Ligne jaune (Gaza)
La ligne jaune est une ligne de cessez-le-feu qui divise la bande de Gaza en deux depuis et la mise en place du plan de paix pour Gaza, censé mettre fin à la guerre de Gaza[1]. Dans sa version initiale, la ligne délimite deux zones, une à l’ouest représentant 47 % du territoire de la bande de Gaza sous contrôle palestinien (dite aussi « Ancienne Gaza »[2]) et l’une à l’est et au sud, représentant 53 % de la bande de Gaza, sous contrôle israélien (dite aussi « Nouvelle Gaza »[2]). Dans la pratique, l’armée israélienne a réduit la zone palestinienne à moins de 40 % en déplaçant la ligne de plusieurs centaines de mètres[3]. La plupart des Gazaouis ont été déplacés à l’ouest de la ligne.
Le 28 mai, une nouvelle ligne « orange », mise en place unilatéralement par Israël et pour laquelle le gouvernement israélien n'a fourni aucun carte, vise à l'occupation de 70 % de la bande de Gaza[4].
Contexte
modifierAu cours du conflit israélo-palestinien, la bande de Gaza est occupée une première fois par Israël lors de la guerre de Suez (1956) puis de façon prolongée après la guerre des Six-Jours (1967). Selon Israël, cette occupation prend fin en 2005 avec le retrait des colonies, mais selon le droit international, Israël est toujours puissance occupante de Gaza, considérée comme un territoire occupé illégalement[5],[6]. Plusieurs guerres opposent Israël et les organisations militaires gazaouies, dont le Hamas, culminant après les attaques du 7 octobre 2023 en une guerre et un génocide des Gazaouis. Le plan de paix pour Gaza vise à mettre fin à la guerre, avec un cessez-le-feu suivi d’un retrait progressif de l’armée israélienne.
Le tracé de la ligne jaune est publié par Donald Trump, président des États-Unis d'Amérique, sur sa plateforme internet Truth Social[7]. Le plan de paix pour Gaza est mis en application le [8]. La première des trois phases de ce plan prévoit le retrait de l’armée israélienne derrière la ligne jaune. La deuxième étape prévoit le retrait de cette armée derrière une ligne rouge[9]. Les deuxièmes et troisièmes phases sont encore à négocier entre Israël et le Hamas, et ne sont pas encore appliquées[10].
Mise en place et évolution
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La zone à l’est et au sud de la ligne, qui couvre initialement 53% des 365 km2 de la bande de Gaza, est sous contrôle militaire israélien. La zone à l’ouest de la ligne, qui couvre les 47 % restants, est sous contrôle du Hamas[11]. Les États-Unis appellent la zone sous contrôle palestinien la « zone rouge », la zone sous contrôle israélien la « zone verte »[12]. Sur la carte publiée par le COGAT israélien, le tracé de la ligne jaune est différent de celui présent dans l’accord de cessez-le-feu (plutôt en retrait)[13].
Israël empêche les Palestiniens de traverser la ligne, qu’ils aient habité à l’est de la ligne avant la guerre ou non. L’armée israélienne abat les Palestiniens qui s’approchent de la ligne[11],[14]. Israël considère toutes les zones de Gaza proches de la ligne jaune comme une zone de tir libre, que la présence de la ligne jaune soit indiquée ou non[14]. L’armée israélienne a aussi construit des avant-postes fortifiés en béton tout le long de la ligne[15],[16]. Le , seulement 10 à 20 % du tracé de la ligne était matérialisé par des plots en béton jaune[17], placés tous les 200 mètres environ[18]. D’après Rami Abou Jamous, la ligne jaune n’était pas indiquée, et le seul indice de la ligne à ne pas franchir était la présence de morts, précédemment abattus par l’armée israélienne pour avoir franchi la ligne invisible[2].
Des photographies satellite montrent que certains de ces plots sont placés à distance de la ligne jaune, parfois plusieurs centaines de mètres à l’intérieur de la zone palestinienne[15],[18]. Mi-décembre, Haaretz indique que les plots jaunes matérialisant la ligne de cessez-le-feu ont été déplacés vers l’ouest subrepticement[19]. Différentes enquêtes journalistiques confirment que ces déplacements continuent jusqu’en au moins, d’une moyenne de 295 mètres[20],[21],[22]. De plus, trois mois après la signature de l’accord de cessez-le-feu, la zone sud de la ligne jaune, au nord de Rafah, n’était pas encore délimitée, sur une dizaine de kilomètres. La zone dangereuse (kill zone ou zone à tuer) n’est donc pas connaissable par les Gazaouis[20]. Il est arrivé que les déplacements de blocs « piègent » des Gazaouis[20],[21]. Toutes les constructions sont nivelées par l’armée israélienne à l’intérieur de la ligne jaune[20], notamment de nuit[23].
L’armée israélienne a établi treize bases militaires dans l’enclave de Gaza[21]. Elle organise aussi, à proximité de la ligne jaune, des milices palestiniennes supplétives comme les Forces populaires[24].
Effets de la ligne jaune
modifierLa plus grande partie des Gazaouis a été déplacée de force pendant la guerre de Gaza. En , leurs possibilités de retour étaient limitées par la destruction de leur habitation et par l’interdiction israélienne de franchir la ligne jaune, pour ceux qui habitaient à l’est de la ligne[11],[25].
Fin 2025, la quasi-totalité des deux millions de Gazaouis se trouve à l’ouest de la ligne jaune, dans le secteur palestinien de Gaza. Les estimations de la population palestinienne vivant à l’est de la ligne jaune varient ; en , quelques centaines de Gazaouis, dont ceux s’étant déclarés opposés au Hamas, vivaient à l’est[17]. En novembre, cette population était estimée à moins de 2 % des Gazaouis (soit moins de 40 à 50 000 habitants[26]. Selon Rami Abou Jamous, les Palestiniens admis à rester à l’est de la ligne jaune sont sans affiliation à une structure politique, font partie de clans parfois mafieux comme Yasser Abou Chabab ou collaborant avec Israël, et sont pris en charge par Israël[2]. La plus grande partie des terres agricoles sont situées à l’est de la ligne jaune, ainsi que le point de passage de Rafah (vers l’Égypte)[15],[13].
Avant la guerre, des centaines de milliers de Gazaouis vivaient à l’est ou au sud de la ligne. Par exemple, en 2017, Rafah comptait 200 000 habitants (en comptant le camp de Rafah), et Beit Hanoun plus de 50 000[27]. Les autres villes concernées sont Beit Lahia et certains quartiers de Gaza, Khan Younès[13]. Toute cette zone a été dépeuplée par les ordres d’évacuation israéliens qui ont forcé les habitants à fuir[28]. À 69 occasions au moins en trois mois, des Gazaouis ont été abattus à proximité de la ligne jaune. Le , le corps de Zaher Nasser Shamiya est écrasé par un char après avoir abattu, à l’intérieur de la zone « sûre »[20].
L’armée israélienne ne se prive pas d’intervenir au-delà de la ligne jaune[20]. Le , l’armée israélienne a détruit des habitations à l’est de la ligne jaune[29].
Des Palestiniens ont exprimé leurs préoccupations vis-à-vis de la possibilité que la ligne jaune devienne une frontière permanente[14]. En , le chef d'état-major israélien, Eyal Zamir, fait référence à la ligne jaune comme une nouvelle frontière israélienne[15], comme l’avait déjà annoncé le journal Yediot Aharonot en octobre et comme le souhaite les colons et la coalition d’extrême-droite au pouvoir en Israël[30].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Yellow Line (Gaza) » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (en-US) Tucker Reals, « Israeli government approves hostage and ceasefire deal », sur www.cbsnews.com, (consulté le )
- 1 2 3 4 Rami Abou Jamous, « La ligne jaune, c’est une zone tampon établie par le fait accompli », Orient XXI, « Journal de Gaza » no 114, 28 novembre 2025.
- ↑ Rami Abou Jamous, « Le pharaon peut faire ce qu’il veut », Orient XXI, 19 janvier 2025.
- ↑ « Gaza : avec la "ligne orange", Israël a déjà commencé à étendre son contrôle territorial », France 24, 29 mai 2026.
- ↑ « Summary of the Advisory Opinion of 19 July 2024 », sur International Court of Justice, (consulté le )
- ↑ Ilias Bantekas et Safaa S. Jaber, « The human rights obligations of belligerent occupiers: Israel and the Gazan population », Journal of Conflict and Security Law, vol. 30, no 1, , p. 103–120 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Billy Stockwell, Tal Shalev et Oren Liebermann, « Trump calls on Israel to stop bombing Gaza as Hamas agrees to negotiate release of hostages - live updates », sur CNN, (consulté le )
- ↑ (en) Mariel Ferragamo, « A Guide to the Gaza Peace Deal », sur Council on Foreign Relations, (consulté le )
- ↑ (en) Mohammed Haddad, « Map of Gaza shows how Israeli forces will withdraw under ceasefire deal », sur Al Jazeera, (consulté le )
- ↑ (en) « Questions remain on Donald Trump's Gaza peace plan », sur DW, (consulté le )
- 1 2 3 (en) « 'Civilians can't go home': Gaza faces Israel's new 'yellow line' », sur France 24, (consulté le )
- ↑ Emma Graham-Harrison, « US military planning for divided Gaza with 'green zone' secured by international and Israeli troops », sur The Guardian,
- 1 2 3 Lise Kiennemann, Nathan Gallo, « "Les habitants ne peuvent pas revenir" : Gaza face à la nouvelle "ligne jaune" tracée par Israël », France 24, 24 octobre 2025.
- 1 2 3 (en-GB) Seham Tantesh et Julian Borger, « Fears Gaza 'temporary' ceasefire line could become permanent new border », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 (en-GB) Emma Graham-Harrison, « 'Yellow line' that divides Gaza under Trump plan is 'new border' for Israel, says military chief », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Enzo Quesnecourt, « En cartes : comment la "ligne jaune" verrouillée par Israël pourrait diviser Gaza de manière permanente », L’Orient-Le Jour, 20 novembre 2025.
- 1 2 (en-US) Dov Lieber, « A Trip to Gaza's New 'Yellow Line' Shows Israel Is Digging In », sur The Wall Street Journal, (consulté le )
- 1 2 Benedict Garman, Emma Pengelly, Matt Murphy (Erwan Rivault, Laames Altalebi, Maha El Gaml), « New images show Israeli control line deeper into Gaza than expected », BBC, série Verify, 23 octobre 2025.
- ↑ Nagham Zbeedat, « 'The Walls Are Closing In' Gazans Say the Position of the Yellow Line Changes, Funneling Them Into a Tightening Area », Haaretz, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 Benedict Garman, Emma Pengelly, Matt Murphy (Maha El Gaml), « Israel moves Yellow Line deeper into Gaza, satellite images show », BBC, série Verify, 15 janvier 2026.
- 1 2 3 Antoine Joubeau, « Guerre à Gaza: Israël déplace sa "ligne jaune" bien au-delà de l'accord de cessez-le-feu », TV5 Monde, 27 janvier 2026.
- ↑ Brice Le Borgne, « Gaza : l’armée israélienne trace sa propre "frontière", toujours un peu plus à l’intérieur de l’enclave », Libération, 27 décembre 2025.
- ↑ Alice Froussard, « Bande de Gaza: la "ligne jaune", un "cauchemar pour tous les Palestiniens" », RFI, 30 décembre 2025.
- ↑ « Comment Israël entretient ses milices supplétives à Gaza », sur Courrier international,
- ↑ Tareq S. Hajjaj, « Israel is killing Gazans trying to return to their homes beyond the 'yellow line' », sur Mondoweiss,
- ↑ (en) Hana Kiros, « The Trump Administration Has a New Plan for Gaza », sur The Atlantic, (consulté le )
- ↑ (en) Preliminary Results of the Population, Housing and Establishments Census, 2017 (rapport), State of Palestine, , p. 64–82 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) Samuel Granados, Aric Toler et Aaron Boxerman, « Gazans Once Escaped To Rafah. Now Israel Is Razing It. », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « LIVE: Israeli forces continue demolition, destruction around Gaza City », sur aljazeera,
- ↑ Lucy Williamson, « Israel's 'yellow line' in Gaza gives Netanyahu room for manoeuvre », BBC, 21 octobre 2025.
Voir aussi
modifier- Occupation israélienne de la bande de Gaza
- Frontière entre la bande de Gaza et Israël
- Ligne verte (1949)
- Ligne bleue (Liban) (établie en 2000)
- Ligne Violette (Golan, après la guerre de 1967)