Leonard Percival Howell

prêcheur Rastafari Jamaïcain

Leonard Percival Howell, né le à Red Hills, dans la Paroisse de Clarendon en Jamaïque, mort le à Kingston, est l'un des fondateurs du mouvement rastafari[1]. Ses prêches, qui débutent en 1932, défendent une vision afro-centriste, s'attaquent au clergé et rejettent l'autorité de la couronne britannique. Il est surtout connu pour avoir le premier à proclamer la divinité de l'empereur d'Éthiopie, Hailé Selassié.

Leonard Howell
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 82 ans)
KingstonVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnoms
Gong, Ganguru MaraghVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Autres informations
Religion

Après avoir été emprisonné, interné et persécuté par le pouvoir colonial[1], il fonde en 1940, à proximité de Sligoville dans la paroisse de St. Catherine, le Pinnacle, la première des communautés rastafari, qui rassemblera jusqu'à plusieurs milliers d'adeptes et sera détruite lors de raids policiers successifs en 1941, 1954 et 1958[2].

Tombé dans l'anonymat à la suite de la vente des terres de la communauté en 1957, sa place dans l'histoire du mouvement rasta fut longtemps ignorée[3].

Jeunesse et formation

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Leonard Percival Howell naît le 16 juin 1898 à Red Hills, dans les hauteurs de Crooked River, paroisse de Clarendon[4]. Fils aîné de Charles Theophilus Howell et de Clementina Bennett, il grandit dans une famille de petits propriétaires ruraux issue de la paysannerie noire émancipée[5]. Son grand-père, né vers 1834, avait acquis une exploitation agricole et rejoint l’Église anglicane, tandis que son père, connu sous le surnom de « Tailor Howell », cumulait les activités d’agriculteur, de prédicateur laïc et de juge de paix. Enrichi par la culture bananière, celui-ci participa à la Banana Planters Association opposée aux pratiques commerciales de la United Fruit Company[6].

Howell est élevé dans un milieu valorisant l’autonomie économique et la respectabilité sociale. Après avoir été témoin d’un homicide dans son village, ses parents l’envoient à l’étranger pour le protéger[7]. Il quitte la Jamaïque en 1916 et embarque comme marin sur des navires marchands, parcourant les routes maritimes de l'Atlantique et de la Caraïbe qui le conduisent notamment à Colón, au Panama, plaque tournante de l'émigration antillaise au début du XXe siècle[8]. Cette vie en mer, au contact de marins, de travailleurs migrants et de militants de diverses nationalités, constitue pour lui une formation intellectuelle informelle autant qu'une immersion dans les réseaux du militantisme noir atlantique[9].

C'est également à cette époque qu'il aurait été incarcéré à la prison de Sing Sing, dans l'État de New York, à la suite d'une condamnation pour vol qualifié (grand larceny), purgeant dix-huit mois d'une peine plus longue avant d'être libéré et expulsé vers la Jamaïque[10].

Décrit par ses proches comme un homme élégant et doté de talents de guérisseur[11], il rentre à Kingston le 17 novembre 1932, deux ans après le couronnement d'Hailé Selassié en Éthiopie, événement qui va se révéler décisif dans la naissance du mouvement rastafari.

Un prêcheur

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Howell développe une pensée influencée par divers courants intellectuels contemporains. Durant ses années d'errance et ses séjours dans les Caraïbes, il se familiarise avec le marxisme et les courants intellectuels qui traversent le monde atlantique noir. Il fréquente notamment les ouvriers cubains du cigare, réputés pour leurs idées subversives[12]. C'est également à cette époque qu'il croise la route du jeune écrivain trinidadien George Padmore, futur compagnon de route de Kwame Nkrumah, avec qui il maintient des échanges épistolaires jusque dans les années 1940[13]. À ces influences s'ajoute celle du gandhisme. Il devient un fervent admirateur de Mahatma Gandhi et de sa philosophie de non-violence lorsqu'il prend connaissance de sa lutte contre la domination britannique en Inde. À son retour en Jamaïque, il organise des réunions publiques à Kingston et dans la paroisse de St. Andrew, avant de s’établir à St. Thomas au début de l’année 1933[1].

Il se détache alors de Marcus Garvey en raison de divergences profondes sur le rôle de la religion dans l’action politique. Il s'installe comme guérisseur. Avec le couronnement de Hailé Sellassié Ier, qu’il présente comme une figure messianique, Howell entreprend de prêcher sa divinité et diffuse des portraits de l’empereur, décrits comme des « passeports pour l'Éthiopie ».

Il affirme que cet empereur est le Messie revenu sur terre pour sauver les Noirs, et que ceux-ci doivent retourner en Afrique, la terre des ancêtres. Il se fonde sur une prédiction du Révérend James Morris Webb, souvent attribuée à Marcus Garvey datant de 1924 et publiée dans le Daily Gleaner : « Regardez vers l'Afrique, où un roi noir sera couronné, car le jour de la délivrance est proche ». De plus, Hailé Selassié, premier monarque noir d'un pays africain siégeant à la Société des Nations, porte les titres de « Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, Lumière du Monde, Lion conquérant de la tribu de Juda », que la Bible attribue au Christ revenu sur terre (1° Timothée 6:15, Apocalypse).

Howell n'est pas seul à poser les fondements du mouvement. Robert Hinds, son principal lieutenant, Joseph Hibbert et Archibald Dunkley sont également parmi les premiers prédicateurs à professer la divinité d'Hailé Selassié au début des années 1930[1].

Un précurseur

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Arrêté pour la première fois en décembre 1933 à Seaforth, ses prêches prônant la soumission à l'empereur d'Éthiopie et non plus au Roi d'Angleterre, il est jugé pour sédition en mars 1934 au tribunal de Morant Bay, en compagnie de Robert Hinds. Condamné à deux ans de travaux forcés, il est relâché en 1936. En 1937, il fonde l'Ethiopian Salvation Society (ESS), organisation officiellement enregistrée en janvier 1939, qui structure la communauté rastafari et lui confère une assise juridique protectrice.

En 1940, après un second internement en hôpital psychiatrique en 1938, il fonde la première communauté rasta, celle du Pinnacle, dans les collines de la paroisse de St. Catherine, à environ cinq miles de Sligoville, symboliquement choisi car il fut le premier village libre établi pour des marrons en Jamaïque[14]. Dès sa fondation, la communauté rassemble quelque 700 résidents, un chiffre qui s'accroît considérablement au fil des années pour atteindre, à son apogée, plusieurs milliers d'adeptes. Ses membres vivent dans une relative autarcie agraire, fondée sur le commerce de la marijuana, bien que devenu illégal en 1913. Elle revendique une indépendance spirituelle et matérielle (alors que la Jamaïque est encore sous la domination anglaise) préfigurant l'alter-mondialisme[réf. souhaitée]. Mais son camp fut rasé deux fois par la police, en 1941 et en 1954, et les rastas affluèrent dès lors vers Kingston[15]. Dans le même temps, d'autres regroupements étaient nés sur l'île et ailleurs dans le monde.

Leonard Percival Howell, éprouvé après de nombreuses incarcérations, des séjours forcés en hôpital psychiatrique, puis une vie d'ermite (dans une grotte), finit ses jours le à l'hôtel Sheraton de Kingston.

Surnommé « the Gong » par ses adeptes, il est considéré par les rastas comme une sorte de prophète, à l'image de Marcus Garvey. Auteur de The Promised Key (en), fascicule publié en 1935 sous le pseudonyme de « Gangunguru Maragh », alors qu'il était emprisonné. Il s'agit du plus ancien manifeste théologique systématique de cette spiritualité. Il a influencé de façon prépondérante le mouvement rastafarien, popularisé dans le monde par Bob Marley[16] sans en tirer profit, ni sans pour autant imposer une ligne politique directrice.

Œuvres

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  • Sous le pseudonyme de (en) G. G. Maragh, The Promised Key, Accra, The African Morning Post,
  • Leonard Percival Howell, Rules of the Ethiopian Salvation Society, friendly and benevolent society, Kingston,

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 (en) D. A. Dunkley, « The Suppression of Leonard Howell in Late Colonial Jamaica, 1932-1954 », New West Indian Guide / Nieuwe West-Indische Gids, vol. 87, nos 1-2, , p. 62–93 (ISSN 2213-4360, DOI 10.1163/22134360-12340004 Accès libre, lire en ligne)
  2. (en) « Rasta fighting to preserve Pinnacle's heritage », sur Jamaica Gleaner (consulté le )
  3. « Le premier rasta. Leonard Percival Howell fut le fondateur du culte rastafarien qui inspira Bob Marley et le reggae. Le leader jamaïcain aurait 100 ans. Redécouverte. », sur Libération (consulté le )
  4. Lee 2003, p. 9
  5. Lee 2003, p. 10
  6. Lee 2003, p. 11-12
  7. Lee 2003, p. 14-15
  8. Lee 2003, p. 17-18Dunkley 2013, p. 69
  9. Lee 2003, p. 18
  10. Dunkley 2013, p. 73
  11. Lee 2003, p. 14
  12. Lee 2003, p. 31
  13. Lee 2003, p. 31, 263
  14. Dunkley 2012, p. 10
  15. Bonacci 2008, p. 257
  16. Décédé le 11 mai 1981, soit trois mois après Howell

Annexes

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Bibliographie

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  • Hélène Lee, Le premier rasta, Paris, Flammarion, , 367 p. (ISBN 2-08-067540-0)
    • (en) Hélène Lee, The First Rasta : Leonard Howell and the Rise of Rastafarianism, Chicago, Ill, Lawrence Hill Books, , 320 p. (ISBN 1-55652-558-3, lire en ligne).
  • Giulia Bonacci, Exodus ! L'histoire du retour des Rastafariens en Éthiopie, Scali, , 766 p.
  • (en) D. A. Dunkley, « Leonard P. Howell's Leadership of the Rastafari Movement and his "Missing Years" », Caribbean Quarterly, vol. 58, no 4, , p. 1-24
  • (en) Myles Osborne, « Rites, Rights, Rastafari! Statehood and Statecraft in Jamaica, c. 1930–1961 », Journal of Social History, vol. 55, no 1, , p. 207-225
  • Ras Everton S. P. McPherson, The culture-history and universal spread of Rastafari: Two essays, Bronx, Black International Iyabinghi Press, 1996.
    • From the black churches. A historiographic taxonomy of religions in Jamaica, A&B Publishers, New York, 2000.
  • Hélène Lee, Le Premier Rasta, sorti en salle en , et diffusé à la télévision (BBC, France Ô).

Liens externes

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