Levure de riz rouge

La levure de riz rouge (anglais : red yeast rice (RYR), japonais : beni kôji), également appelé riz rouge fermenté (chinois : 红曲米 hóng qū mǐ), ou simplement riz rouge (chinois : 红曲 hóng qū), est l'ensemble de grains de couleur pourpre rougeâtre brillant produit par la fermentation de grains de riz cuit à la vapeur avec des levures du genre Monascus spp., en particulier Monascus purpureus (chinois : 紅麴菌 / 红曲菌 hóng qū jūn), un champignon microscopique qui produit sur le riz un pigment caractéristique de couleur rouge violacé ou rouge brunâtre, utilisé traditionnellement pour la fermentation secondaire d'autres aliments, la conservation et la coloration alimentaire d'origine naturel.

Riz blanc fermenté avec Monascus pupureus

Autres utilisations

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Au Japon et en Chine, la levure de riz rouge rentre dans l'élaboration de sakés rouges et de vins de céréales. Il est l'ingrédient principal avec le tofu de la spécialité d'Okinawa, le Tofu yô[1]. Ses usages culinaires sont très variés. Par exemple, avant l'invention du colorant caramel pour la sauce de soja, la levure rouge était un colorant alimentaire majeur pour le porc braisé et d'autres aliments rouges dans l'industrie agroalimentaire.

L'utilisation du riz rouge fermenté remonte au moins à la dynastie Song du Nord. Le chapitre 39 du « Qing Yi Lu » de Tao Gu mentionne sa cuisson avec de la viande. Dans le volume 25 du « Compendium de matière médicale » de Li Shizhen (dynastie Ming), au chapitre 4, l'usage médicinal du riz rouge fermenté est évoqué.

Production

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Monascus purpureus ne se développe pas en dessous de 15 °C ni au-dessus de 50 °C. Sa croissance est inhibée entre 15 °C et 20 °C et entre 45 °C et 50 °C. La température optimale de croissance se situe entre 25 °C et 40 °C. La croissance est la plus rapide entre 35 °C et 37 °C, et la teneur en pigments est la plus élevée entre 35 °C et 40 °C.

La fermentation en milieu solide est une technique traditionnelle chinoise. La Chine est le premier producteur mondial de riz rouge fermenté. La plupart des fabricants extraient le pigment à partir de riz fermenté et de levures existantes. En raison de son long cycle de production, de son processus complexe, de sa forte intensité de main-d'œuvre, de son faible taux d'utilisation des matières premières et de sa sensibilité à la contamination bactérienne, la technique traditionnelle de production de Monascus purpureus en milieu solide ne convient pas à une production industrielle à grande échelle.

La fermentation en milieu liquide est moins répandue. Ces dernières années cependant, des projets de recherche japonais ont permis de réaliser des progrès sur la fermentation en milieu liquide.

Utilisation médicale

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La levure de riz rouge était utlisée en médecine traditionnelle chinoise. L'utilisation du riz rouge fermenté remonte au moins à la dynastie Song du Nord. Le chapitre 39 du « Qing Yi Lu » de Tao Gu mentionne sa cuisson avec de la viande. Dans le volume 25 du « Compendium de matière médicale » de Li Shizhen (dynastie Ming), au chapitre 4, l'usage médicinal du riz rouge fermenté est évoqué.

En Occident, la levure de riz rouge a été utilisée en médecine non conventionnelle sans cadre réglementaire, en cas d'hypercholestérolémie, de dyslipidémie, de risque d'accident cardiovasculaire. Elle abaisse, cependant, nettement moins le niveau du cholestérol LDL qu'une statine standard[2].

Ce produit vendu comme complément alimentaire contient des monacolines[3], substances inhibitrices de la HMG-CoA-réductase, dont la lovastatine naturelle, dénommée « monacoline K »[4]. La lovastatine, la plus ancienne des statines connues, n'est pas commercialisée en France.

Effets indésirables

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En 1995, le Dr Blanc, en France, a confirmé que Monascus purpureus produit, parmi ses métabolites secondeaire, de la citrinine, une toxine fongique, remettant ainsi en question l'innocuité de la consommation de levure rouge. La formation et la concentration de cette toxine dépendent de facteurs comme l'espèce de Monascus, les conditions de culture et le procédé de purification.

La citrinine, peut inhiber la croissance des bactéries Gram-positives telles que les streptocoques et les Bacillus, responsables de la détérioration des aliments. Cependant, il s'agit également d'une substance toxique présentant une néphrotoxicité importante. Une consommation excessive peut endommager des organes comme le foie et les reins. Chez les animaux de laboratoire, elle peut provoquer des symptômes tels qu'une hypertrophie rénale, une augmentation du volume urinaire, une dilatation des tubules rénaux, ainsi qu'une dégénérescence et une nécrose des cellules épithéliales.

Actuellement, le ministère de la Santé et du Bien-être social de Taïwan exige que la concentration de citrinine dans la levure de riz rouge soit inférieure à 5 ppm et que sa concentration dans les produits alimentaires à base de levure rouge (y compris les gélules) soit inférieure à 2 ppm. [6]

L’Administration nationale chinoise des produits alimentaires et pharmaceutiques exige que les compléments alimentaires à base de levure de riz rouge soient accompagnés d’un rapport sur la détection de citrinine dans la souche de levure rouge et dans la levure de riz rouge brute, ainsi que d’un chromatogramme de détection de lovastatine dans le produit. La limite pour l’hespéridine est provisoirement fixée à 50 µg/kg. [7] L’UE a également émis des exigences de gestion pour les compléments alimentaires à base de levure de riz rouge, stipulant que l’apport journalier de principe actif doit être limité à 3 mg. [8]

En 2007, la Food and Drug Administration a averti les firmes qui faisaient de la promotion sur Internet sur les propriétés anticholestérolémiantes de leurs suppléments composés de levure de riz rouge, qu'elles contrevenaient à la loi en commercialisant un médicament non approuvé[5]. Elle a aussi recommandé aux consommateurs d'éviter ces produits[6].

En 2009, une publication rapporte un cas d'atteinte hépatique chez une femme qui prenait de la levure de riz rouge après avoir développé ce même type d'effet indésirable sous lovastatine[7]. En 2011, le Centre de pharmacovigilance de Marseille a rapporté un cas d'élévation des créatines-kinases, chez une femme de 64 ans prenant de la levure de riz rouge depuis 1 mois. L'évolution de cet effet indésirable a été favorable après arrêt du complément alimentaire[8]. En 2019, une patiente est admise à un hôpital de Détroit aux États-Unis et diagnostiquée avec une lésion du foie provoquée par une surconsommation de levure de riz rouge pendant six semaines[9].

En France, à la suite de signalements d’effets indésirables susceptibles d’être liés à l’utilisation de compléments alimentaires à base de levure de riz rouge, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) s’est auto-saisie en , de l’analyse des risques éventuels liés à leur consommation[10],[11].

Le profil de sécurité de la levure de riz rouge est semblable à celui des autres statines : la proportion d'effets secondaires graves (27 %) et leur délai d'apparition relativement rapide encouragent la surveillance continue des compléments alimentaires afin de caractériser leur profil de risque par les organismes de réglementation[12].

En 2024, au Japon, un signalement fait l'objet d'une publication[13] concernant plusieurs cas d'insuffisances rénales aiguës à type de néphropathies tubulo-interstitielles. Elles seraient dues à une contamination par une moisissure dans une usine de fabrication[14]. En , trois compléments alimentaires contenant de la levure de riz rouge, commercialisés par Kobayashi Pharmaceutical au Japon depuis 2021, ont été suspectés de présenter des risques pour la santé, entraînant des problèmes rénaux chez de nombreux utilisateurs. À ce jour, des centaines de personnes ont été hospitalisées, nombre d’entre elles ont nécessité une dialyse et au moins 93 décès ont été signalés. Les fabricants ont annoncé des rappels et demandé l’arrêt immédiat de l’utilisation des produits. [9][10][11][12][13][14][15] Par la suite, le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a confirmé que le riz rouge fermenté était contaminé par de l'acide pubérulique, un composé naturel dérivé du Penicillium. [16][17]

Interdiction

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La Suisse interdit la vente du produit sur tout son territoire en 2014[15].

Notes et références

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Références

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  1. Maehashi Kenji, « « La levure de riz rouge n’est pas coupable » : chercher la cause du scandale sanitaire », sur nippon.com, (consulté le )
  2. Laffin LJ, Bruemmer D, Garcia M et al. Comparative effects of low-dose rosuvastatin, placebo and dietary supplements on lipids and inflammatory biomarkers, J Am Coll Cardiol, 2023;81:1-12
  3. Cicero AFG, Fogacci F, Zambon A. Red yeast rice for hypercholesterolemia: JACC focus seminar, J Am Coll Cardiol, 2021;77:620-628
  4. (en) European Food Safety Authority (EFSA). « Scientific Opinion on the substantiation of health claims related to monacolin K from red yeast rice and maintenance of normal blood LDL cholesterol concentrations (ID 1648, 1700) pursuant to Article 13(1) of Regulation (EC) No 1924/2006 » EFSA Journal 2011;9(7):2304. DOI 10.2903/j.efsa.2011.2304
  5. (en) FDA Warning letter
  6. (en) FDA Warns Consumers to Avoid Red Yeast Rice Products Promoted on Internet as Treatments for High Cholesterol Products found to contain unauthorized drug ()
  7. (en)Grieco A., Miele L., Pompili M., Biolato M., Vecchio F.M., Grattagliano I., Gasbarrini G., « Acute hepatitis caused by a natural lipid-lowering product: when "alternative" medicine is no "alternative" at all », Journal of hepatology, vol. 50, no 6, , p. 1273-1277 (PMID 19398239, lire en ligne [html], consulté le ) modifier
  8. Isabelle Lacroix, « Levure de riz rouge, une statine cachée », Bulletin d'Information de Pharmacologie, vol. 18, no 2, , p. 12-25 (lire en ligne [PDF])
  9. « Compléments alimentaires : gare à la levure de riz rouge ! », sur Franceinfo, (consulté le )
  10. « Compléments alimentaires à base de levure de riz rouge : mises en garde de l’ANSM - Point d'information », (consulté le )
  11. Isabelle Lacroix, Levure de riz rouge, une statine cachée, Dictionnaire Français du Médicament
  12. (en) Gabriela Mazzanti, Paola Angela Moro, Emanuel Raschi, Roberto Da Cas, Francesca Menniti-Ippolito, « Adverse reactions to dietary supplements containing red yeast rice: assessment of cases from the Italian surveillance system », British Journal of Clinical Pharmacology, , p. 1365-2125 (lire en ligne)
  13. Yusuke Murata, Seiichiro Hemmi, Yurie Akiya et Kota Miyasato, « Certain Red Yeast Rice Supplements in Japan Cause Acute Tubulointerstitial Injury », Kidney International Reports, (ISSN 2468-0249, DOI 10.1016/j.ekir.2024.06.022, lire en ligne, consulté le )
  14. Mesmer P, Le géant japonais de la pharmacie Kobayashi englué dans une affaire d’intoxication alimentaire, Le Monde, 2 juille 2024
  15. « Un remède naturel anti-cholestérol interdit - Le Temps », www.letemps.ch, (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )