phase de concertation avec les élus locaux, l’ANRU a signé en 2008 une convention de rénovation urbaine pour ce quartier prioritaire : 75 millions d’euros sont investis, dont 17,9 millions d’euros de l’ANRU »[15].

Construction d'un parking et démolition du 50 galerie de l'Arlequin en avril 2014

Initialement, des études sont réalisées avec le groupement Lacaton Vassal, Interland et Bazar Urbain qui propose la réhabilitation de la Galerie de l'Arlequin avant la mise en place de jardin d'hivers. Les études montrent qu'il n'est pas nécessaire de démolir la galerie de L'Arlequin : « ne pas démolir pour éviter de détruire le système urbain qui, globalement, reste une alternative valide à l'ère du développement durable. Un regard tourné, vers ce qui fonctionne, vers le potentiel, vers la charge active contenue dans ces immeubles plutôt que leur face désenchantée [...]. La démolition n'est pas compatible avec la démarche proposée »[16].

Malgré cette étude, la mairie de Michel Destot rompt le contrat avec ces groupements pour engager un travail avec Yves Lion. Cette fois-ci, le projet prévoit la démolition du 50 galerie de L'Arlequin, la démolition des silos, le déplacement du marché, la réhabilitation thermique de logements. Le projet du parking silo réalisé par les architectes Grudzinski et Poisay (photo ci jointe) vient requalifier les espaces publics et crée un repère dans le quartier.

Dès lors, les habitants vont se mobiliser pour demander plus de concertation et refuser la démolition du 50, galerie de L'Arlequin. La plupart des habitants et les associations réunis en Atelier Popularie d'Urbanisme défendent un projet urbain alternatif et prennent position contre les démolitions. Après l'élection de François Hollande et à l'occasion des 40 ans de La Villeneuve, les habitants rassemblés au sein du collectif "Vivre à La Villeneuve" écrivent à la ministre du logement et de l'égalité des territoires, Cécile Duflot, pour exiger une renégociation du projet de rénovation urbaine de La Villeneuve[17]. Il s'appuie notamment sur sa déclaration d'investiture : « ce qui se fait pour les habitants, sans les habitants se fait le plus souvent contre eux »[18], paraphrasant Nelson Mandela. Cette lettre ouverte va susciter plusieurs réactions au sein de la presse locale. Par exemple, à la veille des élections législatives, le premier adjoint de la ville de Grenoble dénonce une « manipulation politique »[19]. Toutefois, la ministre annonce qu'elle « partage la volonté de concertation avec les habitants des quartiers dans le cadre du renouvellement urbain » et est très sensible aux projets d'ateliers populaires d'urbanisme portés par les habitants. Les travaux de démolition du 50 débutent en 2013[20].

En , les grenoblois élisent une nouvelle coalition municipale écologiste, de gauche et citoyenne réunie autour du maire Éric Piolle qui annonce la "co-construction" du nouveau projet urbain avec les habitants. Après l'organisation d'une semaine de co-construction l'Agence nationale de rénovation urbaine impose de nouvelles démolition sans tenir compte de l'avis des habitants[21],[22]. Par ailleurs, la ville de Grenoble propose la mise en place d'un écoquartier populaire[23] avec la transformation du lac.

Après plusieurs années de mobilisation, les habitants organisent le référendum d'initiative citoyenne de l'Arlequin. 75% des votants refusent la démolition des logements sociaux de l'Arlequin. Cette mobilisation permet de stopper le projet de démolition du 90 et du 10 Galerie de l'Arlequin mais le 20 galerie de l’Arlequin est démoli en mars 2024, l’opération portant sur 95 logements.

Notes et références

modifier
  1. ↑ Quartier Prioritaire : Villeneuve - Village Olympique sur sig.ville.gouv.fr
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 David Gabriel, Morgane Cohen et Sébastien Breynat, Plaidoyer pour Villeneuve : Pouvoir d’agir et planification démocratique face à la rénovation urbaine de l’Arlequin,, Paris, PUCA,
  3. ↑ Pierre Frappat, Grenoble, le mythe blessé, Paris, Alain Moreau,
  4. ↑ SCHWARTZBROD Jean-Louis, Deux hommes, une ville : Grenoble, Grenoble, La Pensée sauvage,
  5. ↑ CHOMBART DE LAUWE Marie-José, « Un intérêt ambigu, des discours piégés », Autrement, no n°10,‎
  6. 1 2 3 Jacques Joly, Formes urbaines et pouvoir local, le cas de Grenoble des années 60 et 70.
  7. ↑ « La fresque restaurée d’Ernest Pignon-Ernest inaugurée à Grenoble en présence de l’artiste », sur francetvinfo.fr, (consulté le )
  8. ↑ FRANCILLON Claude, « La Villeneuve n’est plus qu’un grand ensemble ghetto » », Le Monde,‎
  9. ↑ Vanessa Laime, Un malfaiteur tué lors d'une fusillade avec les policiers, DL, 17 juillet 2010
  10. ↑ « Le braqueur du casino d'Uriage sera inhumé dans l'après-midi », sur lepoint.fr, (consulté le )
  11. ↑ « 3eme nuit de violence à Grenoble : la mère du braqueur déposera plainte », ladepeche.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. ↑ Alice Géraud, A Grenoble la cité modèle rattrapée par la précarité, Libération.fr, 20 juillet 2010
  13. ↑ : Article de Ligne A sur le collectif interassociatif
  14. ↑ Expérimentation des méthodes du Community organizing en France
  15. ↑ Quartier de la Villeneuve et rénovation urbaine, http://www.ville.gouv.fr/?quartier-de-la-villeneuve-a
  16. ↑ Lacaton Vassal, Interland, Bazar Urbain, dossier de propositions, p. 5 et 45
  17. ↑ Collectif Vivre à la Villeneuve, Lettre à la ministre du logement et de l'égalité des territoires, 2 juin 2012
  18. ↑ Cécile Duflot, Discours d'investiture, 17 mai 2012
  19. ↑ Saléra Benarbia, « Je ne me laisserai pas intimider par une manipulation politique », Dauphiné Libéré, 9 juin 2012
  20. ↑ Villeneuve : la destruction du 50 a commencé Place Gre'net, 14 octobre 2013
  21. ↑ Face aux démolitions, défendons La Villeneuve ! Place Gre'net, 1er octobre 2016
  22. ↑ Vers la destruction du 160 galerie de l'Arlequin Le Crieur, 29 juillet 2016
  23. ↑ David Gabriel Bodinier, , La Fabrique de l’Écologie Populaire. Renforcer le pouvoir d'agir des habitants pour refaire la ville, Éditions Charles Léopold Mayer,

Voir aussi

modifier

Articles connexes

modifier

Bibliographie

modifier
  • René Jullian : Histoire de l’architecture moderne en France, éd. Philippe Sers 1984, pages 238 sqq.
  • Jacques Joly, Jean-François Parent : Grenoble de 1965 à 1985, paysage et politique de la ville, PUG 1988
  • Jean-François Parent, Jean Louis Schwartzbrod : Deux hommes, une ville : Grenoble, La Pensée Sauvage 1995
  • Jacques Joly : Formes urbaines et pouvoir local, Grenoble dans les années 1960-1970, Presses universitaires du Mirail 1995
  • Hervé Bienfait, Villeneuve de Grenoble, la trentaine, paroles d’habitants, éditions Cnossos, 2005.
  • Breynat S., Cohen M., David Gabriel Plaidoyer pour Villeneuve : Pouvoir d'agir et planification démocratique face à la rénovation urbaine de l'Arlequin, Puca, 2016
  • Jean-François Augoyard : Pas à pas. Essai sur le cheminement quotidien en milieu urbain. Paris, Ed du Seuil, 1979. Réed.Bernin, Ed A la Croisée, 2010. Préfaces: F.Choay, Y.Winkin. Postface: D.A. Curtis. Transl : Step by Step. Minneapolis. Minnesota Univ Press. 2007.

Liens externes

modifier