Louisa Yousfi

journaliste et autrice française

Louisa Yousfi, née en à Cannes, est une essayiste et journaliste française.

Louisa Yousfi
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Paroles d'honneur (depuis )
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Parti politique

Biographie

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Louisa Yousfi naît en à Cannes[1] de parents ouvriers algériens. Elle intègre ensuite une classe préparatoire à Lille, entame des études de philosophie à Nice, puis étudie dans une école de journalisme à Bordeaux[2].

Elle est journaliste[3] pour le magazine Sciences humaines entre et [4]. Depuis [5], elle anime, plus ou moins régulièrement, des entretiens filmés et diffusés par l'équipe du site Hors-série. Elle est un temps membre du Parti des indigènes de la République[6] et se réclame de la pensée de Houria Bouteldja[2]. En , elle devient rédactrice en chef du média décolonial Paroles d'honneur[7]. Elle effectue une résidence à la villa Médicis entre et [8].

Analyse des œuvres et réception critique

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Rester barbare

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L'essai Rester barbare s'appuie sur la formule du poète algérien Kateb Yacine « il faut que je reste barbare » pour appeler les descendants de victimes du colonialisme à refuser l'assimilation à la langue et aux normes du civilisateur[9]. Elle y défend un « ensauvagement stratégique » comme mode de résistance, arguant que ce qu'elle désigne comme l'ensauvagement de la société française procède non d'un déficit d'intégration, mais d'un excès de France et d'héritage impérial[3]. À travers des figures comme Chester Himes, Toni Morrison, Ralph Ellison, Booba ou PNL, elle analyse des pratiques artistiques qui déjouent l'attente d'intégration et retournent le stigmate de la barbarie en affirmation identitaire et politique[2],[9]. Le dernier chapitre interroge la position de la femme arabe dans cette réflexion, et la difficulté d'échapper au rôle de figure d'émancipation instrumentalisée par les sociétés occidentales[10].

Le Nouvel Obs note plusieurs contradictions de l'essai : le mot « barbare », d'origine grecque, appartient selon lui au « ramage des maîtres », trahissant une assimilation à la langue dominante ; en déléguant sa révolte à la figure de Booba, Yousfi reproduirait par ailleurs une forme de domestication symétrique à celle qu'elle dénonce ; enfin, sa conclusion, où elle reconnaît avoir « échoué » à rester barbare et esquive la question féministe, conduirait le livre à cautionner, malgré son projet initial, un « rester à sa place »[3].

Chant pour des armes splendides

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Contre la littérature politique rassemble six auteurs : Nathalie Quintane, Tanguy Viel, Leslie Kaplan, Antoine Volodine, Pierre Alferi et Louisa Yousfi. Celle-ci y signe un texte intitulé Chant pour des armes splendides, dans lequel elle incorpore des commentaires à une réécriture d'extraits de l'Iliade[11],[12].

La Grande Méthode

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La Grande Méthode mêle fiction, mysticisme et réflexion politique. Le livre aborde notamment la guerre à Gaza, la foi musulmane, l'expérience des enfants issus de l'immigration postcoloniale en France, ainsi que le deuil à travers le récit des obsèques d'un père rapatrié en Algérie. Le livre prolonge la ligne antiraciste développée dans Rester barbare, rejetant les notions d'assimilation et d'intégration républicaine[8],[13].

S'il est salué pour ses qualités littéraires[8],[13],[14], il est critiqué par Mediapart, qui y voit un essentialisme religieux et une anthropologie différentialiste organisant le monde autour d'une opposition entre « Orient » et « Occident ». Mediapart l'analyse comme une forme d'« orientalisme inversé » au sens défini par Sadek al-Azem, reconduisant les schèmes essentialistes qu'il prétend dénoncer, et y décèle une « grande narration conservatrice » au sein du courant décolonial[14]. Le QG décolonial a répondu à cette critique dans un long article le contestant cette interprétation[15].

Dans le cadre de la promotion de son ouvrage, l'autrice accorde le , un entretien au podcast C'est réel[16], dans l'émission Angle mort, dont un extrait a suscité la polémique. Évoquant les Blancs, elle y déclare notamment : « Il ne faut pas venir chercher à nous sauver, nous on n'a pas à être sauvés, c'est vous qu'il faut sauver », les décrivant comme « aliénés dans un rapport de domination » et affirmant qu'ils ne sont « pas rattachés à ce qu'on appelle l'humanité générique »[17]. Plusieurs personnalités publiques d'extrême droite l'accusent de « racisme antiblanc » tandis que la maison d'édition La Fabrique soutient son autrice[18]. Suite à la polémique, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône, sous la pression du Rassemblement national[19], suspend le le vote d'une subvention de 90 000 € destinée au festival littéraire Actoral, qui l'a invitée pour une lecture-performance[20]. Le festival défend son invitée indiquant que « les propos qui lui sont aujourd’hui reprochés ont été volontairement raccourcis et diffusés sous la forme d’extraits. Nous estimons qu’ils doivent être regardés dans leur intégralité et replacés dans le contexte de l’entretien dans lequel ils ont été prononcés, ainsi que dans celui de son travail littéraire et intellectuel. »[21]

Le livre est sélectionné pour le prix de la Grande mosquée de Paris[22].

Publications

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Références

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  1. ↑ (es) Íñigo Domínguez, « Louisa Yousfi, ensayista: “Los hijos de la inmigración no necesitamos ser salvados. Nosotros salvaremos a los franceses” » Accès payant, El País, (consulté le ).
  2. 1 2 3 Christian Ruby, « Résister à l'Empire par la barbarie » Accès libre, sur Nonfiction, (consulté le ).
  3. 1 2 3 Fabrice Pliskin, « Booba est-il un "barbare" ? » Accès payant, sur Le Nouvel Obs, (consulté le ).
  4. ↑ « Louisa Yousfi : biographie et publications » Accès libre, Sciences humaines (consulté le ).
  5. ↑ « Auteur/autrice : Louisa Yousfi », sur Hors-Série, (consulté le ).
  6. ↑ Hassina Mechai, « Louisa Yousfi : « Le “barbare” issu de l'immigration post-coloniale refuse de se nier pour exister » » Accès libre, sur Middle East Eye édition française, (consulté le ).
  7. ↑ Célia Sadai, « « Paroles d'honneur » ou le décryptage décolonial des élections présidentielles françaises » Accès libre, sur Africultures, (consulté le ).
  8. 1 2 3 Marie-Eve Lacasse, « «La Grande Méthode» de Louisa Yousfi, l'exil et la pudeur » Accès payant, Libération, (consulté le ).
  9. 1 2 July Robert, « Rester barbare de Louisa Yousfi : un essai puissant » Accès libre, Radio-télévision belge de la Communauté française, (consulté le ).
  10. ↑ Toufik Cherifi, « Rester barbare, par Louisa Yousfi », La Revue nouvelle, no 253,‎ , p. 84–89 (DOI 10.3917/rn.253.0084, lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  11. ↑ « Nathalie Quintane et Louisa Yousfi vont discuter littérature et politique au Point Éphémère » Accès libre, Les Inrockuptibles, (consulté le ).
  12. ↑ Tiphaine Samoyault, « « Contre la littérature politique » : le feuilleton littéraire de Tiphaine Samoyault » Accès payant, Le Monde, .
  13. 1 2 Amélie Quentel, « La Grande Méthode de Louisa Yousfi, un essai sensible et puissant » Accès libre, Les Inrockuptibles, (consulté le ).
  14. 1 2 Faris Lounis, « Louisa Yousfi : la grande narration conservatrice » Accès payant, sur Mediapart, (consulté le ).
  15. ↑ « La grande méthode de Louisa Yousfi contre la méthode petite de Mediapart et répétiteurs », QG Décolonial, .
  16. ↑ « De l'Algérie à la Palestine: deuil, religion et mémoire coloniale avec Louisa Yousfi » [vidéo], C'est réel, sur YouTube, (consulté le ).
  17. ↑ Harrison du Bus, « Pour Louisa Yousfi, « les blancs ne sont pas rattachés à ce qu’on appelle l’humanité générique » », sur 21 News, (consulté le )
  18. ↑ Nicolas Gary, « “Humanité générique” : La fabrique défend Louisa Yousfi après la polémique », ActuaLitté, .
  19. ↑ Joëlle Gayot et Gilles Rof, « Le festival Actoral à Marseille amputé de 90 000 euros de subventions après une offensive du RN » Accès payant, Le Monde, .
  20. ↑ « Propos sur «les blancs» : le département des Bouches-du-Rhône bloque une subvention à un festival marseillais », Le Figaro, (consulté le ).
  21. ↑ Alexandra Huctin, « Le département des Bouches-du-Rhône suspend une subvention à un festival de Marseille pour des "propos sur les Blancs", on vous explique la polémique », sur France 3, (consulté le )
  22. ↑ Hocine Bouhadjera, « Prix littéraire de la Grande Mosquée de Paris  : 8 finalistes pour le centenaire », sur ActuaLitté, (consulté le ).

Liens externes

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