Laurent de la Résurrection
Nicolas Herman, en religion frère Laurent de la Résurrection (vers 1614 à Hériménil - à Paris), est un frère convers des Carmes déchaux lorrain connu par un recueil de lettres et d'entretiens publiés après sa mort. Dans ces écrits, il raconte ses expériences spirituelles, tout entières centrées sur la pratique de la présence de Dieu.
| Laurent de la Résurrection | |
Frère Laurent dans sa cuisine, gravure tirée d'un livre publié par Fleming Revell Co (en). en 1900. | |
| Carme déchaux, serviteur de Dieu | |
|---|---|
| Date de naissance | v. 1614 |
| Lieu de naissance | Hériménil, duché de Lorraine, Saint-Empire romain germanique |
| Date de décès | (v. 77 ans) |
| Lieu de décès | Paris, royaume de France |
| Nom de naissance | Nicolas Herman |
| Nationalité | |
| Ordre religieux | Ordre des Carmes déchaux |
| Vénéré par | Ordre du Carmel |
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Si ses écrits ont exercé une forte influence sur Fénelon, le frère Laurent a été rapidement oublié en France, tandis qu'il a rencontré un accueil favorable à l'étranger, notamment auprès des protestants, en particulier chez les méthodistes. Ses ouvrages ont fait l'objet de multiples rééditions, y compris de nos jours, et le pape Léon XIV le cite comme l'un de ses auteurs de référence.
Biographie
modifierJeunesse
modifierNicolas Herman est né vers 1614 dans le duché de Lorraine à Hériménil, près de Lunéville, (actuelle Meurthe-et-Moselle)[1].
Il vit une première expérience mystique à l'âge de 18 ans, expérience dont il gardera le souvenir toute sa vie. Le jeune Nicolas choisit initialement le métier de soldat et il s'engage dans les troupes du duc de Lorraine Charles IV qui combat l'invasion française[2]. À cette époque, le duché de Lorraine est ravagé par la guerre de Trente Ans (1618-1648)[1].
Simple soldat, il échappe par deux fois à la mort ; il est grièvement blessé au siège de Rambervillers en 1635[3]. Un peu plus tard, il quitte la Lorraine dévastée par la famine et la peste[4].
Nicolas se fait alors ermite et part s'installer dans cette nouvelle vie en compagnie d'un gentilhomme. Il est surpris de ne trouver dans cette vie érémitique ni la paix, ni la ferveur religieuse. Il abandonne alors rapidement sa condition pour se rendre à Paris, où il trouve une place de laquais chez le sieur Gaspard III de Fieubet[1], conseiller ordinaire du roi et chancelier de la reine.
Entrée au Carmel
modifierUn oncle de Nicolas est carme et le couvent des Carmes déchaux de la rue de Vaugirard l'attire peu à peu.
À 26 ans, il demande son entrée en Carmel en qualité de frère convers. Il prend le nom de « Frère Laurent de la Résurrection »[5].
En 1642, il prononce ses vœux de frère convers. Bien que simple frère convers, il consacre tout de même deux heures à l'oraison[3]. Dans son couvent, en qualité de frère convers, il exerce le métier de cuisinier pendant quinze années, puis celui de savetier jusqu'à sa mort[1]. Il lui arrive de sortir du couvent pour réaliser de longs voyages (jusqu'en Auvergne ou en Bourgogne), pour réapprovisionner son couvent.
Il reçoit également des visites ; son biographe, l'abbé Joseph de Beaufort, vicaire général du cardinal de Noailles, dit de lui : « La vertu du frère Laurent ne le rendait point sauvage. Il avait un accueil ouvert, qui donnait de la confiance et faisait sentir qu’on pouvait tout lui découvrir et qu’on avait trouvé un ami… Ce qu’il disait était simple, mais toujours juste et rempli de sens. Au travers d’un extérieur grossier, on découvrait une sagesse singulière, une liberté au-dessus de la portée ordinaire d’un frère convers, une pénétration qui dépassait tout ce que l’on en attendait. Sa bonne physionomie, son air humain et affable, sa manière simple et modeste lui gagnaient l'estime et la bienveillance de tous ceux qui le voyaient »[3].
Vers la fin de sa vie, il souffre d'une sciatique qui le fait boiter. Au début de 1691, le frère Laurent tombe malade. Après une première guérison, il retombe malade. Son mal augmentant rapidement, on lui administre le sacrement des malades. Les témoins racontent qu'« avec la paix et la tranquillité de quelqu'un qui dort », frère Laurent meurt le [1].
Reconnaissance et influence posthume
modifierLe rayonnement de cet homme simple lui attira de nombreux visiteurs parmi ses contemporains. Le plus illustre fut sans doute Fénelon, sur qui frère Laurent fit forte impression et qui le cite dans sa Réponse à Bossuet[6]. L'un de ses visiteurs les plus assidus, l'abbé Joseph de Beaufort, devint son biographe et le vint le voir durant près de vingt-cinq ans. Beaufort recueillit ses lettres et transcrivit ses entretiens.
La publication des Maximes spirituelles en 1692, suivie des Mœurs et entretiens du frère Laurent de la Résurrection en 1694[7], fit connaître sa spiritualité tant en France qu'à l'étranger, notamment chez les protestants[8], grâce en particulier au méthodiste John Wesley (1703-1791)[9].
La spiritualité du frère Laurent a un rayonnement interconfessionnel par la pratique de la présence de Dieu comme forme d'oraison. Sa mystique du devoir d'état permet à tous les chrétiens de se reconnaître dans son enseignement[1]. S'il est longtemps resté oublié en France (son enseignement ayant été, à l'époque, faussement associé aux tenants du quiétisme), son œuvre connaît cependant de fréquentes traductions et rééditions, notamment sur le continent américain[3]. Le pape Léon XIV le cite comme l'un de ses auteurs de référence et commente en ces termes un livre du frère Laurent : « Avec les écrits de saint Augustin et d’autres livres, c’est l’un des textes qui ont le plus marqué ma vie spirituelle et m’ont guidé sur le chemin de la connaissance et de l’amour du Seigneur[10]. »
Spiritualité
modifierSi Laurent de la Résurrection insiste sur les vertus théologales (foi, espérance, charité) rappelant ainsi l'enseignement de saint Jean de la Croix, son expression souligne une familiarité avec Thérèse d'Avila, avec la mise en parallèle de l'oraison de recueillement décrite par Thérèse[1].
Frère Laurent raconte que son premier éveil spirituel eut lieu d'une manière toute spontanée alors qu'il avait 18 ans. La vue d'un arbre nu en hiver, associée à la vision de ce même arbre refleurissant au printemps, firent naître en lui à la fois un grand sentiment de détachement et un grand élan d'amour vers Dieu, « Être personnel, intelligent et aimant »[3].
Plus tard, au Carmel, alors qu'il rencontre des difficultés en méditant lors de son oraison, il commence à regarder Dieu, durant ses temps de travail, comme un ami, comme un être intimement présent. Le frère Laurent raconte : « Je m'appliquais soigneusement le reste du jour, et même pendant mon travail, à la présence de Dieu, que je considérais toujours auprès de moi, souvent même dans le fond de mon cœur, ce qui me donna une haute estime de Dieu ». Il regarde alors Dieu comme un ami qui « m’embrasse amoureusement, me fait manger à sa table, me sert de ses propres mains, me donne les clefs de ses trésors et me traite en tout comme son favori, s'entretient et se plaît sans cesse avec moi de mille manières, sans parler de son pardon ». Il se met alors a appliquer la même technique durant ses temps de prière silencieuse, ce qui lui apporte beaucoup de paix et de joie[3].
L'essentiel de sa pratique tient en quelques mots : à tout moment et en toute circonstance, se souvenir de la présence divine[11]. Selon un de ses biographes, l'abbé de Beaufort, grand vicaire du cardinal de Noailles :
- « Tout ce qu’il entendait dire aux autres, tout ce qu’il trouvait dans les livres, tout ce qu’il écrivait lui-même lui paraissait fade en comparaison de ce que la foi lui découvrait des grandeurs de Dieu et de Jésus-Christ[12]. »
- « Il ne faut pas se persuader qu’il suffise pour aimer Dieu de lui offrir ses œuvres, d’invoquer son secours et de produire des actes de son amour. Notre frère n’est arrivé par ces choses à la perfection de l’amour que parce qu’il avait été dès le commencement fort attentif à ne rien faire qui pût déplaire à Dieu ; qu’il avait renoncé à toute autre chose qu’à lui, et qu’il s’était entièrement oublié lui-même[12]. »
- « Frère Laurent disait qu’il fallait agir très simplement avec Dieu, et lui parler bonnement, en lui demandant secours dans les choses à mesure qu’elles arrivaient[12]. »
- « Il me dit que tout consistait à renoncer une bonne fois à tout ce que nous reconnaissions ne tendre point à Dieu, pour nous accoutumer à une conversation continuelle avec lui, sans mystère ni finesse. Qu’il n’y avait qu’à reconnaître Dieu intimement présent en nous, à nous adresser à tous moments à lui, pour lui demander son secours, pour connaître sa volonté dans les choses douteuses et pour bien faire celles que nous voyons clairement qu’il demande de nous, les lui offrant avant que de les faire et lui rendant grâces de les avoir faites pour lui après l’action. Que, dans cette conversation continuelle, on était aussi occupé à louer, adorer et aimer incessamment Dieu pour ses infinies bontés et perfections. Que nous devons en toute confiance lui demander sa grâce sans regarder nos pensées, appuyés sur les mérites infinis de Notre-Seigneur[12]. »
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 « Frère Laurent, sa vie », sur carmel.asso.fr, Le Carmel en France (consulté le ).
- ↑ Par la suite, le frère Laurent regrette cette période de sa vie et les crimes qu'il y a commis, sans préciser lesquels.
- 1 2 3 4 5 6 « Frère Laurent de la Résurrection - Qui es-tu ? », sur lecarmel.org, Le Carmel au Québec (consulté le ).
- ↑ Pour la description du contexte, se reporter au site : « Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges (2) », sur Au fil des mots et de l'Histoire, (consulté le ) citant des extraits de La notice de l’abbé Idoux, publiée en 1911 et 1912, dans les Annales de la société d’émulation du département des Vosges.
- ↑ Saint Laurent est le saint patron de sa paroisse natale. Ses biographes ont émis l'hypothèse que la Résurrection lui rappelait peut-être son expérience mystique vécue à 18 ans.
- ↑ Dinah Ribard, « Réduire une équivoque. Textes et conduites dans la polémique entre Bossuet et Fénelon », sur Cahiers du Centre de Recherche Historiques, ccrh.revues.org (consulté le ). Voir note 30 du § 12.
- ↑ Ces deux ouvrages ont été republiés dans une édition critique. Voir de Meester et Guiberteau 1991.
- ↑ Patrick Kéchichian, « Présence donnée et reçue », La Croix, (lire en ligne).
- ↑ Steven Fanning, Mystics of the Christian Tradition, Routledge, , 279 p. (ISBN 978-0-415-22468-0), p. 169.
- ↑ Emmanuel Pellat, « Qui est Laurent de la Résurrection, ce religieux français qui inspire le pape Léon XIV ? », La Croix, 6 février 2026, lire en ligne.
- ↑ Léon XIV, de retour du Liban : « Nous devrions être moins effrayés par l’islam » / chap. Inspiré par le frère Laurent de la Résurrection.
- 1 2 3 4 Joseph de Beaufort, L’expérience de la présence de Dieu, Le Seuil, 1982 (fac-similé édition 1948), 160 p. (ISBN 978-2020029889), p. 75, 78, 111, 117-118.
Publications
modifier- Laurent de la Résurrection, Laurent de la Résurrection : L'expérience de la présence de Dieu, Paris, Le Seuil, coll. « Livre de vie », , 144 p. (ISBN 978-2020307802).
- Laurent de la Résurrection, Maximes spirituelles fort utiles aux âmes pieuses, pour acquérir la présence de Dieu, recueillies de quelques manuscrits du frère Laurent de la Résurrection,... avec l'abrégé de la vie de l'auteur et quelques lettres qu'il a écrites à des personnes de piété, Paris, E. Couterot, , 1re éd. (présentation en ligne).
- Laurent de la Résurrection, Sur la pratique de la présence de Dieu, Maximes et lettres suivies des divers témoignages de Joseph de Beaufort, préface de Stéphane Robert ocd, postface de Marie-Laurent Huet ocd, Éditions Arfuyen, 2017 (ISBN 978-2845902442).
- (en) Frère Laurent (trad. La pratique de la présence de Dieu), The Practice of the Presence of God, CreateSpace Independent Publishing Platform, , 52 p. (ISBN 978-1985577794)Ouvrage de chevet de Léon XIV « Si vous voulez savoir quelque chose sur moi, c’est ma spiritualité depuis des années ».
- Laurent de la Résurrection, Vivre la présence de Dieu, Artège Editions, 2020, 176 p. (ISBN 979-1033609254).
- Laurent de la Résurrection, La Pratique de la Présence de Dieu : Comprenant les Entretiens, les Maximes Spirituelles et les Lettres, Independently published, , 132 p. (ISBN 979-8329441086).
Bibliographie
modifier- Conrad de Meester et Paul Guiberteau, Frère Laurent de la Résurrection : Écrits et entretiens sur la pratique de la présence de Dieu, Paris, Le Cerf, coll. « Epiphanie », , 316 p. (ISBN 978-2204043366).
- Jad Hatem, La Gloire de l'Un : Philoxène de Mabboug et Laurent de la Résurrection, L'Harmattan, , 98 p. (ISBN 978-2747551298).
- Jad Hatem, L’Amour pur selon Luther et Laurent de la Résurrection, Éd. du Cygne, 2016, 84 p., (ISBN 978-2849244708).
- Denis Sureau, Frère Laurent de la Résurrection, le cordonnier de Dieu, Artège, 2020, 152 p. (ISBN 979-1033609261).
- (en) Brother Lawrence, Joseph de Beaufort et Fleming H. Revell Co (trad. La pratique de la présence de Dieu : la meilleure règle d'une vie sainte (annotée)), The Practice of the Presence of God The Best Rule of a Holy Life - Annotated, Independently published, , 93 p., 14 - 18 ans (ISBN 979-8298020138).
- Revue Carmel : Frère Laurent de la Résurrection, vol. 151, Éditions du Carmel, , 127 p. (ISBN 978-2847133233).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative à la religion :
- Frère Laurent, sa vie Biographie, textes, bibliographie sur le site du Carmel.