Ali Laïmèche

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Ali Laïmèche (en kabyle : Lɛimec Ɛli), né le à Icharïouène (Kabylie) et mort le à Ait Zellal, est un militant nationaliste algérien. Engagé dans l’action politique à l’âge de dix-sept ans, il mène de front deux combats indissociables : l’émancipation de l'Algérie du joug colonial et la défense de la langue et de l’identité amazighe, dans une époque où ces deux causes étaient structurellement marginalisées.

Ali Laïmèche
Fonctions
Cadre du Parti du peuple algérien

(4 ans)
Biographie
Nom de naissance Laïmèche Ali
Date de naissance
Lieu de naissance Icharïouène (Algérie Française)
Date de décès (à 21 ans)
Lieu de décès Ait Zellal (Algérie Française)
Nature du décès Fièvre paratyphoïde
Parti politique Parti du peuple algérien
Père Mohand Saïd n Ali Ouazouz
Mère Fatma n Ath Lmehiout
Fratrie Laïmèche Arezki

Origines et contexte familial

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Né le à Icharïouène, village du douar de Tizi Rached rattaché à la commune mixte de Fort-National en Kabylie (arrondissement de Tizi Ouzou, département d’Alger), Ali Laïmèche grandit dans un terroir marqué par une forte tradition de résistance culturelle, Icharïouène étant également le village natal du poète Si Mohand Ou Mhend. Fils de Fatma n Ath Lmehiout et de Mohand Saïd n Ali Ouazouz, il est le benjamin d’une fratrie composée de son frère Arezki et de plusieurs sœurs. Issu d’un milieu modeste, il partage avec ses aînés les travaux agricoles inhérents à la vie paysanne kabyle de l’époque[1],[2].

Entrée à l’école à Tizi-Rached

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Entré à l’école de Tizi-Rached à l’âge de huit ans, avec deux ans de retard sur ses condisciples, Ali Laïmèche comble rapidement son écart en obtenant deux sauts de classe successifs. Il achève son cycle primaire en se classant régulièrement premier, maîtrisant le français avec une aisance remarquable. Son camarade Marzouk Agag, futur militant du Parti du peuple algérien et membre de l'Organisation Spéciale, se souvient avec précision de l’effet produit par l’irruption de Laïmèche en classe de première[3] : ayant lui-même occupé la tête du classement sans partage, il se voit brusquement détrôné par ce nouvel arrivant qui venait de franchir la classe de deuxième division d’un bond. L’événement fit sensation, suscitant au sein de la classe, et au-delà, un mélange de stupeur, de mécontentement et d’admiration[1].

Le lycée de Ben Aknoun : un creuset politique

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Âgé de 17 ans à peine, il embrasa la cause nationale et adhéra au Parti du peuple algérien. C’est en 1942 donc que Laïmèche, en véritable pionnier, entamait son militantisme et son travail d’explication au sein de la société. Très avant-gardiste, l’objectif premier qu’il se fixa, en plus de travailler à l’éveil des masses paysannes, était de gagner à la cause nationale les enfants de caïds ; lesquels en effet pouvaient par la suite servir par leur instruction le parti. Mission de longue haleine qu’il réussit tout de même à accomplir sans encombre. En parallèle, Laïmèche, toujours clairvoyant, s’est engagé dans la formation des scouts ; et personne ne peut douter de l’importance que revêt pour l’avenir d’un mouvement à vocation révolutionnaire ce genre d’activités. Le but notamment de la création d’une cellule des Scouts musulmans algériens (SMA) à Tizi-Rached et d’une autre à Fort-National (aujourd’hui Larbaâ n Ath Irathen), à la fin de l’année 1943, était de former un « noyau nationaliste » qui pourrait servir par la suite le PPA et sa cause[1].

Formation du « Groupe de Ben Aknoun »

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Le débarquement allié du 8 novembre 1942 provoque en Algérie une accélération des dynamiques politiques, notamment au sein de la jeunesse lycéenne. Les locaux du lycée de Ben Aknoun étant réquisitionnés par les forces anglo-américaines, Laïmèche et ses condisciples sont transférés à l’École Normale Supérieure de Bouzaréah. En , à l’issue du premier trimestre, il rejoint avec d’autres élèves le lycée de Tizi Ouzou pour le reste de l’année scolaire[1].C’est dans ce contexte que se constitue, autour du noyau de Ben Aknoun, une cellule estudiantine rattachée au PPA, regroupant notamment Laïmèche Ali, Omar Oussedik, Hocine Aït Ahmed et Mohand Saïd Aïche. Le groupe s’étoffe au fil des transferts successifs, à l’école normale de jeunes filles de Miliana en , puis de retour à Ben Aknoun pour l’année 1944-1945, en intégrant Mohand Idir Aït Amrane, Amar Ould Hamouda, Sadek Hadjerès et Saïd Chibane. Saïd Oubouzar, militant du PPA alors étudiant à la medersa d’Alger, gravitait également dans ce cercle et participait à certaines de ses activités. La cellule sera connu ultérieurement sous les appellations de « groupe de Ben Aknoun » ou « groupe berbéro-nationaliste »[1],[4].

Cette dernière dénomination appelle cependant une mise au point. Bien que ses membres fussent majoritairement kabyles, reflet de la composition géographique du lycée de Ben Aknoun, le groupe ne se définissait pas sur une base culturelle ou régionaliste. Sadek Hadjerès est explicite sur ce point : le contenu de leurs activités était « nationaliste “algérianiste” et non “berbéro-nationaliste” », précisant que cette connotation berbériste fut introduite après coup par les dirigeants du PPA/MTLD, désireux de discréditer le groupe en lui prêtant un caractère régionaliste. Il renvoie à cet égard aux paroles du chant Kker a mmi-s umaziɣ, composé en janvier ou au sein de ce même lycée, comme témoignage de l’orientation résolument nationaliste algérienne du groupe[2].

Par ses activités militantes, la cellule contribue activement à la politisation de larges franges de la population algérienne, en diffusant les thèses indépendantistes du PPA et en canalisant les énergies militantes. En 1944, Bennaï Ouali , figure de premier plan du parti, est désigné par la direction du PPA pour assurer la liaison avec les associations estudiantines d’Alger.La singularité de ce groupe tient à sa double articulation idéologique : il porte simultanément l’exigence de la lutte armée pour l’indépendance nationale et la revendication de la langue et de l’identité amazighes comme composante constitutive du projet révolutionnaire. Cette position, minoritaire au sein d’un PPA alors dominé par une orientation arabisante, préfigure la crise dite « berbériste » de 1949, dont Laïmèche ne verra pas l’éclatement[1].

Manifeste du peuple algérien et première arrestation

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Le Manifeste du peuple algérien, rendu public par Ferhat Abbas et auquel le Dr Mohamed Lamine Debaghine, membre du bureau politique du PPA, prend une part active à la rédaction, s’appuie sur le principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », issu des Quatorze Points de Wilson, pour réclamer une autonomie interne de l’Algérie. Le document est enrichi d’un additif proposé par Messali Hadj, président du PPA alors en détention, qui va plus loin en revendiquant l’autonomie politique et la souveraineté nationale algérienne, ainsi que la création, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, d’un État algérien doté d’une Assemblée nationale constituante. Signé par la majorité des élus, le Manifeste est remis au gouverneur général d’Algérie le , suivi de son additif déposé le de la même année[2].

La cellule estudiantine s’empare de l’événement et intensifie son activité en axant ses efforts sur la diffusion et l’explication du texte. C’est dans ce cadre que Laïmèche est arrêté au printemps 1943, alors qu’il procède à la distribution du manifeste. Conduit au commissariat de la Police judiciaire, il est soumis à un interrogatoire destiné à établir la provenance des tracts saisis et à déterminer son éventuelle appartenance à une organisation. Il ne livre aucune information et est relâché[1].

Réaction aux massacres du 8 mai 1945

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Suite aux massacres du 8 mai 1945, la direction du PPA a décidé en réponse du déclenchement de la lutte armée sur tout le territoire national. Le , Bennaï Ouali prend contact avec la section PPA de Ben Aknoun et invite les étudiants à se porter volontaires en vue d’une insurrection imminente en Kabylie. Dès le lendemain, Laïmèche, Aït Ahmed, Omar Oussedik et Ould-Hamouda quittent le lycée à un mois du baccalauréat et rejoignent Bennaï en direction de Tizi-Ouzou, où doit se tenir en plein air une réunion de district. Sadek Hadjerès, alors en congé à Larbaâ, ne peut se joindre au groupe. Saïd Chibane, après s’être engagé, se rétracte, estimant n’avoir pu convaincre personne dans sa région du bien-fondé d’un soulèvement armé à ce moment-là ; il n’en poursuit pas moins son militantisme au sein du groupe[2].

Arrivés en soirée à Tizi-Ouzou, les jeunes volontaires se joignent à une réunion réunissant une dizaine de responsables venus de toute la Grande Kabylie. La séance est présidée par Sid Ali Halit, délégué général de la direction du PPA pour la Grande Kabylie, en présence d’Arezki Djemaâ, agent de liaison du Bureau politique dépêché depuis Alger. L’ordre du jour est l’annonce et la préparation de l’insurrection générale arrêtée par la direction du parti, fixée au à minuit sur l’ensemble du territoire national. Les responsabilités sont réparties sans délai : Laïmèche est affecté à Fort-National, Bennaï à Azazga, Oussedik prend en charge la zone littorale Dellys-Tigzirt, tandis qu’Aït Ahmed et Ould-Hamouda se partagent le canton de Michelet (actuelle Aïn El Hammam). Le , Laïmèche et ses commandos sont en position aux abords de Fort-National lorsque survient un coup de théâtre : un messager arrive à cheval pour annoncer l’annulation de l’insurrection. Laïmèche contacte immédiatement Aït Ahmed par téléphone pour lui transmettre la nouvelle. La direction avait donné un contrordre, et il fallait désormais déployer des agents sur le terrain pour en assurer la diffusion et prévenir tout embrasement inutile. Malgré ces efforts, soit que le message n’ait pas atteint tous les destinataires à temps, soit en raison d’initiatives individuelles, plusieurs incidents éclatent en divers points de Kabylie[1].

Arrivée à la tête de la Kabylie

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L’arrestation du chef des SMA de Kabylie, Salah Louanchi, et du chef de district, Sid Ali Halit, conjuguée aux troubles de , ébranle sérieusement les structures du PPA et prive temporairement le parti de toute emprise sur la population rurale. Coupés d’Alger, Laïmèche et ses camarades lycéens se trouvent contraints d’assumer la direction du parti en Grande Kabylie, relevant ainsi le défi de réorganiser et d’encadrer une société déstabilisée. Cette situation exceptionnelle accélère leur émancipation vis-à-vis d’une direction qui, par ses flottements et l’apparente impréparation du soulèvement avorté, a perdu une large part de son autorité. Les militants, soulagés par le contrordre, n’en reprochent pas moins à la direction une attitude jugée aventureuse, qui a failli exposer toute la Kabylie à l’isolement et aux représailles[2].

De retour du maquis, les quatre lycéens regagnent Ben Aknoun et se présentent en urgence aux épreuves du baccalauréat, dont ils obtiennent tous la première partie, Laïmèche décrochant pour sa part une mention. Après avoir définitivement quitté le lycée, Ali Laïmèche se consacre entièrement à la cause nationale. Seul ou accompagné de quelques camarades, il sillonne la Kabylie de jour comme de nuit, animant réunions, conférences et rassemblements. Son éloquence, sa franchise et l’étendue de sa culture lui valent le respect et la sympathie d’un auditoire qui transcende les clivages de classe[1].

Convaincu du caractère inéluctable du recours aux armes, il entreprend l’élaboration d’un rapport politique consacré à la préparation et à l’organisation de la lutte armée. Lors de la dernière réunion qu’il préside à Tizi-Rached, quelques mois avant sa mort, il expose devant de nombreux militants la nécessité d’envisager à brève échéance le passage à l’action armée, introduisant pour la première fois devant eux le concept de « guérilla » et les modalités de sa conduite[1].

Hocine Aït Ahmed, dans ses Mémoires d’un combattant[4], livre de lui ce portrait saisissant : « Trapu, ramassé, c’était une force de la nature, païenne et sereine […] Dévoreur de livres de toutes sortes, servi par une intelligence d’une rare ampleur, Laïmèche devait acquérir en peu d’années une culture considérable […] Outre une vaste culture politique, c’était un orateur et un acteur né. » Tenace et téméraire, Ali Laïmèche résumait son engagement dans une formule qui lui servait de leitmotiv : « Il faut souvent montrer à l’ennemi que les jeunes Algériens sont prêts à continuer la longue chaîne des martyrs nationalistes. »

Opposition au sein du PPA

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Depuis la formation du dit « Groupe de Ben Aknoun », deux positions s’affirment progressivement au sein du mouvement national algérien. D’un côté, la direction incarnée par Messali Hadj, dont l’orientation politique s’appuie sur des référents arabo-islamiques. De l’autre, le « Groupe de Ben Aknoun » : Ouali Bennaï, Ferhat Ali dit Ali Ou Mahmoud, Khelifati Mohand Amokrane, Mohand Idir Aït-Amrane, Ali Yahia Rachid et Laïmèche Ali, qui défendent une conception de la nation algérienne fondée sur le concept d’« Algérie algérienne », distinct de toute définition ethno-religieuse exclusive. Cette opposition culminera, 3 ans après le décès de Laïmèche Ali, lors de la crise de 1949 au sein du PPA/MTLD qui verra s’affronter frontalment les deux tendances[1],[4].

Décès

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Le mardi , Ali Laïmèche s’éteint au village d’Aït-Zellal, commune de Mekla, emporté par la fièvre paratyphoïde contractée au contact de Bennaï Ouali, qui en avait été atteint le premier sous une forme moins sévère. Par souci de discrétion, seuls les militants chargés de ramener sa dépouille à Icharïouène et d’en informer sa famille sont mis au courant. La nouvelle ne se répand en Kabylie que le lendemain, provoquant une émotion profonde. L’organisation des obsèques est confiée à Ali Ferhat, ancien militant de l’ENA. Il demande aux femmes de renoncer aux pleurs, au motif qu’Ali Laïmèche est mort pour sa patrie et mérite d’être accueilli par des youyous. Malgré une douleur inconsolable, sa mère, Fatma n Ath Lmehiout, lance les premiers youyous comme un défi à la fatalité. Le cortège funèbre rassemble, selon de nombreux témoignages, quelque 40 000 personnes. La levée du corps s’effectue sous les clameurs de glorifications divines et de chants patriotiques, dont certains composés par le défunt lui-même. Hocine Lahouel et Ahmed Bouda, de la direction du PPA, ainsi qu’Aït Ahmed, se succèdent pour lui rendre hommage[1].

La disparition de son fils plonge Fatma n Ath Lmehiout dans un état frôlant la démence. Elle demeurera prostrée face aux drames qui suivront : l’exécution de son mari à Boushel, village du centre de Tizi-Rached, durant la guerre de libération, puis la mort de son fils aîné Arezki, lui aussi résistant, tué par des grenades[1].

Ali Laïmèche avait vingt et un ans. Mort à cet âge, il n’en cesse pas moins de grandir dans la mémoire collective, incarnant pour des générations successives un idéal de liberté et de dignité nationale. Son compagnon du « groupe de Ben Aknoun », Sadek Hadjerès, en témoigne avec une clarté saisissante[5] : « Ali Ichar’iwen, Laïmèche selon l’état civil donné par la France, m’a laissé un des souvenirs parmi les plus lumineux et les plus douloureux à la fois que j’ai gardés de ma période de militantisme au PPA, de 1944 à 1949. Il sera au cours des moments noirs des décennies suivantes comme une des flammes qui me donneront courage et réconfort dans les épreuves difficiles, comme s’il continuait toujours la lutte à nos côtés. »[1]

Références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 Mohand Amara et Kamal Ahmane, Laïmèche Ali : L’Irréductible Révolutionnaire, Paris, L’Harmattan, , 114 p. (ISBN 978-2-296-09149-8)
  2. 1 2 3 4 5 Ali Guenoun, La question kabyle dans le nationalisme algérien : 1949-1962, Vulaines-sur-Seine, éditions du croquant, , 510 p. (ISBN 978-2-365-12275-7)
  3. Témoignage direct de Agag Mazrouk dans Laïmèche Ali : L’Irréductible Révolutionnaire de Mohand Amara et Kamel Ahmane
  4. 1 2 3 Hocine Aït-Ahmed, Mémoires d’un combattant : L’esprit d’indépendance 1942-1952, Messinger, (ISBN 978-2-865-83034-3)
  5. « Souvenirs et opinions sur Laïmèche Ali », contribution écrite par Sadek Hadjerès, 15 octobre 2007

Liens externes

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