Le Cardinal (roman)

Le Cardinal est un roman d’Henry Morton Robinson, publié en 1950. L’ouvrage fut un best-seller lors de sa parution, aux États-Unis notamment[1]. À travers l’itinéraire d’un prêtre devenu évêque puis cardinal, le roman évoque le monde de l’Église catholique en Amérique, la place du prêtre dans la société et la vie d’une famille américaine catholique. Il s’agit d’un roman fresque qui se déroule de 1915 à 1939.

L’auteur

modifier

Né à Boston en 1898, Henry Morton Robinson fit des études à l’Université avant de devenir officier de Marine pendant la première Guerre mondiale. Il écrit ensuite divers ouvrages, essais comme romans[2]. Il décède en 1961[3]. Dans la préface qu’il donne à son roman, il explique : « Le lecteur sera peut-être intéressé de savoir que je suis et ai toujours été un Catholique Romain. Que je sois ou non un « bon » catholique, c’est affaire uniquement entre mon Créateur et moi. Je n’ai jamais aspiré à devenir prêtre. Comme romancier, j’ai été frappé, il y a bien longtemps, par la redoutable puissance et le merveilleux de la dignité du prêtre. Dans Le Cardinal, j’ai essayé d’exprimer ces sentiments en décrivant un prêtre extrêmement doué mais humain, accomplissant entre Dieu et les hommes sa destinée de médiateur consacré. »

Résumé

modifier

D'après les Éditions mondiales : « Né de parents modestes et travailleurs dans un faubourg de Boston, Stefen Fermoyle accomplit, pendant une période allant de 1915 à 1939, sa destinée de prêtre. Il est en butte aux épreuves de tous les jours, aux découragements passagers, à des aspirations et à des enthousiasmes multiples. Viril et ardent, ce serviteur de Dieu rencontre de nombreux problèmes que pose le salut de l’âme humaine ; il les résout non seulement sur le plan religieux, mais aussi sur le plan humain. Sur une trame où évoluent des personnages très vivants et étincelants, le lecteur verra Stefen mener à bien ses devoirs de vicaire, de pasteur de misérable paroisse rurale, de secrétaire personnel du cardinal Glennon. Au fur et à mesure que se déroule le roman, le héros, doué et intelligent, devient « Monsignor » attaché au Vatican, un évêque admirable et, consécration suprême, un Prince de l’Église. À la suite de Stefen Fermoyle, le lecteur acquerra une compréhension plus parfaite de l’universalité catholique. Presque à chaque page, l’auteur nous montre un aspect nouveau et personnel de la vie privée de Stefen Fermoyle. [ ...] Stefen apparaît successivement comme fils respectueux, frère aimant, ami fidèle, homme dans toute son humanité. [...] Le Cardinal est le roman de la vie dans toute sa plénitude. »

Le jeune Stefen commence son ministère comme vicaire à Sainte Margaret, à Malden, à 8 kilomètres au nord de Boston. Il est ensuite nommé vicaire dans la très pauvre paroisse de Saint-Pierre à Stonebury, dont le curé est Ned Halley. À la mort de ce dernier, il est nommé curé de cette même paroisse, avant de devenir secrétaire du Cardinal Glennon. Il poursuit son ministère à Rome au Secrétariat d’État du Vatican. Il retourne en Amérique comme attaché au légat apostolique, puis est sacré évêque de Hartfield en 1927.

Personnages

modifier
  • Stefen (surnommé Steve) Fermoyle : héros du roman, prêtre catholique américain formé au séminaire de Rome. Fils aîné de sa famille.
  • Dennis et Celia Fermoyle : père de Stefen (conducteur de tramway, d’une grande piété envers l’eucharistie) et mère de Stefen.
  • Bernard et George Fermoyle : frères de Stefen, respectivement pianiste-chanteur et étudiant en droit.
  • Florence, Ellen, Rita et Monica (surnommée Mona) Fermoyle : sœurs de Stefen, les trois premières étant respectivement comptable dans une firme d’automobiles, carmélite et professeur au collège épouse du docteur John Bryne.
  • Gaetano Orselli : commandant du paquebot Vesuvio, ami de Stefen.
  • Père William Monaghan : premier curé de Stefen en tant que vicaire.
  • Jeremy (Jemmy) Splaine : enfant de chœur de la première messe de Stefen comme vicaire à Sainte Margaret. Il entrera au séminaire par la suite.
  • Alfeo Quarenghi : professeur de théologie de Stefen au Collège américain de Rome et auteur de La Scala d’Amore, que Stefen choisit de traduire de l’italien vers l'anglais.
  • Ghislana Falerni : amie romaine de Stefen.

Thèmes développés dans l'œuvre

modifier

La culture romaine ainsi que la place de Rome dans l’Église tiennent une part importante dans ce roman. En effet, ayant fait son séminaire à Rome, Stefen est à la fois pétri de culture classique et conscient du caractère romain de l’Église à laquelle il appartient. Durant l’époque où il travaille à la Secrétairerie d’État, il évolue dans les milieux romains, notamment en rencontrant les membres de la Société des Neri.

Vocation religieuse et sacerdoce

modifier

Les réflexions sur le sacerdoce font partie de la vie de Stefen, tout comme sa récitation du bréviaire et les différents sacrements catholiques. D’autres personnages tentent de suivre leur vocation religieuse, comme sa sœur Ellen, entrée au Carmel, Lalage Menton, une paroissienne de Stonebury entrée chez les Géraldines, ou encore Jeremy Splaine, entré au séminaire.

Littérature

modifier

L’ensemble du roman est imprégné par la Divine Comédie de Dante, à commencer par la citation en exergue au début du livre, extraite du Paradis (Chant III) : « E La Sua Volontate è la Nostra Pace[4] ». Les dernières pages du roman font elle aussi écho à cet auteur.

La réception de l’œuvre

modifier

Paru en français aux Éditions mondiales en 1951, traduit par Geneviève Hurel, le livre fut rapidement un succès. Dans une publicité parue par exemple dans La Croix le 3 juin 1951, les Éditions mondiales en parlent comme d’ « un roman qui résume toutes les émotions humaines », et cite l’appréciation d’un moine bénédictin, Jules Woerdeman : « Tandis que ce roman entoure la fonction ecclésiastique d’un respect convenant à sa dignité, le lecteur se souvient que le Christ a choisi des hommes pour en faire ses apôtres. » Dans la publicité parue dans La Renaissance du 16 février 1952, un extrait de l’Osservatore romano est cité : « ... On doit reconnaître que, la lecture achevée, les catholiques et surtout les non catholiques, resteront plein d’admiration devant l’héroïsme du prêtre et la gloire empreinte de graves responsabilités de l’évêque et du Cardinal. » Le 10 juin 1951, La Croix titre à propos de cet ouvrage : « Un roman documentaire sur le catholicisme aux U.S.A. » André Maurois, de l’Académie française, relate : « Lu en voyage, Le Cardinal d’Henry Morton Robinson. Parce que c’est un best-seller, on dit : « Ce n’est pas une œuvre littéraire. » Tel n’est pas mon avis. Non seulement je n’ai pu le quitter mais j’ai été, plus d’une fois, ému. Jamais la catholicité du rôle de l’Église, jamais le rôle du prêtre dans une société ne m’étaient apparus aussi clairement[5]. » En 1963, le roman était considéré comme un best-seller, avec 25 millions d’exemplaires vendus[6].

Adaptation

modifier

Le roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique d'Otto Preminger, Le Cardinal (film), sortie en 1963, deux ans après la mort d'Henry Morton Robinson. Le scénario prend des libertés avec l'intrigue du roman ; par exemple, Stefen y devient nonce apostolique à Vienne, ce qui n’apparaît pas dans le roman. De même, le personnage d'Annemarie von Hartmann n'existe pas dans le roman.

Notes et références

modifier
  1. Paris-presse, L’intransigeant, 18 avril 1951 : « ce beau roman, d’une classe presque unique, fut le grand succès littéraire 1950 aux Etats-Unis. »
  2. Rivarol, 5 juillet 1951.
  3. Le Parisien libéré, 14 janvier 1961.
  4. Dante Alighieri, La Divine Comédie, Flammarion, 1910, trad. Félicité de Lamennais, p. 265.
  5. « Le journal d’André Maurois », Carrefour : la semaine en France et dans le monde, 12 novembre 1952, p. 13.
  6. Paris Match, 18 mai 1963, p. 87 : « Le livre d’Henry Morton Robinson [...] a été un best-seller : 25 millions d’exemplaires. »