Le Cercle de la rue Royale

tableau de James Tissot

Le Cercle de la rue Royale est un tableau du peintre français James Tissot peint en 1866 à Paris. Cette huile sur toile représente douze membres du Cercle de la rue Royale, un club aristocratique parisien créé au début du Second Empire.

Le Cercle de la rue Royale
Artiste
Date
Type
Huile sur toile
Technique
Dimensions (H × L)
174,5 × 280 cm
No d’inventaire
RF 2011 53Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Protection
Objet classé monument historique (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Historique de l’œuvre

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Tissot fut payé six mille francs en 1866[1] pour l’exécution de ce portrait collectif, ainsi qu'en atteste son livre de raison[2] publié en 2020, dans le catalogue de l'exposition que lui consacrait le musée d'Orsay ; et il fut exposé en 1867 au Cercle de l'Union artistique. Cette commande intervint un an après qu'en 1865 le très sélect Cercle agricole eut fusionné avec le Cercle de la rue Royale. Une minorité ayant refusé la fusion avec le Cercle agricole fonda aussitôt le Nouveau Cercle de la rue Royale. Le tableau pourrait représenter douze des séparatistes, fondateurs de ce Nouveau Cercle de la rue Royale. Chacun des modèles paya cinq cents francs à l'artiste. Le tableau fut probablement installé dans un des salons du cercle, mais il fut surtout dès cette époque offert à l'un d'entre eux par tirage au sort[3]. Le baron Rodolphe Hottinguer (1835-1920) ayant gagné ce tirage au sort[a] et s'étant trouvé le dernier survivant de ce groupe, la toile se transmit dans sa descendance[3]. Classé au titre des monuments historiques par décret du [4] puis œuvre d’intérêt patrimonial majeur, le musée d'Orsay l'acquit pour près de quatre millions d'euros en [5].

Historique du cercle

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L'histoire du Cercle de la rue Royale, club aristocratique, est mouvementée. Une réunion de quelques amis triés sur le volet, à qui leur jeune âge valu le surnom de « cercle des Moutards » avait été créé rue Le Peletier en 1852 sous le nom de Petit-Cercle, ou Nouveau Cercle ; il s'installe rue Royale en 1854, et fusionna avec le « Jockey Club » en 1856[6],[7].

Le Cercle de la rue Royale fut créé la même année par 130 membres fondateurs parmi lesquels certains avaient appartenu au « cercle des Moutards » et "qui (...) eurent le désir de reformer un Cercle dont le siège serait situé rue Royale, situation qui leur plaisait infiniment plus que celle du Jockey-Club, rue Drouot[6]."

Parmi les membres fondateurs, outre ceux figurant sur l’œuvre de Tissot, on trouve Édouard André, le futur marquis d'Andigné ou encore Guillaume Guizot[8].

Dès 1864, une partie des membres du Cercle de la rue Royale projette de se rapprocher du Cercle Agricole, qui se fait alors construire son propre hôtel de l'autre côté de la Seine. Presque tous les membres, exactement 364, passèrent à « l'Agricole », 40 seulement n'acceptèrent pas la fusion, en outre 30 membres faisaient déjà partie de « l'Agricole »[6]. Une minorité se décide aussitôt à la sécession en conservant sa dénomination ainsi que ses locaux, agrandis quelques années auparavant par l'ajout des appartements libérés par une noble locataire britannique, lady Holland.

Ces mouvements réguliers de création et de disparition durant le XIXe siècle marquent par leur fréquence la férocité de la concurrence que se livrent les clubs pour capter les milieux les plus en vue de la haute société parisienne, tout en exprimant parfois certains clivages politiques ou sociaux.

Le cercle, qui prend alors le nom de « Nouveau Cercle de la rue Royale », désigne comme président Auguste de Gramont, duc de Lesparre, remplacé en 1868 par Maurice, comte Mathieu de la Redorte. Au même moment, est créée en son sein la « société des Steeple-Chase » qui constitue de fait une sorte de cercle dans le cercle, présidé par le prince Murat. Après quelques déboires, notamment du fait de la Commune de Paris qui occupa non sans dommages ses locaux durant la semaine sanglante, le Nouveau Cercle de la rue Royale connait un certain succès à la fin du XIXe siècle, comptant alors plus de six cents membres issus de la haute bourgeoisie et surtout de la noblesse.

En absorbant en 1916 le Cercle Agricole, le Nouveau Cercle de la rue Royale quitte ses locaux et, déménageant boulevard Saint-Germain, abrège son nom en Nouveau Cercle, aujourd'hui Nouveau Cercle de l'Union.

Descriptif de l’œuvre

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Ce tableau de grand format (174,5 × 280 cm)[9], considéré comme l'œuvre majeure de Tissot, met en scène les douze modèles rassemblés dans un portrait de groupe des plus singuliers. Le balcon, surplombant la place de la Concorde au nord de celle-ci et à l'ouest de la rue Royale est celui de l'hôtel de Coislin[9], le plus à l'est des quatre bâtiments édifiés derrière une longue façade commune d'Ange-Jacques Gabriel (et dont le plus à l'ouest est l'hôtel de Crillon)[b].

Perchés, ces personnages dominent — comme sur une sorte d'Olympe ornée de colonnes et de pilastres — la ville, dont on n'aperçoit que les toits du palais de l'Industrie[c] dépassant des frondaisons des Champs-Élysées, ainsi qu'un attelage et un couple, sur la chaussée de la place en contrebas de la balustrade. Chacun des hommes sur le balcon, muré dans une rêverie nonchalante, exprime une élégance assumée, confinant pour certains d’entre eux au dandysme.

Âgés pour la plupart d'une trentaine d’années, ces personnages sont issus des familles aristocratiques françaises les plus anciennes, ou d'une noblesse plus récente comme le baron Hottinguer, héritier de la célèbre banque protestante, mais aussi de milieux nouveaux dont le vigoureux développement économique de la France permet alors l'éclosion. Outre le britannique Vansittart, on relève ainsi la présence de Charles Haas, converti d’origine juive que Proust prendra comme modèle pour Swann dans À la recherche du temps perdu.

Ces jeunes hommes, représentants d'un monde impérial qui vit ses derniers feux quand Tissot l'immortalise, sont aussi des figures marquantes de la société des quatre décennies suivantes décrite par Marcel Proust dans son œuvre.

Sont représentés de gauche à droite[9] :

  1. Alfred de Faÿ de La Tour-Maubourg (1834-1891), marquis de La Tour Maubourg ;
  2. Alfred du Lau d'Allemans (1833-1919), marquis du Lau d'Allemans ;
  3. Étienne de Ganay (en) (1833-1903), comte de Ganay ;
  4. Julien de Rochechouart (1830-1879)[d], comte de Rochechouart ;
  5. Le capitaine Coleraine Vansittart (1833-1886) ;
  6. René de Cassagne de Beaufort de Miramon (1835-1882), marquis de Miramon ;
  7. Rodolphe Hottinguer (1835-1920), baron Hottinguer ;
  8. Maurice de Ganay (1832-1893), marquis de Ganay (frère aîné du précédent) ;
  9. Charles Gaston Esmangart de Saint-Maurice (1831-1905), comte de Saint-Maurice ;
  10. Edmond de Polignac (1834-1901), prince de Polignac ;
  11. Gaston de Galliffet (1830-1909), marquis de Galliffet ;
  12. Charles Haas (1832-1902).

Citations

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« Et pourtant, cher Charles Swann, que j'ai connu quand j'étais encore si jeune et vous près du tombeau, c'est parce que celui que vous deviez considérer comme un petit imbécile a fait de vous le héros d'un de ses romans, qu'on recommence à parler de vous et que peut-être vous vivrez. Si dans le tableau de Tissot représentant le balcon du Cercle de la rue Royale, où vous êtes entre Galliffet, Edmond de Polignac et Saint-Maurice, on parle tant de vous, c'est parce qu'on voit qu'il y a quelques traits de vous dans le personnage de Swann. », À la recherche du temps perdu, Marcel Proust, éd. Gallimard, coll. Pléiade, 1988, t. III, partie « La Prisonnière », p. 705

« Au Cercle de la rue Royale ont été admis hier, à titre permanent ; le vicomte Roger de Maisoncelle de Richemont, sous-lieutenant au 6e dragons, présenté par MM. le baron de Cantalause et le comte du Cor de Damrémont, et le baron de Flaghac, présenté par MM. le baron de Langlade et le baron de Flaghac à titre temporaire, M. Auguste de Saugy présenté par MM. Charles de Cerjat et le baron de Langlade. », Le Figaro, 57e année, no 59, édition du , Bibliothèque nationale de France[10]

Notes et références

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  1. Le livre de raison de Tissot fait mention de l'attribution du tableau au baron Hottinguer dès 1866[2].
  2. À cette façade, fait symétriquement pendant de l'autre côté de la rue Royale, donc à l'est de celle-ci, celle d'un bâtiment, œuvre du même Gabriel, qui longtemps fut l'hôtel de la Marine.
  3. Le palais de l’Industrie a été détruit en 1896.
  4. Né le à Paris selon l'état civil.

Références

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  1. Paul Perrin, « Le Cercle de la rue Royale », in Catalogue d'exposition, p. 71.
  2. 1 2 Catalogue d'exposition, p. 281 et 285.
  3. 1 2 « Archive photographique de l’article “Nouvelles” », sur gallica.bnf.fr, La Chronique des arts et de la curiosité : supplément à la Gazette des beaux-arts no 180, (consulté le ) : « Le no 4 en a la jouissance, jusqu’à sa mort, etc. À l’extinction définitive, elle restera dans la famille du dernier survivant. », p. 118
  4. « Tableau : Le Cercle de la rue Royale », notice no PM77002221, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Palissy, ministère français de la Culture
  5. Adrien Goetz, « Le chef-d'œuvre de Tissot bientôt à Orsay », sur lefigaro.fr, (consulté le )
  6. 1 2 3 Lieutenant-colonel Louis Faye, Historique du Cercle Agricole ( 1835-1916 ) et du Cercle de la Rue Royale ( 1856-1916 ), Niort, , 102 p., p. 31
  7. Yriarte 1864, p. 304.
  8. Archives du Nouveau Cercle de l'Union
  9. 1 2 3 « Musée d'Orsay : James Tissot, Le Cercle de la rue Royale » [archive du ], sur musee-orsay.fr (consulté le ).
  10. « Image numérisée de l’édition du Figaro de 1911, nº 59 », sur gallica.bnf.fr (Bibliothèque nationale de France), (consulté le ), nº de page indéterminée.

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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