Logique classique

système logique formel développé à partir de la fin du XIXe siècle

La logique classique est un système logique formel développé à partir de la fin du XIXe siècle, au cours de la crise des fondements des mathématiques.

Appelée simplement logique à ses débuts[réf. nécessaire], c'est l'apparition d'autres systèmes logiques formels, notamment de la logique intuitionniste, qui a suscité l'adjonction de l'adjectif classique au terme logique. À cette époque, le terme de logique classique fait référence à la logique aristotélicienne[1],[2].

La logique classique est caractérisée par des postulats qui la fondent et la différencient de la logique intuitionniste, exprimés dans le formalisme du calcul des propositions ou du calcul des prédicats :

  • La contraposition :
  • L'implication matérielle :
  • La loi de Peirce :

Ces principes sont équivalents par raisonnement intuitionniste, c’est-à-dire que l'on peut montrer que n'importe lequel d'entre eux permet de déduire les autres en utilisant les règles intuitionnistes.

Ces ajouts permettent également de dériver une loi de De Morgan supplémentaire par rapport à la logique intuitionniste, en l'occurrence .

Ces principes contribuent au fait que les modèles calculatoires de la logique classique sont beaucoup plus complexes que ceux de la logique intuitionniste.

Le principe

est valide en logique classique, et n'est pas démontrable en logique intuitionniste[3], mais son adjonction à la logique intuitionniste n'engendre pas la logique classique.

Règles de raisonnement

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Toute conclusion se fait selon un socle de prémisses, fusionnées avec une opération binaire dite de fusion[4]. Il est généralement implicite que est associative, ce qui signifie que pour toutes formules logiques et ce qui permet notamment d'écrire sans risque d'ambiguïté structurelle.

Il se peut que ce socle de prémisses soit , le contexte neutre, auquel cas nous écrirons la conclusion «» au lieu de « selon ». On appelle alors théorème toute formule déductible à partir du contexte neutre. Le rôle du contexte neutre est aussi plus structurel, car est l'élément neutre pour , ce qui signifie que pour toute formule et

Règles d'identité

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Pour toute formule , on a selon , il s'agit de la règle d'axiome. C'est une forme de réflexivité.

La règle de coupure décrit quant à elle que de selon d'une part, selon d'autre part, on déduit selon C'est une forme de transitivité.

Règles structurelles

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La règle de permutation décrit que si selon alors pour toute permutation selon .

La règle de contraction s'applique aussi, qui décrit quant à elle que si selon alors selon La règle de contraction rend cette logique insensible aux ressources, pour reprendre le vocabulaire associé à la logique linéaire.

Règles d'inférence

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La déduction combinée de selon d'une part et de selon d'autre part, équivaut à la déduction de selon

Pour introduire une disjonction, on a selon d'une part, selon d'autre part.

Pour éliminer une disjonction, on passe par la disjonction de cas. On sait vérifie les deux cas, à partir d'un même socle de prémisses pour chaque cas et ce, en déduisant la même conclusion : on a donc selon et selon Puisqu'on a déduit dans les deux cas, on déduit alors selon

Pour introduire une négation, on établit une forme de raisonnement par l'absurde. Pour cela, on part de selon et selon On en déduit que mène à une contradiction dans le contexte de prémisses combiné, c'est-à-dire selon

Pour éliminer une négation, on procède par élimination. On a selon d'une part et selon d'autre part. De là, on combine les contextes de prémisses et on déduit selon

Enfin, pour distinguer la logique classique du fragment extensionnel de la logique intuitionniste, il nous faut introduire la règle d'élimination de la double négation, à savoir que selon La règle d'introduction de la double négation, à savoir que selon est dérivable des autres règles.

L'équivalence logique est par ailleurs exprimable comme , tandis que la disjonction exclusive s'exprime comme

On établit aussi l'implication matérielle, écrite ou, plus spécifiquement, , afin de la différencier de l'implication dans d'autres systèmes logiques, qui peut être caractérisée comme ce qui est fréquemment décrite comme une conditionnelle indicative, portée sur la combinaison de faits pour produire une proposition factuelle, plutôt qu'une conditionnelle subjonctive qui permettrait de raisonner sur des hypothèses contingentes voire contrefactuelles[5],[6].

Logique classique et tables sémantiques

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Démontrer que la logique classique n'est pas triviale

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La sémantique de la logique classique se fait par une sémantique fonctionnelle, principalement avec des tables à deux valeurs, permettant alors de vérifier sa non-trivialité et de vérifier la non-dérivabilité de certaines conclusions à partir de socles de prémisses spécifiques.

En général, on commence par établir un ensemble de valeurs qui seront assignables à chaque variable propositionnelle, assignations qui permettront d'établir des classes d'équivalence sur les formules logiques en traitant chaque opération logique comme des lois internes sur . Pour ce faire, il faut également une relation binaire sur pour modéliser le «selon», faire de une loi de composition interne sur et, enfin, traduire chaque règle syntaxique ci-haute en utilisant toutes ces opérations internes et cette relation binaire. Puisque tout théorème est déductible du contexte vide, repérable par son statut d'élément neutre pour nous définirons l'ensemble des valeurs désignées.

Pour la logique classique, c'est à partir de la structure engendrée par ces règles qu'on peut obtenir une structure algébrique dite d'algèbre de Boole. Dans ces structures, et sont confondues. Dans le cas fini, l'élément neutre de n'est autre que le maximum de selon la relation qui s'avère être une relation d'ordre. De fait, la seule valeur désignée sera ce même élément maximal.

À noter que toute algèbre de Boole finie est isomorphe à l'ensemble des parties d'un ensemble fini , muni de la relation d'inclusion ensembliste pour l'opération d'intersection pour la conjonction et, de fait, la fusion l'opération d'union pour la disjonction inclusive et, enfin, le complémentaire à pour la négation

L'exemple de modèle polyvalent non-trivial le plus simple pour la logique classique est alors l'algèbre de Boole à deux éléments, à isomorphisme près l'algèbre des parties du singleton :

Modèles non-bivalents

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Si le modèle bivalent est inférentiellement équivalent aux règles de la logique classique établies précédemment, il l'est aussi au modèle tétravalent ci-dessous avec pour seule valeur désignée

Nous remarquerons que malgré la tétravalence de ce modèle, nous avons tout de même la loi du tiers exclu : pour tout nous avons effectivement que qui est bien une (la) valeur désignée du modèle. En particulier, , bien que ni n'est désignée, ni n'est désignée. Tout cela montre que la loi du tiers exclu n'est pas à confondre avec le principe de bivalence et que, d'autre part, ce dernier principe n'est pas inhérent à la logique classique.

Il existe aussi des modèles sains et complets non-booléens pour la logique classique. Un exemple trivalent peut être donné comme suit, avec pour valeurs 0, 1 et 2, dont 2 pour seule valeur désignée.

012
0 000
1 011
2 012
012
0 012
1 112
2 222
0 2
1 2
2 0

Entre la logique classique et la logique intuitionniste

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Plusieurs logiques intermédiaires (en), aussi appelées superintuitionistes, existent entre la logique classique.

Figure 1: Contre-modèle de Kripke de
Figure 2: Contre-modèle de Kripke de

Par exemple, la logique de Gödel-Dummett (en) est la logique obtenue par ajout de l'axiome à la logique intuitionniste. Il s'agit effectivement d'une logique qui n'est plus la logique intuitionniste, car n'est pas dérivable dans ce système. Cependant, il ne s'agit pas encore de la logique classique, car le tiers exclu n'est pas une conséquence de cette formule.

Les modèles de Kripke permettent de comprendre la différence entre logique classique et logique intuitionniste.

La figure 1 montre un contre modèle de Kripke de la proposition . Ça n'est pas un modèle de Kripke de parce que . En effet,

donc

d'où l'affirmation ci-dessus. Par conséquent, la proposition n'est pas dérivable en logique intuitionniste.

Tous les modèles de Kripke linéaires, c'est-à-dire tous les modèles dans lesquels chaque monde a un seul autre monde accessible, sont des modèles de Kripke de , ce qui en fait des modèles sains pour la logique de Gödel-Dummett. C'est le cas de la figure 2. En revanche ce modèle n'est pas un modèle de , car

Puisque n'est pas valide dans tous les modèles de , n'est pas dérivable en logique de Gödel-Dummett. Plus généralement la logique classique ne peut pas être engendrée par l'ajout de à la logique intuitionniste. Notons en passant que nous avons aussi montré que n'est pas valide en logique intuitionniste.

Une autre logique intermédiaire qu'on peut citer est la logique de De Morgan, qu'on obtient à partir de la logique intuitionniste en ajoutant la dernière loi de De Morgan ou la loi du tiers exclu affaiblie Ce système logique permet en particulier de prouver toutes les lois de De Morgan, mais reste non-classique car la loi du tiers exclu y est toujours indépendante. À vrai dire, il s'agit même d'une sous-logique de la logique de Gödel-Dummett, puisque toutes les lois de De Morgan sont dérivables dans celle-ci.

La logique de De Morgan reste toutefois distincte, ayant par exemple un modèle sain[7] à six valeurs où l'axiome n'est pas vérifié. Pour obtenir celui-ci, il suffit de prendre l'algèbre de Heyting dont l'ensemble sous-jacent a pour éléments avec pour opérations binaires de suprémum et d'infimum les opérations d'union et d'intersection respectivement.

La loi de Peirce est la proposition . Elle n'est pas valide en logique intuitionniste et son ajout à celle-ci produit la logique classique.

Elle a la particularité de ne contenir que des implications à la différence des quatre propositions citées plus haut qui contiennent toutes une négation.

Notes et références

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  1. Louis Couturat, La logique de Leibniz d'après des documents inédits, Félix Alcan éditeur, (lire en ligne) lire en ligne sur Gallica, notamment l'appendice intitulé « Précis de logique classique »
  2. H. Dufumier, « La généralisation mathématique », Revue de métaphysique et de morale, (lire en ligne) lire en ligne sur Gallica.
  3. (en) Dirk van Dalen (de), Logic and Structure, chap. 5 « Intuitionistic logic », exercice 9. (a), Springer-Verlag, 1991.
  4. François Rivenc, Introduction à la logique pertinente, Presses universitaires de France, coll. « Science, histoire et société », , 274 p. (ISBN 978-2-13-053758-8).
  5. (en) P. D. Magnus, Tim Button, Robert Trueman et Richard Zach, forall Calgary : An Introduction to Formal Logic (lire en ligne).
  6. (en) Frank Jackson, « On Assertion and Indicative Conditionals », The Philosophical Review, vol. 88, no 4, , p. 565-589 (DOI 10.2307/2184845).
  7. Tout séquent d'un système logique est préservé dans un modèle sain, mais tout séquent du modèle n'est pas forcément préservé dans la logique qu'elle modélise (on dirait alors que le modèle est complet). Pour qu'un modèle soit équivalent au système logique d'origine, il faut donc qu'il soit à la fois sain et complet.

Lien externe

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