Liverpool and Manchester Railway
Le Liverpool and Manchester Railway (L&MR) est une ancienne entreprise ferroviaire britannique fondée pour construire et exploiter la ligne reliant Liverpool à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre. Ouverte au public le , celle-ci est généralement considérée comme la première ligne ferroviaire interurbaine publique conçue dès l'origine pour transporter à la fois des voyageurs et des marchandises au moyen de trains régulièrement remorqués par des locomotives à vapeur[1]
| Liverpool and Manchester Railway | |
Tableau représentant le voyage inaugural du Liverpool and Manchester Railway, par A.B. Clayton. | |
| Création | (Liverpool) |
|---|---|
| Prédécesseur | Bolton and Leigh Railway (en) () |
| Successeur | Grand Junction Railway |
| Siège social | Liverpool |
| Localisation | Lancashire |
| Longueur | 50 km |
| Écartement des rails | Écartement standard |
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|
Longue d'environ 50 km, la ligne est conçue pour faciliter les échanges entre le port de Liverpool, principal point d'entrée du coton brut dans la région, et les manufactures de Manchester et de ses environs. Sa construction, dirigée par George Stephenson, nécessite plusieurs ouvrages d'art novateurs, notamment le franchissement de la tourbière de Chat Moss, le Sankey Viaduct et les tunnels aménagés à Edge Hill[2][3]
Le succès technique et commercial du Liverpool and Manchester Railway démontre la viabilité du chemin de fer à vapeur pour le transport régulier de voyageurs et de marchandises. La ligne devient ainsi l'un des principaux modèles du développement rapide des chemins de fer britanniques au XIXe siècle[4]
Genèse du projet
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Au début du XIXe siècle, les échanges entre Liverpool et Manchester augmentent fortement. Liverpool constitue alors l'un des principaux ports britanniques, notamment pour l'importation du coton, tandis que Manchester et les villes voisines concentrent une importante industrie textile. Le transport des matières premières et des produits manufacturés repose principalement sur les canaux et les routes, dont les capacités limitées et les coûts suscitent de plus en plus de critiques parmi les négociants et les industriels[2].
Un premier projet ferroviaire est présenté au Parlement en 1825, sans aboutir. Une nouvelle proposition est soumise l'année suivante. Lors des débats d'avril 1826, ses défenseurs insistent sur la nécessité d'une liaison plus rapide et moins coûteuse entre les deux villes, tandis que l'opposition provient notamment d'intérêts liés aux canaux et de propriétaires fonciers concernés par le tracé[5]
La loi autorisant la construction est finalement adoptée en 1826. George Stephenson, déjà connu pour son travail sur le Stockton and Darlington Railway, devient l'ingénieur en chef du projet[1].
Construction
modifierTracé et ouvrages d'art
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Les travaux commencent en 1826. Le tracé doit franchir des terrains très différents, depuis les secteurs urbanisés de Liverpool jusqu'aux zones humides situées à l'ouest de Manchester. La ligne est construite à écartement standard et à double voie sur l'essentiel de son parcours.
L'un des principaux défis est la traversée de Chat Moss, vaste tourbière considérée par plusieurs ingénieurs comme impropre à la construction d'une voie ferrée. Stephenson met en œuvre une plate-forme reposant sur des couches de matériaux végétaux et de bois afin de répartir la charge et de stabiliser la voie. Cette solution permet de traverser la tourbière sans recourir à des fondations massives[6]
Le Sankey Viaduct, achevé en 1830, permet à la ligne de franchir le Sankey Brook et le canal voisin. Construit en pierre et en brique, il comporte neuf arches et est considéré comme le premier grand viaduc ferroviaire du monde[3].
À Liverpool, l'arrivée de la ligne nécessite des aménagements plus complexes. La première gare pour les trains remorqués par locomotive est établie à Edge Hill, dans une profonde tranchée. Un tunnel incliné relie Edge Hill à Crown Street, premier terminus voyageurs de Liverpool, tandis que le Wapping Tunnel descend vers les docks de la Mersey. Les trains sont initialement déplacés dans ces fortes pentes à l'aide de câbles actionnés par des machines à vapeur fixes[1].

Le Wapping Tunnel, long d'un peu plus de deux kilomètres, est percé sous la zone urbaine entre 1826 et 1828. Il constitue l'un des ouvrages majeurs du projet et sert principalement au transport de marchandises entre la ligne principale et les docks[1].
Terminus de Manchester
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À Manchester, la ligne aboutit à Liverpool Road. Construite en 1830, cette gare constitue aujourd'hui le plus ancien bâtiment de gare terminus pour voyageurs encore conservé au monde. Le complexe comprend également un entrepôt destiné au trafic de marchandises[7]
Épreuves de Rainhill
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Pendant la construction, la compagnie doit encore déterminer le mode de traction à adopter. L'emploi de locomotives à vapeur n'est pas encore unanimement considéré comme préférable aux machines fixes tirant les trains par câbles.
En octobre 1829, le Liverpool and Manchester Railway organise les épreuves de Rainhill afin de comparer plusieurs solutions. Cinq engins participent à la compétition, dont la Rocket, conçue par Robert Stephenson avec la participation de George Stephenson et d'Henry Booth[8].
La Rocket remporte les épreuves grâce à sa vitesse, sa fiabilité et la régularité de ses performances. Son succès confirme le choix de la traction par locomotive pour l'exploitation régulière de la ligne[9]. Son architecture, notamment sa chaudière multitubulaire, contribue également à l'évolution rapide des locomotives au cours des années suivantes[10].
Ouverture de la ligne
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La ligne est officiellement inaugurée le . Plusieurs trains quittent Liverpool en présence de nombreuses personnalités, parmi lesquelles le Premier ministre, le duc de Wellington. Des foules importantes se rassemblent le long du parcours pour assister à l'événement[11]
La cérémonie est cependant marquée par la mort de William Huskisson, député de Liverpool et ancien ministre. Lors d'un arrêt à Parkside, Huskisson descend de son wagon et est heurté par la Rocket, qui circule sur la voie adjacente. Gravement blessé, il est transporté par train jusqu'à Eccles, où il meurt quelques heures plus tard[11].
Malgré cet accident, l'exploitation régulière commence peu après. Le Liverpool and Manchester Railway démontre rapidement que les locomotives à vapeur peuvent assurer des services fréquents de voyageurs et de marchandises sur une liaison interurbaine[1].
Exploitation
modifierLa ligne transporte des voyageurs, du coton, du charbon et divers produits manufacturés. Elle réduit fortement les durées de trajet entre Liverpool et Manchester. Selon une comparaison publiée au début des années 1830 et reprise par le Parlement britannique, le trajet des voyageurs peut être effectué en environ une heure trois quarts par chemin de fer, contre environ quatre heures par la route ; le transport de marchandises est lui aussi plus rapide que par les canaux[4].
L'exploitation régulière impose de nouvelles pratiques. La circulation de plusieurs trains sur une même infrastructure, le transport simultané de voyageurs et de marchandises et l'organisation d'horaires contribuent à établir des principes qui sont ensuite repris sur d'autres lignes britanniques[1].
La croissance du trafic rend rapidement insuffisantes certaines installations d'origine. À Liverpool, Crown Street est remplacée pour les voyageurs en 1836 par la gare de Lime Street, plus proche du centre-ville. Une nouvelle gare d'Edge Hill est construite à la même occasion ; ses bâtiments de 1836 comptent parmi les plus anciens bâtiments ferroviaires encore en usage[1][12]
À Manchester, Liverpool Road cesse d'accueillir les voyageurs en 1844 après l'ouverture de la nouvelle gare de Hunt's Bank, future gare de Manchester Victoria. Le site continue en revanche à être utilisé pour les marchandises jusqu'en 1975[13]
Absorption de la compagnie
modifierEn 1845, le Liverpool and Manchester Railway est absorbé par le Grand Junction Railway. L'année suivante, celui-ci fusionne avec plusieurs autres compagnies pour former le London and North Western Railway[1].
La majeure partie du tracé historique reste ensuite intégrée au réseau ferroviaire britannique. Les accès terminaux ont cependant été modifiés à Liverpool et à Manchester au fur et à mesure du développement des réseaux urbains.
Héritage
modifierLe Liverpool and Manchester Railway occupe une place majeure dans l'histoire des chemins de fer. Son exploitation montre qu'une ligne interurbaine à vapeur peut transporter de façon régulière, rapide et rentable des voyageurs comme des marchandises. Son succès sert de référence à de nombreux projets ferroviaires ultérieurs en Grande-Bretagne et à l'étranger[14]
Plusieurs ouvrages de la ligne d'origine subsistent. Le Sankey Viaduct, classé Grade I, est reconnu pour son importance dans l'histoire des grands viaducs ferroviaires[3]. À Liverpool, les vestiges de l'ancienne station de machines d'Edge Hill et des accès aux tunnels sont protégés comme Scheduled Monument depuis 2022[1].
À Manchester, les bâtiments de Liverpool Road font aujourd'hui partie du Science and Industry Museum. Le bâtiment voyageurs de 1830 et les installations associées constituent l'un des ensembles ferroviaires les plus anciens encore conservés[7].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) « Edge Hill Engine Station, Liverpool & Manchester Railway », sur National Heritage List for England, Historic England (consulté le ).
- 1 2 (en) « Iconic duos », sur Science and Industry Museum (consulté le ).
- 1 2 3 (en) « Sankey Viaduct over Sankey Brook », sur National Heritage List for England, Historic England (consulté le ).
- 1 2 (en) « Railways in early nineteenth century Britain », sur UK Parliament (consulté le ).
- ↑ (en) « Liverpool and Manchester Railway Bill », sur Historic Hansard, UK Parliament, (consulté le ).
- ↑ (en) « Celebrating Salford’s centenary », sur Science and Industry Museum (consulté le ).
- 1 2 (en) « Liverpool Road Station, Manchester, Greater Manchester », sur Historic England (consulté le ).
- ↑ (en) « Braille 200 », sur National Railway Museum (consulté le ).
- ↑ (en) « Rocket returns to Manchester », sur Science and Industry Museum, (consulté le ).
- ↑ (en) « Rocket's engineering excellence », sur Science and Industry Museum (consulté le ).
- 1 2 (en) « 1830: A rebellious year », sur Science and Industry Museum, (consulté le ).
- ↑ (en) « Range on South Side of Edge Hill Station », sur National Heritage List for England, Historic England (consulté le ).
- ↑ (en) « Liverpool Road Railway Station, Manchester », sur Historic England (consulté le ).
- ↑ (en) « Transforming Liverpool Road Station », sur Science and Industry Museum, (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Henry Booth, Chemin de fer de Liverpool à Manchester – Notice historique, Paris, Annales des Ponts et Chaussées, (lire en ligne)
- P. Moreau, Description raisonnée et vues pittoresques du chemin de fer de Liverpool à Manchester, Paris, Carillan-Goeury, (lire en ligne)
- (en) A. Dawson, « The Tunnels of the Liverpool & Manchester Railway, 1830–1845 », Journal of the Railway and Canal Historical Society, no 241, , p. 271-286
- (en) P. Rees, « Excavations at Chatsworth Street Cutting, part of the original terminus of the Liverpool & Manchester Railway », Industrial Archaeology Review, vol. 4, no 2, , p. 160-170
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- (en) « Edge Hill Engine Station, Liverpool & Manchester Railway », sur Historic England
- (en) « Science and Industry Museum », sur scienceandindustrymuseum.org.uk