Les Nuits de Paris (livre)

livre de Restif de La Bretonne

Les Nuits de Paris, ou le Spectateur-nocturne est un ouvrage de l'écrivain Nicolas Restif de la Bretonne. Il s'agit d'un ensemble de plus de 4 000 pages publiées à Paris, en 16 parties et 8 volumes entre 1788 et 1794, initialement de façon anonyme.

Les Nuits de Paris, ou le Spectateur-nocturne
Page de titre du premier volume, anonyme, Paris, 1788.
Langue
Auteur
Genres
Réalisme
Roman documentaire (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Dates de parution
Nombre de pages
4 087 p.Voir et modifier les données sur Wikidata

Présentation

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L'ouvrage est divisé en un total de 411 « nuits », numérotées en chiffres romains[1], c'est-à-dire de courts récits de circonstance qui relatent anecdotes, choses vues, historiettes rapportées par son auteur. Rétif de la Bretonne prétend avoir recueilli pendant une dizaine d'années des événements de la vie nocturne de Paris et d'en avoir investi une partie dans l'écriture des Nuits. La narration est prise en charge par l'auteur lui-même, qui parle régulièrement à la première personne[2]. Il se met en scène dans l'action décrite des nuits et se donne constamment le bon rôle de sauveur, de justicier nocturne, de redresseur de torts[3]. Ainsi, bien que l'auteur prétende écrire « la vérité des faits »[2], il faut admettre une part très importante de fiction aux descriptions faites des rues parisiennes.

Structure

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Frontispice des Nuits de Paris (1788), représentant « le Hibou-Spectateur, marchant la nuit dans les rues de la capitale. On voit au-dessus de sa tête voler le hibou et dans les rues un enlèvement de filles, des voleurs qui crochètent une porte, le guet à cheval et le guet à pied. Que de choses à voir quand les yeux sont fermés ! ».

L'ensemble comprend 8 tomes divisés en 16 parties.

Les quatorze premières parties intitulées Les Nuits de Paris, ou le Spectateur-nocturne, publiées entre 1788 et 1789, et fictivement indiquées comme publiées à Londres, sont paginées de 1 à 3 359, avec indication pour la première nuit de la date de «  » et, à la fin du dernier volume de la date du «  ». Le premier volume, paru de façon anonyme, comporte une épigraphe, une citation latine d'Ovide : Nox & amor vinumque nihil moderabile suadent (« Ni la nuit, ni l’amour, ni le vin n’engagent à la modération », fr. Liber Primus Amores. Epigramma Ipsius, VI, 59).

La quinzième partie, parue anonymement en 1790 chez Guillot (Paris), est intitulée : La Semaine nocturne : Sept nuit de Paris, elle est paginée de 1 à 164, couvre la période du au , avec une nuit supplémentaire datée du .

La seizième partie, parue anonymement en 1794, peut-être chez Mérigot, reprend le titre initial, Les Nuits de Paris, ou le Spectateur-nocturne, et est paginée de 1 à 564 ; comprenant 23 nuits, dont une « nuit surnuméraire », datée « 2, 3 et  » qui clôt l'ouvrage[4],[1]. La page de titre comporte une épigraphe, « Je ne m'apitoye pas sur un Roi : Que les Rois plaignent les Rois ; je n'ai rien de commun avec ces Gens-là ; ce n'est pas mon prochain », extraite de Le Drame de la vie, œuvre de Restif, supposée achevée en 1793.

L'illustration comprend 18 figures en hors-texte, non signées, attribuées dès 1870 à Louis Binet, sont gravées sur cuivre par Berthet[5],[6],[7].

En 1791, Jean-Gabriel Mérigot, libraire installé quai de la Vallée, rachète les droits d'exploitation des Nuits. L'édition du dernier tome en 1794 vaut à l'auteur et à l'éditeur une convocation devant le Comité de police de la Commune de Paris ; Mérigot doit alors censurer plusieurs passages de l'ouvrage[8].

Analyse

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L'ouvrage, dans la continuité des publications autobiographiques de Rétif, procède principalement d'une écriture de soi. De plus, les thèmes abordés sont familiers du reste de son œuvre : récit de mœurs, prostitution, jugement moral de ses pairs, goût prononcé de l'ordre et de la bonne conduite.

Les Nuits constituent un riche recueil de représentions de la vie parisienne, mise en scène par son auteur. Tel qu'il l'écrit lui même pour annoncer son projet d'écriture dans l'« avant propos » du premier tome, il effectue un « passage en revue » où il veut représenter « les abus, les vices, les crimes, les vicieux, les coupables, les scélérats, les infortunées victimes du sort et des passions d’autrui ; ceux et celles qui, n’ayant rien à se reprocher, sont déshonorés par le crime qu’ils n’ont pas commis. » Il affirme à son lecteur qu'il verra « des filles, des femmes, des catins, des espions, des joueurs, des escrocs, des voleurs[9]».

L'ouvrage est le fruit du jugement d'un homme qui a vu le peuple de ses yeux, et qui a publié les histoires qu'il a été capable d'en tirer. Il s'agit au XVIIIe siècle d'une réalisation et d'un témoignage rares : les publications de l'époque ne parlaient jamais du peuple ailleurs que dans les traités d'hygiène publique ou les œuvres de charité[10].

Rétif convie son lecteur à une exploration esthétique de la pauvreté en s'inscrivant dans une tradition littéraire qui s'ouvre avec The Spectator de Joseph Addison et Le Spectateur français de Marivaux[11], en passant par son contemporain Louis-Sébastien Mercier, dont le Tableau de Paris influence Restif par la description minutieuse et vivante de la capitale, bien que ce dernier adopte une démarche plus narrative et nocturne[12].

Les Nuits de Paris eurent un impact sensible au XIXe siècle sur Gérard de Nerval, Charles Baudelaire[13] et plus tard, sur Jean Lorrain, qui adopta un temps le pseudonyme de « Raitif » pour signer ses chroniques parisiennes[14].

Bibliographie

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  • François de Clemont-Tonnerre, « Les Nuits de Paris ou le Hibou spectateur », dans Pierre-Valentin Berthier (éd.), Les Nuits de Paris, coll. « Mémoires pittoresques et libertins », Paris, Les Amis de l'histoire, 1969, p. 7-23.
  • Laurence Mall, « Rétif de la Bretonne spectateur nocturne : une esthétique de la pauvreté », French Studies, vol. 67, no 3, , p. 412 [lire en ligne].
  • Pierre Testud (éd.), « Introduction », dans Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, Paris, Honoré Champion, coll. « L’Âge des Lumières », 2019, 5 vol., 2462 p., p. 7-63 (ISBN 978-2-74535-236-1).

Iconographie

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Notes et références

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  1. 1 2 Béatrice Didier, « 1 - Les Nuits de Rétif de La Bretonne », Écrire la Révolution (1789-1799) sous la direction de Béatrice Didier, Presses Universitaires de France, 1989, pp. 193-206 — résumé sur Cairn.
  2. 1 2 Rétif de la Bretonne, Monsieur Nicolas ; ou Le Cœur humain dévoilé, t. 8, partie 16, Paris, 1794-1797, p. 4736.
  3. ↑ Daniel Baruch, « Le peuple des Nuits », in Études Rétiviennes, n°8, juin 1988, p. 51-61
  4. ↑ P. L. Jacob, Bibliographie et iconographie de tous les ouvrages de Restif de la Bretonne, Fontaine, (lire en ligne), p. 258-259
  5. ↑ Henry Cohen, Guide de l'amateur de livres à vignettes du XVIIIe siècle, Paris, Rouquette, 1870, 2de édition, pp. 199-200 — sur Gallica.
  6. ↑ Concernant l’attribution des gravures des Nuits de Paris, cf. Pierre Testud (éd.), « Introduction », in: Nuits, Paris, Honoré Champion, tome 1, 2019, pp. 41-47.
  7. ↑ Sur la question des illustrations et de leurs auteurs supposés, cf. Philippe Havard de la Montagne, « Qui a illustré Les Nuits de Paris ? », Études rétiviennes, Paris, no 31,‎ , p. 129-39 (ISSN 0295-3730, lire en ligne sur Gallica)
  8. ↑ La Gazette Drouot, 20 août 2018.
  9. ↑ Rétif de la Bretonne, Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, avant-propos, éd. Pierre Testud, Paris, Honoré Champion, coll. « L’Âge des Lumières »
  10. ↑ Déborah Cohen, La Nature du peuple. Les formes de l’imaginaire social, Champ Vallon, 2010, p. 79.
  11. ↑ Philippe Barr, « Rétif de la Bretonne spectateur nocturne : Une esthétique de la pauvreté », SSRN, mars 2012 — résumé en ligne.
  12. ↑ Pierre Testud (dir.), Rétif de la Bretonne, Les Nuits de Paris ou Le Spectateur nocturne, Paris, Éditions Honoré Champion, 2019 — présentation critique.
  13. ↑ Les Nuits de Paris, BnF Essentiels.
  14. ↑ Thibaut d'Anthonay, Jean Lorrain : barbare et esthète, Paris, Plon, coll. « Collection biographique », 1991, p. 68.

Liens externes

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