Le Roman au village
Le Roman au village, est une peinture à l'huile sur toile de François-Alfred Delobbe présentée au Salon de 1883[1], au Palais des Champs-Élysées[2]. La toile, qui représente une jeune villageoise bretonne interrompant sa lecture, a été un des succès du Salon, et a ensuite été beaucoup reproduite.
| Artiste | |
|---|---|
| Date |
1883 |
| Type | |
| Dimensions (H × L) |
130 × 90 cm |
| Propriétaire |
Collection privée |
Le Roman au village (Salon de 1883) : une œuvre emblématique… mais piégeuse
modifierLe Roman au village est présenté au Salon de 1883. C’est une scène rurale, intime, douce, typique de la veine naturaliste de Delobbe : une jeune villageoise bretonne un livre posé sur les genoux, un décor rustique, une lumière douce, un réalisme tendre, une atmosphère de calme et de rêverie.
En 1883, Delobbe atteint l’un des sommets de sa visibilité publique, comme de sa maturité stylistique. Il maîtrise parfaitement les attentes du public, Il est soutenu par les grands éditeurs d’images. Il s'impose cette année‑là, parmi les peintres les plus reproduits, les plus commentés du Salon. Ses deux tableaux sont reproduits dans Le Salon de 1883 de Philippe Burty (Goupil & Cie)[3]. Burty, critique majeur, sélectionne les œuvres les plus marquantes du Salon[4]. Le fait que les deux toiles de Delobbe y figurent, parmi les 120 retenues sur les plusieurs milliers de tableaux signifie autant une reconnaissance institutionnelle, qu'un intérêt du marché exceptionnels.
Louis Énault, très influent, consacre plusieurs pages à Delobbe dans son Paris-Salon 1883. Même s’il commet une confusion entre Le Roman au village et Les Premières Avances[5], cela prouve que Delobbe est très visible. Être confondu… c’est être omniprésent.

Delobbe est alors assez connu pour être moqué, caricaturé dans la presse[6].
Le fait que Joséphin Peladan, écrivain, critique d’art et futur fondateur du Salon de la Rose‑Croix, consacre une critique au Roman au village est très significatif « Le Roman au village de M. Delobbe est trop joli, c'est le seul reproche à lui faire et c'en est un : cette paysanne aux grands yeux qui vous regarde avec le regard de la faute prochaine, a trop de grâce et pas assez de rusticité ; il n'y a pas de réminiscence de Greuze, mais cela est dans la même donnée. Son calinaïre, comme on dit en Provence, vient de lui murmurer tout le répertoire des enjoleux, et elle repasse dans sa pensée les jolies faussetés qu'il lui a dites, qu'elle a écoutées, qu'elle écoute encore[7]. »
Péladan ne commente que les artistes qui comptent, a une plume redoutée, influence les milieux symbolistes et décadents, publie ensuite sa critique dans La Décadence esthétique. Ce que cela signifie : Delobbe n’est pas seulement un peintre populaire, il intéresse aussi les milieux littéraires, il est perçu comme un artiste de sensibilité, son œuvre touche au psychologique, au sentimental, au moral.
Un tableau très diffusé
modifierComme la plupart de ses tableaux ayant connu le succès au Salon, Le Roman au village rejoint très vite le catalogue de reproductions proposées par la maison Braun & Cie[8]. Le tableau figure également au catalogue de la maison E Bernard & Co[9], c'est à dire de Goupil. La photoglyptie a été un succès, on la retrouve encore reproduite dans la presse en 1908[10]. Des éditeurs étrangers s'en sont emparés, comme l'éditeur de Barcelone Francisco Perez de la Biblioteca Arte y Letra, qui en diffuse une version renommée Sueños de aldea.
Le Roman au village est reproduit en gravure dans L'Illustration[11] et l’Almanach de l’Illustration[12] . Pour l'Illustration « Le Roman au village, de M. Delobbe, semblerait devoir nous ramener tout à fait à l'idylle ; la pauvre fille a son idéal, elle aussi ; ses mains ont laissé échapper le grossier tricot ; la pensée vague au pays du rêve, heureuse et légère ; mais gare à l'heure du réveil ; gare aux abandons trop faciles ; aux promesses trop volontiers écoutées ! L'idylle peut toucher de bien près au drame[11].»
Diffusion germanophone et russe
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Le succès du tableau a incité le graveur hungaro-allemand Josef Walla à en réaliser une gravure sur bois, destinée à la diffusion de masse. Cette estampe, produite dans son Institut xylographique de Walla à Munich, a ensuite été reprise par plusieurs journaux[13] et revues illustrées germanophones[14] à partir de 1894, puis rééditée dans la presse russe, où les gravures françaises et allemandes étaient recherchées. La composition de Delobbe — déjà populaire en France grâce à sa reproduction dans L’Illustration et L’Almanach de l’Illustration — a ainsi connu une diffusion internationale plus importante.
Pourquoi Delobbe est-il si souvent confondu avec lui-même ?
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Suite à une erreur d'attribution lors d'un passage en vente chez Christie's le premier décembre 2005[15], ce tableau est confondu avec un autre tableau de Delobbe, Jeune Fille de Concarneau, présenté au Salon de 1870[16]. En 1883 ce tableau très remarqué avait déjà été confondu par Louis Énault dans son Paris Salon 1883 avec l'autre tableau que Delobbe exposait cette année-là[5], Les Premières Avances[17]. Les deux tableaux sont ruraux, les deux tableaux sont intimistes. Les titres sont interchangeables pour un œil inattentif. Dès 1883, la confusion est déjà installée. C’est un phénomène rare : Delobbe est l’un des peintres du XIXe siècle les plus souvent confondus… avec ses propres œuvres. Voici pourquoi : Il utilise des modèles similaires, jeunes filles bretonnes, rurales, méditerranéennes. Il travaille par séries, bohémiennes (1881, 1884), dentellières (années 1890–1905), jeunes villageoises (1870–1885). Delobbe est victime de sa cohérence stylistique, ce qui est à la fois une force et un piège. Pourquoi ces erreurs persistent-elles encore aujourd’hui ? Les catalogues raisonnés de Delobbe n’existent pas. Il n’y a pas d’ouvrage de référence définitif. Beaucoup d’œuvres sont en collections privées. Difficile de comparer. Les reproductions anciennes sont en noir et blanc. Les nuances disparaissent. Les titres sont parfois interchangeables. Les marchands modifient les titres pour vendre.
Références
modifier- ↑ « Le roman au village, Base Salons Musée d'Orsay ».
- ↑ Société des artistes français Salon, Catalogue illustré du Salon…, Ludovic Baschet., (lire en ligne).
- ↑ Société nationale des beaux-arts (France) Salon, L'Exposition des beaux-arts, Librairie d'art., (lire en ligne).
- ↑ Goupil's Paris salon of…, (lire en ligne).
- 1 2 Paris-Salon, Bernard, (lire en ligne).
- ↑ « La Silhouette : politique, satirique et financière », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ Joséphin Péladan, La décadence esthétique, Dalou, (lire en ligne).
- ↑ Braun et compagnie, Catalogue général des reproductions inaltérables au charbon d'après les chefs-d'oeuvre de lapeinture: dans les musées d'Europe, les galeries et collections particulières les plus remarquables, Braun, (lire en ligne).
- ↑ Journal général de l'imprimerie et de la librairie, Cercle de l'imprimerie, de la librairie et de la papeterie, (lire en ligne).
- ↑ « Le Journal de petite mère : revue familiale, littéraire et scientifique », sur Gallica, (consulté le )
- 1 2 « L'Illustration : journal universel », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ Almanach de l'Illustration, L'Illustration, (lire en ligne).
- ↑ « 'augsburger kurier. sonntags-beilage zum augsburger kurier. 1894' - Digitalisat | MDZ », sur www.digitale-sammlungen.de (consulté le )
- ↑ « 'illustrirte familien-zeitung. 1894' - Digitalisat | MDZ », sur www.digitale-sammlungen.de (consulté le )
- ↑ « Jeune fille de Concarneau, Christie's ».
- ↑ « Jeune Fille de Concarneau, Base Salons Musée d'Orsay ».
- ↑ « Les premières avances ».
Liens externes
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