Louis André Manuel Cartigny

Louis André Manuel Cartigny (parfois nommé Emmanuel-Louis, dit Manuel), né le à Hyères et mort dans cette même ville le , est un mousse de la marine française puis de la marine impériale[1]. Il est le dernier survivant français de la Bataille de Trafalgar[2].

Louis André Manuel Cartigny
Louis André Manuel Cartigny
Louis André Manuel Cartigny portant la Légion d'honneur et la médaille de Sainte-Hélène. Photographie de Henry Ellis, 1891.

Naissance
Hyères (France)
Décès (à 100 ans)
Hyères (France)
Origine France
Grade Mousse Le Formidable
Années de service 1803 – 1814
Conflits Guerres napoléoniennes
Faits d'armes Bataille de Trafalgar Bataille du cap Ortegal
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur
Médaille de Sainte-Hélène

Manuel, connaît sa toute première expérience à bord d'un navire de guerre en tant que mousse sur L'Indomptable en [1]. Il n'a pas encore douze ans.

Le jeune marin passe ensuite sur le Bucentaure en , puis sur le Formidable en [1], où il retrouve son grand frère Louis-Lucien, marin, de trois ans son aîné, ainsi que son père Joseph[3], maître coq de l'état-major[2].

Bataille de Trafalgar

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Le , l'escadre du vice-amiral Villeneuve appareille de Cadix et fait route vers le détroit de Gibraltar[4].

Bataille de Trafalgar, William Clarkson Stanfield.

Le , au large du cap Trafalgar, le Formidable du capitaine Jean-Marie Letellier fait partie de l'avant-garde française que commande le contre-amiral Dumanoir[4].

Pendant que le centre et l'arrière-garde de la flotte plient sous les assauts de Nelson et Collingwood[4], l'avant-garde tarde à réagir[3],[4] et n'échange que quelques tirs à distance, en fin d'après-midi[4].

Dans cette mêlée tardive, Manuel est blessé à la poitrine par un éclat de bois et transporté à l'intérieur du navire[2].

Le Formidable

Au soir de la bataille de Trafalgar, Dumanoir constate qu'il est trop tard pour changer l'issue de la bataille et prend la décision d'éloigner ses quatre vaisseaux, le Formidable, le Mont-Blanc, le Scipion et le Duguay-Trouin, afin de tenter de rejoindre un port français.

Renonçant à regagner la France par la Méditerranée, jugée trop dangereuse en raison de la présence des navires de la Royal Navy, Dumanoir met le cap vers le nord en longeant les côtes espagnoles[4].

L'escadre est alors prise dans une violente tempête et subit des dégâts importants. Les mâts fragilisés et les voiles en lambeaux, les navires ne sont plus en état de combattre. Le Formidable a sa cale envahie par l’eau et, pour l’alléger, l’équipage doit jeter par-dessus bord l’artillerie de pont ainsi que deux canons de vingt-quatre[4],[5].

Bataille du cap Ortegal

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Bataille du cap Ortegal

Au matin du , l'escadre française est rattrapée par la division de la Royal Navy du commodore Sir Richard Strachan. L'amiral français, dont la flotte est en mauvais état et les équipages exténués, se trouve en infériorité numérique et n'a d'autre choix que de combattre. Les deux escadres s'affrontent lors de la bataille du cap Ortegal[4].

La division britannique, en supériorité numérique, encercle les quatre vaisseaux français, éprouvés par les intempéries, et désormais incapables de manœuvrer ensemble et de soutenir un feu nourri.

Le Mont-Blanc et le Scipion, tous deux démâtés, se rendent. Le Duguay-Trouin, fortement endommagé, ne peut plus poursuivre le combat. Le Formidable, dont la coque est éventrée, commence à sombrer. Encerclé et sans moyens de défense, il doit à son tour amener son pavillon[4].

Grièvement blessé au genou gauche[3], Manuel est témoin de la mort[2] de l'aspirant Jean-Adrien Murat[6],[7], neveu du prince Murat :

« Le combat dura cinq heures ; j'eus la douleur de voir tomber à mes côtés [...] Murat, qui eut les deux jambes coupées par la mitraille, et moi-même je reçus quelques éclats dans la jambe gauche.

» J'eus pourtant la force d'aller au devant du commandant Dumanoir et de lui dire : « Votre protégé vient d'être coupé en deux ! »

» Le commandant me prit dans ses bras, m'embrassa et me dit : « J'aurai soin de toi, mon enfant ! »

Manuel est capturé ainsi que son frère et son père[8], puis envoyé en Angleterre avec les autres membres de l’équipage comme prisonnier de guerre[3].

Captivité

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Débarqués en Angleterre, Manuel et ses proches sont conduits sur l'un des pontons ancrés dans la rade de Plymouth[2]. Plus tard, son père sera réquisitionné[2], comme maître coq, par l'amiral anglais pour servir à bord de son vaisseau.

« Mon père et mon frère étaient prisonniers avec moi : un jour l'amiral anglais vint à bord de notre ponton, il lui prit fantaisie d'emmener mon père pour lui faire la cuisine : il resta deux ans comme coq de l'état-major anglais ; mais, désirant nous revoir, il demanda à venir reprendre sa place au milieu de nous.»

Durant ses années de captivité, Manuel apprend l’anglais, la boxe anglaise et sait danser le Sailor's Hornpipe des marins anglais[3].

Retour en France

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Louis André Manuel Cartigny.

Après l’abdication de Napoléon en avril 1814, Manuel est libéré après plus de huit années de captivité. Il embarque à Portsmouth à bord du Tiviot, navire affecté au rapatriement des prisonniers français, et débarque au Havre le [1].

De retour à Hyères, Manuel troque l'uniforme pour le tablier et devient plus tard, propriétaire du Grand Café des Quatre Saisons[1].


Au fil des années, Manuel, surnommé « le père Cartigny », acquiert une certaine notoriété locale[2]. Malgré son âge avancé et les séquelles de ses anciennes blessures, il continue de se promener régulièrement sur l’avenue des Palmiers[2], où il évoque ses souvenirs de marin[1].

« Ah, rien ne peut m'être plus agréable que de m'entretenir de tous les émouvants détails de cette sanglante affaire et du combat particulier du vaisseau le Redoutable. Parlons encore de ce combat et du brave commandant Lucas. »

Il évoque également la mort de l'amiral Nelson :

« L'amiral Nelson périt sous les coups des braves du Redoutable. La balle qui l'atteignit sur la lunette du Victory était partie des haubans du Redoutable. »

Sous le Second Empire, il est décoré de la médaille de Sainte-Hélène et est nommé chevalier de la Légion d’honneur[9] en décembre 1869[1].

Le centième anniversaire et les hommages

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Le , Hyères célèbre le centième anniversaire de son vétéran. Un banquet est organisé en son honneur et une médaille d'argent est frappée à son nom, sur laquelle il est salué comme le dernier survivant du combat de Trafalgar[2],[10].

Louis André Manuel Cartigny s'éteint à Hyères le , à l'âge de cent ans[1].

La reine Victoria, de passage dans la ville, apprend le décès du dernier vétéran français de Trafalgar[1]. Elle fait déposer une couronne sur sa tombe et présente ses condoléances à sa fille, regrettant de n’avoir pu envoyer un représentant aux funérailles[11].

La question du navire de Cartigny à Trafalgar

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Plusieurs récits consacrés à Cartigny le présentent comme ayant servi à bord du Redoutable[12],[13],[14],[15] lors de la bataille de Trafalgar. Des publications de la fin du XIXe siècle présentent toutefois une version différente.

Dans un article publié en 1874[16], le journal rapporte les « réclamations de M. Emmanuel Cartigny », présenté comme ayant assisté au combat en qualité de mousse à bord du Formidable, où il aurait été blessé puis fait prisonnier.

Dans un article publié en 1891[2], le journaliste revient sur le parcours de Cartigny à l'occasion de son centième anniversaire. Il lui demande notamment de raconter ses souvenirs du combat de Trafalgar et précise que Cartigny lui a donné des détails sur sa captivité en Angleterre. Cartigny indique alors qu'il n'a pas été fait prisonnier à Trafalgar : blessé à la poitrine par un éclat de bois, il est transporté à bord du Formidable. Le journaliste précise que Cartigny était mousse à bord, avec son frère Lucien et son père. Il ajoute qu'il importe de « rectifier ce point » et rapporte ensuite le récit de Cartigny concernant le combat du Formidable contre les Anglais, vingt jours après Trafalgar.

Un article de l'Illustration, publié en 1892[17], apporte une rectification à une biographie de Cartigny publiée dans le numéro précédent[13], qui le présentait comme ayant servi à bord du Redoutable. Le journal précise qu’il se trouvait en réalité à bord du Formidable, commandé par le contre-amiral Dumanoir. Il indique que ces renseignements lui ont été communiqués par Gustave Picard, qui les tenait de Cartigny lui-même.

Dans une autre publication de 1892[3], The Illustrated London News le présente également comme un mousse du Formidable. Le journal précise que le navire faisait partie de la réserve française engagée tardivement à Trafalgar, puis qu'il fut attaqué au large du cap Ortegal par l'escadre de Sir Richard Strachan. Cartigny y est présenté comme ayant été grièvement blessé au genou gauche lors du combat, avant d'être capturé avec les autres membres de l'équipage et envoyé en Angleterre comme prisonnier de guerre.

Distinctions

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Articles connexes

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Références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Frédéric Mathieu, Napoléon, les derniers témoins, Massy, Editions Sébirot, , 536 p. (ISBN 978-2953272628), p. 231
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 « Figaro : journal non politique », sur Gallica, (consulté le ), p. 2
  3. 1 2 3 4 5 6 (en) Internet Archive, The Illustrated London News 1891-05-16: Vol 98 Iss 2717, Illustrated London News, (lire en ligne), p. 638
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Édouard Chevalier, Histoire de la marine française sous le consulat et l'empire, faisant suite à L'histoire de la marine française sous la première république, Paris, L. Hachette, , 439 p. (lire en ligne), p. 234
  5. ↑ (en) Mark Adkin et Clive Farmer, The Trafalgar companion: a guide to history's most famous sea battle and the life of Admiral Lord Nelson, Aurum Press, , 448 p. (ISBN 978-1-84513-018-3, lire en ligne), p. 530
  6. ↑ Joachim Murat, Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1761-1815, Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1908-1914, 512 p. (lire en ligne), p. 8
  7. ↑ (en) Andrew Hilliard Atteridge, Joachim Murat Marshal of France and King of Naples, London, METHUEN & CO. LTD., , 375 p. (lire en ligne), p. 11
  8. ↑ « Figaro : journal non politique », sur Gallica, (consulté le ), p. 2
  9. 1 2 « Cote LH/93/16 », base Léonore, ministère français de la Culture
  10. ↑ « Le Petit Marseillais : journal quotidien ["puis" journal politique quotidien "puis" le plus important des journaux de province] », sur Gallica, (consulté le ), p. 3
  11. ↑ (en) The enemy at Trafalgar, London, Hodder and Stoughton, , 498 p., p. 178
  12. ↑ « La République française », sur Gallica, (consulté le )
  13. 1 2 « L'Illustration : journal universel », sur Gallica, (consulté le ), p. 281
  14. ↑ François Auteur du texte Benn, Récits du bivouac , par François Benn,..., (lire en ligne), p. 21
  15. ↑ « RetroNews.fr - Le site de presse de la BnF », sur www.retronews.fr (consulté le )
  16. ↑ « Figaro : journal non politique », sur Gallica, (consulté le ), p. 1
  17. ↑ « L'Illustration : journal universel », sur Gallica, (consulté le ), p. 305