Le Bonnet rouge

journal français

Le Bonnet rouge est un périodique français politique, publié de 1913 à 1922.

Le Bonnet rouge fut impliqué dans divers scandales lors de la Première Guerre mondiale, étant accusé notamment de défaitisme. Il fut une cible privilégiée de l'Action française, mouvement royaliste d'extrême droite.

Informations essentielles

Le Bonnet rouge
Description de cette image, également commentée ci-après
« Les rois de la République », couverture du 24 janvier 1914 (dessin de Jel)[1].
Pays Drapeau de la France France
Langue Français
Périodicité hebdomadaire, puis quotidien
Format 24 x 31 cm
Prix au numéro 15 centimes (1913)
Date de fondation 22 novembre 1913
Date du dernier numéro février 1922
Ville d’édition Paris
ISSN 1150-0859

Historique

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Fondation

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Le no 1 sort le , avec une couverture en bichromie rouge et noir, illustrée d'une caricature signée Jacques Nam. Le rédacteur en chef est Miguel Almereyda, le secrétaire est Eugène Merle et l'administrateur, Paul Maurice Edgard Raoult (1882-1965). Almereyda avait cofondé, avec Merle et Gustave Hervé, La Guerre sociale en 1906.

La publication est d'abord hebdomadaire, et adopte dès le départ une ligne satirique, républicaine et anarchiste.

À partir du 24 mars 1914, il est sous-titré « Quotidien républicain du soir »[2].

L'affaire Caillaux (1917)

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Devenu député Joseph Caillaux est, après août 1914, un fervent partisan de la fin du conflit avec l'Allemagne. Le journal est en partie financé par Joseph Caillaux pour qu’il publie des articles en faveur de la défense de sa femme Henriette Caillaux, qui a assassiné Gaston Calmette, directeur du Figaro[3].

Le capitaine Pierre Bouchardon, magistrat détaché comme juge d'instruction auprès du 3e conseil de guerre est chargé d'enquêter sur l'origine des fonds versés au journal après qu'on eut découvert des transferts allemands, en lien avec l'affaire Bolo Pacha. Il déniche en même temps des correspondances entre Almereyda et Caillaux[4]. Ce dernier est contraint de s'expliquer sur les relations qu'il entretenait avec les dirigeants de ce journal.

Le , Émile-Joseph Duval, administrateur du Bonnet rouge, avait été arrêté à la frontière suisse avec un chèque de 150 000 francs[5] du banquier allemand Marx de Mannheim[6]. Selon les souvenirs de Léon Daudet, militant de l'Action française, ayant en premier lieu prétexté une affaire de liquidation des « Bains de mer de San Stefano »[7], il est tout d'abord inculpé de commerce avec l'ennemi. L'affaire des fonds étrangers versés au Bonnet rouge conduisit également à l'arrestation de Miguel Almereyda.

Almereyda décède le 14 août 1917 dans des circonstances mystérieuses, en détention, étranglé avec ses propres lacets. Son décès provoque la démission immédiate du ministre de l'Intérieur Louis Malvy, puis la chute du gouvernement. L'immunité parlementaire de Caillaux est levée en décembre 1917 et il est arrêté pour « intelligence avec l'ennemi ». Paul Bolo est fusillé le 17 avril 1918. Duval est fusillé le 17 juillet 1918. Le 23 avril 1920, Joseph Caillaux est condamné à une peine de 3 ans d'emprisonnement[8].

Suite après-guerre

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En janvier 1922, Le Bonnet rouge reparait, dirigé par Maurice Fournié, sous-titré « Organe de la défense républicaine », en format semi-mensuel, pour reparler de l'affaire et des suites du scandale de 1917-1919[2].

Ce journal d'extrême gauche reste attaché aux polémiques qu'il va suscité la veille et durant la Première Guerre mondiale, notamment par Léon Daudet et l'Action française qui lui reprochent d'avoir défendu un rapprochement avec les Allemands. En effet, Almereyda est un militant antimilitariste et internationaliste qui s'est longuement opposé au conflit armé.

Deux anciennes plumes régulières du journal, Deyvaux-Gassier et Maurice Maréchal, fondent en 1915 Le Canard enchaîné.

Le 10 décembre 1929, un certain Georges Clairet relance le titre, en une gazette hebdomadaire visant à dénoncer les scandales républicains, et qui disparaît au tout début de l'année 1930[2].

Un journal français pacifiste manipulé par les Allemands ?

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Une du 24 janvier 1917, comportant des articles censurés, en blanc : comme le montre Marchand, ces articles provenaient souvent de La Gazette des Ardennes.

Cette question est largement débattue dès 1917 :

Dans son essai Les Serviteurs de l'ennemi, paru en 1917, Charles Sancerme (1868 - ?), un proche de Léon Daudet et du Centre royaliste d'Action française[9], estime que Le Bonnet rouge est en réalité un journal allemand.

Dans son essai publié en 1920 et préfacé par Maurice Barrès, L'Offensive morale des Allemands en France pendant la guerre - L'Assaut de l'âme française (Paris, La Renaissance du livre), le pédagogue germaniste et officier interprète Louis Marchand (1875-1948) ne reprend pas totalement cette idée, mais la nuance, il analyse de façon comparée et méthodique la façon dont le journal est manipulé par la propagande allemande[10], au statut en définitive intenable, à la fois « journal subventionné par le gouvernement français et organe du grand état-major allemand » ; il indique qu'il n'y aurait pas eu une thèse du journal de propagande allemand en langue française, La Gazette des Ardennes, que le Bonnet rouge n'aurait pas tenté d'imposer : la censure aura de toutes les façons frappé, non seulement sur ce journal, mais sur toute une confrérie pacifiste de périodiques qui tentait alors de résister au climat belliciste.

Selon l'ouvrage Histoire de l'Action française, écrit par deux militants de l'Action française en 1949, le nom du ministre de la guerre, Paul Painlevé (mort en 1933), aurait figuré dans la liste des contributeurs du journal, sans qu'il ait écrit un seul article de sa main. Il n'aurait pourtant pas protesté contre ce soi-disant usage de son nom : cette affirmation est apportée sans aucune preuve sérieuse[11].

Contributeurs

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La plupart des articles sont anonymes ; les minutes du procès permettent d'identifier :

Dessinateurs

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Parmi plus de 25 artistes, on compte[2] :

Notes et références

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  1. ↑ Notice objet, sur Gallica.
  2. 1 2 3 4 Gérard Solo, Plus de 5000 illustrateurs de presse, Vichy, AEDIS, 2004, p. 93-94.
  3. ↑ Geracy, « L'Affaire du Bonnet rouge », sur memoire.avocatparis.org (consulté le )
  4. ↑ Site du Sénat français, L'affaire « Bonnet Rouge »
  5. ↑ Yves Charpy, Paul-Meunier : Un député aubois victime de la dictature de Georges Clemenceau, Editions L'Harmattan, 2011, 392 p., p. 242
  6. ↑ Bibliothèque numérique de la BnF
  7. ↑ Léon Daudet, Souvenirs politiques, éditions Albatros, 1974, p.90
  8. ↑ « L'affaire Caillaux (1919) », La Galaxie Sénat.
  9. ↑ Note sur Charles Sancerme, sur Centre Royaliste d'Action Française (CRAF).
  10. ↑ (en) Catherine Slater, Defeatists and Their Enemies: Political Invective in France, 1914-1918, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-815776-2, lire en ligne)
  11. ↑ Histoire de l'Action française, Lazare de Gérin-Ricard et Louis Truc, Fournier Valdès, 1949, p.104

Annexes

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Bibliographie

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  • Bruno Besnier, L'affaire du Bonnet Rouge, Mémoire de Master II d'Histoire, École pratique des hautes études, 2006.
  • Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir : ouvriers et révolutionnaires face à la guerre : 1909-1914, Montreuil et Paris, L'Insomniaque et Libertalia, impr. 2016, dl 2016, 558 p. (ISBN 978-2-918059-82-0, 2-918059-82-X et 2-918059-54-4, OCLC 951904684, lire en ligne)
  • C.E. Ladjimi Affaire du « Bonnet rouge », inventaire, master 2 de sociologie politique, Université de Paris 10, année universitaire 2007-2008, lire en ligne.
  • Louis Marchand, L'Offensive morale des Allemands en France pendant la guerre - L'Assaut de l'âme française, préface de Maurice Barrès, Paris, La Renaissance du livre, 1920 — lire sur Gallica.
  • Anne Steiner, Révolutionnaire et dandy : Vigo dit Almereyda. L'échappée, 2020. Analyse de l'ouvrage

Liens internes

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