Le Triomphe de l'amour (Lully)

ballet by Jean-Baptiste Lully

Le Triomphe de l'amour est un ballet de cour de Jean-Baptiste Lully, sur un livret de Philippe Quinault et Isaac de Benserade, créé le au château de Saint-Germain-en-Laye.

Le Triomphe de l'Amour
Édition princeps chez Christophe Ballard (1681).
Langue
Genre
Date de parution
Date de première
Lieu de première
Pays
Éditeur

Historique

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Contexte

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Ce ballet est une commande royale destinée à célébrer le mariage du Grand Dauphin avec Marie-Anne de Bavière. Face à l’importance de l’événement, il est décidé de raviver la tradition du ballet de cour, délaissée depuis plus de dix ans. Jean-Baptiste Lully imagine un nouveau genre de ballet, enrichi de musique vocale et de cadres chorégraphiques inédits[1]. Le choix de Philippe Quinault dans le rôle de librettiste, plutôt que d'Isaac de Benserade, pour écrire le livret s'impose[2].

Création

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Le Triomphe de l’amour est exécuté pour la première fois devant le roi Louis XIV à Saint-Germain-en-Laye en présence des membres de la cour du Dauphin, la Dauphine et la Princesse de Conti, le 21 janvier 1681.

Reprise le au théâtre du Palais-Royal à Paris, l’œuvre marque l’introduction à la scène de Mademoiselle de La Fontaine, considérée comme la première danseuse étoile de l’histoire[3].

Succès

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Le Triomphe de l’Amour connait alors un immense succès. Le roi décide à cet effet de récompenser Jean-Baptiste Lully en lui accordant une faveur exceptionnelle. D’origine roturière et étrangère, le compositeur italien souhaite acquérir une charge de conseiller secrétaire du roi, qui lui permettrait d’accéder à la noblesse, mais la Grande Chancellerie refuse catégoriquement d’intégrer un "bateleur", un musicien de théâtre, qu’elle juge indigne d’un tel rang. Grâce à ses succès successifs, Jean-Baptiste Lully sollicite l’intervention de Louis XIV qui passe outre les réticences du Chancelier et de la compagnie pour imposer sa réception[4].

L’œuvre est remaniée par le librettiste Antoine Danchet et le compositeur André Campra en 1705.

Analyse

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Cette œuvre de transition entre le genre traditionnel du ballet de cour et la tragédie lyrique marque un tournant historique dans l’histoire de la danse et rompt avec la tradition en excluant progressivement les courtisans amateurs au profit de danseurs professionnels formés à l'Académie royale de danse. C’est la toute première fois que des danseuses professionnelles se produisent sur une scène d’opéra publique[1].

Ce ballet royal se caractérise par une intégration poussée des récitatifs, des airs et des chœurs au sein des sections dansées, ainsi que par l’utilisation d’un orchestre riche composé de cordes, de flûtes, de hautbois et de bassons. La partition recourt à un orchestre de près de 75 musiciens où chaque timbre acquiert une fonction dramatique et symbolique précise. Le cœur de l’arsenal sonore repose sur les cordes, structurées en un quintette à la française à cinq parties, qui soutiennent la rigueur rythmique des danses, à l’image des cordes sourdes utilisées pour évoquer le mystère de la nuit[5].

À cette architecture s’ajoute l’innovation historique des flutes, l’œuvre marquant la toute première apparition documentée de la flute traversière à l’opéra français[6], Lully ayant été le premier à écrire spécifiquement pour cet instrument[7] ; alliée au quatuor de flutes à bec, elle insuffle une poésie pastorale et une douceur propice aux scènes de sommeil ou d’intimité amoureuse. Enfin, les hautbois et les bassons enrichissent l’ensemble, soit en doublant les violons pour amplifier la puissance de l’orchestre de la Cour, soit en s’isolant dans des sections en "trio" de bois pour apporter une couleur rustique et dynamique aux menuets, tandis que le basson assoit la fondation harmonique au sein de la basse continue[8].

Description

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Structure

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L’œuvre se compose d’un prologue et de vingt entrées chorégraphiques et musicales :

  • Prologue : Vénus, l’Amour et les Plaisirs préparent le triomphe de l’Amour.
  • Entrées I à V : Le combat entre le Devoir, la Sagesse et l’Amour.
  • Entrées VI à XII : Allégories mythologiques (les Grâces, Dryades, et Divinités aquatiques).
  • Entrées XIII à XX : Le triomphe final de l’Amour, célébré par les quatre nations (Français, Espagnols, Italiens, Allemands).

Distribution de la création (1681)

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RôleTessitureInterprète (chant)Interprète (danse)
VénusSopranoMlle FerdinandMonseigneur (Le Dauphin)
L’AmourSoprano (rôle travesti)Mlle RebelMademoiselle de La Fontaine
MercureHaute-contreMr Gaye(Non dansé)
BoréeBasseMr Puvigny(Non dansé)
Gravure de Daniel Marot.

Vénus déclare que, la paix revenue dans le royaume, c’est le moment idéal pour célébrer la gloire de son fils, l’Amour. Elle convie les Grâces, les Plaisirs, les Dryades et les Naïades à participer à cette fête et invite l’univers entier à rendre hommage à ce dieu « vainqueur des hommes et des dieux ». Mars, dieu de la Guerre apparait, furieux, entouré de guerriers, ne voulant aimer que les combats, mais une troupe de petits Amours l’entoure, désarme les guerriers, joue avec les armes et finit par l’enchainer avec des liens de fleurs, transformant sa fureur en danse joyeuse. Neptune et les dieux de la mer, ainsi que les Néréïdes, viennent faire leur soumission au pouvoir de l’Amour. En regardant danser Orithye, fille du roi d’Athènes, Borée, le vent du nord couvert de glace, pense être à l’abri des feux de l’Amour, mais il s’enflamme malgré lui. Effrayée, Orithye tente de fuir protégée par ses compagnes, mais les vents de Borée écartent les Athéniennes et permettent l’enlèvement de la princesse.

Quant à Diane, déesse de la chasse, elle chante son mépris pour l’Amour et sa joie d’être libre. Pourtant, à l’approche d’Endymion, elle ne peut s’empêcher de le regarder et se retire confuse, touchée par un sentiment qu’elle voulait ignore. Alors que Diane, honteuse de sa défaite, implore le secours de l’obscurité, la Nuit descend sur terre. Le Mystère et le Silence viennent favoriser les amours secrètes. Le « Prélude pour la Nuit », joué en sourdine, crée une atmosphère onirique où les instruments symbolisent l’intimité et le triomphe discret mais puissant de l’amour sur la raison. Revenant de la conquête des Indes, Bacchus est contraint de céder à l’amour dès qu’il aperçoit Ariane. Jupiter roi des dieux descend alors de l’Olympe pour proclamer que l’Amour est le plus puissant de tous les dieux et que tous doivent se soumettre à son empire.

Édition

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  • Le Triomphe de l’amour : opéra représenté par l’Académie royale de musique le onzième jour de septembre 1705, Paris, C. Ballard, , 54 p., in-4º (lire en ligne sur Gallica).

Discographie sélective

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  • Lully : Le Triomphe de l’Amour, Les Talens Lyriques, direction Christophe Rousset, Accord, 2003.

Notes et références

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  1. 1 2 (en) Rebecca Harris-Warrick, Dance and Drama in French Baroque Opera : A History, Cambridge, Cambridge University Press, , xx, 484 p., illustr., mus. ; in-8º (ISBN 978-1-31650-278-5, OCLC 1055457125, lire en ligne), p. 180.
  2. ↑ Philippe Hourcade, Mascarades et ballets au grand siècle (1643-1715), Paris, Desjonquères, , 392 p., in-8º (ISBN 9782843210518, OCLC 1382263880, lire en ligne), p. 158.
  3. ↑ Jacques-Bernard Durey de Noinville, Histoire du théâtre de l’Académie royale de musique en France, t. II, Paris, Duchesne, , 2e éd., p. 87.
  4. ↑ Pratiques instrumentales : Recherches sur la musique française classique, Paris, A. & J. Picard., , 226 p., illustr., facsim., mus. ; in-8º (ISBN 978-2-70840-778-7, OCLC 181826722, lire en ligne), p. 212.
  5. ↑ (en) Emily I. Dolan et Alexander Rehding, The Oxford Handbook of Timbre, New York, Oxford University Press, , xii, 723 p., illustr., mus. ; in-8º (ISBN 978-0-19063-722-4, OCLC 1120796627, lire en ligne), p. 277.
  6. ↑ (en) Stewart Carter et Jeffery Kite-Powell, A Performer’s Guide to Seventeenth-Century Music, Bloomington, Indiana University Press, , 2e éd., xvii, 536 p., illustr. ; in-8º (ISBN 978-0-25300-528-1, OCLC 707212741, lire en ligne), p. 95, note 44.
  7. ↑ Roland de Candé, La Musique, (OCLC 164784418, lire en ligne), p. 271.
  8. ↑ Pratiques instrumentales aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Picard, , 226 p., illustr., facsim., mus. ; in-8º (ISBN 978-2-70840-778-7, OCLC 181826722, présentation en ligne), p. 212.

Sitographie

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Liens externes

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