Louise Lehzen

conseillère et gouvernante de la reine Victoria

Louise Lehzen, baronne Lehzen, née le à Hanovre et morte le à Bückeburg en principauté de Schaumbourg-Lippe, est une aristocrate allemande, gouvernante puis conseillère de la reine Victoria.

Louise Lehzen
Description de cette image, également commentée ci-après
Louise Lehzen peinte en 1842, par Carl Friedrich Koepke, pour la reine Victoria.
Nom de naissance Johanna Clara Louise Lehzen
Naissance
Hanovre
Décès (à 85 ans)
Bückeburg, Drapeau de la Principauté de Schaumbourg-Lippe Principauté de Schaumbourg-Lippe
Pays de résidence Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Profession
Gouvernante, puis conseillère de la reine Victoria

Biographie

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Johanna Clara Louise Lehzen, dite Louise Lehzen, est la plus jeune des dix enfants (huit filles et deux garçons) du pasteur luthérien Joachim Friedrich Lehzen et de sa femme, Melusine Palm. Obligée par les circonstances de travailler pour subvenir à ses besoins, elle entre au service de la noble famille von Marenholtz, de Brunswick, qui l'emploie comme gouvernante de leurs trois filles, gagnant par la suite de positives et solides références.

Elle entre ensuite sur recommandation, en 1817, au service de la princesse Victoire de Saxe-Cobourg-Saalfeld, veuve du prince de Leiningen, qui l'engage comme gouvernante de sa fille, la princesse Feodora de Leiningen, âgée de dix ans.

En 1818, la princesse veuve de Leiningen épouse le prince Édouard-Auguste de Grande-Bretagne, duc de Kent et Strathearn, et l'année suivante, Louise Lehzen suit le couple ducal en Angleterre (la duchesse de Kent étant enceinte et devant accoucher sur le sol anglais). Elle devient ainsi, quelques années plus tard, et l'éducation de la princesse Feodora faîte, la gouvernante (governess) de la seconde fille de la duchesse de Kent, la demi-sœur de Feodora, la princesse Victoria de Kent (1819-1901, née princesse Alexandrina Victoria), future reine Victoria du Royaume-Uni.

La princesse Victoria considèrera Louise Lehzen comme une seconde mère, qui la protègera dans sa jeunesse de l'incontournable et autoritaire Sir John Conroy  l'influent favori de la duchesse de Kent depuis la mort du duc de Kent en 1820 , qui imposera à Victoria le système Kensington, un protocole d'éducation ultra-strict et étouffant pour la garder sous contrôle. Par ailleurs, fait inhabituel pour l'époque, la gouvernante Lehzen n'aura jamais recours aux châtiments corporels pour sanctionner Victoria.

En 1827, la princesse Victoria devient l'héritière présomptive au trône de Grande-Bretagne au décès du dernier héritier, le prince Frédéric, duc d'York, mort sans descendant, et le nouvel héritier du roi George IV, le prince Guillaume, duc de Clarence, n'ayant également aucune descendance. Cette même année, dans le respect des usages, son oncle le roi George IV décide ainsi d'élever socialement la gouvernante de la nouvelle princesse héritière, ayant gagné en respectabilité  bien que femme célibataire et sans « naissance »  et responsabilité au sein de la maison royale : Louise Lehzen est titrée baronne dans la noblesse du royaume de Hanovre (un titre inférieur aux titres de la pairie du Royaume-Uni), sans être cependant nommée officiellement gouvernante au sein de la maison royale britannique.

Compte tenu de la nouvelle position de la princesse Victoria, alors âgée de huit ans, son instruction est confiée par sa mère, la duchesse de Kent, à George Davys (en), vicaire de Willoughby on the Wolds, un lettré anglican qui formera une alliance éducative avec la baronne Lehzen, et qui s'installe dès 1827 au palais de Kensington, occupant la fonction de précepteur principal de la princesse jusqu'à l'accession de celle-ci au trône.

En 1831, le roi Guillaume IV, qui règne depuis la mort du roi George l'année précédente, nomme son amie, Charlotte Percy, duchesse de Northumberland (en), gouvernante officielle de la maison royale (Governess to the British Royal Household), soit gouvernante officielle de la princesse héritière Victoria ; toutefois, cette fonction est essentiellement honorifique et la princesse continue de dépendre de la baronne Lehzen.

En 1837, la duchesse de Northumberland est renvoyée par la duchesse de Kent, la mère de Victoria, pour avoir tenté d'exercer une plus grande influence sur l'éducation de sa royale pupille, malgré de nombreux avertissements, et comme la mère de Victoria en avait la prérogative. La baronne Lehzen, durant cette période, n'occupe alors toujours aucune charge officielle à la cour, malgré le titre nobiliaire qu'elle a récemment obtenu, son statut natal de roturière demeurant encore un obstacle, mais exerce toutefois la charge réelle et continue de tutrice de la princesse Victoria, comme en atteste de nombreuses lettres du frère de la duchesse de Kent et oncle de Victoria, le roi Léopold Ier de Belgique.

La même année 1837, Victoria monte à son tour sur le trône à la mort du roi Guillaume IV, renvoie Sir John Conroy, et fait de la baronne Lehzen sa secrétaire privée, cependant sans titre officiel à la demande de l'intéressée, à qui on accorde le discret et officieux titre de dame de compagnie (lady attendant). En cette qualité, elle obtient des appartements adjacents à ceux de la souveraine, faisant d'elle désormais un des personnages les plus influents de la cour.

En 1840, la jeune Victoria se marie au prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha et les relations dès lors entre la reine et sa « confidente ultime »[1] changent radicalement : le prince Albert déteste la baronne et tâchera aussitôt, mais en vain, de l'éloigner de son épouse, ce qui rend l'atmosphère autour de la reine délétère. De plus, le prince n'a absolument aucune confiance en les conseils que la baronne donne à la reine et, entre autres, sur le suivi médical de leur premier enfant. Leurs relations ainsi empirent lorsque leur fille, la princesse royale Victoria, tombe subitement malade à l'âge d'un an, faisant craindre le pire. En 1842, le prince obtient de la reine, dans ces circonstances, qu'un accord soit trouvé et la baronne est ainsi congédiée et renvoyée en Allemagne.

Après son départ, le baron Stockmar, un proche de la famille royale, fit cette remarque à propos de l'affaire : « Ce ne fut pas sans grande difficulté que le Prince parvint à se défaire de [Lehzen]. Elle eut la sottise de contester son influence et de ne pas s'adapter au changement de sa situation... Si elle avait agi autrement et s'était concilié les bonnes grâces du Prince, elle aurait pu demeurer au palais jusqu'à la fin de ses jours[2]. »

Bien que la relation de Louise Lehzen avec la reine fut définitivement altérée, elles continueront régulièrement à correspondre.

La baronne Lehzen, dotée d'une généreuse pension, vivra essentiellement en Allemagne et passera ses dernières années à Hanovre, aux côtés d'une de ses sœurs. Elle meurt en 1870 à Bückeburg, en principauté de Schaumbourg-Lippe, à l'âge de 85 ans.

Elle aura eu une influence majeure sur le caractère de la reine, lui prodiguant raison, volonté et force de vie  durant une enfance que la reine qualifiera elle-même de « malheureuse », tourmentée par une mère oppressante, et durant ses premières années de jeune souveraine inexpérimentée , soit des qualités précieuses prodiguées par une quasi-mère, qui lui serviront durant tout son long règne.

Dans la culture populaire

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Dans le film autrichien Les Jeunes Années d'une reine, sorti en 1954, d'Ernst Marischka, l'actrice allemande Magda Schneider interprète la baronne Lehzen et Romy Schneider (sa fille), celui de la jeune reine Victoria.

Dans le film britannique Victoria : les jeunes années d'une reine, sorti en 2009, de Jean-Marc Vallée, le rôle de Louise Lehzen est interprété par l'actrice allemande Jeanette Hain.

Dans les deux premières saisons de la série télévisée britannique Victoria, diffusée en 2016 et 2017, le rôle de Louise Lehzen est interprété par l'actrice allemande Daniela Holtz (de)[3].

Références

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  1. (en) "Departure of the Baroness Lehzen", The Times, n° 18104, 3 octobre 1842, p. 5.
  2. Christian Friedrich von Stockmar: "It was not without great difficulty that the Prince succeeded in getting rid of [Lehzen]. She was foolish enough to contest his influence, and not to conform herself to the change in her position... If she had done so, and conciliated the P[rince], she might have remained in the Palace to the end of her life."
  3. (en) « Victoria (TV Series 2016–2019) : Daniela Holtz: Baroness Lehzen », sur IMDb (consulté le ).

Bibliographie

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  • (en) Gillian Gill, We Two: Victoria and Albert: Rulers, Partners, Rivals, Ballantine Books, 2009 (ISBN 978-0-345-52001-2)
  • (en) Charles Greville, The Greville Memoirs. A Journal of the Reign of Queen Victoria from 1837 to 1852, volume 2, Elibron Classics, 2005 (ISBN 1-4021-7608-2)
  • (en) Christopher Hibbert, Queen Victoria: A Personal History, HarperCollins, 2000 (ISBN 0-00-638843-4)
  • (en) Richard Hough, Victoria and Albert, St. Martin's Press, 1996 (ISBN 0-31214-822-4)
  • (en) Kate Hubbard, Serving Victoria: Life in the Royal Household, HarperCollins, 2012 (ISBN 978-0-06-226991-1)
  • (en) Hannah Pakula, An Uncommon Woman: The Empress Frederick, Daughter of Queen Victoria, Wife of the Crown Prince of Prussia, Mother of Kaiser Wilhelm, Simon and Schuster, 1997 (ISBN 0-684-84216-5)
  • (en) Helen Rappaport, Queen Victoria: A Biographical Companion, ABC-CLIO, 2003 (ISBN 0-316-63003-9)
  • (en) K.D. Reynolds, "Lehzen, (Johanna Clara) Louise, Baroness Lehzen in the Hanoverian nobility (1784–1870), royal governess", Oxford Dictionary of National Biography (online ed.), Oxford University Press, 2004 (doi:10.1093/ref:odnb/37665)
  • (en) Virginia Schomp, Victoria and Her Court, Marshall Cavendish Corporation, 2010 (ISBN 978-1-60870-028-8)
  • (en) Jules Stewart, Albert: A Life, I.B. Tauris & Co. Ltd, 2011 (ISBN 978-1-84885-977-7)
  • (en) Kate Williams, Becoming Queen Victoria: The Tragic Death of Princess Charlotte and the Unexpected Rise of Britain's Greatest Monarch, Ballantine Books, 2010 (ISBN 978-0-345-46195-7)
  • (en) David Williamson, Queen Victoria: A Souvenir of the Record Reign, William Bryce, Toronto, 1897
  • (en) A.N. Wilson, Victoria: A Life, Penguin Books, 2014 (ISBN 978-0-14-312787-1)

Voir aussi

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